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Être de gauche

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logoLa séquence politique qui s’achève n’était sans doute pas prévue, mais elle a au moins un mérite : elle clarifie la situation.

L’erreur d’Arnaud Montebourg, en entraînant Benoît Hamon, a permis de sortir du flou de la ligne politique entre la vision « traditionnelle » socialiste et la vision sociale-démocrate. Il n’était plus possible d’avoir un ministre de l’économie défendant la décroissance et le dirigisme économique en face d’un premier ministre défendant lui la recherche de croissance via l’ouverture d’espaces de manœuvre. Qu’on juge que le couperet soit tombé du bon ou du mauvais côté, on peut au moins s’accorder sur le fait qu’avec une seule direction assumée on a plus de chances d’arriver à un résultat autre que la bouillie.

Le remaniement aurait cependant pu éviter deux écueils à commencer bien évidemment par le délirant cas Thévenoud qui en dit quand même long sur la qualité du recrutement politique. Contrairement à la droite manifestement (voir les cas Copé, Gaino, Lagarde, …), être de gauche c’est sanctionner rapidement et sans appel ceux qui à l’évidence ont franchi la ligne. Mais hélas, mille fois hélas, la structure même de nos institutions ne nous préserve pas de personnes qui se déclarent elles-même souffrantes d’une pathologie clairement incompatible avec l’exercice de toutes responsabilités politiques ! Le vrai scandale est bien là : nous n’élisons pas les gens sur leurs qualités et leur vertu politique. Lorsque cela arrive ce n’est finalement dû qu’au fruit du hasard…

L’autre écueil, moins douloureux mais peut-être à retardement, c’est le cas de Christiane Taubira. Elle a fait un travail excellent et courageux pour mener à bien la réforme du mariage pour tous et doit pour cela avoir notre reconnaissance. Cependant, elle cristallise sur son nom beaucoup de rancœurs et c’est pourquoi il aurait été fortement souhaitable qu’elle migre vers un poste moins exposé où elle pourrait faire entendre sa différence sans que cela crée à chaque fois un psychodrame.

Pour la clarification gouvernementale, c’est donc fait. Oui, et ensuite ?

La suite a déjà commencé, et de mauvaise façon, sur le procès en « être de gauche ». Et comme d’habitude, ceux qui mènent ce procès partent sur l’a priori « la gauche c’est moi, pas toi ».

Être de gauche c’est fondamentalement être réformateur : ne pas accepter l’injustice comme une fatalité, ne pas considérer que les choses doivent rester comme elles sont ou au mieux les améliorer à la marge. Cela implique aussi que des idées qui étaient clairement de gauche hier peuvent être franchement devenues conservatrices aujourd’hui. Sur ce point, la pensée marxiste et au moins aussi à droite que celle de Friedman !

Être de gauche c’est considérer que l’avenir ne se construit que collectivement et au profit de tous. Cette idée est incroyablement moderne car c’est l’un des ressorts les plus puissants de la numérisation de notre société. Ceci est amplifié par le fait que dans cette société en construction, l’égalité de tous est aussi une valeur fondamentale et qu’elle est indissociable de l’équité de chacun. Les incroyables bienfaits d’une société numérique sont accessibles à tous, souvent gratuitement, mais ceux qui contribuent le plus ont l’occasion d’en tirer un bénéfice particulier.

Être de gauche c’est considérer l’argent comme un moyen, pas une valeur. À nouveau cette idée est incroyablement contemporaine dans une économie numérique dont l’une des règles fondamentales est le mécanisme du freemium, ce qui induit probablement un mécanisme de démonétisation de la valeur. Voilà de quoi rediscuter Proudhon !

Être de gauche c’est donner une place particulière à la liberté face aux impératifs de l’ordre. Et encore une fois, nous sommes pris dans un mouvement révolutionnaire (presque) silencieux qui redonne un sens formidable à cette valeur.

Alors le second gouvernement Valls est-il de gauche ? Il l’est lorsqu’il essaie, pour la première fois en France, d’emprunter une voie franchement social-démocrate. Ayant milité pour socialisme & démocratie, je ne peux que m’en féliciter. Mais j’ai des craintes car le corpus de la social-démocratie doit lui-même être questionné et modifié en regard de la rupture de civilisation en cours, et ce n’est pas en répondant aux questions des états généraux du parti que cela risque d’être clarifié !

  • La question est-elle de trouver un moyen de reprendre le contrôle des finances de l’État ou de savoir comment le financer dans un monde ou la démonétisation de la valeur risque fort de supprimer des ressources encore plus vite que la fraude fiscale ?
  • La question est-elle d’ajuster les charges des entreprises ou de les aider à muter dans un système économique où la notion d’entreprise est brouillée, où l’on ne sait plus très bien qui produit et qui consomme ?
  • La question est-elle de redessiner les strates administratives et politiques ou de se poser la question de la place du citoyen, non plus seulement comme choisissant/sanctionnant l’exécutif, mais bien comme acteur de ce pouvoir ?

La droite traditionnelle a renoncé à tout projet politique, ce qui est d’ailleurs cohérent puisque une force conservatrice confrontée à une rupture de civilisation ne peut que se retrouver désarmée.

L’extrême droite joue sur la promesse « d’autre chose » mais dans notre situation actuelle très particulière cette autre chose ne pourrait être que violente et coercitive.

La gauche radicale et révolutionnaire pourrait au contraire se saisir de cette période particulière pour provoquer le « grand soir ». Oui elle le pourrait si elle n’était pas devenue extrêmement conservatrice sur un corpus idéologique d’un autre monde.

Et nous ? Nous sommes au pouvoir et je suis certain de ne pas être le seul à faire le constat de la fin d’une ère. Il faut accepter et faire passer l’idée de la fin d’un monde et surtout accompagner le maximum de personnes dans la reconstruction d’un nouveau monde. Les valeurs de ce nouveau monde sont fondamentalement de gauche et comme je revendique cette appartenance, je ne veux pas abandonner et laisser le soin de sa construction aux aventuriers. Et vous ?

 

2 thoughts on “Être de gauche

  1. Je viens de relire mon post de Valls 1 ( http://wordpress.bloggy-bag.fr/dubitatif/ ).

    J’avais vu juste…

  2. jugan on said:

    Merci et bravo pour cette analyse qui va certainement éclaircir les idées de nombreux militants et sympathisants de « GAUCHE »

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