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Futur congrès socialiste de Toulouse : une contribution de Besoin de Gauche

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La vie du PS est rythmée par des congrès qui sont préparés par un certain nombre de textes : les contributions pour alimenter le parti en idées et les motions destinées à tracer un chemin politique pour la direction.

Cette année est une année de congrès et j’ai personnellement pu participer à la contribution ci-dessous sur l’Europe et suis signataire d’une contribution finistérienne rédigée sous la direction de Jean-Jacques Urvoas. Comme nombre de mes camarades, je regrette que cette phase de réflexion ait été si mal préparée par la direction nationale (averti tardivement de la date limite de dépôt il a fallu faire les choses en urgence) et qu’elle n’ait pas été ouverte aux sympathisants qui sont venus nous soutenir aux primaires et nous ont permis d’obtenir une victoire décisive et complète en juin dernier.

Le texte ci-dessous que vous retrouverez sur http://besoindeurope.wordpress.com/ a été rédigé par des militants sociaux-démocrates appartenant ou proches du courant Besoin de Gauche créé par Pierre Moscovici en 2008. Si vous êtes militants PS et souhaitez signer la contribution il faut envoyer mail à besoindeurope@gmail.com avec vos Nom / Prénom / Si Mandat PS lequel / Si Mandat Elu lequel / Département.

Bonne lecture !

Contribution Thématique : L’Europe 2.0

Préambule

L’Union Européenne et le grand rêve politique de Victor Hugo sont dans une impasse. La technostructure a patiemment construit les limites que nous percevons et que nous ressentons parfois comme insurmontables.  La voiture Europe qui nous promettait un voyage au bout du rêve est en panne, arrêtée sur le bord de la route, capot ouvert et moteur fumant. Même si la situation est douloureuse, il ne faut en aucun cas oublier le chemin parcouru, et en particulier :

  • l’oasis de paix que représente l’Union depuis des décennies ;
  • l’autosuffisance alimentaire et la liberté vis-à-vis de nos choix énergétiques ;
  • les progrès économiques & sociaux ;
  • la place des Européens dans le monde ;
  • les idées démocratiques que nous portons et contribuons à développer dans le monde, décennies après décennies.

Les pères fondateurs ont pensé qu’il suffisait de créer un territoire de prospérité – certes relative – pour vaincre les réticences nationalistes. Ils ont imaginé que l’Europe des citoyens irait de soi en omettant que toutes les constructions politiques pérennes ont eu pour postulat de départ l’engagement des peuples.
L’exemple des décolonisations et des constructions étatiques imposées et leurs lots de guerres, toutes inachevées, servaient d’exemple de ce qu’il ne fallait pas faire. La construction politique ne s’impose pas, elle se choisit par les peuples souverains et éclairés, a fortiori en Europe, mère du concept d’Etat-nation.
Existe-t-il une communauté de destins des peuples européens ? Les citoyens européens sont-ils en capacité de projeter un devenir politique commun, notamment sous forme fédérale ? Y a-t-il un “supra-Etat” de droit européen ? Autant de questions qui restent en suspens et que nous évitons d’aborder avec la crainte qu’elles n’aboutissent à un renforcement des nationalismes qui couvent dans chacun des Etats européens.

 

Europe 2.0 : les TIC pour l’émergence d’une identité commune

Le voyage de la construction européenne n’est pas achevé et il faut choisir entre se lamenter sur le bord de la route, chercher à “rafistoler” l’engin ou procéder à une réforme radicale dans notre conquête du rêve européen.
Dans tout ce qui n’a pas marché, il nous faut reconnaître l’impossibilité que nous avons eu à faire naître une citoyenneté européenne. Certes nous avons un parlement élu, certes les Européens peuvent voter dans l’Union sans considération de nationalité, mais il n’en demeure pas moins que les élections européennes sont plus l’occasion d’un vote défouloir qu’un choix d’espérance, et que les travaux du Parlement européen sont regardés avec une royale indifférence jusqu’au moment où leur application provoque l’ire contre ces « technocrates de Bruxelles ». L’élection ne fait pas plus le citoyen que les institutions.
La naissance d’une citoyenneté européenne doit être une priorité, un préalable avant toute nouvelle évolution constitutionnelle.
Mais comment réussir là où nous avons jusqu’ici échoué ?
Le passage en force à travers des traités abscons a prouvé son inefficacité, voire sa contre productivité.
L’intérêt purement économique a fini par trouver sa limite sur le mur de la dette hérité de l’incurie et la cupidité d’un petit nombre de financiers.
Les révolutions qui fondent les nations ne sont certainement pas la voix à suivre, aussi bien en raison du prix à payer que des écarts identitaires entre les Européens.
Le chemin tracé par le programme Erasmus semble nettement plus prometteur, si nous réussissons à le maintenir dans la durée et si nous réussissons à l’élargir à une proportion beaucoup plus large de la population.
Pour cela, il faut résoudre le double obstacle de la rencontre et de la langue. C’est la rencontre qui rend la création des relations et des identités communes possibles.
Il apparaît nécessaire de développer les programmes de type Erasmus sur d’autres populations, mais ce ne sera pas suffisant.
Le recours à des moyens technologiques semble à ce jour la seule façon de toucher plusieurs millions d’Européens pour les aider à s’identifier à un projet commun, en particulier :

  • Il faut accélérer les efforts de recherche pour aboutir à un traducteur universel permettant une traduction aussi automatisée que possible des textes dans un premier temps, de la voix dans un second.
  • Il faut créer les conditions du développement d’un réseau social communautaire numérique, un EuropeanBook où la citoyenneté européenne pourra se construire.

Sans communication à grande échelle entre les Européens, sans moyen facilitant la compréhension mutuelle, en l’absence d’une volonté (impérialiste) commune qui ne fait pas partie de notre horizon idéologique, nous sommes condamnés à rester dans un modèle européen technocratique au profit de quelques intérêts trop souvent privés.

 

L’Europe 2.0 : vers une constituante

Pour les acteurs politiques et économiques, pour les étudiants et les jeunes qui n’ont pas connu de frontières intra-européennes, l’Europe existe bien, au-delà de ses traités et de sa juxtaposition de systèmes politiques. Que lui manquerait-il pour aller vers une fédération respectueuse de chacune des entités qui la composerait ?
Très certainement, ce supplément d’âme qui nous permettrait de nous projeter collectivement au-delà de nos Etats. Certains signes révèlent ce dépassement national. Les citoyens européens, ont, durant des siècles, combattus les uns contre les autres. Ils ont, aujourd’hui, conscience qu’un destin commun les anime. La fin de la Guerre froide engendrant de nouvelles instabilités géopolitiques qui ne permettent plus d’identifier de manière manichéenne un unique ennemi, mais la sensation de dangers polymorphes, suscitent le besoin de se protéger ensemble, sans pour autant dépendre des Etats-Unis.
Le retour de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN marque, en quelque sorte, un échec des ambitions politiques de l’Europe. L’importance d’avancer d’une seule voix (commune) sur les grands dossiers de politique internationale face aux grands Etats-continents ou (lors d’un positionnement sur les grandes) sur les principales questions internationales constituent un enjeu politique majeur. Les citoyens européens acceptent difficilement, comme ce fut le cas lors de l’entrée en guerre des Etats-Unis, de la Grande Bretagne et de l’Italie contre l’Irak, que les Etats européens n’aient pas de position commune lors des grandes prises de décision. Les manifestations de citoyens anglais ou italiens en soutien des positions de la France étaient symptomatiques du dépassement du citoyen national. Par ailleurs, ils n’ont pas accepté que l’Europe reste impuissante lors du dernier grand conflit européen en Yougoslavie. La crise internationale, a, d’autre part, progressivement construit, avec une accélération ces dernières années, une solidarité sociale européenne. Ainsi, les citoyens européens ont, sur de nombreux points, la conscience éclairée que l’Europe les façonne mais également les bride.
En effet, ceux ci (partant du postulat que le citoyen européen existe) ont le sentiment diffus que l’Europe les aurait trompés. L’Europe économique a, quoiqu’on en dise, rempli ses objectifs durant de longues décennies. Mais elle est aussi, aujourd’hui, en panne d’une Europe sociale, relais essentiel de politiques étatiques à bout de souffle. Les historiens des politiques sociales connaissent le triptyque civilisationnel. C’est le politique qui impose à l’économique et au financier les politiques sociales, c’est ainsi que les droits de la seconde génération devinrent constitutionnels après une maturation politique tout au long de la 3ème République et l’expression des objectifs politiques du Conseil National de la Résistance (CNR) pour prendre l’exemple français.
Sans Europe politique consciente de son destin, point de politiques sociales protectrices des citoyens. Comment alors, après l’échec technocratique du Traité établissant une Constitution pour l’Europe de 2005 relancer la véritable construction politique de l’Union européenne si ce n’est en reprenant le projet constitutionnel par le bon bout et par la mobilisation citoyenne?
C’est ce que nous proposons dans cette contribution… Reprendre par le bon bout le projet constitutionnel européen… Projet ambitieux certes, projet socialiste par essence, européen par obligation, nécessaire pour l’avenir de notre continent et par là même de celui de notre République.
La relance d’un processus européen présenterait l’intérêt de rapprocher l’Union européenne de ses citoyens en les faisant participer à la conception et à l’application de ses politiques. Il s’agirait d’un acte réformiste radical, s’appuyant sur les institutions existantes.
L’article 48 du Traité de l’Union Européenne prévoit que :
(…) 2. Le gouvernement de tout État membre, le Parlement européen ou la Commission peut soumettre au Conseil des projets tendant à la révision des traités. Ces projets peuvent, entre autres, tendre à accroître ou à réduire les compétences attribuées à l’Union dans les traités. Ces projets sont transmis par le Conseil au Conseil européen et notifiés aux parlements nationaux. (…)
Il serait donc possible pour le gouvernement français et/ou autre-s, le Parlement européen ou la Commission, de relancer le processus constitutionnel.
Dans deux ans, de nouvelles élections européennes seront organisées dans chacun des Etats de l’Union.
Pourquoi ne pas être politiquement ambitieux et, une fois nos députés élus, prévoir non pas la convocation d’un « simple » parlement mais également celle d’une assemblée constituante ?
L’Union Européenne a cette particularité d’avoir organisé une représentation populaire sans contexte constitutionnel, mais quelle raison objective empêcherait nos députés de disposer durant un mandat, d’un double rôle de parlementaire européen et de représentant des citoyens européens, chacun pour leur Etat, avec l’objectif de construire une Constitution fédérale ? Qui mieux qu’eux aurait cette légitimité ?
Ce double mandat aurait l’intérêt de permettre, dès l’organisation des campagnes nationales, la participation des citoyens de tous les pays à ce grand travail constitutionnel.
Les Européens s’intéressent à l’Europe et les Français particulièrement. L’intérêt du référendum de 2005 se situait à cet endroit. Les citoyens parlaient de l’Europe. Ce fut, peut-être, le seul moment au cours duquel, en France, ils se sont réellement emparés du destin de leur continent. Récidivons.

 

Europe 2.0 : les city groups

 
Comment mobiliser les adhérents et militants socialistes autour des projets européens afin d’en faire des activistes auprès des citoyens?
La démarche entreprise par le Parti Socialiste français, à la suite de son Congrès, aura vocation à se développer dans tous les partis socialistes et sociaux-démocrates des Etats de l’Union Européenne durant les deux prochaines années.
La dernière campagne électorale pour les élections européennes de 2009 a laissé une impression d’inachevé, d’absence d’intérêt, de lassitude.
Le taux d’abstention, en France, fut révélateur du manque de dynamisme de cette campagne dans laquelle les différents partis (à l’exception des écologistes qui, au final, ont su créer un parti sur la base de ce moment politique atypique), se sont soumis à l’exercice sans (une) grande conviction. Nous savons que les Français s’intéressent à la question européenne, les débats lors du rédérendum de 2005 ont révélé cet engouement que nous n’avons pas retrouvé en 2009.
Le Parti Socialiste est habituellement moteur sur la question européenne, or, deux ans après l’élection présidentielle, il était encore en état de reconstruction.
Avec l’élection de François Hollande à la présidence de la République, cette phase est derrière nous et il convient, maintenant, d’afficher clairement nos ambitions internationalistes et européennes.
Le Parti Socialiste Européen (PSE) nous offre les outils de cette évolution au sein de nos partis nationaux.
Le PSE a été fondé en 1992 à la suite de l’adoption du Traité de Maastricht. Il regroupe l’ensemble des partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes d’Europe. C’est, à l’échelle temporelle des partis qui le composent, une entité récente, en construction.
Il est le second groupe politique au Parlement européen (190 députés sur 754 en janvier 2012, derrière le PPE), le président du groupe socialiste est l’autrichien Hannes Swoboda (à la suite de l’élection de l’allemand Martin Schulz en qualité de Président du Parlement européen en janvier 2012).
Le PSE est le principal parti de l’opposition au Parlement européen majoritairement conservateur.
Le Président du PSE est le Danois Poul Nyrup Rasmussen mais c’est actuellement le bulgare Sergueï Dmitrievitch Stanichev qui en assure par intérim la présidence (du fait de sérieux ennuis de santé de Rasmussen).
Les objectifs du PSE pour 2013 sont les suivants :
§  une représentation unique de la zone euro dans les institutions internationales ;
§  doubler le budget européen de la recherche ;
§  augmenter le nombre d’étudiants bénéficiant du programme Erasmus de 120 000 à 390 000 ;
§  futur industriel de l’Europe pour 2007-2013 ;
§  budget de solidarité avec les régions les plus pauvres à 0,46 % du PIB ;
§  réviser la directive sur le temps de travail ;
§  adopter une directive sur les services publics (égalité d’accès, qualité, financement) ;
§  aides agricoles dépendantes du respect des normes environnementales ;
§  faire passer de 6 % à 12 % la part des énergies renouvelables d’ici à 2010.
LE PSE compte 32 partis membres de plein droit des 27 Etats membres de l’UE et de Norvège, auxquels s’ajoutent 12 partis membres associés (dont deux partis turcs) et 6 partis observateurs.
Le PSE s’est doté d’outils, les city-groups, pour permettre aux socialistes et sociaux-démocrates de militer dans leur pays respectifs.
Ce sont des groupes de travail créés au sein des partis membres. Ils sont actifs au niveau local et régional et cherchent à promouvoir le débat sur l’Europe.
Les city-groups de militants du PSE s’épanouissent dans un cadre informel au sein du PSE. Ils forment un réseau de groupes locaux qui partagent les mêmes objectifs.
Les city-groups des militants du PSE demeurent sous la responsabilité de leurs partis.
Pour la France, ils sont des émanations du Parti Socialiste.
En créant un lien entre ces groupes à travers ce réseau, les groupes communiquent directement entre eux et avec le PSE. Le Parti Socialiste français reprend les travaux du PSE.
Nous proposons, afin de mobiliser dès aujourd’hui les militants socialistes dans la perspective de l’élection européenne de 2014 :

1/ D’imposer la création d’un city-group sur le modèle de celui des Alpes-Maritimes (http://am.citygroup.free.fr/ ) ou de Clermont-Ferrand, de Brest ou d’ailleurs, dans toutes les fédérations avec un secrétaire fédéral aux questions européennes en charge de le faire vivre et de rendre compte régulièrement de ses travaux en conseil fédéral ;

2/ De réunir régulièrement, sous la responsabilité du-de la Secrétaire National-e, les secrétaires fédéraux pour des travaux communs permettant d’anticiper et d’organiser, dès que possible, la campagne pour l’élection européenne ;

3/ De faire de la question européenne, une question essentielle et prioritaire dans l’agenda national du Parti Socialiste et ce malgré les différentes échéances électorales locales ;

4/ D’imposer aux candidat-e-s qui se présenteraient à l’élection européenne de conserver leur mandat jusqu’à la fin de la mandature européenne ;

5/ De créer un organe de concertation permettant aux citoyens intéressés par les questions européennes ou souhaitant obtenir des renseignements de saisir rapidement les députés européens de la grande région dont ils relèvent.

 

Europe 2.0 : au-delà des frontières, la Méditerranée

Depuis 2008, date de notre dernier congrès, les bouleversements géopolitiques les plus importants connus aux frontières de l’Union Européennes et au-delà, concernent le bassin méditerranéen. Les printemps et les hivers arabes se sont succédés.
Saisis par la crise financière, les pays de l’UE ont fait le triste constat de l’absence de coordination pour traiter les problèmes qui lui sont propres et, c’est sans surprise que les grandes ambitions à l’égard de ses voisins du sud ont été rangées dans la pile des affaires secondaires.
Le processus de Barcelone initié pourtant en 1995, ainsi que le processus de relance de l’Union Pour la Méditerranée (dont on rappellera que la Tunisie, l’Egypte et la Syrie en sont membres) s’enlisent.
Pire, sous la présidence française de Nicolas Sarkozy, le durcissement de la politique d’asile et d’immigration a non seulement inquiété la Commission, mais aussi envoyé le pire des signaux aux peuples en quête de démocratie. L’Europe, dans son mode de fonctionnement intergouvernemental, a dans ce domaine et à ce moment-là de l’Histoire, fait la démonstration de son incapacité à se dépasser au profit de positions uni-latérales en décalage avec les enjeux qui s’imposent à elle.
Le processus d’adhésion de la Turquie suit la même voie. Et pourtant, c’est une chance économique, énergétique, démographique, et diplomatique.
Avec un PIB qui a été multiplié par 4 en 10 ans, la quinzième puissance économique mondiale serait un atout qui offrirait de nouveaux débouchés commerciaux et des capacités de production (et) spécialisées renforcés avec une main d’œuvre qualifiée.
Si l’Europe doit porter le projet de la transition énergétique avec l’urgence environnementale sans cesse rappelée, elle le doit aussi en raison de l’enchérissement dû à la raréfaction des sources d’approvisionnement du vieux modèle pétrolier. La position géographique de la Turquie plaide en faveur d’une moindre dépendance à l’égard de la Russie et renforce (donc) au-delà de la nécessité écologique de la conversion, la capacité de l’UE à muter d’un modèle de production à l’autre moins brutalement.
L’Allemagne, moteur de la croissance en Europe… mais victime d’une démographie préoccupante doit faire face à l’un des taux de natalité les plus faibles du monde. Globalement, la population au sein de l’UE devrait diminuer dans les prochaines années, et seul l’apport de nouveaux membres ainsi que l’immigration devraient contrebalancer ce processus engagé de longue date.
Enfin, la Turquie parce qu’elle est membre des grandes organisations internationales  (G20, FMI, OMC, OCDE, OTAN …), est naturellement le partenaire désigné pour entretenir le dialogue et construire avec les autres membres de l’ UE(,) les relations diplomatiques pour une reconquête urgente de stabilité avec cette partie du monde où des « révolutions » en cours ou à venir.
Caressez un cercle, il finira par être vicieux : l’émergence de positions nationalistes au sein de l’Europe, la défiance vis-à-vis de ses voisins méditerranéens, renforcée par l’ampleur de la gravité de la crise en Grèce et en Espagne, sont autant d’éléments dont on ne sait plus s’ils sont la cause ou la conséquence d’un mode de gouvernance dépassé (et) qu’il faut rénover.
Il nous faut donc porter le projet d’une Europe plus intégrée, plus fédérale pour l’UE dans sa composition actuelle.
Elle n’en sera que plus proche de ces citoyens, et elle lui permettra surtout de dépasser le cap court-termiste, dicté par une économie de marché dont le rythme est donné par les marchés financiers. Et renouer avec une vision à long terme, une gouvernance globale plutôt que locale, permettra alors de ne pas confondre menaces et opportunités, et de saisir comme un libre choix les perspectives de développement avec nos voisins les plus proches.

 

Europe 2.0 : faire le choix du fédéralisme

Le fonctionnement actuel de l’Union européenne n’est pas satisfaisant. La succession tragi-comique des “sommets de la dernière chance” en 2011 a fait la démonstration d’une “Europe à éclipses”, fonctionnant au coup par coup.
Cette situation résulte notamment du renforcement de la logique inter-étatique au sein de l’organisation européenne au cours de ces dernières années. En effet, les Etats-membres se sont assurés la maîtrise des politiques de l’Union, au détriment du fonctionnement régulier des institutions véritablement transnationales, tels que le Parlement européen et la Commission, devenus inaudibles. Ce sont les chefs d’État et de gouvernement qui décident aujourd’hui de la composition, du calendrier, des orientations et des dossiers dont les institutions européennes doivent se saisir.
Or, ce dysfonctionnement institutionnel ne peut s’inscrire dans la durée. Il est une des cause de la désaffection des citoyens à l’égard de l’Union européenne et, à plus forte raison, contribue à faire de l’Europe une organisation internationale sui generis, à l’instar de l’ONU ou de l’OMC.
Nous avons besoin, au contraire, de renouer avec l’ambition de construire une Europe fédérale. Le contexte international ne nous permet plus de prendre des précautions de langage et d’exiger subtilement la construction d’une Europe politique. L’Europe sera politique si elle se construit davantage comme un bien commun que comme une instance de négociation. Il faut donc en appeler à l’avènement d’une authentique République européenne.
Il s’agit d’un impératif car le continent européen doit être capable de faire entendre sa voix dans le nouveau concert des nations qui se prépare, où les Etats-Unis, la Chine, l’Inde ou le Brésil sont d’ores et déjà des acteurs incontournables. Divisés, les États européens, construits sur le modèle de l’État-nation, ne seront pas en capacité de défendre leurs intérêts ou de porter des valeurs à vocation universelle.
Sans Europe fédérale, le développement de politiques sociales européennes restera un voeu pieux et nos États demeureront vulnérables aux moindres soubresauts de la finance internationale.
Les élections européennes de 2014 doivent être l’occasion d’un renouveau du fédéralisme européen. Cela passera tout d’abord (dans) par un nouvel approfondissement de la démocratie européenne. Pour améliorer la lisibilité de cette élection, nous souhaitons que les partis politiques européens présentent des listes transnationales. Chacune d’entre elles devrait être portée par son candidat à la présidence de la Commission, désigné le cas échéant par des primaires. De même, le Parlement pourra refuser d’abandonner aux États-membres la composition de la Commission en rejetant les candidats présentés par ces derniers, conformément aux traités en vigueur, et en désignant des commissaires issus de la future majorité parlementaire.
Sur le plan des réformes, les délégations de souveraineté consenties à l’Union européenne doivent trouver leur aboutissement. Tel est le cas de la gouvernance économique de l’Europe, et notamment de la réforme de la BCE afin de permettre l’émission d’euro-obligations et à terme la mutualisation des dettes souveraines. Tel est le cas par ailleurs de l’Europe de la défense.
Enfin, la prochaine législature européenne pourra développer et consolider les compétences de l’Union européenne sur la base du principe de subsidiarité.

Le dépassement de la notion d’Etat-nation est impératif. Force est de constater que ce concept est aujourd’hui incapable de faire face aux défis que pose l’interdépendance dans un monde globalisé. Les Européens se doivent de regarder au-delà de leur capitale nationale, de façon à retrouver les principes mêmes de l’universalisme qu’ils ont posés il y a de cela plusieurs décennies. Si cette notion de mondialisation est récente pour certains domaines (économie, social, finance), cela ne l’a pas été pour des domaines qui n’ont jamais connu de frontières, à l’image de l’écologie.
L’écologie ne connaît pas de frontière : c’est une banalité de le rappeler. Et pourtant, comment imaginer poursuivre la nécessaire mutation vers un modèle de production-consommation plus respectueux des enjeux environnementaux, si nous continuons à confier nos décisions à des organisations désintégrées, donnant la prime à la souveraineté des Etats, dont le principe est avant tout, de protéger des intérêts particuliers.
La bataille engagée récemment pour assouplir les positions de Bruxelles autour de la réforme du Fonds européen de développement économique régional (Feder) est symptomatique de cette gouvernance balancée en permanence entre intérêts particuliers et enjeux collectifs. La volonté de conditionner des aides aux régions en fonction des critères budgétaires des Etats dans les trois domaines que sont l’innovation, les PME, et une économie faible en carbone reflète encore les craintes d’une gouvernance globale.
 
A l’heure où l’on regrette parfois la fin des idéologies et des grands desseins, la construction d’une Europe fédérale est sans doute le dernier projet capable d’enthousiasmer les plus anciens et de faire rêver les plus jeunes. Dans l’accomplissement de cette mission, le prochain Parlement européen sera au coeur du changement. 

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Militant-e-s, élu-e-s, nous sommes de ceux qui en 2008 défendaient l’idée que nous avions “Besoin de Gauche”.

2012, nouveau rendez vous, nouvelles ambitions, mais les valeurs restent intactes. Nous avons voulu avec cette contribution thématique,  dire, mais aussi proposer de nouvelles voies pour une Gauche plus forte, au service d’une Europe plus proche.

Car nous avons besoin d’une Europe 2.0 pour relever les défis de demain.

 

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