PS ou le choix de Sophie
Comme tout militant socialiste, j’ai reçu il y a déjà quelques semaines un livret de 169 pages contenant les textes des motions pour le congrès de Reims.
Comme la majorité des militants, j’ai eu la joie de me taper la lecture des six textes qui, je dois bien l’avouer, ont généré un étrange état second similaire à celui provoqué par la contemplation des nénufars à la tombée de la nuit. Une chose est sûr, les motions du PS ne seront pas un succès littéraire pour Noël…
Et à l’arrivée, comme un bon nombre de militants il me semble, je me prépare à faire un choix sans grand enthousiasme. Quel écart entre la ferveur que j’avais pu éprouver pour la rédaction du manifeste social-démocrate, quel essoufflement depuis les travaux sur la contribution “Besoin de Gauche“. C’est clair, nous avons perdu quelque chose en route.
M’étant très largement battu pour aider à ressourcer la social-démocratie et m’être joint à ceux qui voulaient faire du PS un nouveau parti héritier du socialisme et de la social-démocratie, je suis aujourd’hui partagé entre la satisfaction que cette orientation soit perçue comme une évidence (à défaut de savoir vraiment comment cela se décline) et très triste que cette orientation se soit diluée dans plusieurs motions sans réussir pour autant à assumer une identité assez fière et puissante pour voguer clairement sous la bannière de la refondation qui renverse la table.
Du coup, me voici dans l’obligation de choisir entre deux motions plus social-démocrates que les autres (la muse solférinesque les a affublé des doux noms de A et de D, comme les vitamines).
Mais avant de choisir, qu’en ai-je retenu (vous noterez l’artifice littéraire pour faire monter la tension, à retenir pour que les futures motions fassent moins camomille pour papy) ?
D’abord une certaine (vraie) unité de valeurs. Qu’on se le dise, les socialos sont tous désormais convaincus de l’importance écologique, même si la réflexion devra encore s’affiner à l’avenir. Du coup, on se demande encore s’il y a une place pour un texte écologique indépendant au PS (texte B), et au-delà quel sens a un parti écologiste à gauche.
Autre évidence, la schizophrénie européenne semble toucher à sa fin et oui, nous nous réaffirmons à fond européen. Reste cependant à trouver le moyen de relancer la machine.
Il existe également de vrais signes d’échanges d’idées novatrices au sein des différents courants du PS. Je ne citerai que l’exemple de cette réforme fiscale qui viserait à mettre en place un serpent fiscal européen sur le modèle du serpent monétaire (le but étant d’habituer les européens à l’idée d’un mécanisme d’harmonisation fiscale et de déboucher un jour, comme pour la monnaie, sur un vrai outil commun). Quelle joie d’avoir retrouvé cela dans la motion gauche-gauche (C), après l’avoir vu passer naguère sur le blog du très social-démocrate Mosco. Comme quoi, cela a bien du sens de faire cohabiter des socdems et de socialistes radicaux, même si on s’engueule entre deux batailles communes !
Il existe également de vraies différences d’approches qui semblent cacher de vraies divergences de fond. Je ne prendrai que l’exemple de la refondation républicaine qui pourrait osciller entre un toilettage plus ou moins régionalisé de la Vème (du jacobinisme délocalisé en région en somme…) et une vraie VIème République décidée par voie référendaire (j’en rêve !). En quelques sortes, le PS est écartelé sur le sujet entre des conservateurs Vème République qui y croient encore et des chevelus qui veulent sa peau. En filigrane, le rôle de l’Etat est perçu de façons très différentes, oscillant entre un Etat très musclé et intrusif et un Etat régulateur plus souple dans son approche et son action.
Des textes m’ont-ils rebutés ? Globalement non, bien que deux d’entre eux me laissent pantois sur bien des choses. D’abord le texte F d’utopia. D’utopie je n’en n’ai pas vu et le texte ronronne autour d’une idée quelque peu vaporeuse de l’économie, le tout sur un fond altermondialiste qui manque singulièrement de substance même s’il répond sans doute à une vraie révolte contre l’injustice. Au passage, je ne peux que remarquer la faiblesse d’analyse économique de quasiment tous les textes qui se basent sur l’actualité (finance et pétrole) mais qui se retrouvent obsolètes avant d’avoir pu être discutée à Reims. C’est un des maux du PS : nous réagissons trop après coup sans être capable de prendre du recul pour tracer une ligne directrice qui résiste aux aléas de l’actu (alors que sur le fond cette même actualité n’arrête pas de nous donner raison !). L’autre texte qui me chagrine sur certains points est le E avec en particulier l’article qui expose la proposition de « calculer l’impôt au niveau de l’individu et non du couple ». Là désolé, on voit ressurgir une idéologie qui m’est tout à fait inacceptable. Nous, socialistes, travaillons pour trouver le meilleur équilibre possible entre nos identités individuelles et collectives, pour gommer les différences qu’elles soient sexuées, culturelles, économiques, génétiques ou autres. Nous devons proposer des outils, pas des clivages. Cette mesure aurait pour conséquence de détruire la brique de base de la société, le couple qui est le germe de la famille. Une famille n’est pas une somme d’individus qui se définissent avec un destin indépendant des uns des autres. Je comprends que certains veuillent avoir un destin égoïste et sans entrave, mais cela n’autorise pas le PS (surtout le PS !) à introduire une division fiscale au sein des familles. La famille est un groupe solidaire, qui doit avoir les moyens de définir et de trouver son équilibre propre, sur les plans affectifs autant que financier. Je rejette totalement une approche issue de la guerre des sexes promue par un féminisme archaïque en déphasage avec la réalité de l’évolution de la société. Je refuse une société bâtie sur des clivages de toutes sortes. Je me bats pour promouvoir une nouvelle définition de la famille, plus large, plus généreuse, plus inclusive, pas pour découper celle-ci en tranches, sur des critères fiscaux qui plus est.
A l’arrivée, quel est mon choix, ou plutôt sur quoi vais-je le fonder ? A défaut d’avoir un texte évident, c’est sur des critères moraux et de principes que je me décide. Ce qui manque aujourd’hui le plus à la politique, à mon sens, ce sont l’honnêteté et la confiance. Comme socdem, j’accorde également une priorité à ceux que je reconnais comme tel, même si je n’ai aucun problème à travailler avec d’autres courants. Il me reste donc un choix entre la motion Delanoë et celle de Aubry. Quelque part, je leur en veux de ne pas se présenter au congrès avec le même texte, et j’espère toujours qu’ils se retrouveront rapidement. Il n’y a pas d’obstacle idéologique à cela puisque l’idée d’un congrès de présidentiables a enfin été jetée aux orties, et c’est heureux. Toutes deux ont leur part de lumière, mais aussi d’ombre avec des alliances qui ne me ravissent pas (l’appareil du PS pour Delanoë, les fabiusiens pour Aubry) et qui me semblent un frein à l’ampleur de la fondation qui pourra être mise en œuvre.
Techniquement et idéologiquement match nul. C’est donc la confiance qui a emporté mon choix.
Pour la motion Aubry, la confiance a été perdue à La Rochelle. Ce qui s’est passé ce jour-là était aussi détestable qu’inutile. C’est pourquoi je soutiendrai la motion A « Clarté, courage, créativité ».
