Bonnes fêtes de fin d’année

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Toutes mes excuses pour la rareté de mes posts en ce moment, mais ce contre-temps est dû aux mauvaises relations entre Free et France Télécom : ma ligne ADSL est en rade depuis début novembre et bien que le diagnostic soit clair (qualité de connexion très dégradée et boîtier FT qui pendouille sur la façade), l’opérateur historique ne se trouve aucune obligation d’un quelconque service à rendre…

En tout cas, j’espère que nous aurons tous collectivement assez d’énergie pour améliorer notre société en 2007. Il y a temps à faire !

La république, ses cloches et ses merles

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Avez-vous regardé Clochemerle à la télé il y a quelques semaines? Si ce n’est pas le cas, c’était l’histoire politique d’un petit patelin juste après la guerre de 14. Sur fond de lutte droite / gauche, le maire (de gauche) décide d’installer une pissotière sur la place du village, juste en face de l’église et sous les fenêtres de la bigote du coin. Il en fait le symbole hygiéniste du progrès et de fil emberlificoté en aiguille tordue, la vespasienne devient le symbole national du réformisme social contre le conservatisme calotin. L’hypertrophie médiatique s’achèvera dans une émeute entre les villageois clochermerlins et des trouffions désœuvrés en mal d’aventures (galantes principalement), faisant deux victimes : l’idiot du village tué d’une balle en plein cœur et le ministre de l’intérieur sacrifié sur l’autel de la paie sociale.
La morale de l’histoire ? Grande autant que désabusée, elle arrive dans le dernier dialogue où le maire (devenu député grâce à la publicité faite autour d’une oeuvre aussi triviale que populaire) avoue à la fois son cynisme politique et son amour de l’humanité, plus encore pour les faiblesses que la grandeur. Le peuple n’aime pas la grandeur, les grands hommes lui sont un affront, et il choisit chaque fois qu’il le peut, la pissotière au panthéon, le médiocre qu’il peut moquer à la lumière qu’il craint d’admirer ou qui lui renvoie sa part d’ombre et de faiblesse.

La France n’a été conduite par des hommes exceptionnels qu’en période d’exception. Profitons-en, le temps des pissotières pourrait bien s’achever avec notre obstination à ne pas comprendre où est le bien social et le changement…

Bouffonnerie

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Fin juin, la candidate à la présidentielle Marie-Ségolène Royal s’est faite entartée (avec un fraisier). D’abord, je dois bien avouer avoir mesquinement souri en regardant les images de l’épique escarmouche rochelaise ; le spectateur se laisse facilement aller à rire de ces gamineries surtout lorsqu’elles touchent une icône, qui plus est, politique. Pour justifier son geste (non prémédité selon son auteur Jonathan Joly), ce dernier a déclaré :

Complexée, sourde, hypocrite et démagogue dans sa globalité, la gauche plurielle est portée par un électorat qui tend à sombrer dans la déprime et la désillusion . Et je suis de cet électorat désabusé qui prend aux mots le slogan de “démocratie participative”.
L’entartage est à ce titre une opération qui demande des comptes à la caste politicienne et la désacralise ou s’efforce d’être perçu comme tel.

Marie-Segolène Royal entartée

Passé l’instant de rigolade facile, je me suis fait la réflexion que sans le oueb (je suis tombé par hasard sur la vidéo), je n’aurais peut-être jamais eu vent de l’histoire. Qui plus est, j’ai appris au passage que le ministre de l’intérieur avait subi également le même sort auparavant.

Non seulement ces deux icônes de la politique ont une énorme capacité à occuper le terrain médiatique, mais en plus, elles réussissent manifestement bien à censurer ce qui peut nuire à leur image. Ceci en dit définitivement long sur l’objectivité journalistique (alors que je me souviens avoir vu les entartages de BHL ou de Bill Gates à la télé…). Mais passons sur le triste théatre médiatico-politique.
Le plus important, c’est le fond, du fraisier, de l’affaire et du gouffre. Comment en est-on arrivé à ce point de délabrement pour que la politique ne soit plus qu’une bouffonnerie ? Comment des hommes et des femmes politiques peuvent-ils continuer à croire que faire de la politique c’est faire du marketing vide de contenu, c’est surfer sur l’air du temps sans porter de message, d’idée, de vision ? N’avoir à la télévision qu’une posture, une gestuelle, une image ? Que faut-il encore de plus pour que cela cesse ? Cet épisode a priori si anecdotique (sauf pour les intéressés), en ajout de toutes les dégradations de nos institutions, de notre respectabilité internationale, nous mène au pire des chaos, celui généré par le ridicule, la perte de considération pour notre propre identité. Imaginez-vous un président ou une présidente accueilli(e) à un sommet international et raillé(e) comme un tartuffe entartée ! On nous regardait comme malhonnêtes, incohérents, nous voici maintenant risibles et pathétiques.

A ma liste de critère pour l’élection de 2007, je vais ajouter que le président devra posséder une aura naturelle de respectabilité et d’autorité.

Média, réaction en chaîne et syndrome chinois.

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Connaissez-vous cette théorie qui prédit qu’en cas d’emballement, un réacteur nucléaire pourrait arriver à détruire le terrain sous lui et traverser la planète ?
Et bien il semble qu’il en existe une équivalence sur un domaine très peu scientifique et qui s’appelle politique. Le principe en est le suivant :
– un réacteur, appelé homme ou femme politique, est l’élément de base
– ce réacteur génère habituellement une forme d’énergie qui s’appelle idée, avec des variantes isotopiques appelées projet, vision, discours, meeting
– ce réacteur, moyennement actif en phase normale, peut être catalysé par une famille d’éléments appelés media, dont le plus redoutable s’appelle micro.

Ceci étant posé, il existe des cas particuliers où réacteur et catalyseur se lient par une force irrépressible, devenant “addicts” l’un de l’autre, s’auto-alimentant en amplifiant progressivement et irrésistiblement leur interaction.
Hélas, les isotopes produits par le réacteur (projet, idée, vision, discours, meeting) deviennent alors très souvent de plus en plus anormaux et finissent par quitter l’univers rationnel pour basculer dans une sorte d’univers quantique où toute valeur de départ perd son sens et où tout devient possible, en apparence.
Tout, et surtout le n’importe quoi.

Nous avions eu déjà un tel exemple en fin d’année dernière, lorsque le ministre de l’intérieur, dans sa course contre lui-même, s’était lancé dans une escalade médiatique qui l’avait obligé à hypertrophier son discours par une suite de déclarations à la presse à chaque fois plus retentissantes que la précédente.
Réacteur et catalyseur s’étaient tellement auto-intoxités qu’ils n’avaient pas vu venir les émeutes qu’ils avaient fini par préparer, le monde réel ne supportant plus d’entendre ce qu’il considérait comme des provocations à répétition qui s’ajoutaient à une situation déjà bien trop compliquée.
Ce réacteur là n’est pas arrivé au syndrome chinois, mais a généré pas mal de dégâts collatéraux lors de son explosion.

Or, une autre réaction en chaîne semble être en train de se développer. Le catalyseur n’a pas changé, mais le réacteur appartient au camp d’en face cette fois.
La réaction en chaîne semble être partie d’une anodine phase d’apathie politico-médiatique, suite justement aux émeutes, le monde politique étant sérieusement sonné par cet épisode lui apparaissant incompréhensible.
Puis, passé l’effet de remplissage stérile pendant quelques mois, ce réacteur a dû commencer à trouver des arguments originaux, différents, pour continuer à intéresser le catalyseur média.
L’originalité ne s’est pas faite sur la nouveauté, mais sur le décalage entre le positionnement politique attendu et celui présenté. Le réacteur a donc commencé à générer des isotopes appartenant au camp d’en face, ce qui ne suffit qu’un temps, et, le temps passant, l’union infernale réacteur / catalyseur est obligée de générer de plus en plus de particules appartenant de moins en moins au monde de la raison.

Ce réacteur là finira-t-il en syndrome chinois ? Ira-t-il au delà de tout contrôle, de toute raison? J’espère que non, mais une chose me navre : le spectacle plaît. Nous semblons avoir en ce moment une fascination passive pour l’autodestruction, un besoin morbide de trouver ce qui réussira à tout faire exploser.
En tout cas, en ce qui me concerne, je continuerai à défendre la raison, le débat raisonné et guidé par les principes et le respect de tous.

Democratie PS

ClearStream : flux opaque dans une micro-galaxie agonisante

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Que dire qui n’ait pas été déjà dit sur cette affaire consternante ?
Chaque jour voit apparaître une nouvelle page à ce feuilleton, mais finalement, on ne sait pas grand chose de plus que ce que nous savions au tout début ; il existe une formidable machine de blanchiment d’argent qui ne semble pas devoir être inquiétée par quiconque et, les élections présidentielles approchant, cela est devenu une merveilleuse opportunité de générer une affaire de manipulation politique contre les prétendants gênants.
Difficile de savoir qui manipule qui d’ailleurs, et je me contenterai de constater que certains en tirent ou pensent en tirer profit, alors que d’autres ne peuvent que se demander ce qu’il font dans cette galère. Mon mépris ira aux premiers et, au nom d’une certaine idée de la probité, mon soutiens aux seconds car je refuse l’idée détestable du “de toute façon ils sont tous pourris et il n’y a pas de fumée sans feu”.
Je ne suis pas naïf, mais je veux croire à la justice et à la probité en politique aussi.

Mais au-delà de l’actualité plus ou moins immédiate, j’y vois, une fois de plus, le symptôme d’un dysfonctionnement structurel de la république et du système d’équilibrage des pouvoirs. Encore une fois, nous pataugeons dans la mélasse de l’énarquie (au gouvernent certes, mais aussi du côté industriel et très probablement des réseaux d’influence).
L’ENA, en tant qu’école de pensée, était censée alimenter le personnel chargé de l’entretien et du fonctionnement des rouages de l’état, ce qui est logique et bon. Par un péché originel (M-F Garaud situe cela en 1974 avec l’arrivée de V. Giscard d’Estaing), ces personnes sont sorties de leur condition “d’honnêtes et médiocres serviteurs de l’état” pour accéder au monde grisant du pouvoir et des projecteurs. Et ceci s’est fait de façon hégémonique, sans contre-pouvoir ou garde-fou. Aujourd’hui, formant l’aristocratie républicaine, cette école de pensée contrôle l’état, le pouvoir exécutif (qui lui-même a phagocyté le judiciaire et “godillotisé” le législatif), les médias (par son antichambre qu’est sciences-po), et s’est étendue au gouvernement des grandes sociétés françaises.
Ceci aurait pu être bénéfique si les hommes et les femmes de cette castes étaient restés d’humbles serviteurs de la nation et si nous n’avions eu besoin que de gérer ou d’optimiser l’existant, mais cette lamentable affaire ClearStream illustre avec fracas l’impossibilité de ne pas péter les plombs lorsque l’on dispose de tous les pouvoirs et qu’aucun censeur n’est là pour vous rappeler à l’ordre, voire vous mettre sur la touche. Qui plus est, la situation générale du pays exige la mise en œuvre de mutations structurelles très importantes : gérer l’existant et totalement insuffisant.

On sortira sans doute de l’opacité politique autour de ClearStream, mais j’ai peu d’espoir pour le volet financier. Quant au fonctionnement de l’état et des grandes sociétés françaises, j’ai beaucoup de mal à croire à la possibilité de réformes structurelles et encore plus à leur efficacité. Louis XVI était très probablement un type honnête et instruit, mais il a été indispensable de le raccourcir pour faire comprendre à l’aristocratie de l’époque que les choses ne pouvaient pas continuer en l’état.
Si quelqu’un connaît une façon moins radicale de procéder, il serait bon qu’il s’exprime avant que le bon peuple ne s’amuse plus de la situation.

CPE : La rupture du contrat intergénérationnel

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Depuis le début du mouvement anti CPE, je me dis qu’il y a un parfum de continuité, un événement de plus à mettre à l’actif du “front du refus” (élections, référendums, émeutes, …) sans arriver à en préciser la nature.
Le cas du CPE apparaît à première vue sans rapport avec des élections ou la révolte des laissés pour compte ; il s’agit au départ d’une loi de plus créée par quelques petits marquis à l’esprit aussi supérieur que profondément marqué par l’autisme, et prétendant apporter de la flexibilité au marché de l’emploi en ajoutant un texte supplémentaire à la bonne trentaine de contrats déjà existants.
L’affaire aurait pu en rester là et tomber dans l’anonymat de la bureaucratie, mais cela n’a pas été le cas pour deux raisons au moins :
– d’abord, en voulant traiter le problème, réel, de la difficulté qu’ont les plus jeunes à trouver un emploi (stable ou pas), cette loi a rendu encore plus visible, voir institutionnalisé, l’absence de perspectives professionnelles pour un jeune (diplômé ou pas). Qu’il soit bon, motivé, dynamique ou pas, le CPE permettait de dénier la plus élémentaire considération au nouvel embauché (pas d’explications à donner en cas de licenciement, allongement injustifiable de la période “ d’essai ”).
– ensuite parce que, comme je l’ai indiqué, nous sommes dans la continuité d’une contestation qui dure depuis plusieurs années. Mais contestation contre quoi au juste ?
Je me suis laissé aller à croire que nos contestataires valaient l’image renvoyée d’eux : petits jeunes frileux, voire pusillanimes, aspirant à entrer dans une case douillette, sans énergie, sans rêve. Survivre et ne rien changer. Et je me suis dit, qu’avec un peu moins de 20 ans de décalage, ce jugement aurait pu m’être aussi appliqué, lorsque moi aussi je manifestait contre des gouvernements qui voulaient m’appliquer des lois tout aussi idiotes. Pourtant, j’avais des rêves et de l’énergie que je ne crois pas encore avoir perdus ; il n’y a donc aucune raison qu’il en soit différemment pour cette génération.
Et puis, en écoutant un représentant syndical d’une confédération patronale, cela a fait tilt : “ embaucher un jeune pour une entreprise est un risque ”. Economiquement exact, mais ce problème économique est un prétexte car il a existé de tous temps. Le vrai problème me semble intergénérationnel. La génération des baby boomers a brisé la solidarité entre générations, elle n’a en fait jamais assumé comme normal de préparer sa propre relève, au bénéfice de ses enfants d’abord, puis maintenant pour ses petits enfants. De manière général, le père a perdu le réflexe de préparer la place professionnelle de son fils avant de s’effacer, phénomène encore plus brouillé par la progression de la place des filles dans la vie professionnelle. L’exemple du personnel politique est flagrant, mais à l’heure où la démographie aurait déjà dû commencer à créer un appel d’air partout, on constate que la partie “ bénie ” de cette génération prolonge volontairement ses activités professionnelles, en sachant pertinemment que c’est au détriment des générations plus jeunes. Le risque n’est pas tant pour l’entreprise que pour celui qui ne veut pas laisser la place à ses descendants, peut-être parce qu’il a peur d’un avenir qu’il ne pourrait plus verrouiller.
L’argument alibi avancé est que du moment que ces jeunes générations ont eu droit à un diplôme et que la société leur a laissé la liberté de vivre sans contraintes sociales (négation du modèle des décennies avant la rupture de 68), l’obligation intergénérationnelle devait être remplie. D’où la croyance naïve que le diplôme assure une place dans la société, et le même droit à la sécurité que se sont bâtis les grand-parents. Ce qui s’avèrent totalement faux, à l’évidence du point de vue économique, mais aussi du point de vue social : la construction de l’avenir de la nation n’est pas dans les mains de ses forces vives qui restent sur le quai.

J’en arrive à cette conclusion : le refus systématique exprimé envers la classe politique est d’abord une sanction contre un modèle de pouvoir verrouillé par la pensée d’une seule génération (refus, paradigme de ce que l’on rejette), les émeutes de décembre et les manifestations d’aujourd’hui sont l’expression du désarroi de classes d’âge qui n’ont finalement pas été acceptées dans le cycle normal de la vie de notre société.
En tant que père, je cherche comment je pourrai aider mes enfants d’ici vingt ans, mais la seule solution qui s’offre à moi, c’est le refus aujourd’hui. Or je veux construire, non détruire. Je veux leur donner la possibilité de bâtir leur vie, non leur imposer mon choix d’héritage. Et je suis même prêt à garantir à mes prédécesseurs la sécurité qu’ils ont refusé à leur descendance.
Cette génération vieillie s’est trompée et elle se trompe encore si elle continue de croire que l’héritage qu’elle lèguera sous forme d’un placement en assurance vie et une maison à la campagne remplacera les rêves et l’énergie perdus d’une jeunesse.
Il n’est pas trop tard pour recoller le fil générationnel, mais pas loin.

A lire sur le même sujet : http://www.liberation.fr/page.php?Article=368966