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EELV ou l’évaporation d’une illusion

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Les signes étaient là depuis plusieurs mois, mais l’échec d’EELV a été acté officiellement cette semaine par Daniel Cohn-Bendit qui, même s’il y a mis les formes, a clairement appelé à voter pour François Hollande au 1er tour de la présidentielle et non pour la candidate écologiste Eva Joly. Cette déclaration qui s’ajoute aux enquêtes d’opinion montrant une « disparition » progressive des intentions de vote pour EELV n’est pas un accident de parcours, un épisode maladroit. DCB est un fin politique et sait parfaitement que s’il y a un scrutin qui mesure l’impact des idées d’un parti, c’est bien le 1er tour de la présidentielle. C’est sans doute le seul suffrage qui ne soit pas lié à des arrangements d’appareil, le choix du « vrai choix » de chaque Français.

Daniel Cohn-Bendit a acté de l’échec d’EELV, répondant a posteriori à un post récent où je m’interrogeait sur les électeurs d’EELV. Cet article a eu un retentissement tout à fait étonnant. En effet, là où un de mes articles sur lepost.fr a une moyenne de 2000 lecteurs, celui-ci en a eu plus de 14.000, qui plus est avec plus de 260 commentaires. C’est tout à fait exceptionnel et les commentaires, là aussi d’une qualité inhabituelle, ont été très instructifs, condamnant tout à la fois les égarements idéologiques d’EELV, les reniements des cadres EELV au profit de leur carrière à court terme, mais aussi la personnalité d’Eva Joly, trop tranchée, trop « exotique », trop peu consensuelle et en déphasage avec les attentes des Français.

Cet échec marque sans doute aussi la fin de la singularité du parti écologiste, qui en fait tient plus du mouvement d’idées que d’un parti. Or la prise en compte des contraintes des écosystèmes, l’aspiration à une vie plus en phase avec des rythmes naturels, un développement plus cohérent, un plus grand soucis du futur, … ont commencé à être intégrés par les autres partis, en particulier par le PS. Pour autant, les idées écologistes intégrées au corpus socialiste ne sont pas celles défendues par EELV. On peut prendre en compte les écosystèmes sans pour autant défendre la décroissance qui n’est qu’une forme plus soft de la récession, on peut prendre en compte les risques nucléaires sans pour autant s’engager dans une politique de rareté et de chèreté énergétique, on peut pendre en compte les impératifs de développement durable sans pour autant ruiner les agriculteurs. Et il y a tant d’autres exemples où le discours d’EELV n’a pas sû s’adapter aux demandes de la société et des Français.

Quelles conséquences pour la présidentielle et les législatives ? Il n’y aura sans doute pas d’impact pour la présidentielle tant la position des verts était devenue décalée et marginale. Leur sort financier est par contre plus que jamais hypothéqué et la trésorière d’EELV aurait mieux fait de conclure un accord financier discret avec le PS plutôt qu’un accord électoralo-financier sur les désaccords idéologiques. Ce qui est plus impactant par contre, c’est la législative où l’accord donne une place démesurée, non fondée idéologiquement et en déphasage avec les attentes des Français, ce qui a déclenché des réactions de rejet, le dernier en date étant celui d’Arnaud Montebourg dont la proximité était peut-être pourtant la plus grande avec EELV. Le PS a besoin d’alliés pour gouverner mais doit de fait acter de la fin de l’illusion d’une majorité plurielle bis qui serait à l’image de celle de 1997. Ce fut alors une période fructueuse, mais c’est le passé, un passé qui n’aura pas de suite. Deux possibilités s’offrent au PS : le front de gauche et le modem. Ces deux possibilités ne sont pas équivalentes.

Idéologiquement, avec le FdG si nous sommes en bisbilles sur les outils de gouvernement, nous sommes en accord sur la finalité à long terme. Inversement, avec le Modem, si nous pouvons nous accorder sur des mesures à court terme pour redresser la France, l’horizon lointain est différent. Ni le FdG ni le Modem ne sont le PS, ne nous leurrons pas. Mais nous pouvons faire un certain nombre de choses ensemble, ne serait-ce que s’accorder sur des éléments de bonnes relations républicaines.

L’objectif d’une immense majorité des Français est de ne plus voir Sarkozy, le lutin noir qui a plongé la France dans une situation épouvantable et a soldé nos valeurs et notre image. Nous devons mener ce combat de concert pour la présidentielle.

L’objectif des électeurs allant de la gauche radicale au centre (et sans doute au-delà ! ) est d’avoir une majorité capable de reconstruire la France sur ses valeurs, d’en finir avec l’individualisme et la loi du « démerde-yoursel », avec un exercice cynique et clinquant du pouvoir. C’est l’objet de la bataille des législatives, et ceux qui ont cru pouvoir la gagner avec EELV se sont trompés car les problèmes internes d’EELV sont beaucoup trop importants pour qu’ils soient d’une aide efficace. Le mouvement écologiste doit faire son examen de conscience, doit retrouver le sens de ses valeurs de son combat, mais il s’agit là de la tâche des militants qui se reconnaissent dans l’écologie. Les cadres et militants PS qui se sont trompés lors des négociations avec EELV doivent eux aussi réfléchir à l’intérêt du parti et des Français. La situation est complexe car il faut acter d’une erreur, acter de la mauvaise analyse d’une situation, acter de l’annulation d’un accord sans pour autant se montrer supérieur ou méprisant. L’exercice est difficile, mais nécessaire. Si le PS veut aider EELV, ce qui me paraît louable, il devra être fort et courageux, intègre et honnête, s’accorder sur les points d’accord pour pouvoir travailler ensemble à l’avenir et acter des désaccords pour éviter les faux-semblants et les compromissions. Nous pouvons y arriver, nous avons tout à gagner à mener cette bataille.

7 thoughts on “EELV ou l’évaporation d’une illusion

  1. En même temps,la position de Daniel Cohn-Bendit n’a rien de surprenante.
    Ca fait près d’un an qu’il désapprouve à chacune de ses interventions publiques l’évolution d’EE-LV (qu’il a crée après le succès aux européennes de 2009). Cela fait également un petit moment qu’il milite pour un accord avec le PS « monnayant » une non-candidature écologique à la présidentielle contre une trentaine/soixantaine de députés à l’assemblée nationale.

  2. Quelques détails sur la position d’A. Montebourg : http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article18831

  3. @Pablo : c’est effectivement en phase avec ses positions passées, ce qui m’étonne quand même c’est que sur un sujet comme sa démondialisation, il fait partie des élus PS qui sont idéologiquement proches d’EELV (au moins sur cela).
    Par ailleurs, j’ai cru voir lors des primaires des électeurs écolos qui ne sont pas revenus au 2nd tour et j’ai dans l’idée qu’ils étaient venus pour AM (mais cela reste mon impression).

  4. Mon analyse semble devoir être confirmée par d’autres. Ici, Le Monde : http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/16/le-spectre-du-retrait-colle-a-la-campagne-d-eva-joly_1630149_1471069.html

    Extraits :

     » La sortie de Daniel Cohn-Bendit vendredi 13 janvier, appellant au vote utile dès le premier tour, a été mollement condamnée par le mouvement »

    « Le fait de ne pas passer la barre des 5 % entraine le non remboursement des frais engagés pour la campagne. Les finances d’EELV, notoirement fragiles, en seraient davantage fragilisées. »

    « Ensuite, la faiblesse des intentions de votes en faveur de Mme Joly incite les socialistes à mettre de côté l’accord conclu avec les écologistes. La sortie d’Arnaud Montebourg, souhaitant ouvertement la défaite à Paris aux législatives de Cécile Duflot, secrétaire nationale d’EELV, est un signe que les dirigeants écologistes ont décrypté dans ce sens. »

    Par contre, mon pronostique est qu’Eva Joly ne renoncera pas d’elle-même et qu’au-delà des problèmes de personnes et d’un accord construit à contre-emploi, EELV a un problème de fond sur son offre politique qui « n’entend » pas les demandes des Français, et le PS a un problème tactique sur le fait de savoir sur quel(s) alliés il peut s’appuyer pour la législative.

  5. Lors des primaires, Montebourg était certainement le plus écolo-compatible (je dirai même mélenchon-compatible et chevènement-comptable, même si ceux deux là n’avaient aucun intérêt personnel à ce qu’il gagne) des candidats, et il a reçu le soutien de nombreux militants-sympathisants de la gauche du PS. Par contre, c’est quelqu’un qui, au sein du PS tout au moins, s’est allié et a rompu avec beaucoup de monde, donc ses revirements ne doivent choquer personne à force.

    Les écolos sont tellement forts pour exécuter leurs propres candidats (Lipietz en 2002, Voynet en 2007 même si c’était moins spectaculaire) qu’il ne faut pas les sous-estimer pour court-circuiter en bonne et due forme la candidature d’Eva Joly. C’est une question de temps certainement 🙂

    EE-LV a émergé en 2009 et 2010 en grande partie sur les faiblesses du PS. Ils ont voulu jouer sur l’effet Fukushima pour capitaliser les votes, or ce n’est pas suffisant pour une élection présidentielle. Après il y a aussi l’effet vote utile qui joue en faveur d’Hollande (rejet de Sarkozy, crainte d’un FN très haut). Ca n’aide pas non plus Eva Joly.

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