Vide de sens

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J’ai lu à de maintes reprises sur des blogs politiques des commentaires du genre : “les programmes politiques ne servent à rien”, “il faut être naïf pour croire aux idées en politique”, “la vision politique cela n’existe pas”. Il est étrange de constater que ces commentaires définitifs font écho à ceux d’il y a quelques mois qui disaient eux, “la gauche et la droite c’est pareil”, “non à la pensée unique”, “ils gouvernent au jour le jour”. J’ai beaucoup de mal à comprendre comment on peut à la fois être aussi inconstant et incohérent.

Est-ce la faute à une offre insuffisante ? Je ne le crois pas car des hommes politiques tels que F. Bayrou ou D. Strauss-Kahn (pour ne citer qu’un exemple droite / gauche) montrent qu’ils ont des convictions appuyées par une analyse transfomée en vision politique. Tout citoyen pourrait donc juger en fonction de ses convictions et aspirations lequel est le plus porteur de ses espoirs, lequel répond le mieux aux critiques qu’il formulait il y a quelques mois. Mais cela ne se passe pas ainsi. De tels candidats bénéficient généralement d’un certain respect (chose rare en politique), mais le citoyen du café du commerce semble basculer dans un état second stimulé par l’agitation médiatique. On commente la sortie du bain de mer de celui-ci, la couleur du maillot de bain de celle-la, du coup de pagaie de tel autre, du passage chez le disquaire de ce dernier, et l’on s’entredéchire allègrement à coup d’arguments vaporeux sur son président idéal, icône merveilleuse chargée de terrasser les faux dieux représentés par les “autres”. Le plus petit incident, aussi banal soit-il, devient alors la source d’un débat enflammé ou peu de citoyens reculent devant un argument qui en d’autres circonstances serait l’objet d’un éclat de rire salvateur. La bataille devient à la fois crutiale et menée sur du vent.

Le mariage pris aux mots

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Signe des temps, après la fête de la musique et celle du cinéma, notre société s’est créée un rendez-vous annuel de plus : une journée identitaire homosexuelle, ou plus précisément pour une certaine variété sexuelle.

Peut-être cette journée serait-elle restée anecdotique si elle n’impliquait pas une évolution des lois, ou plus exactement, une évolution des repères de la société. Et du coup, tout homme ou femme politique s’est senti le devoir d’affirmer sa position, soit ancrée de longue date, soit mue par le besoin d’afficher un visage ouvert à un électorat non négligeable, quitte à faire quelques cabrioles avec la cohérence de ses idées.

Mais au-delà du yaourt politique, quel est le fond de cette évolution ?

D’abord, je crois que l’orientation sexuelle a gagné son droit à l’indifférence, ou est en voie de la gagner. Non pas que les discriminations ou vexations aient disparues, mais simplement qu’elles tendent à être du même (bas) niveau que celui du rejet “ordinaire”, racial, religieux ou ethnique. Stupidité primaire de ceux qui ne supportent pas leurs voisins et trouvent le
premier argument débile pour exprimer leurs frustrations. Passons.

Ce qui est recherché aujourd’hui, c’est une nouvelle reconnaissance sociale du foyer, quel qu’il soit. Et c’est là que les choses deviennent plus compliquées, et intéressantes.

Le PACS avait pour objectif de redéfinir administrativement ce que l’état reconnaissait comme foyer ; la demande est aujourd’hui la reconnaissance sociale de ce même foyer : son fondement, sa symbolique et ses implications.

  • Le fondement, tel qu’il apparaît revendiqué par la communauté homosexuelle et au-delà, est l’amour entre deux être, sans considération du sexe. Il faut être deux, s’aimer de façon stable et vivre ensemble pour être accepté comme uni. Il faut remarquer au passage que loin d’être progressiste, c’est une conception conservatrice, très romantique XIXème siècle et que le débat évite soigneusement la question de la polygamie ou la polyandrie qui ne sont pourtant pas que des sujets de vaudeville et dont la reconnaissance bouleverserait la société bien au-delà du fait homosexuel…
  • La symbolique est celle de la cérémonie de mariage. Une candidate à la présidentielle s’est étonnée que ce symbole “bourgeois” soit revendiqué comme un signe de progrès social : pourquoi ne pas s’en tenir au PACS ?
    Simple preuve de son incompréhension de la société dans laquelle nous vivons. Le
    PACS, avec son côté exclusivement contractuel et administratif, se rapproche encore plus de l’union bourgeoise (faite pour préserver le capital familial) que le mariage avec son romantisme, sa symbolique amoureuse, sa symbolique républicaine avec la déclaration solennelle du maire en salle des mariages, et ses codes du bonheur (la robe, le bouquet, la fête, etc…).
    Même si tous ces symboles ne peuvent être systématiquement repris pour les unions LGBT, ils sont présents dans les esprits. Aspirer à cela n’a donc rien d’étonnant !

Si l’on s’en tenait là, les choses pourraient être réglées assez facilement. Mais voilà, en commençant mon post, j’ai parlé de foyer, en passant à la symbolique, j’ai écrit mariage. Et si le mariage paraît quelque chose de simple à définir, on s’aperçoit assez vite en confrontant les points de vue, qu’il recouvre des éléments totalement différents selon les personnes : union, patrimoine, sexualité, patronyme, symbole, religion, citoyenneté, loi, enfant, … Et l’élément le plus déterminant est probablement l’enfant car c’est celui qui a le plus d’implications sociales.

L’argument utilisé pour décorréler mariage et enfant est qu’une bonne proportion d’enfants naissent hors mariage ; à partir de là, il en découlerait que l’enfant n’est plus un élément discriminant et que l’on peut utiliser ce mot mariage comme terme générique fondateur du nouveau foyer. Or, même si je n’ai aucune difficulté à donner un droit et une reconnaissance symbolique sociale aux unions LGBT, je refuse que l’on m’ôte ce symbole à moi et à tous ceux pour qui l’enfant est un des piliers de leur union (ce qui au passage n’exclus pas les mariages lesbiens, la dissymétrie est complexe en la matière).

Pour se sortir de cette situation, je crois que retenir les termes d’union civile ou républicaine pour la reconnaissance sociale des unions, quelles qu’elles soient, est un bon compromis, et que le statut des couples “féconds” soit reconnu à travers le mariage comme un élément supplémentaire, souhaité et favorisé par la république car indispensable à la nation. Là serait sans doute l’évolution profonde et sereine.

Finalement, ce problème de société en cache bien deux, biologiquement corrélés : l’union et l’enfant. La société peut évoluer sans problème sur le premier, mais doit protéger le statut du second, aussi bien sur la loi qu’au niveau de la symbolique sociale.

Bouffonnerie

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Fin juin, la candidate à la présidentielle Marie-Ségolène Royal s’est faite entartée (avec un fraisier). D’abord, je dois bien avouer avoir mesquinement souri en regardant les images de l’épique escarmouche rochelaise ; le spectateur se laisse facilement aller à rire de ces gamineries surtout lorsqu’elles touchent une icône, qui plus est, politique. Pour justifier son geste (non prémédité selon son auteur Jonathan Joly), ce dernier a déclaré :

Complexée, sourde, hypocrite et démagogue dans sa globalité, la gauche plurielle est portée par un électorat qui tend à sombrer dans la déprime et la désillusion . Et je suis de cet électorat désabusé qui prend aux mots le slogan de “démocratie participative”.
L’entartage est à ce titre une opération qui demande des comptes à la caste politicienne et la désacralise ou s’efforce d’être perçu comme tel.

Marie-Segolène Royal entartée

Passé l’instant de rigolade facile, je me suis fait la réflexion que sans le oueb (je suis tombé par hasard sur la vidéo), je n’aurais peut-être jamais eu vent de l’histoire. Qui plus est, j’ai appris au passage que le ministre de l’intérieur avait subi également le même sort auparavant.

Non seulement ces deux icônes de la politique ont une énorme capacité à occuper le terrain médiatique, mais en plus, elles réussissent manifestement bien à censurer ce qui peut nuire à leur image. Ceci en dit définitivement long sur l’objectivité journalistique (alors que je me souviens avoir vu les entartages de BHL ou de Bill Gates à la télé…). Mais passons sur le triste théatre médiatico-politique.
Le plus important, c’est le fond, du fraisier, de l’affaire et du gouffre. Comment en est-on arrivé à ce point de délabrement pour que la politique ne soit plus qu’une bouffonnerie ? Comment des hommes et des femmes politiques peuvent-ils continuer à croire que faire de la politique c’est faire du marketing vide de contenu, c’est surfer sur l’air du temps sans porter de message, d’idée, de vision ? N’avoir à la télévision qu’une posture, une gestuelle, une image ? Que faut-il encore de plus pour que cela cesse ? Cet épisode a priori si anecdotique (sauf pour les intéressés), en ajout de toutes les dégradations de nos institutions, de notre respectabilité internationale, nous mène au pire des chaos, celui généré par le ridicule, la perte de considération pour notre propre identité. Imaginez-vous un président ou une présidente accueilli(e) à un sommet international et raillé(e) comme un tartuffe entartée ! On nous regardait comme malhonnêtes, incohérents, nous voici maintenant risibles et pathétiques.

A ma liste de critère pour l’élection de 2007, je vais ajouter que le président devra posséder une aura naturelle de respectabilité et d’autorité.

L’envers de la vision future du passé

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Connaissez-vous les aymara ? Ce peuple d’Amérique du Sud, outre son goût particulier pour les chapeaux, possède une particularité psycho-linguistique unique :
il rattache le passé à ce qui est vu et le place donc naturellement devant eux, alors que le futur est pour eux situé derrière eux car demeurant invisible.

Evidemment, avec une telle spatialisation du temps, difficile de leur faire croire qu’aller de l’avant est source de progrès et qu’il faille tourner le dos à ses erreurs pour ne plus les commettre.

Et connaissez-vous les français ? Ce peuple d’Europe de l’ouest, outre son goût particulier pour la linguistique,
semble également affecté d’un problème de spatialisation de son destin.
En effet, depuis quelques dizaines d’années, il semble avoir une vision circulaire du passé et de l’avenir.
Analysant leurs problèmes, chacun des français se déclare prêt à aller de l’avant, décidé à quitter leur état, mais, devant passer à l’action, ils en viennent invariablement à réutiliser les mêmes rhétoriques, à voter dans le sens d’un faux changement qui reconduit les mêmes modèles, à voter pour une alternance mais en choisissant ceux qui ne changent rien, ceux qui reconduisent le système et la stagnation qui va avec.

Entre la peur de changer et l’impérative urgence du changement, ce peuple semble pris d’une frénésie d’oscillations qui annule toute possibilité d’avancement.

Changer c’est certes pas aisé, mais une fois reconnue l’impossibilité de ne pas le faire, le mieux est de se décider pour quelqu’un donnant le maximum de garanties pour conduire ce changement. Lorsque l’on ne prend pas le chemin du changement maîtrisé, on se dirige à coup sur vers la rupture subie.

Mais est-ce une question de mauvais choix ou d’absence de choix ?

Si l’on s’en tient à l’offre politique en tant que partis, on peut se dire qu’il s’agit d’une absence de choix puisque cette offre est figée depuis l’alternance miterrandienne, avec un bloc à droite (allié ou pas en fonction des rapports de force) et un bloc à gauche (qui se présente plus systématiquement comme allié mais avec une cohérence peu évidente en général).

Si l’on regarde l’offre en tant que candidats, là on constate que, bien que souvent peut différenciée, nous avons vu passer des candidats “plausibles” avec un bagage intellectuel “différent”. Un choix raisonnable différent nous a été présenté presque à chaque présidentielle. Hélas, ces choix différents n’ont jamais été plébiscités par les français, qu’ils se soient appelés Barre, Rocard ou maintenant Strauss-Kahn. Etrange ce phénomène qui fait que des hommes
indiscutablement reconnus comme compétents et rigoureux n’arrivent pas à briser notre vision circulaire du destin. Etrange cette façon que nous avons d’apprécier le yaourt politique à la place d’une vision constructive de demain. Etrange cette paralysie de l’intelligence et de l’instinct de survie dès que nous nous retrouvons dans un isoloir…

Média, réaction en chaîne et syndrome chinois.

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Connaissez-vous cette théorie qui prédit qu’en cas d’emballement, un réacteur nucléaire pourrait arriver à détruire le terrain sous lui et traverser la planète ?
Et bien il semble qu’il en existe une équivalence sur un domaine très peu scientifique et qui s’appelle politique. Le principe en est le suivant :
– un réacteur, appelé homme ou femme politique, est l’élément de base
– ce réacteur génère habituellement une forme d’énergie qui s’appelle idée, avec des variantes isotopiques appelées projet, vision, discours, meeting
– ce réacteur, moyennement actif en phase normale, peut être catalysé par une famille d’éléments appelés media, dont le plus redoutable s’appelle micro.

Ceci étant posé, il existe des cas particuliers où réacteur et catalyseur se lient par une force irrépressible, devenant “addicts” l’un de l’autre, s’auto-alimentant en amplifiant progressivement et irrésistiblement leur interaction.
Hélas, les isotopes produits par le réacteur (projet, idée, vision, discours, meeting) deviennent alors très souvent de plus en plus anormaux et finissent par quitter l’univers rationnel pour basculer dans une sorte d’univers quantique où toute valeur de départ perd son sens et où tout devient possible, en apparence.
Tout, et surtout le n’importe quoi.

Nous avions eu déjà un tel exemple en fin d’année dernière, lorsque le ministre de l’intérieur, dans sa course contre lui-même, s’était lancé dans une escalade médiatique qui l’avait obligé à hypertrophier son discours par une suite de déclarations à la presse à chaque fois plus retentissantes que la précédente.
Réacteur et catalyseur s’étaient tellement auto-intoxités qu’ils n’avaient pas vu venir les émeutes qu’ils avaient fini par préparer, le monde réel ne supportant plus d’entendre ce qu’il considérait comme des provocations à répétition qui s’ajoutaient à une situation déjà bien trop compliquée.
Ce réacteur là n’est pas arrivé au syndrome chinois, mais a généré pas mal de dégâts collatéraux lors de son explosion.

Or, une autre réaction en chaîne semble être en train de se développer. Le catalyseur n’a pas changé, mais le réacteur appartient au camp d’en face cette fois.
La réaction en chaîne semble être partie d’une anodine phase d’apathie politico-médiatique, suite justement aux émeutes, le monde politique étant sérieusement sonné par cet épisode lui apparaissant incompréhensible.
Puis, passé l’effet de remplissage stérile pendant quelques mois, ce réacteur a dû commencer à trouver des arguments originaux, différents, pour continuer à intéresser le catalyseur média.
L’originalité ne s’est pas faite sur la nouveauté, mais sur le décalage entre le positionnement politique attendu et celui présenté. Le réacteur a donc commencé à générer des isotopes appartenant au camp d’en face, ce qui ne suffit qu’un temps, et, le temps passant, l’union infernale réacteur / catalyseur est obligée de générer de plus en plus de particules appartenant de moins en moins au monde de la raison.

Ce réacteur là finira-t-il en syndrome chinois ? Ira-t-il au delà de tout contrôle, de toute raison? J’espère que non, mais une chose me navre : le spectacle plaît. Nous semblons avoir en ce moment une fascination passive pour l’autodestruction, un besoin morbide de trouver ce qui réussira à tout faire exploser.
En tout cas, en ce qui me concerne, je continuerai à défendre la raison, le débat raisonné et guidé par les principes et le respect de tous.

Democratie PS

Maintenant que je suis président : conclusion

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Ce “blogramme présidentiel” a été abordé (trop rapidement) sous les trois angles : choix de société, mouvement et verrou,menaces et ruptures. Ceci est en apparence loin des habituelles et interminables discussions sur le chômage, l’insécurité, le modèle français, l’école, etc… Pourquoi ce choix ?
D’abord pour éviter les positions de principe définitives ; a force de rabâchages, tout un chacun s’est gravé sa solution dans le marbre et rejette tout ce qui n’y ressemble pas de près ou de loin. Attitude au final stérile.
Ensuite parce que si ces questions récurrentes n’ont pas encore trouvées de réponses satisfaisantes, cela peut être pour trois raisons :
1) tous ceux qui se sont attelés à la tâche sont des idiots
2) ces problèmes n’ont pas de réponses
3) ces questions n’étant pas les bonnes, elles ne peuvent trouver de solution.
Croyant philosophiquement à l’intelligence de mes semblables et étant d’une nature relativement optimiste, j’opte pour la dernière proposition et c’est pourquoi j’ai cherché un éclairage d’une autre nature.
Chômage, insécurité, modèle, école, sont tout à fait liés aux éléments proposés ici, mais comme éléments intermédiaires, le but à atteindre étant au-delà des contingences immédiates. Le présent et l’immédiat doivent être délégués au gouvernement, le capitaine président lui ayant la charge de l’objectif du voyage et de la solidité de la structure du navire.
Il faut en finir avec ces pathétiques scènes de Hamlet entre petits marquis, reprendre de la hauteur, regagner le prestige d’une nation qui fut grande et doit le redevenir par ses qualités et son énergie.

Quand je serai président : une ébauche de programme, partie III

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Choix énergétiques en réponse aux menaces de rupture La question des choix énergétiques à court terme n’est plus une simple question d’équilibre géopolitique ou un exercice de projection sur l’avenir. Le risque de rupture énergétique liée à la fin annoncée de l’ère du pétrole menace directement notre place de grand de ce monde, quant au risque de rupture climatique, il fait peser une menace directe sur notre existence en tant que nation. Que l’histoire de Rapa Nui (île de Paques) nous serve d’avertissement d’autant plus nécessaire que notre mémoire ne gardant pas la trace d’événements similaires, nous les considérons comme impossible. Des choix énergétiques rapides peuvent annuler complètement la menace liée à la fin de l’ère pétrolière, diminuer (trop faiblement cependant) les effets d’un basculement climatique et surtout, augmenter considérablement nos possibilités de survie.

Comment ? D’abord, et à l’évidence, en accélérant largement la substitution du pétrole par des huiles ou alcool agricoles. L’aide à la réorientation des cultures vers le colza, le tournesol, la canne à sucre, la betterave, le palmier à huile, … permettrait, sur l’intégralité du territoire, de passer d’aides à la surproduction subventionnée à des aides à des cultures en sous-production (et qui le resteront longtemps), pour le plus grand bien de notre commerce extérieur et celui des agriculteurs du tiers monde. Ces bio-carburants sont utilisables pour les transports et le chauffage domestique avec un faible coût d’adaptation.

Libérons immédiatement ce marché des contraintes légales actuelles et engageons les moyens de l’état dans la création de nouvelles entreprises là où le marché seul ne résout pas le problème. La gestion volontariste de la bascule énergétique gère en même temps des problèmes écologiques, économiques et sociaux. Ceci ne règle cependant que le problème de bascule énergétique.

La menace climatique est une hypothèque, entre autres, sur nos moyens de production d’énergie, fortement centralisés et en nombre relativement faible. Des inondations massives, par exemple, pourraient parfaitement mettre durablement hors service nombre de centrales, et sans électricité, un pays moderne n’est rien. La solution ici est de s’engager à marche forcée dans une réduction de la consommation électrique d’une part, et de promouvoir massivement les mini installations domestiques indépendantes.

L’objectif à court terme, doit être que chaque habitation ou immeuble soit en mesure d’assurer son autonomie vitale (éclairage, réfrigérateur, 15° de chauffage, mini appareils domestiques pour les particuliers par exemple). La technologie actuelle (éoliennes, panneaux photovoltaïques, capteurs solaires, pompe à chaleur, moyens d’isolation, …) permet d’ores et déjà de s’approcher de cet objectif. Une accélération de la recherche et une forte volonté politique doivent permettre de faire le reste. Les industries ne pouvant adopter la même voie doivent être protégées par des travaux préventifs partout où cela est possible (une évaluation des dommages doit être préventivement établie en fonction de scénarios climatologiques). Des infrastructures de communication résistant à ces dommages climatiques doivent impérativement être déployées. En assurant l’autonomie énergétique plus les communications en cas de désastre, nous préservons notre capacité de réaction et de rebond. Un système robuste et réparti de production d’énergie abondante aurait d’autres vertus : avantage concurrentiel très important sur le territoire national, indépendance accrue, bénéfices sociaux distribuables aux plus faibles. C’est enfin un objectif visible pour fédérer et motiver les équipes de chercheurs.

Les menaces sont identifiées, les solutions existent, mais le plus grand risque demeure notre difficulté à croire que ce qui n’est jamais arrivé puisse arriver. Mais des événements visibles comme Katrina ou moins visibles comme le déplacement des éco-systèmes montrent que cela est déjà en train d’arriver. Ici aussi, le ciel peut nous tomber sur la tête et il nous faudra plus que le spectacle politique habituel pour résoudre les problèmes.

Quand je serai président : une ébauche de programme, partie II

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Mouvement et Verrous : l’expérience du recuit simulé

La mise en mouvement d’une société verrouillée est un vrai défi : elle ne peux se faire que par l’adhésion des citoyens qui sont a priori contre toute évolution. Contrainte supplémentaire, ce conflit entre nécessité et volonté ne doit pas se régler à travers les soubresauts violents dont nous sommes coutumiers. Puisque nous ne pouvons ni réformer suffisamment l’existant, ni le brûler, il me semble préférable de construire en parallèle de l’existant une société redynamisée, en prenant garde toutefois de le faire de façon positive pour tous, et à travers l’adhésion libre des citoyens qui en ont la volonté et l’énergie. Si l’expérience réussi, elle entraînera l’adhésion de tous, si elle échoue, l’acquis n’aura pas été détruit.

Le message à passer est le suivant : soyons solidaires des efforts de ceux qui veulent progresser, mais ne détruisons pas l’existant avant d’avoir la certitude du mieux.

En pratique et si l’on prend l’exemple d’un des blocages les plus visibles de notre nation, la mission des services publiques doit systématiquement être redéfinie en fonction des besoins des citoyens : quels services rendent l’éducation nationale, l’armée, la culture, les collectivités territoriales, …, les entreprises publiques, la poste etc ? Clarifier le besoins et les objectifs est un préalable absolu. Pour une entité donnée, soit la redéfinition du besoin constitue une évolution mineure et un accompagnement collectif résoudra simplement le problème, soit il s’agit d’une refonte et dans ce cas, une nouvelle entité doit être bâtie en transférant progressivement les moyens, les compétences et les hommes volontaires.
Le pari étant qu’une fois la volonté collective actée contractuellement et le mouvement amorcée, les dénis définitifs de changement seront l’exception car ils n’auront plus de fondement.
Cette co-évolution n’est pas en elle-même nouvelle et c’est un mécanisme similaire qui a, par exemple, permis de passer “naturellement” les systèmes bancaires nationaux vers des banques aujourd’hui privées. Le but ici est d’ailleurs moins radical que ce passage public / privé : il s’agit de faire évoluer nos services publics avec des moyens adaptés : déverrouiller sans tout brûler.

En dehors de l’administration, la société elle-même doit être mise en mouvement pour recréer un brassage sociologique mais aussi économique. Ceci peut se faire via la création ex nihilo de villages (l’expérience des villes nouvelles a largement montré l’hérésie des grands projets flamboyants et la renaissance actuelle des villages désertés montre bien l’attachement de tous à cette richesse de nos campagnes). La cible prioritaire seraient les citoyens des actuelles banlieues et les objectifs affichés sont :
– rééquilibrer les banlieues en les allégeant d’une partie de leur population (diminution de la pression interne)
– redonner la possibilité d’un choix de vie et d’un nouveau départ à chaque citoyen volontaire
– créer un mouvement migratoire national interne vers des villages sociologiquement et économiquement viables
– recréer des encrages économiques locaux face à une sphère financière incontrôlable (la micro-économie d’un village n’est pas délocalisable)
– redonner accès à l’économie à des personnes aujourd’hui éjectées durablement d’un système qui rejette définitivement tous ceux qui n’ont pas un niveau de connaissance suffisant et accès à la monnaie électronique (transactions boursières en ligne, mais aussi commerce mondiale via e-bay par exemple, ou revenus via AdSens, etc…).
Ce mouvement d’émigration interne suppose un management très fort car il n’existe pas à ma connaissance d’essai de rééquilibrage de la société sur la base de critères de liberté de choix de vie individuel (les populations sont en général poussées à la migration par des contraintes extérieures fortes).

L’espoir est donc de proposer à chacun un avenir collectif meilleur, construit par les plus dynamiques dans le respect de l’existant.
Chacun pourra participer à cet avenir au moment où il se sentira prêt. Les citoyens ne doivent plus être placés dans une situation de verrou et l’évolution de la société ne doit plus être un cassus belli permanent.

Quand je serai président : une ébauche de programme, partie I

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Choisir sa société.

Je propose de partir de la pyramide de Maslow pour définir ce choix. Cette pyramide, bien que discutable sur certains points, a le mérite d’être simple et compréhensible pour le commun des mortels et elle fournit une grille de lecture suffisante pour notre propos.

1) Quels sont les besoins fondamentaux sur lesquels chaque citoyen est en droit d’attendre satisfaction de la part de son pays ? A ce jour, notre constitution ne garantit pas un droit minimal ni à la nourriture, ni à l’hébergement, elle donne quelques garanties de soins, au mineurs en particuliers, et est très vague quant à ce qui touche à la vie et à la mort. Elle ignore le droit d’accès à l’énergie.
Tous ces éléments ne sont pas complètement écartés mais ils sont généralement traités par le biais de prestations financières. On répond par l’argent à des besoins très humainement primaires, ce qui au final déshumanise et rend vide de sens ces prestations dont la justification finit invariablement en arguties de gestionnaires.
Je propose donc de garantir constitutionnellement le droit à une ration alimentaire minimale,
le droit à quelques mètres carrés chauffés et entretenus, le droit à un ensemble de soins préventifs définis ainsi qu’aux soins d’urgence, et le droit à un accès minimal à l’énergie (sous forme de quotas d’électricité ou de titre de transport par exemple). Suivant sa sensibilité politique, chacun pourra placer le curseur de ce qu’il définit comme absolument nécessaire, mais je ne conçois pas que notre société puisque continuer à ne pas définir un seuil minimal.
La définition et les droits à la vie et à la mort sont plus complexes à statuer constitutionnellement, mais rien n’empêche que cette même constitution ouvre ce débat et demande que la société progresse pour pouvoir y donner une réponse. Si nous ne sommes pas assez mûrs pour répondre à une question aussi fondamentale, une nation digne de se nom doit au moins avoir le courage d’affronter son ignorance.

2) Quels sont les besoins de sécurité sur lesquels chaque citoyen est en droit d’attendre satisfaction ?
Là doivent être définis les équilibres entre prévention, action policière, justice pour la partie
crimes et délits, mais également formation tout au long de la vie, protection sociale de l’individu permettant de garantir que chaque citoyen conserve une place au sein de notre société. L’insécurité me semble être le ressenti douloureux d’un écart entre un individu qui s’isole et un univers qui lui échappe et lui apparaît hostile.
Nos lois doivent garantir l’arrimage de chaque citoyen à la nation. Là également, chacun pourra fixer les mécanismes d’arrivage en fonction de sa sensibilité politique.

3) Quels sont les éléments qui identifient l’appartenance au groupe France ? En clair, qu’est-ce qui fait de chacun un citoyen, qu’est-ce que la majorité, qu’est-ce que le mariage, en quoi les relations avec les autres citoyens européens sont particulières ? Ces éléments sont classiquement mieux définis que les éléments précédents mais ils sont largement remis en cause. Une évolution ne peut être le seul fait des spécialistes comme l’a montré le rejet de constitution européenne.

4) Quels sont les éléments qui permettent à chaque citoyen de s’accomplir au sein de notre société, en particulier sur le plan politique ? Nous devons restaurer des mécanismes d’ascenseur social et sortir l’élite politique de sa stricte enclave aristocratique adoubée par notre système de grandes écoles à vocation politique. La république doit à la fois restaurer la diversité et choisir son personnel politique non pas à travers les hasards carriéristes mais sur des critères de compétences choisies par la nation.

De la réponse à ces questions doit décliner un choix assumé de société puis gravé dans la constitution et la loi.
La constitution ne doit plus être une simple définition organique de l’administration du pouvoir politique.
Au fil du temps, la Vème république a perdu son âme et son élan ; les citoyens doivent lui redonner cette âme et cet élan.

Quand je serai président : analyse

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M’étant réuni avec moi-même, j’ai décidé d’être candidat à la candidature. Mais n’étant pas acoquiné avec des journalistes, j’en suis réduit aux analyses et à la proposition d’idées. Donc, concitoyen mon futur électeur, commençons par quelques analyses.

Choisir sa société.

Il est faux de dire que la France est un pays d’hyper protection (chaque hiver, elle laisse mourir des gens qu’elle peut facilement sauver) aussi bien que c’est un pays d’archaïsme économique (nos entreprises sont de grands prédateurs sur la scène économique mondiale). Par contre, la France manque d’une vision claire et volontaire de ce qu’elle met en œuvre pour ses protections sociales en particulier et ses grands choix stratégiques en général, et a surtout perdu la dynamique offerte par une vision, un objectif commun. Les choix de société ont été effectués par empilement de strates, souvent par la force du combat (reconstruction après guerre autant que luttes syndicales). Or par conservatisme, aucune de ces strates ne peut être remise en cause, ce qui complique de plus en plus chaque avancée.

Toutes nos avancées sociales n’ont pas permis à l’état de garantir a minima des éléments de survie aussi basiques qu’une ration alimentaire minimale, un abris ou l’accès à un niveau minimal d’énergie. Toutes ces avancées ne réussissent pas à annihiler le fatalisme générationnels des familles condamnées à vivre en marge d’une société opulente. L’espoir d’une croissance économique permettant de gommer tous les problèmes est un leurre autant qu’un aveu d’impuissance : certains meurent en France à cause de nos choix tacites et non assumés, aucunement parce que l’économie va plus ou moins mal. L’économie est un outil permettant de dégager des moyens, rien d’autre.

Parce que, crispés sur nos verrous, nous refusons de négocier des renoncements contre des avancées, parce que nous nous focalisons sur l’outils et non le but, nous les condamnons à mort.

Mouvement et Verrous

Le mouvement : la réforme se fait difficilement à petits pas et par demi-mesures, et encore moins en France qui ne connaît par grand chose entre le conservatisme (avec sa variante “l’évolution oui mais pas ça et pour les autres”) et les évolutions par rupture violente. Or quoi qu’il arrive, moins on change et plus il est nécessaire de changer à cause de l’écart croissant avec un point de stabilité (nos sociétés ne sont pas des isolats adiabatiques). Mais rien ne changera si les français ne participent pas à un fort mouvement collectif ou si un accident externe ne détruit pas de facto les verrous.

Les verrous structurels

En plus d’une classique résistance psychologique au changement, la France s’est dotée d’institutions qui verrouillent intellectuellement les possibilités de changement (contrairement à d’autres sociétés qui ont des institutions laissant la place à l’interprétation, donc à l’évolution de la pensée institutionnelle). Nos administrations ont été conçues pour être stables (ce qui est raisonnable) et les élites formées pour les conduire ont été éduquées et sont mises dans des situations personnelles qui les obligent à toujours orienter leurs choix vers la stabilité, ou au mieux une évolution cosmétique (ce qui ne permet pas une analyse objective et détachée, mais génère une aristocratie adhérent à la fameuse “pensée unique”). Cette déformation de l’esprit a également été étendue au secteur privé pour ce qui est des grandes entreprises ou des média, Sciences Po plus encore que l’ENA semble en être la source. A un niveau moindre, l’école de la république a rendu “évidente” la nécessité de stabilité en toute circonstance. Intellectuellement, le français est formaté pour être stable, alors qu’émotionnellement il est plutôt “soupe au lait”. Enfin, dernière composante, le monde universitaire normalement vivier de l’hétérodoxie potentielle est lui aussi verrouillé soit par les grandes administrations de recherche, soit par le schéma de carrière proposé aux éléments prometteurs.

Au final, la stabilité souhaitable pour un état, aboutit à un questionnement quasi permanent (le français conteste “par nature”), rejeté jusqu’à l’instant de la prochaine rupture. La France ne connaît ni mouvement long et soutenu d’évolution structurelle, ni stabilité, juste des crises de rupture.

La menace des ruptures subies

Beaucoup plus que les guerres ouvertes ou larvées (terrorisme), ce qui nous menace aujourd’hui (dans le sens : ce qui peut nous faire basculer définitivement et de façon non voulue vers “autre chose”) ce sont

1) la rupture énergétique (fin de l’ère du pétrole) et

2) une rupture climatique.

1) La rupture énergétique est la plus facile à négocier car anticipable et pouvant être progressivement résolue à moyen terme (moins de 10 ans probablement) par des sources palliatives et une baisse des besoins énergétiques. Le plus grand danger est de ne pas anticiper à temps à cause d’une trop grande confiance en soi ou pire, dans les données fournies par les états ou les sociétés pétrolières. En la matière, il faut adopter un raisonnement probabiliste : tous les acteurs pétroliers ont intérêt à gonfler les chiffres de leur stock et tous les consommateurs ont psychologiquement intérêt à se rassurer. Il est prudent et logique de croire dans ce contexte à la fin rapide de l’ère pétrolière. En l’absence d’une solution de remplacement, notre société changerait fortement d’aspect, principalement par “l’allongement” considérable des distances de transport des biens et des personnes.

2) La rupture climatique (modification profonde des saisons, disparition des écosystèmes, augmentation du nombre et de l’intensité des événements météorologiques catastrophiques, …) elle, ne peut être qu’atténuée dans ses effets sur notre société (nous ne pourrions lutter contre des “moussons cévenoles” qui transformeraient le Languedoc Roussillon en marais ni contre un plongeons précoce du Gulf Stream, ni contre une hausse forte et rapide du niveau des océans) mais nous pouvons apporter des mesures de protection préalables aux populations et industries concernées. Une rupture climatique non anticipée aboutirait probablement à des mouvements migratoires et des désordres sociaux catastrophiques. Cette fois, c’est l’identité même de la société française qui serait impactée.

Je promets de publier quelques pistes de solutions avant mon deuxième mandat…