Qu’est-ce qu’un enfant ? Part I : biologie vs société

Comme je l’évoquais dans mon post précédent, regarder en face évoluer notre société permet de réfléchir sur des choses qui nous paraissent évidentes depuis longtemps, mais qui sont en fait loin de l’être, ou qui ne le sont plus.
J’ai déjà donné mon sentiment sur l’enfant comme élément de définition du mariage du point de vue de la société et du risque qu’il y a à conclure trop rapidement sur ce point, mais au delà du mariage, qu’est-ce qu’un enfant pour la société et quels sont ses liens avec ceux qui l’entourent ?

Au temps où les choses étaient simples, il y avait un père et une mère ayant donné naissance à cet enfant, lui assurant sa subsistance, son éducation et lui transmettant équitablement biens matériels et culturels.
On remarquera assez rapidement que cette époque où les choses étaient simples, n’a en fait pas duré très longtemps dans notre histoire (pour peu qu’elle ait vraiment existé) ; soit que les biens n’aient que rarement été transmis équitablement entre les sexes (le patrimoine pour ne pas sortir de la famille allait souvent aux garçons de façon privilégiée) ou au sein de la fratrie (l’aîné était l’héritier pour ne pas diluer le patrimoine), soit que les responsabilités aient été inéquitablement assumées entre les deux géniteurs (le père ou la mère en fonction de l’âge de l’enfant).
Et lorsque l’on s’éloigne un peu de notre époque ou de nos campagnes, les sociétés humaines nous ont gratifiées d’autres originalités comme la prédominance de la descendance des sœurs, la prééminence de l’adoption sur la descendance naturelle, l’acceptation de l’infanticide, …

Au regard du passé et d’un présent changeant, il apparaît souhaitable de faire un peu de tri :
– biologie : la transmission de gènes définit-elle l’enfant pour notre société et ceci peut-il ou doit-il être étendu ?
– sociologie : c’est le point le plus débattu actuellement avec la discussion sur les familles monoparentales, homoparentales, recomposées et maintenant la discussion sur l’arrivée de droits des grand-parents. On touche ici plus particulièrement aux éléments de subsistance, d’éducation et d’héritage mais sur un mode très affectif.
– mystique : même si notre société est devenue très terre à terre et “scientifique”, nous n’avons pas totalement évacué les aspects mystiques et des considérations d’âme ou a minima de “souffle de vie”. Doit-on s’y risquer ou faire l’impasse ?

La société doit-elle reconnaître les liens biologiques ?

La question est loin d’être triviale et une réponse simple qui chercherait à l’évacuer trop rapidement me semble vouée à l’échec, tant du point de vue de l’appréciation individuelle que de la capacité à survivre en cas de désastre.
Dans l’immense majorité des cas, donner la vie est un choix et, même si ne nous en sommes pas pleinement conscient, ce choix et motivé par notre destin biologique qui est de transmettre nos gènes, comme tout être de la biosphère.
Tout homme peut avoir deux certitudes dans sa vie, et l’une d’elle est qu’il est a priori fait pour transmettre la vie. Evidemment, une fois les gènes transmis, on peut se dire que l’enfant a sur ce point une destinée autonome. Ce n’est sans doute pas le cas, car la force qui a conduit
à diffuser ses gènes, conduira également à préserver ceux qui lui sont les plus proches, et en priorité ceux de sa descendance (d’où le certain bon sens ce certaines sociétés africaines qui privilégient la descendance de la soeur plutôt que celle de l’homme qui est alors certain de préserver statistiquement 25% de ses propres gènes, alors que pour les enfants de sa femme, il n’a pas de certitude). La génétique a donc des consèquences sur la socialisation.

Ce lien biologique doit-il alors est transcrit dans la loi ? Je pense que oui, mais ma réponse est ouverte à contestation car elle aurait plusieurs conséquences peu en phase avec notre société :
– cela signifierait qu’un enfant biologique a “plus de poids” qu’un enfant adopté (et donc la prééminence de la biologie sur le choix)
– cela signifierait que l’anonymat de l’accouchement sous X ne peut être préservé, ni qu’un père ne peut être rendu ignorant de sa descendance ou de sa non-descendance (l’adultère redeviendrait légalement répréhensible s’il est entaché de mensonge !)
– cela pourrait signifier qu’une mère porteuse ne peut être exclue de tous droits et devoirs envers l’enfant (même si l’échange génétique est a priori exclus, quel est l’importance biologique des échanges avec l’enfant ?)
– cela pose également le problème de la filiation du clonage ou pourquoi pas, celui d’une contribution génétique multiple (36 personnes donnant un chromosome). Ces derniers cas sont des cas de science fiction, mais la réflexion qui y est liée me semble très instructive et révélatrice (de plus, interdire n’est pas empêcher alors cela viendra un jour).

Quel intérêt la sociétés peut-elle avoir à reconnaître et/ou favoriser le lien biologique ?
Principalement celui de permettre à chacun de connaître sa descendance et son ascendance et donc à contribuer à donner une identité aux citoyens en regard de l’histoire de la société.
Un citoyen qui sait qui il est a de meilleures chances de se définir vis à vis de la société. Sans histoire familiale, un citoyen est un immigré intemporel au milieu des siens.
On ne peut pas ignorer l’importance que prennent la généalogie ou la quête d’identité des enfants abandonnés et passer ce lien en pertes et profit. Savoir qui on est et d’où l’on vient construit l’individu ; l’échange entre géniteurs et enfants doit être légalement préservé de façon particulière.

Enfin, en cas de catastrophe sociale, c’est la pression génétique qui recompose les cellules humaines et même si personne ne souhaite se retrouver dans une situation où la société n’existe plus, il me paraît important de conserver ce point lié à l’instinct de survie (je ne peux m’empêcher de penser au film “le choix de Sophie” en écrivant ces lignes).

Le mariage pris aux mots

Signe des temps, après la fête de la musique et celle du cinéma, notre société s’est créée un rendez-vous annuel de plus : une journée identitaire homosexuelle, ou plus précisément pour une certaine variété sexuelle.

Peut-être cette journée serait-elle restée anecdotique si elle n’impliquait pas une évolution des lois, ou plus exactement, une évolution des repères de la société. Et du coup, tout homme ou femme politique s’est senti le devoir d’affirmer sa position, soit ancrée de longue date, soit mue par le besoin d’afficher un visage ouvert à un électorat non négligeable, quitte à faire quelques cabrioles avec la cohérence de ses idées.

Mais au-delà du yaourt politique, quel est le fond de cette évolution ?

D’abord, je crois que l’orientation sexuelle a gagné son droit à l’indifférence, ou est en voie de la gagner. Non pas que les discriminations ou vexations aient disparues, mais simplement qu’elles tendent à être du même (bas) niveau que celui du rejet “ordinaire”, racial, religieux ou ethnique. Stupidité primaire de ceux qui ne supportent pas leurs voisins et trouvent le
premier argument débile pour exprimer leurs frustrations. Passons.

Ce qui est recherché aujourd’hui, c’est une nouvelle reconnaissance sociale du foyer, quel qu’il soit. Et c’est là que les choses deviennent plus compliquées, et intéressantes.

Le PACS avait pour objectif de redéfinir administrativement ce que l’état reconnaissait comme foyer ; la demande est aujourd’hui la reconnaissance sociale de ce même foyer : son fondement, sa symbolique et ses implications.

  • Le fondement, tel qu’il apparaît revendiqué par la communauté homosexuelle et au-delà, est l’amour entre deux être, sans considération du sexe. Il faut être deux, s’aimer de façon stable et vivre ensemble pour être accepté comme uni. Il faut remarquer au passage que loin d’être progressiste, c’est une conception conservatrice, très romantique XIXème siècle et que le débat évite soigneusement la question de la polygamie ou la polyandrie qui ne sont pourtant pas que des sujets de vaudeville et dont la reconnaissance bouleverserait la société bien au-delà du fait homosexuel…
  • La symbolique est celle de la cérémonie de mariage. Une candidate à la présidentielle s’est étonnée que ce symbole “bourgeois” soit revendiqué comme un signe de progrès social : pourquoi ne pas s’en tenir au PACS ?
    Simple preuve de son incompréhension de la société dans laquelle nous vivons. Le
    PACS, avec son côté exclusivement contractuel et administratif, se rapproche encore plus de l’union bourgeoise (faite pour préserver le capital familial) que le mariage avec son romantisme, sa symbolique amoureuse, sa symbolique républicaine avec la déclaration solennelle du maire en salle des mariages, et ses codes du bonheur (la robe, le bouquet, la fête, etc…).
    Même si tous ces symboles ne peuvent être systématiquement repris pour les unions LGBT, ils sont présents dans les esprits. Aspirer à cela n’a donc rien d’étonnant !

Si l’on s’en tenait là, les choses pourraient être réglées assez facilement. Mais voilà, en commençant mon post, j’ai parlé de foyer, en passant à la symbolique, j’ai écrit mariage. Et si le mariage paraît quelque chose de simple à définir, on s’aperçoit assez vite en confrontant les points de vue, qu’il recouvre des éléments totalement différents selon les personnes : union, patrimoine, sexualité, patronyme, symbole, religion, citoyenneté, loi, enfant, … Et l’élément le plus déterminant est probablement l’enfant car c’est celui qui a le plus d’implications sociales.

L’argument utilisé pour décorréler mariage et enfant est qu’une bonne proportion d’enfants naissent hors mariage ; à partir de là, il en découlerait que l’enfant n’est plus un élément discriminant et que l’on peut utiliser ce mot mariage comme terme générique fondateur du nouveau foyer. Or, même si je n’ai aucune difficulté à donner un droit et une reconnaissance symbolique sociale aux unions LGBT, je refuse que l’on m’ôte ce symbole à moi et à tous ceux pour qui l’enfant est un des piliers de leur union (ce qui au passage n’exclus pas les mariages lesbiens, la dissymétrie est complexe en la matière).

Pour se sortir de cette situation, je crois que retenir les termes d’union civile ou républicaine pour la reconnaissance sociale des unions, quelles qu’elles soient, est un bon compromis, et que le statut des couples “féconds” soit reconnu à travers le mariage comme un élément supplémentaire, souhaité et favorisé par la république car indispensable à la nation. Là serait sans doute l’évolution profonde et sereine.

Finalement, ce problème de société en cache bien deux, biologiquement corrélés : l’union et l’enfant. La société peut évoluer sans problème sur le premier, mais doit protéger le statut du second, aussi bien sur la loi qu’au niveau de la symbolique sociale.

Bouffonnerie

Fin juin, la candidate à la présidentielle Marie-Ségolène Royal s’est faite entartée (avec un fraisier). D’abord, je dois bien avouer avoir mesquinement souri en regardant les images de l’épique escarmouche rochelaise ; le spectateur se laisse facilement aller à rire de ces gamineries surtout lorsqu’elles touchent une icône, qui plus est, politique. Pour justifier son geste (non prémédité selon son auteur Jonathan Joly), ce dernier a déclaré :

Complexée, sourde, hypocrite et démagogue dans sa globalité, la gauche plurielle est portée par un électorat qui tend à sombrer dans la déprime et la désillusion . Et je suis de cet électorat désabusé qui prend aux mots le slogan de “démocratie participative”.
L’entartage est à ce titre une opération qui demande des comptes à la caste politicienne et la désacralise ou s’efforce d’être perçu comme tel.

Marie-Segolène Royal entartée

Passé l’instant de rigolade facile, je me suis fait la réflexion que sans le oueb (je suis tombé par hasard sur la vidéo), je n’aurais peut-être jamais eu vent de l’histoire. Qui plus est, j’ai appris au passage que le ministre de l’intérieur avait subi également le même sort auparavant.

Non seulement ces deux icônes de la politique ont une énorme capacité à occuper le terrain médiatique, mais en plus, elles réussissent manifestement bien à censurer ce qui peut nuire à leur image. Ceci en dit définitivement long sur l’objectivité journalistique (alors que je me souviens avoir vu les entartages de BHL ou de Bill Gates à la télé…). Mais passons sur le triste théatre médiatico-politique.
Le plus important, c’est le fond, du fraisier, de l’affaire et du gouffre. Comment en est-on arrivé à ce point de délabrement pour que la politique ne soit plus qu’une bouffonnerie ? Comment des hommes et des femmes politiques peuvent-ils continuer à croire que faire de la politique c’est faire du marketing vide de contenu, c’est surfer sur l’air du temps sans porter de message, d’idée, de vision ? N’avoir à la télévision qu’une posture, une gestuelle, une image ? Que faut-il encore de plus pour que cela cesse ? Cet épisode a priori si anecdotique (sauf pour les intéressés), en ajout de toutes les dégradations de nos institutions, de notre respectabilité internationale, nous mène au pire des chaos, celui généré par le ridicule, la perte de considération pour notre propre identité. Imaginez-vous un président ou une présidente accueilli(e) à un sommet international et raillé(e) comme un tartuffe entartée ! On nous regardait comme malhonnêtes, incohérents, nous voici maintenant risibles et pathétiques.

A ma liste de critère pour l’élection de 2007, je vais ajouter que le président devra posséder une aura naturelle de respectabilité et d’autorité.

L’envers de la vision future du passé

Connaissez-vous les aymara ? Ce peuple d’Amérique du Sud, outre son goût particulier pour les chapeaux, possède une particularité psycho-linguistique unique :
il rattache le passé à ce qui est vu et le place donc naturellement devant eux, alors que le futur est pour eux situé derrière eux car demeurant invisible.

Evidemment, avec une telle spatialisation du temps, difficile de leur faire croire qu’aller de l’avant est source de progrès et qu’il faille tourner le dos à ses erreurs pour ne plus les commettre.

Et connaissez-vous les français ? Ce peuple d’Europe de l’ouest, outre son goût particulier pour la linguistique,
semble également affecté d’un problème de spatialisation de son destin.
En effet, depuis quelques dizaines d’années, il semble avoir une vision circulaire du passé et de l’avenir.
Analysant leurs problèmes, chacun des français se déclare prêt à aller de l’avant, décidé à quitter leur état, mais, devant passer à l’action, ils en viennent invariablement à réutiliser les mêmes rhétoriques, à voter dans le sens d’un faux changement qui reconduit les mêmes modèles, à voter pour une alternance mais en choisissant ceux qui ne changent rien, ceux qui reconduisent le système et la stagnation qui va avec.

Entre la peur de changer et l’impérative urgence du changement, ce peuple semble pris d’une frénésie d’oscillations qui annule toute possibilité d’avancement.

Changer c’est certes pas aisé, mais une fois reconnue l’impossibilité de ne pas le faire, le mieux est de se décider pour quelqu’un donnant le maximum de garanties pour conduire ce changement. Lorsque l’on ne prend pas le chemin du changement maîtrisé, on se dirige à coup sur vers la rupture subie.

Mais est-ce une question de mauvais choix ou d’absence de choix ?

Si l’on s’en tient à l’offre politique en tant que partis, on peut se dire qu’il s’agit d’une absence de choix puisque cette offre est figée depuis l’alternance miterrandienne, avec un bloc à droite (allié ou pas en fonction des rapports de force) et un bloc à gauche (qui se présente plus systématiquement comme allié mais avec une cohérence peu évidente en général).

Si l’on regarde l’offre en tant que candidats, là on constate que, bien que souvent peut différenciée, nous avons vu passer des candidats “plausibles” avec un bagage intellectuel “différent”. Un choix raisonnable différent nous a été présenté presque à chaque présidentielle. Hélas, ces choix différents n’ont jamais été plébiscités par les français, qu’ils se soient appelés Barre, Rocard ou maintenant Strauss-Kahn. Etrange ce phénomène qui fait que des hommes
indiscutablement reconnus comme compétents et rigoureux n’arrivent pas à briser notre vision circulaire du destin. Etrange cette façon que nous avons d’apprécier le yaourt politique à la place d’une vision constructive de demain. Etrange cette paralysie de l’intelligence et de l’instinct de survie dès que nous nous retrouvons dans un isoloir…

Média, réaction en chaîne et syndrome chinois.

Connaissez-vous cette théorie qui prédit qu’en cas d’emballement, un réacteur nucléaire pourrait arriver à détruire le terrain sous lui et traverser la planète ?
Et bien il semble qu’il en existe une équivalence sur un domaine très peu scientifique et qui s’appelle politique. Le principe en est le suivant :
– un réacteur, appelé homme ou femme politique, est l’élément de base
– ce réacteur génère habituellement une forme d’énergie qui s’appelle idée, avec des variantes isotopiques appelées projet, vision, discours, meeting
– ce réacteur, moyennement actif en phase normale, peut être catalysé par une famille d’éléments appelés media, dont le plus redoutable s’appelle micro.

Ceci étant posé, il existe des cas particuliers où réacteur et catalyseur se lient par une force irrépressible, devenant “addicts” l’un de l’autre, s’auto-alimentant en amplifiant progressivement et irrésistiblement leur interaction.
Hélas, les isotopes produits par le réacteur (projet, idée, vision, discours, meeting) deviennent alors très souvent de plus en plus anormaux et finissent par quitter l’univers rationnel pour basculer dans une sorte d’univers quantique où toute valeur de départ perd son sens et où tout devient possible, en apparence.
Tout, et surtout le n’importe quoi.

Nous avions eu déjà un tel exemple en fin d’année dernière, lorsque le ministre de l’intérieur, dans sa course contre lui-même, s’était lancé dans une escalade médiatique qui l’avait obligé à hypertrophier son discours par une suite de déclarations à la presse à chaque fois plus retentissantes que la précédente.
Réacteur et catalyseur s’étaient tellement auto-intoxités qu’ils n’avaient pas vu venir les émeutes qu’ils avaient fini par préparer, le monde réel ne supportant plus d’entendre ce qu’il considérait comme des provocations à répétition qui s’ajoutaient à une situation déjà bien trop compliquée.
Ce réacteur là n’est pas arrivé au syndrome chinois, mais a généré pas mal de dégâts collatéraux lors de son explosion.

Or, une autre réaction en chaîne semble être en train de se développer. Le catalyseur n’a pas changé, mais le réacteur appartient au camp d’en face cette fois.
La réaction en chaîne semble être partie d’une anodine phase d’apathie politico-médiatique, suite justement aux émeutes, le monde politique étant sérieusement sonné par cet épisode lui apparaissant incompréhensible.
Puis, passé l’effet de remplissage stérile pendant quelques mois, ce réacteur a dû commencer à trouver des arguments originaux, différents, pour continuer à intéresser le catalyseur média.
L’originalité ne s’est pas faite sur la nouveauté, mais sur le décalage entre le positionnement politique attendu et celui présenté. Le réacteur a donc commencé à générer des isotopes appartenant au camp d’en face, ce qui ne suffit qu’un temps, et, le temps passant, l’union infernale réacteur / catalyseur est obligée de générer de plus en plus de particules appartenant de moins en moins au monde de la raison.

Ce réacteur là finira-t-il en syndrome chinois ? Ira-t-il au delà de tout contrôle, de toute raison? J’espère que non, mais une chose me navre : le spectacle plaît. Nous semblons avoir en ce moment une fascination passive pour l’autodestruction, un besoin morbide de trouver ce qui réussira à tout faire exploser.
En tout cas, en ce qui me concerne, je continuerai à défendre la raison, le débat raisonné et guidé par les principes et le respect de tous.

Democratie PS

ClearStream : flux opaque dans une micro-galaxie agonisante

Que dire qui n’ait pas été déjà dit sur cette affaire consternante ?
Chaque jour voit apparaître une nouvelle page à ce feuilleton, mais finalement, on ne sait pas grand chose de plus que ce que nous savions au tout début ; il existe une formidable machine de blanchiment d’argent qui ne semble pas devoir être inquiétée par quiconque et, les élections présidentielles approchant, cela est devenu une merveilleuse opportunité de générer une affaire de manipulation politique contre les prétendants gênants.
Difficile de savoir qui manipule qui d’ailleurs, et je me contenterai de constater que certains en tirent ou pensent en tirer profit, alors que d’autres ne peuvent que se demander ce qu’il font dans cette galère. Mon mépris ira aux premiers et, au nom d’une certaine idée de la probité, mon soutiens aux seconds car je refuse l’idée détestable du “de toute façon ils sont tous pourris et il n’y a pas de fumée sans feu”.
Je ne suis pas naïf, mais je veux croire à la justice et à la probité en politique aussi.

Mais au-delà de l’actualité plus ou moins immédiate, j’y vois, une fois de plus, le symptôme d’un dysfonctionnement structurel de la république et du système d’équilibrage des pouvoirs. Encore une fois, nous pataugeons dans la mélasse de l’énarquie (au gouvernent certes, mais aussi du côté industriel et très probablement des réseaux d’influence).
L’ENA, en tant qu’école de pensée, était censée alimenter le personnel chargé de l’entretien et du fonctionnement des rouages de l’état, ce qui est logique et bon. Par un péché originel (M-F Garaud situe cela en 1974 avec l’arrivée de V. Giscard d’Estaing), ces personnes sont sorties de leur condition “d’honnêtes et médiocres serviteurs de l’état” pour accéder au monde grisant du pouvoir et des projecteurs. Et ceci s’est fait de façon hégémonique, sans contre-pouvoir ou garde-fou. Aujourd’hui, formant l’aristocratie républicaine, cette école de pensée contrôle l’état, le pouvoir exécutif (qui lui-même a phagocyté le judiciaire et “godillotisé” le législatif), les médias (par son antichambre qu’est sciences-po), et s’est étendue au gouvernement des grandes sociétés françaises.
Ceci aurait pu être bénéfique si les hommes et les femmes de cette castes étaient restés d’humbles serviteurs de la nation et si nous n’avions eu besoin que de gérer ou d’optimiser l’existant, mais cette lamentable affaire ClearStream illustre avec fracas l’impossibilité de ne pas péter les plombs lorsque l’on dispose de tous les pouvoirs et qu’aucun censeur n’est là pour vous rappeler à l’ordre, voire vous mettre sur la touche. Qui plus est, la situation générale du pays exige la mise en œuvre de mutations structurelles très importantes : gérer l’existant et totalement insuffisant.

On sortira sans doute de l’opacité politique autour de ClearStream, mais j’ai peu d’espoir pour le volet financier. Quant au fonctionnement de l’état et des grandes sociétés françaises, j’ai beaucoup de mal à croire à la possibilité de réformes structurelles et encore plus à leur efficacité. Louis XVI était très probablement un type honnête et instruit, mais il a été indispensable de le raccourcir pour faire comprendre à l’aristocratie de l’époque que les choses ne pouvaient pas continuer en l’état.
Si quelqu’un connaît une façon moins radicale de procéder, il serait bon qu’il s’exprime avant que le bon peuple ne s’amuse plus de la situation.

Masochisme politique

Chers concitoyens, j’ai du mal à comprendre comment vous fonctionnez quand il s’agit de voter.

Lorsque je vais au café du commerce entre deux élections, tout le monde semble d’accord sur le fait que le niveau de nos politiques n’est pas à la hauteur de la tâche à accomplir, qu’ils n’en font qu’à leur tête sans jamais écouter le bon peuple, et la lamentable histoire du CPE qui vient de s’achever est un excellent exemple d’autisme entre petits marquis. Que n’a-t-on pas entendu sur la pensée unique, sur l’isolement de ceux qui décident, sur ces aristocrates qui nous gouvernent ? Dont acte.

Le problème est que, lorsque je retourne à ce même café du commerce à l’approche des élections, non seulement le débat se résume à une guerre de positions sur des poncifs aussi vieux que la république, mais les débateurs acharnés se précipitent pour choisir un candidat, naguère médiocre et redevenu flamboyant par la magie d’une aliénation du jugement critique, et deviennent à leur tour autistes, incapables de disséquer rationnellement les propos et qualités des uns et des autres.

Il n’est plus question d’idées (aux moins celles compréhensibles par un cerveau normalement constitué), plus question de projets à construire (des routes, des centrales, des hôpitaux ou des vaisseaux intergalactiques), plus question de compétences (aura-t-on besoin d’un gestionnaire, d’un économiste, d’un sociologue, d’un capitaine affrontant la tempête), plus question de vertu (tous pourris paraît-il donc pourquoi en chercher un de vertueux ?), plus question de l’avenir de nos enfants, non, rien de tout cela. Tout un chacun se prépare à reconduire le même raisonnement que la fois précédente, à reconduire le même système de pensée qui fabrique les clones de la Vème république.
Les spots, les paillettes et les couvertures des magazines people prennent largement le dessus sur tout autre aspect, quitte à dégénérer en échanges d’invectives comme on a pu le voir avec nos cousins italiens ; se présente à l’agora médiatique, un défilé de bonimenteurs dont certains seront adoubés par le vote du public à condition d’avoir l’air sympa, l’air conquérant, l’air rassurant, l’air proche de vous… ou tous les airs à la fois. Profil type de l’escroc : séduire en flattant le gogo avant de partir avec ses économies et ses illusions.

Gogo, mon frère du café du commerce, il est plus que temps d’être pour une fois rationnel et raisonnable, de se choisir un président qui a une chance de savoir gérer les catastrophes économiques à venir, de comprendre à temps l’impact des bouleversements climatiques et écologiques, d’avoir l’attention indispensable pour construire le monde des générations les plus jeunes et à venir.
Imaginez-vous dans un navire en perdition alors que se présente un canot de sauveteurs : un seul pourra monter sur votre bateau, les autres devront repartir. C’est à vous de choisir qui montera ; il serait bon de se souvenir que si les réussites ne sont jamais obtenues a priori, les incompétents ne font jamais illusion dans la tempête. Dommage, nous sommes sur le bateau en perdition…

CPE : La rupture du contrat intergénérationnel

Depuis le début du mouvement anti CPE, je me dis qu’il y a un parfum de continuité, un événement de plus à mettre à l’actif du “front du refus” (élections, référendums, émeutes, …) sans arriver à en préciser la nature.
Le cas du CPE apparaît à première vue sans rapport avec des élections ou la révolte des laissés pour compte ; il s’agit au départ d’une loi de plus créée par quelques petits marquis à l’esprit aussi supérieur que profondément marqué par l’autisme, et prétendant apporter de la flexibilité au marché de l’emploi en ajoutant un texte supplémentaire à la bonne trentaine de contrats déjà existants.
L’affaire aurait pu en rester là et tomber dans l’anonymat de la bureaucratie, mais cela n’a pas été le cas pour deux raisons au moins :
– d’abord, en voulant traiter le problème, réel, de la difficulté qu’ont les plus jeunes à trouver un emploi (stable ou pas), cette loi a rendu encore plus visible, voir institutionnalisé, l’absence de perspectives professionnelles pour un jeune (diplômé ou pas). Qu’il soit bon, motivé, dynamique ou pas, le CPE permettait de dénier la plus élémentaire considération au nouvel embauché (pas d’explications à donner en cas de licenciement, allongement injustifiable de la période “ d’essai ”).
– ensuite parce que, comme je l’ai indiqué, nous sommes dans la continuité d’une contestation qui dure depuis plusieurs années. Mais contestation contre quoi au juste ?
Je me suis laissé aller à croire que nos contestataires valaient l’image renvoyée d’eux : petits jeunes frileux, voire pusillanimes, aspirant à entrer dans une case douillette, sans énergie, sans rêve. Survivre et ne rien changer. Et je me suis dit, qu’avec un peu moins de 20 ans de décalage, ce jugement aurait pu m’être aussi appliqué, lorsque moi aussi je manifestait contre des gouvernements qui voulaient m’appliquer des lois tout aussi idiotes. Pourtant, j’avais des rêves et de l’énergie que je ne crois pas encore avoir perdus ; il n’y a donc aucune raison qu’il en soit différemment pour cette génération.
Et puis, en écoutant un représentant syndical d’une confédération patronale, cela a fait tilt : “ embaucher un jeune pour une entreprise est un risque ”. Economiquement exact, mais ce problème économique est un prétexte car il a existé de tous temps. Le vrai problème me semble intergénérationnel. La génération des baby boomers a brisé la solidarité entre générations, elle n’a en fait jamais assumé comme normal de préparer sa propre relève, au bénéfice de ses enfants d’abord, puis maintenant pour ses petits enfants. De manière général, le père a perdu le réflexe de préparer la place professionnelle de son fils avant de s’effacer, phénomène encore plus brouillé par la progression de la place des filles dans la vie professionnelle. L’exemple du personnel politique est flagrant, mais à l’heure où la démographie aurait déjà dû commencer à créer un appel d’air partout, on constate que la partie “ bénie ” de cette génération prolonge volontairement ses activités professionnelles, en sachant pertinemment que c’est au détriment des générations plus jeunes. Le risque n’est pas tant pour l’entreprise que pour celui qui ne veut pas laisser la place à ses descendants, peut-être parce qu’il a peur d’un avenir qu’il ne pourrait plus verrouiller.
L’argument alibi avancé est que du moment que ces jeunes générations ont eu droit à un diplôme et que la société leur a laissé la liberté de vivre sans contraintes sociales (négation du modèle des décennies avant la rupture de 68), l’obligation intergénérationnelle devait être remplie. D’où la croyance naïve que le diplôme assure une place dans la société, et le même droit à la sécurité que se sont bâtis les grand-parents. Ce qui s’avèrent totalement faux, à l’évidence du point de vue économique, mais aussi du point de vue social : la construction de l’avenir de la nation n’est pas dans les mains de ses forces vives qui restent sur le quai.

J’en arrive à cette conclusion : le refus systématique exprimé envers la classe politique est d’abord une sanction contre un modèle de pouvoir verrouillé par la pensée d’une seule génération (refus, paradigme de ce que l’on rejette), les émeutes de décembre et les manifestations d’aujourd’hui sont l’expression du désarroi de classes d’âge qui n’ont finalement pas été acceptées dans le cycle normal de la vie de notre société.
En tant que père, je cherche comment je pourrai aider mes enfants d’ici vingt ans, mais la seule solution qui s’offre à moi, c’est le refus aujourd’hui. Or je veux construire, non détruire. Je veux leur donner la possibilité de bâtir leur vie, non leur imposer mon choix d’héritage. Et je suis même prêt à garantir à mes prédécesseurs la sécurité qu’ils ont refusé à leur descendance.
Cette génération vieillie s’est trompée et elle se trompe encore si elle continue de croire que l’héritage qu’elle lèguera sous forme d’un placement en assurance vie et une maison à la campagne remplacera les rêves et l’énergie perdus d’une jeunesse.
Il n’est pas trop tard pour recoller le fil générationnel, mais pas loin.

A lire sur le même sujet : http://www.liberation.fr/page.php?Article=368966

Maintenant que je suis président : conclusion

Ce “blogramme présidentiel” a été abordé (trop rapidement) sous les trois angles : choix de société, mouvement et verrou,menaces et ruptures. Ceci est en apparence loin des habituelles et interminables discussions sur le chômage, l’insécurité, le modèle français, l’école, etc… Pourquoi ce choix ?
D’abord pour éviter les positions de principe définitives ; a force de rabâchages, tout un chacun s’est gravé sa solution dans le marbre et rejette tout ce qui n’y ressemble pas de près ou de loin. Attitude au final stérile.
Ensuite parce que si ces questions récurrentes n’ont pas encore trouvées de réponses satisfaisantes, cela peut être pour trois raisons :
1) tous ceux qui se sont attelés à la tâche sont des idiots
2) ces problèmes n’ont pas de réponses
3) ces questions n’étant pas les bonnes, elles ne peuvent trouver de solution.
Croyant philosophiquement à l’intelligence de mes semblables et étant d’une nature relativement optimiste, j’opte pour la dernière proposition et c’est pourquoi j’ai cherché un éclairage d’une autre nature.
Chômage, insécurité, modèle, école, sont tout à fait liés aux éléments proposés ici, mais comme éléments intermédiaires, le but à atteindre étant au-delà des contingences immédiates. Le présent et l’immédiat doivent être délégués au gouvernement, le capitaine président lui ayant la charge de l’objectif du voyage et de la solidité de la structure du navire.
Il faut en finir avec ces pathétiques scènes de Hamlet entre petits marquis, reprendre de la hauteur, regagner le prestige d’une nation qui fut grande et doit le redevenir par ses qualités et son énergie.

Quand je serai président : une ébauche de programme, partie III

Choix énergétiques en réponse aux menaces de rupture La question des choix énergétiques à court terme n’est plus une simple question d’équilibre géopolitique ou un exercice de projection sur l’avenir. Le risque de rupture énergétique liée à la fin annoncée de l’ère du pétrole menace directement notre place de grand de ce monde, quant au risque de rupture climatique, il fait peser une menace directe sur notre existence en tant que nation. Que l’histoire de Rapa Nui (île de Paques) nous serve d’avertissement d’autant plus nécessaire que notre mémoire ne gardant pas la trace d’événements similaires, nous les considérons comme impossible. Des choix énergétiques rapides peuvent annuler complètement la menace liée à la fin de l’ère pétrolière, diminuer (trop faiblement cependant) les effets d’un basculement climatique et surtout, augmenter considérablement nos possibilités de survie.

Comment ? D’abord, et à l’évidence, en accélérant largement la substitution du pétrole par des huiles ou alcool agricoles. L’aide à la réorientation des cultures vers le colza, le tournesol, la canne à sucre, la betterave, le palmier à huile, … permettrait, sur l’intégralité du territoire, de passer d’aides à la surproduction subventionnée à des aides à des cultures en sous-production (et qui le resteront longtemps), pour le plus grand bien de notre commerce extérieur et celui des agriculteurs du tiers monde. Ces bio-carburants sont utilisables pour les transports et le chauffage domestique avec un faible coût d’adaptation.

Libérons immédiatement ce marché des contraintes légales actuelles et engageons les moyens de l’état dans la création de nouvelles entreprises là où le marché seul ne résout pas le problème. La gestion volontariste de la bascule énergétique gère en même temps des problèmes écologiques, économiques et sociaux. Ceci ne règle cependant que le problème de bascule énergétique.

La menace climatique est une hypothèque, entre autres, sur nos moyens de production d’énergie, fortement centralisés et en nombre relativement faible. Des inondations massives, par exemple, pourraient parfaitement mettre durablement hors service nombre de centrales, et sans électricité, un pays moderne n’est rien. La solution ici est de s’engager à marche forcée dans une réduction de la consommation électrique d’une part, et de promouvoir massivement les mini installations domestiques indépendantes.

L’objectif à court terme, doit être que chaque habitation ou immeuble soit en mesure d’assurer son autonomie vitale (éclairage, réfrigérateur, 15° de chauffage, mini appareils domestiques pour les particuliers par exemple). La technologie actuelle (éoliennes, panneaux photovoltaïques, capteurs solaires, pompe à chaleur, moyens d’isolation, …) permet d’ores et déjà de s’approcher de cet objectif. Une accélération de la recherche et une forte volonté politique doivent permettre de faire le reste. Les industries ne pouvant adopter la même voie doivent être protégées par des travaux préventifs partout où cela est possible (une évaluation des dommages doit être préventivement établie en fonction de scénarios climatologiques). Des infrastructures de communication résistant à ces dommages climatiques doivent impérativement être déployées. En assurant l’autonomie énergétique plus les communications en cas de désastre, nous préservons notre capacité de réaction et de rebond. Un système robuste et réparti de production d’énergie abondante aurait d’autres vertus : avantage concurrentiel très important sur le territoire national, indépendance accrue, bénéfices sociaux distribuables aux plus faibles. C’est enfin un objectif visible pour fédérer et motiver les équipes de chercheurs.

Les menaces sont identifiées, les solutions existent, mais le plus grand risque demeure notre difficulté à croire que ce qui n’est jamais arrivé puisse arriver. Mais des événements visibles comme Katrina ou moins visibles comme le déplacement des éco-systèmes montrent que cela est déjà en train d’arriver. Ici aussi, le ciel peut nous tomber sur la tête et il nous faudra plus que le spectacle politique habituel pour résoudre les problèmes.