Le procès de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa
Le retentissant verdict prononcé par Nicolas Sarkozy cette semaine à l’encontre de Dominique de Villepin, “coupable !”, ne me semble en rien une improvisation. Je crois qu’il illustre deux choses :
- d’abord qu’en matière de justice comme sur les autres domaines, les qualités et compétences de cet homme sont approximatives et ciselées au marteau pilon. N’oublions pas qu’à titre personnel, il n’a montré comme seule qualité professionnelle que celle de conquérir un parti, conquête qui est passée par l’épisode Clearstream qui est l’objet de cette “condamnation”. Il est certain que si l’homme avait sorti une telle absurdité lorsqu’il a passé son CAP d’avocat, il aurait été recalé avec pertes et fracas, là-aussi.
- ensuite, d’un point de vue plus politique et institutionnel, et malgré l’aspect profondément choquant de ces propos, nous devons objectivement comprendre que Sarkozy le liquidateur et bientôt fossoyeur a raison !
Bien sûr que notre République fut fondée à partir de la philosophie politique de Montesquieu (séparation des pouvoirs), bien sûr que cette République fut fondée sur la philosophie politique des lumières, de la révolution, sur une idée de la grandeur de la France, une idée de l’honneur des hommes qui la servent, une idée bien française du bonheur, une idée sur ce qu’est être Français. Mais nous devons bien constater qu’à force de tripatouillages, de compromissions en renoncements institutionnels, de personnification et de confiscation du pouvoir, cette République n’est plus et Sarkozy ne fait là que prononcer un verdict pour solde de tout compte.
Dont acte pour la République, mais il est alors plus que temps d’ouvrir le procès de celui qui la dirige.
* Nicolas Sarkozy est accusé de n’avoir pas vu venir la crise et n’a réagi qu’à l’hiver alors que des signes inquiétants remontaient dès le printemps 2008.
* Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir, avec le paquet fiscal, mis en place une politique économique à contre-emploi, favorisant les classes favorisées de la société alors qu’il fallait soutenir les PME et promouvoir une politique de pouvoir d’achat, dans les faits et non dans les discours.
* Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir mis en place un plan de relance insuffisant et schizophrénique comme l’illustre la prime d’aide à l’industrie automobile, seule mesure concrète de soutien à la consommation alors que son gouvernement n’a cessé de claironné qu’il ne fallait rien faire en ce domaine ; c’est pourtant l’une des rares mesures efficaces de son plan de relance.
* Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir contribué activement à aggraver une situation, mettant la France dans une situation jamais vue en Vème République, arrivant à réaliser le paradoxe d’affirmer qu’il n’augmenterait pas les impôts, inventant de nouvelles taxes à tour de bras (plus de 15 à ce jour) et mettant la France dans une situation financière épouvantable, à un niveau d’endettement inédit, à un niveau de déficit catastrophique. Le dernier projet de taxe en date démontre au plus au point le cynisme du mensonge de “celui qui n’est pas élu pour augmenter les impôts” : plutôt que de s’attaquer aux défiscalisations massives dont certaines frisent l’obscénité, il préfère envisager de taxer les indemnités journalières de ceux qui sont en accident du travail.
* Nicolas Sarkozy est accusé de ne pas lancer de mesures énergiques pour diminuer l’impact social de la crise économique qui a sans doute terminé sa phase purement financière mais qui maintenant est entrée dans le dur de la phase sociale.
Mais les fautes de cet homme ne sont pas seulement économiques :
* Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir échoué dans sa politique de sécurité intérieure malgré des rafales de lois sécuritaires, malgré des atteintes répétées aux libertés individuelles.
* Nicolas Sarkozy est accusé de s’être attaqué plusieurs fois au fondement de la société, à savoir la famille et ses enfants, comme par exemple avec son incroyable proposition de faire s’identifier un enfant de CM2 avec une victime des crimes de guerre nazis.
* Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir entaché l’honneur et la grandeur de la France en s’acoquinant publiquement avec des dictateurs, en acceptant des humiliations répétées de la part de la Chine, et tout dernièrement au G20 en se faisant rouler dans la farine par l’administration Obama qui pour répondre aux pressions maladroites de Sarkozy, a répondu “positivement” à ses attentes d’une meilleure gouvernance du FMI en proposant de diminuer notre influence : à ce rythme-là, Dominique Strauss-Kahn a de grandes chances de rester dans l’histoire comme le dernier président français du FMI.
Enfin, les fautes les plus graves ne sont-elles pas au final d’avoir inventé une républico-monarchie absolue ?
* Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir voulu outre-passer une décision du conseil constitutionnel, dernier arbitre de la République.
* Nicolas Sarkozy est accusé de contourner le gouvernement en passant au-dessus de son premier ministre, en ayant institué un gouvernement de cabinets.
* Nicolas Sarkozy est accusé de cautionner des pratiques qui court-circuitent le parlement comme lorsqu’il soutient son ministre Eric Besson qui refuse de signer une loi votée par le parlement de la République.
* Nicolas Sarkozy est accusé, et c’est le fond de ce post, d’avoir achevé le long chemin de destruction des valeurs de la République. Ce n’est pas lui qui a introduit l’idée inacceptable que le président de la République dépendait de lois extra-ordinaires, ce qui se traduit dans les faits par aucune loi, mais c’est lui qui a achevé le malade. En n’étant pas justiciable et en exerçant sa possibilité de poursuivre en justice qui bon lui semble sans que ce dernier ne puisse se défendre pleinement face à son accusateur, il a avalisé le fait qu’une personne accusée par le président était nécessairement coupable. L’affaire Clearstream l’illustre très bien. Sarkozy et De Villepin s’accusent mutuellement de la même chose et comme le premier ne peut pas être déclaré coupable, le procès n’a que deux issues possibles : soit le tribunal refuse de statuer et se déclare incompétent, soit Dominique de Villepin est coupable, puisque s’il ne l’est pas, c’est que Sarkozy l’est (à moins de considérer qu’aucun crime ou délit n’a été commis ce qui relèverait alors du grand guignol).
Que d’accusations contre un seul homme. Mais au procès de Nicolas Sarkozy, il faudra aussi faire paraître notre incapacité de ces dernières années, à sortir de notre conformisme et à refuser à voir et prendre acte de ces dérives. La refondation du parti socialiste dépassera largement le seul parti : notre ambition doit être de refonder la République du nouveau millénaire, de questionner les valeurs que nous avons refusé de défendre bec et ongle ces dernières années, pour les revisiter de façon à ce qu’elle redeviennent les fers de lance de notre recherche commune d’une société meilleure, politiquement, philosophiquement, humainement.
Le verdict reviendra aux français, je pense qu’il sera cinglant.
J’aurais bien aimé vous ramener quelques photos aussi faussement floues que volées de Pierre Moscovici courant en maillot de bain rouge sur la plage de Paimpol ou le récit de quelques aventures torrides avec une princesse britannique venue en secret passer le week-end dans les côtes d’Armor, mais il me faudra me contenter de parler politique.
Mais revenons à la vraie politique. Que dire de cette journée. D’abord que b2g existe effectivement en dehors du web et que l’on retrouve des soutiens chez les militants de base et chez les élus comme la députée Marie-Renée Oget qui était présente. Ce qui m’a frappé, c’est l’interrogation que suscite b2g : un nouveau courant, l’écurie d’un présidentiable, quelque chose de nouveau ? Nouveau assurément puisque justement le mouvement essaie de sortie du schéma classique du PS organisé en courants, nouveau parce qu’il doit réussir une quadrature compliquée entre besoin d’être porté par des voix fortes et reconnaissables mais qu’il ne doit pas être réduit à une voix forte et reconnaissable, nouveau parce qu’il parle méthode de refondation pour pouvoir ensuite entraîner l’adhésion et donner du contenu partagé à cette refondation. Mais c’est un exercice compliqué car même si les militants du PS déclarent presque unanimement en avoir marre avec la façon de fonctionner dans une opposition interne perpétuelle, finalement peu sont prêts à quitter sans appréhensions les vieilles pantoufles du PS.


