Les cartes sont redistribuées

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La victoire de Benoît Hamon à la primaire citoyenne redistribue profondément les cartes d’une présidentielle que les forces conservatrices voulaient verrouillée d’avance.

Loin du naufrage annoncé, cette primaire a vu le peuple de gauche se mobiliser fortement entre le premier et le second tour pour atteindre environ 2 millions de votants. Le résultat final est clair avec un rapport 59% / 41% en faveur de Benoît Hamon. Il n’est pas contesté et Manuel Valls a eu le grand mérite de reconnaître clairement la victoire de Benoît Hamon. Il l’a fait avec dignité et sens du devoir, ce qui le caractérise parfaitement. Je l’ai soutenu pendant cette campagne, comme militant je le remercie et comme je l’avais d’ailleurs écrit, je soutiendrai désormais sans problème Benoît Hamon.

Mais au-delà de cette primaire, l’impact politique est très important. Il n’est désormais plus possible de raconter que le candidat issu de cette primaire n’a aucune légitimité face à Jean-Luc Mélanchon ou Emmanuel Macron. Ces deux adversaires pourront bien raconter ce qu’ils veulent, tous leur soutiens revendiqués sont moins nombreux que les 1,2 millions de votants de Benoît Hamon (ajouté au report des voix des autres votants de la primaire). On a toujours tord de se soustraire à la démocratie !

Cette victoire sans discussion permet aux électeurs les plus à gauche de se repositionner autour du programme de Benoît Hamon. Mais au-delà, il permet aux électeurs des classes populaires défavorisées qui étaient depuis longtemps partis à l’extrême droite, de se reposer la question de savoir qui du clan Lepen qui pollue la vie politique française de puis plus de 50 ans ou d’une nouvelle offre politique singulière issue du PS est la plus à même de les sortir de leurs difficultés quotidiennes.

Quant à l’autre alternative, on ne peut que paraphraser Jean d’Ormessons et refuser de participer au bal des cocus. La primaire de droite a montré que leur électorat voulait un projet conservateur marqué à droite. La primaire de gauche vient de montrer que le peuple de gauche voulait un projet réformateur marqué à gauche. Le discours consistant à dire le contraire est à l’évidence soit erroné, soit un mensonge.

En dehors de l’instinct de conservation d’un groupe hétérogène qui perçoit l’immense changement sociétal en cours et le refuse pour préserver un monde où il se sent bien, tout le reste de la société demande un président capable d’oser construire un nouveau monde. Avec un horizon comme le revenu universel ou une sixième république, Benoît Hamon ose aller vers ce nouveau monde et aucun autre candidat n’a affiché une telle ambition.

En politique, j’ai toujours été sensible aux idées de Michel Rocard, comme B. Hamon et M. Valls d’ailleurs. Je suis entré en politique comme militant social-démocrate et j’ai participé en son temps aux réflexions sur le manifeste de socialisme & démocratie. Aujourd’hui, je vois que certaines des idées discutées à l’époque avec mes camarades (comme le revenu universel) sont tout à fait compatibles avec celles de l’aile gauche du PS. Et le lien me semble bien être la méthode réformiste du rocardisme. Dans un monde qui explose complètement, nous n’avons d’autre choix que de réussir une fusion des idées et des énergies de la gauche. Les affrontements passés ne nous seront d’aucune utilité, pas plus que les certitudes liées à un monde qui n’existe déjà plus. Il faut retravailler ensemble, avec nos différences, pour réussir ce monde radicalement différent. En soutenant Benoît Hamon, je ne renie rien de mes combats socdem mais je veux travailler pour la re-construction d’une France en phase avec les défis du millénaire et les attentes plus qu’inquiètes des Français.

La candidature Mélanchon est une aventure individuelle conservatrice.

La candidature Macron est une candidature opportuniste au service d’un monde qui tel l’ancien régime, refuse l’inconnu de la bascule dans une ère qui s’impose à nous. Qu’ils relisent Tocqueville.

La candidature Fillon est bâtie avec les fils de la rancœur et de l’argent, ce qui est incompatible avec la probité gaullienne affichée. L’affaire Pénélope et la faiblesse des arguments avancés laissent penser que cela ne peut pas bien finir pour François Fillon.

Enfin, la candidature Lepen fille ressemble de plus en plus à la candidature de la dernière chance d’un clan qui n’a eu à offrir à la France que le seul projet de l’éructation et la haine de l’autre.

Toutes les dernières élections en Europe et aux Etats-Unis nous disaient que notre élection présidentielle serait elle aussi une élection pleine de surprises. À quelques mois du premier tour de la présidentielle, la primaire citoyenne vient d’accoucher d’un candidat surprise avec un programme totalement inédit.

Avec Benoît Hamon, le chemin vers la victoire de la gauche est plus qu’ouvert.

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