La justice n’est pas un instrument de mort

Lis moi avec webReader

L’exécution de Troy Davis cette nuit est une barbarie.

Je ne sais pas s’il était coupable ou finalement innocent, je ne sais pas s’il était un homme aimé de sa famille et de ses proches, je ne sais pas grand chose de lui si ce n’est qu’il a été exécuté au nom de la logique implacable d’un système judiciaire qui n’arrive pas à prendre en compte ni les contradictions de la société américaine, ni l’élévation morale que représente le dépassement du sentiment de vengeance au profit d’un idéal collectif.

Je ne jetterai pas la pierre à tout un peuple pour ne pas encore avoir réussi à progresser significativement vers cet idéal, nous même avons pris notre temps, malgré notre héritage philosophique et révolutionnaire, au point d’avoir attendu 1981 que Robert Badinder monte à la tribune de l’assemblée nationale pour faire passer cet idéal dans la loi, et encore ce fut difficile tant la plus grande réforme du XXème siècle portée par la gauche fut contestée ! Mais cette nuit la barbarie organisée a couvert d’une tache de sang supplémentaire la marche vers le progrès, vers un futur meilleur de la société américaine, et au-delà de l’humanité.

Jaurès naguère écrivait que « La peine de mort est contraire à ce que l’humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêve de plus noble. Elle est contraire à la fois à l’esprit du christianisme et à l’esprit de la Révolution« . Pour Troy Davis, la peine de mort a dénié tout espoir de justice à travers l’application aveugle de lois qui couvrent en fait une volonté plus ou moins collective de vengeance, lorsque ce ne sont pas de bas instincts.

Bien sûr que certains crimes sont horribles. Bien sûr que certains criminels sont inexcusables et irrécupérables. Bien sûr qu’à titre individuel nous ne pouvons pas affirmer que nous ne tuerions pas nous aussi l’auteur d’une abomination qui viendrait à nous frapper. Mais la Justice n’est pas l’œuvre d’un individu, elle ne sert pas la réparation du préjudice d’un seul ni même de quelques uns. Elle doit réparer autant que faire se peut, mais elle doit surtout guider les Hommes sur un chemin de progrès, et au sein d’un procès, un progrès pour le coupable, la victime et la société.

La peine de mort fait disparaître le coupable, parfois aussi un innocent, elle ne répare rien pour la victime, et transforme la société en meurtrier.