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Tous pourris, pourris pour tous

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J’étais hier soir en réunion de section et nous avons abordé, entre autres, le récurrent problème du « tous pourris ». Collision intéressante de l’actualité, je suis aussi tombé ce matin sur une interview de S. Coignard qui vient de sortir une enquête intitulée « L’oligarchie des incapables ».

Je ne pouvais donc pas manquer d’en faire un billet d’actu…

Le thème du « tous pourris » n’est bien sûr pas nouveau, et il n’est à mon sens pas complètement objectif, sincère et honnête. Après tout, si les Français plaçaient la probité de pasteur protestant au sommet de la hiérarchie des valeurs en politique, ils auraient élu Lionel Jospin à 60% au premier tour en 2002. Je n’ai pas souvenir que c’est ce qui s’est passé et l’homme qui a été élu à sa place vient d’ailleurs d’être condamné

Derrière cette défiance, je pense qu’il y a à la fois l’expression culturellement conflictuelle de la vie publique en France (on a quand même raccourci un roi !) qui aboutit naturellement à ne pas aimer ses dirigeants, et à les aimer d’autant moins qu’ils paraissent éloignés de vous et proches d’un pouvoir ressenti comme au-delà de tout contrôle.

On ne les aime pas certes, mais les aime-t-on moins qu’habituellement, et si oui en quoi serait-ce justifié ?

Je pense qu’il y a effectivement en ce moment un plus grand rejet des politiques et que ce rejet est alimenté par l’inquiétude de notre situation économique, sociale, environnementale, internationale (la liste des raisons est longue !). Ce rejet est augmenté par le constat que depuis 10 ans, la situation économique s’est fortement dégradée, et au-delà qu’en 50 ans, nous sommes passés d’un monde plein de promesses où tout semblait possible aux jeunes générations à un monde qui menace de s’effondrer et sacrifie les jeunes générations. On serait remonté à moins !

Un autre élément est à prendre en considération, à savoir l’actualité judiciaire de ces dernières années. Le Pen, Woerth, BlancHortfeux, Joyandet, Santini, Lagarde, Chirac, Bové, Dumas, Frêche, Guérini, … le personnel politique se retrouve un peu trop souvent du mauvais côté de la barre du tribunal, avec trop souvent une condamnation à la clé. Qui plus est, certaines affaires comme l’affaire DSK réussissent à regrouper tous les ingrédients du fantasme politique : célébrité, sexe et argent.

Mais là aussi, une question se pose : l’émotion outrée qui en découle est-elle sincère ? Comment une même société peut-elle accepter voire valoriser des excès (à un niveau d’ailleurs encore plus élevé) chez des artistes ou des sportifs et s’épancher en  commentaires offusqués lorsqu’il s’agit de politiques. Pourquoi l’agora se repait-elle parfois d’éléments qui s’avérent faux et ne va-t-elle que trop rarement chercher à défendre la probité, la vérité, la justice, à demander de nouveaux systèmes de contrôle institutionnel capables d’empêcher que de telles affaires ne se produisent ? Qui ose demander que l’on enquête sur le rôle éventuel de l’État Français ou d’États étrangers dans l’affaire de NY ou de Karachi ?

Graves ou misérables, ces affaires ne sont possibles que parce que nous sommes trop souvent les acteurs complaisants d’un jeu de dupes. Nous nous défoulons plus que nous ne demandons justice.

En sera-t-il toujours ainsi ?

Je ne le pense pas.

Parce que tout d’abord une bonne partie du personnel politique, appuyé par nombre des militants parmi lesquels je prétends être, se battent chaque jour pour mener un combat politique d’idées et non de posture, un combat pour les autres et non pour sa carrière, un combat pour construire l’avenir et non gérer le délabrement.

Parce qu’aussi le monde change profondément et que la numérisation de nos vies en faisant petit à petit disparaître la notion même de vie privée, nous rapproche chaque jour un peu plus du moment où personne ne pourra prétendre cacher ses turpitudes et ses moments de faiblesse, où le commentateur zélé du café du commerce aura les moyens s’il en a le courage, de s’emparer des faits portés à sa connaissance pour se faire le défenseur zélé de l’intérêt général. Il n’est de meilleure police que celle que l’on s’applique à soi-même lorsque l’on est sûr que rien de ce que l’on fait d’illégal ne restera inconnu.

Cette évolution connaîtra sans doute ses excès, nécessitera un apprentissage des nouvelles règles, devra éviter les écueils de la dictature morale hypocrite. Mais elle est bien là la source de la nouvelle République, il est bien là le bras armé des mouvements des indignés qui à ce jour, n’arrivent pas à dépasser dans les pays occidentaux le stade de la protestation et du refus.


Sophie Coignard : « L’oligarchie des incapables » par FranceInfo

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2 thoughts on “Tous pourris, pourris pour tous

  1. Gary Becker donne une explication particulière du phénomène des émeutes urbaines et de la délinquance de cités : les gains liés à la délinquance sont sans commune mesure avec les faibles risques pris dans un contexte de victimisation des auteurs de délits. Toutes les explications sociologiques mainstream ne servent alors que d’excuses pour de tels comportements et toute action répressive peut ainsi être discréditée. Le conseiller politique Xavier Raufer parle même, pour sa part, d’une « culture de l’excuse » qui empoisonnerait toute approche politique de ces événements.

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