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Cahuzac, la vérité et la part des médias

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Beaucoup de bruit ces derniers jours autour des différentes publications de Médiapart sur Jérôme Cahuzac. Pour l’heure, j’ai beaucoup de mal à me forger une conviction définitive, et je ne pense pas être le seul.

Médiapart s’est jusqu’ici montré très combatif dans différentes affaires et scandales, avec des enquêtes généralement bien ficelées. Ceci dit, l’exercice est périlleux et ce n’est pas parce qu’on n’a pas fait d’erreur manifeste dans le passé qu’on n’en fera pas à l’avenir. Les informations concernant Jérôme Cahuzac soulèvent légitimement quelques questions.

Tout d’abord, l’élément principal à ce jour, l’enregistrement téléphonique, aurait été fait dans des circonstances assez extraordinaires. Jérôme Cahuzac aurait par inadvertance rappelé un député (lequel ?) sans s’en apercevoir, ce dernier n’aurait pas décroché ce qui aurait entraîné la mise en route du répondeur, Cahuzac n’aurait pas entendu le message du répondeur et le bip, du coup, le répondeur aurait enregistré une conversation. Par ailleurs, il n’est pas possible pour l’instant d’affirmer que l’une des voix que l’on entend dans le message rendu public est bien celle de Cahuzac. Rien n’est impossible, mais si médiapart n’a que cela pour étayer son article, il est évident que cela ne peut en aucun cas tenir.

L’autre élément « à charge » concerne un voyage de Jérôme Cahuzac en Suisse censé lui permettre de clore son compte chez UBS. L’intéressé reconnait bien ce voyage mais ajoute que cela n’avait rien de secret ou de privé, preuve en est que le voyage a été payé par l’assemblée. Côté discrétion on fait mieux !

On attendra donc la suite pour savoir si cette histoire est fondée ou non. En attendant, je pense que Jérôme Cahuzac a bien réagi en portant plainte immédiatement, que les éléments présentés actuellement ne sont pas assez crédibles pour qu’il se mette en retrait du gouvernement, mais que si d’autres éléments, probants cette fois, devaient apparaître, alors il devrait le faire. En attendant, il conserve la confiance du gouvernement, de l’assemblée et des socialistes, dont la mienne.

Ceci dit, question subsidiaire, si gros bobard il y a, à qui profite-t-il ? Jérôme Cahuzac est ministre du budget et l’on parle ici d’une affaire de paradis fiscal. Aussi vrai que 1 + 1 = 2 francs suisse, ceci me semble être un excellent mobile pour dézinguer un ministre et pour lancer un avertissement à ses successeurs. On passe alors de l’affaire crapoteuse à l’affaire d’État de dimension internationale. Les paradis fiscaux sont une plaie, ils sont une des sources de pauvreté et de financement criminel. Ils doivent être combattus, mais certes pas comme cela a été fait (ou plutôt tenté) jusqu’ici. La puissance financière des gens qui se cachent derrière ces paradis représente une menace directe contre la souveraineté des États, parfois d’ailleurs avec leur complicité ! Ils doivent être traités comme tel avec les moyens ad hoc. Une telle lutte ne doit par ailleurs pas reposer sur les seules épaules d’un unique homme pour que les criminels visés sachent bien qu’une arnaque médiatisée ou une balle ne les sauveront pas.

3 thoughts on “Cahuzac, la vérité et la part des médias

  1. Francis34 on said:

    Depuis le 2 avril, l’auteur de ce blog doit être convaincu qu’il a péché par excès de prudence bien complaisante.

  2. Prudence sans doute, complaisance je ne crois pas.

    Au moment où j’ai écrit ce post, il fallait à la fois considérer les accusations et les principes de la loi, avec en plus dans le cas présent, une ligne de conduite en matière de responsabilité politique.

    Les faits ou plus exactement les circonstances de l’origine des sources, je les jugeais à l’époque « assez extraordinaires », rocambolesques auraient été une expression plus juste. Et objectivement elles le sont toujours ! On pourrait en rire s’il s’agissait d’un vaudeville et non d’actes graves touchant à l’exercice du pouvoir.

    Maintenant que Cahuzac a avoué, ces faits sont avérés et il est donc plus facile de dire « il fallait condamner Cahuzac dès le départ ». Mais du point de vue des principes de la justice, cela ne devait pas être fait, et même aujourd’hui je ne regrette pas de ne pas l’avoir fait. La présomption d’innocence n’est ni circonstancielle ni à géométrie variable.
    Au passage, je me permets de noter (avant qu’on me le fasse remarquer) qu’il y a dans cette affaire une nette différence entre l’affaire Cahuzac et l’affaire Woerth. Pour ce dernier, on avait à la fois une accusation d’ordre judiciaire (où la présomption d’innocence prend toute sa place) et un problème de conflit d’intérêts manifeste (ce qui en France relève hélas plus de la morale que de la justice). Le conflit d’intérêt pouvait rapidement être levé, il ne l’a pas été.
    Il est à noter que même aujourd’hui après ses aveux, la faute de Cahuzac est à ce stade toujours d’ordre morale et non judiciaire puisque la justice n’a pas rendu son jugement et qu’en conséquence il est présumé innocent, même si l’issue du futur procès ne fait guère de doute.

    Reste enfin la conduite en matière de responsabilité politique. Ici, la ligne de conduite suivie par le gouvernement est la bonne : on ne peut pas demander à quelqu’un de démissionner simplement parce qu’il y a des accusations portées à son encontre. Dans le cas contraire, tout un chacun pourrait se livrer à un jeu de massacre et aucun gouvernement ne tiendrait plus d’une semaine. Par contre, dès que le processus judiciaire s’enclenche alors la personne doit se démettre de ses fonctions et s’il y a condamnation (ou dans le cas présent condamnation probable) alors la personne doit en tirer les conclusions et si la faute est grave se retirer définitivement de toute activité publique.

    Enfin, pour être totalement exhaustif sur le retour de ce post, le thème abordé par le dernier paragraphe me semble toujours d’actualité. Il faudra simplement se souvenir que pour mettre en œuvre une politique contre les paradis fiscaux, il vaut mieux avoir des gens absolument inattaquables et leur fournir un gilet pare-balle.

    Comme la majorité des Français j’imagine, j’aurais préféré que Cahuzac soit innocent ; à l’évidence il ne l’est pas et l’indépendance des pouvoirs a permis de le savoir. Comme je l’écrivais dernièrement pour un autre justiciable, dura lex, sed lex.

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