L’institut BVA a publié le 10 mai une analyse issue de la compilation de sept synthèses mensuelles faites pendant la campagne présidentielle.
Le résumé ci-dessous mélange les constats de BVA (en général la première ligne de chaque paragraphe) et mes remarques.
Cette synthèse invalide trois idées :
- non l’élection de N. Sarkozy n’est pas une conséquence de la droitisation de la France
- non le programme économique et social imposé par le PS ne l’a pas handicapé
- non l’électorat de gauche ne rêvait pas d’aller au centre
En fait, c’est tout le contraire : la France aspirait à revenir à un gouvernement socialement et économiquement responsable, le programme issu des réflexions des ténors du parti (les fameux éléphants) était en phase avec l’électorat de gauche et une position de gauche modérée aurait été plébiscitée.
En octobre (au début de la campagne interne), MSR a une large avance d’opinion sur DSK et LF et bénéficie d’une bonne image “de gauche”.
Début novembre, l’érosion se fait sentir au fil des débats, au profit de DSK.
Il est intéressant de constater que le temps et les débats ont commencé à attaquer “l’image”.
Début décembre, Royal a été investie et est maintenant comparée à Sarkozy. Les opinions lui sont favorables en matière sociale, défavorables en matière économique.
A ce stade, on peut supposer que l’érosion commencée deux mois avant a continué, mais que l’étiquette de gauche de Royal la protège en matière sociale alors qu’elle commence à perdre pied en matière économique où sa crédibilité est contestée.
En janvier, les positions semblent se stabiliser globalement, et on commence à entrer dans le détail. Elle a cependant toujours un avantage mais l’électorat se montre très volatile, hésitant, indécis.
Il est probable qu’en janvier, après l’entrée réussie de NS en campagne, nous avions une situation politique bipolaire classique, droite contre gauche. Mais MSR n’a pas encore de programme et cette fois, c’est sur le fond que les choses vont se jouer.
Février. Le tournant de Villepinte. Le programme PS est bien accueilli dans l’opinion, pourtant, Sarkozy passe devant Royal aussi sur les questions sociales. Bayrou vient de s’inviter dans la bataille.
On notera que Villepinte constitue un vrai tournant parfaitement négocié par NS et manqué par MSR. L’équipe de NS a, à travers une manipulation de publication de sondage très bien orchestrée (publication après le meeting d’un sondage fait avant ce même meeting) pris un ascendant d’image sur l’équipe de MSR.
A l’inverse ce meeting relève une incohérence profonde dans la stratégie de campagne de Royal : elle avait construit sa popularité sur son côté décalé, en dehors voire contre le PS, sur un programme qui serait issu de la démocratie participative. En faisant le constat qu’elle ne peut pas gagner sans le PS et que le programme attendu n’est pas là, elle est dans une situation (prévisible) d’incohérence fatale.
Non seulement elle déçoit auprès les électeurs se méfiant du PS, mais elle se montre également inconsistante sur le programme issu du PS alors que celui-ci est globalement bien reçu. L’absence d’une position claire et crédible de type social-démocrate laisse le champ libre à Bayrou qui s’engouffre dans cet espace laissé vacant ; DSK qui incarne cette position au sein du PS tarde à être appelé par MSR.
Mars. L’érosion continue imperturbablement et MSR ne garde plus l’avantage que sur les points où elle peut rassurer. Hélas pour elle, l’électorat traditionnel de gauche commence à la lâcher : les ouvriers partent vers Sarkozy.
Ceci est d’autant plus consternant que les études montrent que ce sont les préoccupations sociales qui dominent dans les préoccupations des gens, pas l’économie où NS a largement l’avantage. Or à cette période, Royal parle identité nationale et insécurité, thèmes secondaires et qui plus est, dominés par Sarkozy.
Avril, Sarkozy écrase Royal sur presque tous les thèmes étudiés.
Sur un sujet comme le chômage (60% de citation en terme d’attente), NS arrive devant MSR à 48% contre 35%. Un mois avant, elle le dominait de 5 points.
Les voix de l’électorat de gauche fuient Royal à un rythme très important. Février fut mal négocié, mars fut une erreur tactique majeure.
Il apparaît que si elle était restée fidèle au programme PS proposé à Villepinte au lieu de dériver vers des thèmes nationalistes et sécuritaires, l’érosion aurait été au pire, limitée. L’arrivée de DSK dans la campagne a stoppé l’effet Bayrou qui se maintient cependant à un niveau inédit.
Conclusion
Au final, on constate que dès l’instant où les débats ont eu lieu, la popularité et les intentions de vote se sont érodées.
Si MSR s’en était tenue au programme issu des réflexions du PS, elle aurait eu une réelle chance malgré l’altération de son image.
Cette campagne était gagnable avec un programme de gauche modéré, recentré sur les idées et la compétence. Une campagne sur l’image profitait essentiellement à NS qui maîtrise mieux les canaux de diffusion et qui avait une équipe de campagne plus cohérente.