Le chaos jupitérien

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Un président élu en mai et une assemblée en juin. Fin juillet il ne devrait pas y avoir beaucoup de choses à dire et encore moins de bilan à tirer. Oui mais voilà, ce président s'appelle Emmanuel Macron et cette assemblée est ultra-dominée par le parti LREM et ses alliés.

Et comme il revendique une façon nouvelle de faire de la politique, un souffle nouveau et exemplaire, une efficacité issue de la vie civile, un relativisme faisant office de conviction politique, il fallait bien s'attendre à voir du... différent.

Tout d'abord, un petit résumé de l'histoire de ces deux mois.

Élu en mai, Macron se construit un premier gouvernement. Hélas pour lui, à force d'affaires en cours ou à venir, ce premier gouvernement doit être remanié et perd des poids lourds de la macronerie et du Modem (R. Ferrand et F. Bayrou) plus quelques autres. Le mouvement n'est d'ailleurs pas terminé puisque la ministre Muriel Penicaud qui a dû affronter une fronde et une fuite au sein de son ministère est impliquée dans une affaire d'appel d'offres non géré selon les règles. Macron avait promis de choisir avec soin des ministres compétents et intègres, c'est pour le moins raté.

Le gouvernement n'est pas le seul problème de l'exécutif et par maladresse autant que par égo bien mal placé, le Président est entré en conflit direct et ouvert avec son chef d'état major alors qu'il avait demandé à ce dernier de prolonger son action et de ne pas partir à la retraite. En plus de ce problème relationnel, Macron a cru bon de se construire une image de baroudeur au frais de l'armée (hélitreuillage à bord d'un sous-marin, look topgun déplacé à Istres...). Un politique plus aguerri aurait su que faire la poupée Barbie n'est pas exactement un élément capable d'inspirer le respect auprès des militaires et que leur supprimer une partie de leur budget n'allait pas améliorer les choses. Ego, mépris et amateurisme en matière de défense aboutissent à un cocktail amer pour des gens prêts à mourir pour leur pays.

Côté parlement, on ne parle plus là d'accident de parcours mais de la production d'une pétaudière qui fait honte à une République déjà humiliée lors des dernières élections. Entre désignations grotesques aux postes clés du parlement et incapacité à organiser sereinement les commissions, on constate combien l'idée de renouveler les parlementaires avec des députés sans expérience politique est aussi populiste qu'inique. Non la politique n'est pas un métier, mais cela ne veut absolument pas dire que cela ne demande aucune qualité spécifique, aucune expérience, aucune conviction et que n'importe qui peut être un bon parlementaire. Pour avoir les mains libres, Macron avait besoin d'un parlement godillot. Il l'a, mais il a aussi fait élire à l'assemblée des gens qui à l'évidence n'avaient pas compris à quoi ils s'engageaient et qui surtout n'avaient pas compris que leurs actions et comportement engageaient la France. L'amateurisme de cette assemblée met en danger nos institutions qui n'ont plus que le Sénat pour sauver le pouvoir législatif.

Gouvernement, assemblée nationale et armée, deux mois ont suffit pour créer le chaos. Quid de l'efficacité économique promise ? Il est encore trop tôt pour constater l'effet des erreurs d'analyse de LREM mais on n'a pas tardé à voir la direction très droitière qui allait être prise. Baisser de 5€ les APL a dû apparaître comme très anecdotique à certaines personnes bien nourries, mais il s'agit plus que d'un symbole lorsque l'on n'arrive déjà pas à finir les fins de mois. La ligne de la macronerie est claire : les pauvres vont payer car ils sont nombreux et que c'est budgétairement efficace et les riches vont être aidés parce qu'ils sont les fers de lance de l'idéologie économique dominante.

Emmanuel Macron n'est pas un démocrate et finalement la faiblesse de son gouvernement et de son assemblée pourraient lui permettre de justifier un renforcement de son pouvoir. Mais il a déjà mis contre lui l'armée et on voit mal où il va pouvoir trouver des forces capables de le soutenir lors des prochaines tempêtes qu'il ne manquera pas de déclencher.

Les oppositions de droite et de gauche doivent rapidement se reconstruire et entrer en résistance contre les dérives autocratiques de Macron et le chaos qu'il génère. La gauche en particulier doit procéder non pas à une simple refondation, pas à un aggiornamento, mais à une disruption complète en phase avec la bascule historique de ce début de siècle. Au XIXème siècle, la gauche s'est en partie construite sur l'émergence d'une nouvelle économie industrielle générant des injustices intolérables et créant les conditions de la lutte des classes. Aujourd'hui, le balancier historique est en train de s'inverser et de nouvelles conditions aussi bien économiques que politiques sont en train de se mettre en place. Il est temps d'en prendre la mesure, de définir un nouveau corpus idéologiqe et de faire émerger un mouvement politique y répondant.

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