Quand je serai président : analyse

M’étant réuni avec moi-même, j’ai décidé d’être candidat à la candidature. Mais n’étant pas acoquiné avec des journalistes, j’en suis réduit aux analyses et à la proposition d’idées. Donc, concitoyen mon futur électeur, commençons par quelques analyses.

Choisir sa société.

Il est faux de dire que la France est un pays d’hyper protection (chaque hiver, elle laisse mourir des gens qu’elle peut facilement sauver) aussi bien que c’est un pays d’archaïsme économique (nos entreprises sont de grands prédateurs sur la scène économique mondiale). Par contre, la France manque d’une vision claire et volontaire de ce qu’elle met en œuvre pour ses protections sociales en particulier et ses grands choix stratégiques en général, et a surtout perdu la dynamique offerte par une vision, un objectif commun. Les choix de société ont été effectués par empilement de strates, souvent par la force du combat (reconstruction après guerre autant que luttes syndicales). Or par conservatisme, aucune de ces strates ne peut être remise en cause, ce qui complique de plus en plus chaque avancée.

Toutes nos avancées sociales n’ont pas permis à l’état de garantir a minima des éléments de survie aussi basiques qu’une ration alimentaire minimale, un abris ou l’accès à un niveau minimal d’énergie. Toutes ces avancées ne réussissent pas à annihiler le fatalisme générationnels des familles condamnées à vivre en marge d’une société opulente. L’espoir d’une croissance économique permettant de gommer tous les problèmes est un leurre autant qu’un aveu d’impuissance : certains meurent en France à cause de nos choix tacites et non assumés, aucunement parce que l’économie va plus ou moins mal. L’économie est un outil permettant de dégager des moyens, rien d’autre.

Parce que, crispés sur nos verrous, nous refusons de négocier des renoncements contre des avancées, parce que nous nous focalisons sur l’outils et non le but, nous les condamnons à mort.

Mouvement et Verrous

Le mouvement : la réforme se fait difficilement à petits pas et par demi-mesures, et encore moins en France qui ne connaît par grand chose entre le conservatisme (avec sa variante “l’évolution oui mais pas ça et pour les autres”) et les évolutions par rupture violente. Or quoi qu’il arrive, moins on change et plus il est nécessaire de changer à cause de l’écart croissant avec un point de stabilité (nos sociétés ne sont pas des isolats adiabatiques). Mais rien ne changera si les français ne participent pas à un fort mouvement collectif ou si un accident externe ne détruit pas de facto les verrous.

Les verrous structurels

En plus d’une classique résistance psychologique au changement, la France s’est dotée d’institutions qui verrouillent intellectuellement les possibilités de changement (contrairement à d’autres sociétés qui ont des institutions laissant la place à l’interprétation, donc à l’évolution de la pensée institutionnelle). Nos administrations ont été conçues pour être stables (ce qui est raisonnable) et les élites formées pour les conduire ont été éduquées et sont mises dans des situations personnelles qui les obligent à toujours orienter leurs choix vers la stabilité, ou au mieux une évolution cosmétique (ce qui ne permet pas une analyse objective et détachée, mais génère une aristocratie adhérent à la fameuse “pensée unique”). Cette déformation de l’esprit a également été étendue au secteur privé pour ce qui est des grandes entreprises ou des média, Sciences Po plus encore que l’ENA semble en être la source. A un niveau moindre, l’école de la république a rendu “évidente” la nécessité de stabilité en toute circonstance. Intellectuellement, le français est formaté pour être stable, alors qu’émotionnellement il est plutôt “soupe au lait”. Enfin, dernière composante, le monde universitaire normalement vivier de l’hétérodoxie potentielle est lui aussi verrouillé soit par les grandes administrations de recherche, soit par le schéma de carrière proposé aux éléments prometteurs.

Au final, la stabilité souhaitable pour un état, aboutit à un questionnement quasi permanent (le français conteste “par nature”), rejeté jusqu’à l’instant de la prochaine rupture. La France ne connaît ni mouvement long et soutenu d’évolution structurelle, ni stabilité, juste des crises de rupture.

La menace des ruptures subies

Beaucoup plus que les guerres ouvertes ou larvées (terrorisme), ce qui nous menace aujourd’hui (dans le sens : ce qui peut nous faire basculer définitivement et de façon non voulue vers “autre chose”) ce sont

1) la rupture énergétique (fin de l’ère du pétrole) et

2) une rupture climatique.

1) La rupture énergétique est la plus facile à négocier car anticipable et pouvant être progressivement résolue à moyen terme (moins de 10 ans probablement) par des sources palliatives et une baisse des besoins énergétiques. Le plus grand danger est de ne pas anticiper à temps à cause d’une trop grande confiance en soi ou pire, dans les données fournies par les états ou les sociétés pétrolières. En la matière, il faut adopter un raisonnement probabiliste : tous les acteurs pétroliers ont intérêt à gonfler les chiffres de leur stock et tous les consommateurs ont psychologiquement intérêt à se rassurer. Il est prudent et logique de croire dans ce contexte à la fin rapide de l’ère pétrolière. En l’absence d’une solution de remplacement, notre société changerait fortement d’aspect, principalement par “l’allongement” considérable des distances de transport des biens et des personnes.

2) La rupture climatique (modification profonde des saisons, disparition des écosystèmes, augmentation du nombre et de l’intensité des événements météorologiques catastrophiques, …) elle, ne peut être qu’atténuée dans ses effets sur notre société (nous ne pourrions lutter contre des “moussons cévenoles” qui transformeraient le Languedoc Roussillon en marais ni contre un plongeons précoce du Gulf Stream, ni contre une hausse forte et rapide du niveau des océans) mais nous pouvons apporter des mesures de protection préalables aux populations et industries concernées. Une rupture climatique non anticipée aboutirait probablement à des mouvements migratoires et des désordres sociaux catastrophiques. Cette fois, c’est l’identité même de la société française qui serait impactée.

Je promets de publier quelques pistes de solutions avant mon deuxième mandat…

Caricature de nos défauts

Il n’aura échappé à personne que quelques dessins publiés peuvent faire couler beaucoup d’encre et encore plus de salive. Que d’emphase et d’envolées tour à tour lyriques, compassées, haineuses ou exaltées ! Et pourquoi tant de bruit et de fureur mon dieu (prennez celui qui vous convient, ou tout un panthéon et même un concept philosophique et athée si cela vous va mieux) ?

Dans ce débat, qui en fait n’en n’est pas franchement un, chacun semble vouloir monter à la tribune pour crier au monde et à la cantonade, sa vérité universelle et inaliénable. Le problème n’est alors pas tant que chacun affirme ses convictions que de nous faire croire qu’il s’agit là d’un échange, et que chacun doit faire un effort pour arriver à un compromis, à un ménagement des susceptibilités, à une hypothétique harmonie tolérante. N’y aurait-il pas là une croyance qui heurte mes propres convictions ?Ces domaines de convictions intimes sont par nature absolus et tranchés, inconciliables ; lorsque l’on se déclare croyant ou non croyant, on ne peut pas l’être à moitié et l’affirmation marquée des convictions d’un camp, heurtera nécessairement celles de l’autre. L’intelligence ne consiste pas ici à argumenter sans fin sa position ou à se confondre en mièvres excuses faussement consensuelles, mais de s’en remettre, en silence, à la loi et à ses principes. Dans nos sociétés, nous avons gagné la liberté de nous exprimer et de publier ce que bon nous semble. Dans nos sociétés, nous avons gagné la liberté de demander des réparations si nous nous sentons victime d’un préjudice. Dans nos sociétés, c’est la loi qui tranche les conflits. Pas les éructations médiatiques.Alors oui, tous ceux qui ont publié des caricatures ont eu raison de le faire. Et oui, tout ceux qui s’estiment blessés par ces caricatures ont raison de demander réparation. Mais tout ceux qui font de l’affaire un sujet d’agitation, de rejet de l’autre et de basse manoeuvre politique, sont à renvoyer dans la basse court des révolutionnaires stériles et des apprentis fascistes.Je ne prétends pas que notre système républicain, démocratique et laïque soit l’aboutissement ultime des espoirs politiques de toute société, mais la démocratie donne à chacun les moyens de l’expression, avec ses excès possibles, et la laïcité cherche à trouver un équilibre entre croyance et non croyance (la laïcité n’est pas l’expression du camp de l’athéisme comme on cherche trop souvent à nous le faire croire, mais la recherche de l’équilibre du maximum d’expression des convictions de chacun dans le respect de celles de l’autre). En fait, ce qui pêche le plus dans cette affaire, c’est bien la république, trop faible pour rappeler les principes, en partie parce que ses propres dérives passées et présentes ont mis à mal ces mêmes principes, tout particulièrement sur la séparation des pouvoirs et du rôle de la justice.
Si notre république avait été plus saine et plus forte, tout ceci n’aurait eu de véritable retentissement que dans tous ces pays où un gouvernement oppresseur cherche à détourner le regard du peuple, de ses propres insuffisances vers la haine classique de l’étranger. Mais cela n’a pas été le cas. Peut-être n’est-il pas trop tard ?

Le congrès du PS expliqué aux enfants pour qu’ils l’expliquent à leurs parents

On lit vraiment tout, et principalement n’importe quoi sur la préparation du congrès socialiste de l’automne.

Chaque communiqué, chaque action, chaque déclaration, chaque silence semble devoir générer son flot d’explications, explications qui se résument en fait à un pot pourri de lieux communs sur fond de photos surannées prises au temps de Jospin, voire Mitterrand lorsque cela ne remonte pas à Jaurès ou Marx…

Qu’en est-il vraiment ? Il n’aura échappé à personne (ou pas à grand monde), que le PS a pris une pâtée quasi historique à la dernière présidentielle. Cette élection en forme d’acte de décès entérinait ce que les socialistes auraient dû acter depuis longtemps : l’idéologie de gauche de la fin du XXème siècle était arrivé à un tel point d’obsolescence qu’elle a été incapable de trouver une majorité alors même que l’électorat cherchait à élire un président de gauche.

Nous en sommes donc là : la mort étant avérée, il faut publier l’acte de décès pour pouvoir donner naissance à un nouvel espoir, héritier du socialisme et de la social-démocratie.