Une photo pour l’histoire

Petite critique photo au programme de cette semaine. Nous avons un nouveau président et la déco des mairies va donc être retouchée, mais par quoi ?

Sarkozy

Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour classique qu’il soit, ce portrait souffre d’un nombre certain de défauts :

  • atmosphère générale jaunâtre,
  • corps tourné vers la gauche (contre le sens de lecture culturel et donc assimilé au passé),
  • un étrange effet de vignettage (les bords sombres),
  • une tenue peu n aturelle avec un arrondi à droite qui lui donne presque un aspect voûté,
  • des drapeaux trop grands qui rapetissent le bonhomme (il n’avait pas besoin de cela),
  • un fond trop net et sans que la netteté présente un intérêt (d’habitude, on choisit de flouter le fond pour renforcer l’impact du portrait – cf. Pompidou et Chirac),
  • des parties bouchées (trop sombres, bas du costume, bas des drapeaux)
  • un visage presque surexposé en certains endroits
  • une composition de pièces rapportées (que font ces drapeaux trop grands dans une bibliothèque ? le personnage à l’air “de passage”).

Cette photo est dans la lignée de celles de De Gaulle et de Pompidou (quoi que moins vieille France), et on retrouve l’attitude voûtée de Chirac (le plus bucolique).

De Gaulle De Gaulle

Seuls les portraits de Mitterrand et de Giscard tranchent et techniquement, c’est probablement celui de Mitterrand qui est le plus techniquement réussi bien que légèrement surexposé sur le front (double éclairage, attitude de lecteur plus naturelle).

Giscard
Mitterrand Chirac

Si c’est la photo de Sarkozy que retiendra l’histoire, elle ne dégage rien de très flatteur.

L’homme sur le char

Ce n’était pas le plus grand penseur de l’époque, pas le plus percutant des stratèges, homme non conformiste en regard du protocole, macho grivoix en regard des bienséances, l’histoire retriendra cependant son nom car il est un jour monté sur un char pour défendre la démocratie dans ce pays qui allait redevenir la Russie. Boris Nikolaïevitch Eltsine fait partie de ces hommes improbables qui rencontrent l’histoire parce que l’époque a désespérément besoin d’eux.

Difficile de faire de lui le plus grand démocrate qui soit, et la guerre de Tchétchénie en est la meilleure preuve, mais impossible de ne pas voir que sans des tels hommes, la liberté et la démocratie ne sont que des concepts. Quand certains “inventent” les idées nobles de notre liberté, d’autres les hissent sur les chars qui veulent opprimer les peuples.

Combien notre époque manque de ces hommes improbables et décallés, peu enclins à céder au marécage des conventions mais prêt à tout risquer pour barrer la route à ce qui paraît pourtant invincible ! Lorsque je repense à Elstin, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec l’homme de Tien an Men qui lui aussi avait arrêté un char, mais en se plaçant devant. Même héroïsme et pourtant résultat si différent.

Sans courage, même la démocratie la plus solide est menacée, mais il faut être nombreux à montrer un tel courage pour être sûr de faire triompher cette démocratie et la liberté.

Salon littéraire libertaire

Plus que quelques jours avant le grand chambardement. J’en profite pour vous proposer de lire un polar à clés “Deux ans après, Et si vraiment, tout devenait possible…” du célèbre Benjamin Griveaux et du mystérieux Sean Christian dont le visage me rappelle vaguement le muppet show.

“Dans une France pré-Orwellienne post élections 2007, oppressante, sécuritaire, bien-pensante et mal pensée, un milliardaire opportuniste se fait assassiner à coups de faucille mal ajustés. Le coupable serait-il cet homme de la rue, médiocre rejeton d’une société stérilisée, ou la vérité est-elle à chercher ailleurs, entre le voyeurisme de notre lâcheté et les compromissions des anti-chambres du pouvoir ?”

La critique est unanime à avoir son avis définitif :
Libation : “un formidable polar libertaire qui porte haut les revendications sociales contre tous les pouvoirs liberticides, et révèle les trames de la compromission entre journalisme et pouvoir”

Figue-halot : “un roman à clé qui montre quel est le vrai avenir de ceux qui ne se lèvent pas tôt”

Téléamoa : “la quintessence de la reflexion philosophico-sociale sur un monde hypermédiatisé où l’audimat fait office de conscience sans science”

Les visions lointaines à l’usage des myopes : “Si loin, si proche, si vrai que l’on voudrait que cela reste faux”

La première bonne nouvelle du XXIème siècle

L’une des plus anciennes guerre de religion du XXème siècle semble être en passe de se terminer : l’Irlande du nord semble enfin avoir trouvé le chemin d’une paix durable.

Quel chemin parcouru par tous les peuples d’Europe pendant le siècle dernier : deux guerres mondiales, plusieurs guerres civiles (de Franco à Milosevic), des dictatures communistes… pour aboutir à une Europe qui semble enfin décidée à rompre avec son passé belliqueux. Pourtant, cela se fait dans une relative indifférence. Ainsi, la plus belle utopie du siècle passé, l’Union Européenne, a fêté ses 50 ans dans la discrétion, voire un certain pessimisme.

Etrange situation que la notre, et qui consiste à ne jamais se réjouir de nos succès, à se plaindre de tout et de tous en accusant l’autre de n’avoir pas fait dans le passé les choix qui nous préserveraient des maux à venir, ou pire, en choisissant à l’heure de l’élection les candidats les plus à même de faire perdurer la douce langueur monotone de notre masochisme aigri.
Une preuve ? Quels sont les grands débats de notre élection présidentielle ? Un nouvel élan pour l’harmonisation sociale du continent ? La reconquête européenne de son glorieux passé méditerranéen ? L’affirmation de nos ambitions universaliste et la régénération des grandes institutions mondiales telles le tribunal pénal ou l’ONU ? Non, juste l’utilité comparée d’un ministère dédié à la bonne définition de la nationalité avec l’intérêt d’avoir un drapeau à exposer à ses fenêtres…
S’occupe-t-on d’inventer une citoyenneté qui harmoniserait celles exercées au sein des régions, des pays et de l’Europe, qui fluidifierait l’exercice des pouvoirs régionaux, étatiques, supranationaux ? Non, on pérore sur les méthodes musclées de coercition des ” déviants ” et l’on cherche à segmenter la société en autant de corporations et de communautés qu’il y a d’intérêts myopes et mesquins.

L’utopie universelle et volontaire accouchée par les traumatismes d’un siècle de sang et de fureur est aujourd’hui étouffée par notre paresse satisfaite et notre pusillanimité non assumée.
Mais sortons de ces chamailleries de cours de récréation ! Nous avons la possibilité de nettoyer nos rues de la misère. Nous avons la chance d’avoir les moyens de préparer notre société au changement climatique. Nous avons les moyens de moderniser nos rapports sociaux et nos institutions. Nous avons l’opportunité de réconcilier toutes les générations de notre société. Il faut juste décider et accepter le changement, un changement volontaire et pacifié, une grande et belle nouvelle utopie pour ce siècle.

Récréation artistique

Cette semaine, je fais une petite pause artistique. Je voulais le faire depuis pas mal de temps, mais celui-ci passe sans que l’on arrive toujours à le prendre.

Je ne vais pas vous parler d’artistes qui font la une des mags branchouilles, non, juste de vrais humains découverts au hasard de la vie.

D’abord Ouenja, rencontrée sur le net en bataillant pour changer voire sauver le monde. Catherine c’est la vigie qui observe la société et qui la gratifie de temps en temps d’un coup de pinceau, précis et coloré. Discrète au point de n’avoir décourvert ce qu’elle faisait que par hasard en tombant sur une de ses “barbouilles” grace à un click erratique qui m’a décroché un “oh la vache, c’est quoi ce truc” (ce qui est ma définition personnelle de l’art, même si cela ne sera sans doute pas retenu ni par l’académie ni par télérama…). Pentium par Ouenja
Marc Verbist Et puis Marc. Lui c’est le musicien égaré dans l’informatique ; cela remplit la casserole mais ne nourrit pas l’âme.
Comment quitter la vie en accélérée des machines et de leurs dysfonctionnements pour une musique nettement plus éthérée…

Aller, prenez le temps de ne pas laisser passer le temps, et faites leur une petite visite.

Vigilence citoyenne

La semaine dernière, j’ai relayé une alerte enlèvement du ministère de la juste. Ce dispositif à l’origine destiné aux média a, par deux fois récemment, montré toute son efficacité. Dans une société où les liens ont tant de facilité à se distendre, où chacun est plus tenté par augmenter le son de la télé plutôt que de tendre l’oreille aux appels au secours, le mécanisme de l’alerte enlèvement vient à point nommé pour réveiller et nos consciences, et notre sens du devoir de protection envers les plus faibles, ici les enfants.

Oui, une action de vigilence collective désintéressée peut éviter des drames individuels profonds. Oui parce que nous appartenons à une même société, nous avons le devoir de veiller les uns sur les autres, et nous pouvons le faire avec succès.

Cet acte simple et citoyen pourrait être facilement reproduit à l’identique par tous les internautes, mais il pourrait aussi être amélioré. J’ai envoyé un mail au webmestre du ministère de la justice pour lui suggérer d’améliorer simplement le dispositif de la façon suivante :

– chaque internaute qui le désire, pourrait insérer dans des pages de son site un code html du genre (je n’ai pas pu mettre le vrai code html à cause de wordpress) :

Alerte Enlèvement

– par défaut, lorsqu’il n’y a pas d’alerte, l’adresse web pointerait sur une image d’un pixel (transparent si c’est du gif) ; rien n’apparaîtrait sur les pages choisies.

– lors d’une alerte, le webmeste du site du ministère de la justice remplacerait l’image d’un pixel par un bandeau alerte enlèvement (300 x 150 pixels par exemple) qui apparaîtrait donc immédiatement sur tous les sites web des internautes participant à l’action de vigilence. La diffusion serait massive et immédiate.
Une telle action serait simple à mettre en place et la réactivité serait maximale (j’avais personnellement relayé la dernière alerte avec 10h de retard et j’aurais pu passer à côté).

Le temps de l’e-militant

L’ifop a publié il y a quelques temps une étude sur la campagne électoral sur le net pour la présidentielle 2007 (échantillon de 1004 internautes représentatifs, enquête réalisée entre le 23 et le 26 octobre 2006).

Les résultats

Deux tiers des internautes se disent intéressés par l’e-campagne, mais près de la moitié s’en disent non satisfaits (46% contre 27% de satisfaits). Cette (in)satisfaction est très inégale en fonction des préférences politiques. Les internautes socialistes s’estimant eux satisfaits à 46%.
On peut tenter ici une analyse. L’approche UMP de l’e-campagne a été plutôt encadrée (kit internet de campagne, portails, … par exemple) alors que l’approche au PS (hors Désir d’avenir peut-être) a été beaucoup plus autonome et permettant des créations spontanées pour un événement (DSK à la Rochelle) ou originales ( Vlog politique, la web TV de DSK).
Une première hypothèse pourrait être de dire que les internautes acteurs ressentent une plus grande satisfaction que les internautes colleurs d’affiche, voir trolls.

Ph. RIS

Aller sur le site d’un parti n’intéresse jamais 64% des internautes, visionner une interview politique jamais à 70%, visiter un blog politique encore moins à 72%. Quand aux argumentaires et autres tracts, 78% n’en veulent vraiment pas !
De façon lapidaire, on peut constater que sur le web, on aime discuter politique mais pas dans un cadre politique avec des politiques ! La liberté de ton est recherchée sur les blogs politiques (56%) ainsi que les infos inédites (42%).

40% des internautes utilisent le web comme source d’information politique, mais vont chercher cette info principalement sur les sites institutionnels de la presse écrite ou radio. Internet semble donc réaliser une synthèse entre facilité d’accès, disponibilité lorsque le besoin se fait ressentir et pérennité (mémoire).

La confiance dans ce qui est diffusé par le web semble faible 21%, la télévision étant privilégiée. Ce résultat me semble surprenant et à contre-courant du fantasme très répandu “on nous ment, la vérité est ailleurs”. A voir…

Le web semble un moyen de se réapproprier sa citoyenneté : 46% des internautes disent avoir une activité politique par ce moyen, mais ce citoyen est plutôt un homme qui a passé la trentaine, éduqué (61% ont au minimum le bac), et plutôt à gauche.

Conclusion

Internet élargit l’agora politique et comble une partie du fossé entre l’élu et l’électeur, probablement parce que le citoyen peut se réapproprier une partie du débat politique en se transformant en militant. Une partie de ces e-militants se sont effectivement mués en militants au sein des grands partis, mais il n’est pas sûr que les deux populations se fondent totalement l’une dans l’autre.
– pour des raisons de temps : une simple réunion dans le monde « solide » nécessite des heures alors qu’un échange sur internet touche beaucoup plus de monde en beaucoup moins de temps
– pour des raisons de psychologie : tous les citoyens ne sont pas des orateurs d’exception, des extravertis prêts à sillonner tous les marchés de France
– pour des raisons de liberté : il y a un gouffre entre la formation et l’encadrement militant au sein d’un parti et la liberté quasi totale de l’internaute.

Enfin, si le web donne un nouveau souffle à l’expression citoyenne, elle ne permet pas encore de guérir les maux de notre démocratie, et elle n’est pas majoritaire, c’est à dire capable à lui seul de faire basculer une élection (par contre, internet a sans doute joué un grand rôle pour l’organisation et le déroulement des primaires PS) :
– les classes habituellement défavorisées restent pour l’instant coincées sur le login d’accès à l’agora
– on voit déjà poindre des possibilités de manipulation hoax, marketing viral politique, invasion de trolls, spam, …)
– le web n’a pas encore assez de force pour contrecarrer fortement les manipulations classiques, mais il a un incontestable rôle d’éducation et de vigilence.

Un pendu sur le sapin

Triste symbole d’une fin d’année qui s’achève sur la pendaison de Hussein.
Cet homme fut un grand criminel envers son peuple et les peuples voisins et il fallait que justice soit rendue. Il a été pendu, mais justice n’a pas été rendue.

La justice ne se limite pas aux apparences d’un tribunal réunissant juges et avocats, accusés et témoins. Elle se nourrit d’un droit reconnu légitimement, en l’occurrence par le peuple irakien mais également pas la communauté internationale, puisque les crimes ont été commis par un président en exercice. A qui peut-on faire croire que le droit irakien tel qu’il a été dit par ce tribunal est légitime et indépendant ? A qui peut-on faire croire qu’un tribunal encadré par une armée étrangère est plus légitime que le Tribunal Pénal International ?

Ce procès manqué semble de plus accumuler les bévues. En pendant le dictateur irakien à la veille de la fête musulmane du sacrifice, on transforme symboliquement un bourreau en victime. En condamnant à mort un homme, on abaisse l’idéal de justice à une simple vengeance, qui plus est d’un président impérialiste symbole d’une culture occidentale honnie. Cette pendaison humilie l’orient autant que l’occident et elle renforce les antagonismes.

Et tout cela pour quoi ?