La refondation démocratique a déjà commencée

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Refondation démocratique et républicaine

Il circule actuellement une pétition exprimant un refus du statut de première dame. Au-delà des agitations plus ou moins stériles que cela peut susciter, cette pétition est un vrai sujet de réflexion et de constat pour notre système politique.

Première dame ou l'institution de la femme comme second rôle ?

La première réflexion concerne le constat qu'en se focalisant sur cette idée de statut de première dame, dans la République française il y a l'idée que l'on n'élit pas qu'un individu mais un couple et que dans ce couple l'homme est le chef de l’État et la femme sa chargée de mission. Ce non-dit me paraît choquant pour plusieurs raisons :

  • À l'exception de l'expérience étrange du binôme paritaire des élections départementales, le suffrage universel s'applique à un individu et il n'est fait mention à aucun moment de liens familiaux pour l'élection.
  • Avec ce projet, on lie implicitement une fonction élective et des liens familiaux, de type hétérosexuel avec mâle dominant. Étrangement la contractualisation de ces liens n'est plus un pré-requis.
  • Le second membre du binôme se met forcément au service de la notoriété que lui offre sa situation de conjoint et doit donc œuvrer pour un objectif assez flou mais implicitement important.

Que de non-dits pour une fonction qui n'a aucun intérêt démocratique et qui n'est pas nécessaire au bon fonctionnement de la République ! Il existe bien quelques cas où le statut du conjoint doit être précisé comme le protocole des visites internationales mais à part cela la République n'a que faire des liens familiaux de ses élus. Et même dans ce cas, s'il faut un cadre juridique et un budget, une mission sous la tutelle des affaires étrangères permettrait d'avoir un contrôle républicain sur les objectifs et les moyens.

Et cela aurait pu en rester là si le gouvernement actuel n'avait pas voulu faire de ces liens familiaux un sujet politique en interdisant d'employer un membre de sa famille dans le cadre d'un mandat parlementaire. Outre le fait que cette décision est discutable (limite de la définition du cercle familial d'interdiction, ségrégation à l'embauche, licenciement pouvant être jugé abusif, pas de progrès sur le contrôle des activités, ...), elle entre ici en conflit avec ce statut du conjoint présidentiel. On ne peut pas interdire des emplois familiaux d'un côté et les sanctuariser de l'autre.

Montée en puissance des contre-pouvoirs numériques

Un deuxième élément semble apparaître avec la pétition en ligne contre le statut de première dame. À ce jour 300.000 signataires ont exprimé un refus contre ce statut.

L'important ici n'est pas d'examiner leurs motivations mais bien de constater la valeur de cette démarche qui se fait dans un cadre reconnu par la constitution (le droit de pétition) mais aussi par la charte des droits fondamentaux. L'expression de plusieurs centaines de milliers de personnes est facilité par la montée en puissance des services numériques comme change.org. Ces services permettent à chaque citoyen de s'emparer d'un sujet et d'émettre un souhait adressé aux élus. Ce mécanisme d'expression démocratique n'était pas possible à ce niveau il y a encore quelques années et il n'est plus possible de le considérer comme insignifiant. Mais cela signifie aussi que le mécanisme actuel de représentativité démocratique perd de sa puissance au profit d'une expression plus directe. La situation actuelle est un vrai cas d'école : que doit-on prendre en compte ? Un parlement avec une majorité à la fois pléthorique, indigente et mal élue ou l'expression claire de plusieurs centaines de milliers de voix ? Un référendum a-t-il toujours plus de poids démocratique que ces pétitions massives ?

À titre personnel, je ne défends pas l'idée d'un pouvoir législatif directement exercé par les citoyens, entre autres parce qu'on constate bien avec les ratés de la majorité actuelle qu'il est nécessaire d'avoir des compétences législatives et du recul pour bien légiférer. Or la démocratie directe n'apporte pas ces garanties. Cependant, on ne peut pas ignorer une expression forte et claire des citoyens sur un sujet donné.

Le pouvoir médiatique est lui clairement passé aux mains des citoyens, on le constate encore ici avec le fort relais de cette pétition sur les réseaux sociaux. Il faut améliorer la maturité médiatique des citoyens, mais je ne vois pas d'obstacle au fort développement de l'appropriation des médias par les citoyens.

Le pouvoir judiciaire ne doit pas à mon sens passer aux mains des citoyens. On risquerait presque à coup sûr de tomber dans des excès d'émotions et d'aboutir à des lynchages. Cependant, deux pistes nouvelles sont à explorer :

  • introduire un certain niveau de légitimité démocratique au pouvoir judiciaire ce qui lui permettrait de mieux garantir son indépendance face au pouvoir exécutif
  • examiner la question de l'introduction de l'intelligence artificielle dans l'analyse de faits délictueux de façon à donner un premier niveau de jugement.

Enfin le pouvoir exécutif lui-même, en particulier les exécutifs locaux doivent pouvoir tirer de grands avantages d'une démocratie directement exercée par les citoyens. Comme pour le droit de pétition, ce dernier point peut probablement commencer à être exercé sans attendre que le gouvernement réussisse à comprendre de quoi il retourne. Les moyens numériques sont déjà en partie là, il appartient aux citoyens de se les approprier.

Connecto, ergo sum

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Que les puristes me pardonnent ce latinisme de cuisine qui me permet d’introduire un post sur un sujet qui me préoccupe depuis longtemps, mais dont je n’arrivais pas à exprimer la substantifique moelle.

Ce sujet, assez important pour que je le place à côté des trois défis que je juge les plus critiques pour notre avenir (rupture climatique, rupture énergétique et bascule démographique) est celui de la dématérialisation, ou dit autrement de la transformation de notre monde en monde numérique. Que le monde devienne chaque jour un peu plus numérique est un constat que tout un chacun a fait et peut encore faire à chaque instant (la preuve vous êtes en train de me lire). De part mes activités professionnelles, je sais pertinemment que la compréhension de ce qui se passe est très inégale et très imparfaite, et j’ai pu mesurer dernièrement l’étendue de cette imperfection lorsque les représentants des candidats à la primaires socialistes sont venus nous expliquer la vision politique des différents concurrents. Parmi eux il y avait en particulier Axel Kahn que j’ai interpelé sur ce thème du numérique justement. Peut-être sa réponse aurait-elle méritée d’être précisée, mais ce qui m’a stupéfait ce jour-là, c’est que même pour lui le défit de la numérisation du monde était surtout la résultante d’un changement d’outils que nous devions nous approprier, et guère plus.

Or j’affirme avec force qu’il s’agit infiniment plus que d’un problème d’outils, voire même d’usage : c’est entre autre un séisme philosophique radical, une explosion de nos certitudes qui peut se résumer ainsi :

Tout individu normalement constitué a au moins trois certitudes philosophiques sur la vie, la mort et ce qu’il est :

  • à moins d’un accident, nous sommes construits pour prolonger le souffle de vie que nous avons nous-même reçu
  • nous sommes mortels
  • nous existons en tant qu’individu pensant (cogito ergo sum, je pense donc je suis)

La numérisation du monde ne change pas fondamentalement la première affirmation (qui est par contre perturbée par la médecine, la génétique et la loi : que l’on se rappelle qu’une personne peut aujourd’hui être liée à trois mères et deux pères).

La numérisation du monde change par contre totalement notre rapport à la mort : il est possible (voire de plus en plus certain) de continuer à exister numériquement en tant qu’individu numérique agissant après sa mort physique, il est possible de naître, de mourir et de ressusciter numériquement avec le même niveau de charge émotionnelle que dans la vie physique.

Enfin, l’individu numérique peut parfaitement avoir plusieurs identités et existences distinctes (sans être pour autant schizophrène), et contrairement au monde physique, l’individu numérique n’existe que par les canaux numériques qui le relient aux autres êtres numériques. L’être physique individualisé se distingue dans le monde numérique d’un être numérique multiple doué d’ubiquité qui n’existe que par ses relations avec les autres.

Alors non, le problème numérique ne se résume pas à un problème d’appropriation des outils. J’espère en avoir donné ici l’intuition via trois affirmations d’ordre philosophique, mais cela aurait pu être tout aussi bien un questionnement éthique, légal, sociologique, économique ou encore politique. Qui peut porter ce questionnement à la connaissance des décideurs de ce monde ? Quelles réponses satisfaisantes donner ?

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Sources de réflexions :

La justice n’est pas un instrument de mort

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L’exécution de Troy Davis cette nuit est une barbarie.

Je ne sais pas s’il était coupable ou finalement innocent, je ne sais pas s’il était un homme aimé de sa famille et de ses proches, je ne sais pas grand chose de lui si ce n’est qu’il a été exécuté au nom de la logique implacable d’un système judiciaire qui n’arrive pas à prendre en compte ni les contradictions de la société américaine, ni l’élévation morale que représente le dépassement du sentiment de vengeance au profit d’un idéal collectif.

Je ne jetterai pas la pierre à tout un peuple pour ne pas encore avoir réussi à progresser significativement vers cet idéal, nous même avons pris notre temps, malgré notre héritage philosophique et révolutionnaire, au point d’avoir attendu 1981 que Robert Badinder monte à la tribune de l’assemblée nationale pour faire passer cet idéal dans la loi, et encore ce fut difficile tant la plus grande réforme du XXème siècle portée par la gauche fut contestée ! Mais cette nuit la barbarie organisée a couvert d’une tache de sang supplémentaire la marche vers le progrès, vers un futur meilleur de la société américaine, et au-delà de l’humanité.

Jaurès naguère écrivait que « La peine de mort est contraire à ce que l’humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêve de plus noble. Elle est contraire à la fois à l’esprit du christianisme et à l’esprit de la Révolution« . Pour Troy Davis, la peine de mort a dénié tout espoir de justice à travers l’application aveugle de lois qui couvrent en fait une volonté plus ou moins collective de vengeance, lorsque ce ne sont pas de bas instincts.

Bien sûr que certains crimes sont horribles. Bien sûr que certains criminels sont inexcusables et irrécupérables. Bien sûr qu’à titre individuel nous ne pouvons pas affirmer que nous ne tuerions pas nous aussi l’auteur d’une abomination qui viendrait à nous frapper. Mais la Justice n’est pas l’œuvre d’un individu, elle ne sert pas la réparation du préjudice d’un seul ni même de quelques uns. Elle doit réparer autant que faire se peut, mais elle doit surtout guider les Hommes sur un chemin de progrès, et au sein d’un procès, un progrès pour le coupable, la victime et la société.

La peine de mort fait disparaître le coupable, parfois aussi un innocent, elle ne répare rien pour la victime, et transforme la société en meurtrier.

A mes amis sociaux-démocrates le septième candidat

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Je ressens comme un trouble dans la Force…

Le PS a publié sa liste de candidats à la primaire et la seule (petite) surprise est d’y retrouver JM Baylet. Logiquement, les militants n’ont plus qu’à aller là où leurs convictions les poussent, et pour les sociaux-démocrates à choisir pour des raisons plus ou moins bonnes entre Martine Aubry et François Hollande. C’est la logique au PS.

Oui, sauf que ce que je ressens donc, n’a pas grand-chose à voir avec cela. Il faut dire que depuis 2005 le cyber-militant que je suis est largement connecté sur la social-démocratie cybernétique dont la population dépasse de beaucoup celle de la plus grosse section, voire de certaines fédérations puisque ces connexions incluent des sympathisants en plus des militants. Et si j’ai constaté que les cadres du courant socdem ont acté de la situation et agi conformément aux habitudes prévisibles en choisissant un candidat plutôt qu’un autre, si une partie des militants a effectivement acté de cette même situation et ont fait de même, je vois aussi qu’aucun d’eux ne l’a fait avec l’excitation de l’odeur de la poudre et surtout qu’une bonne partie d’entre nous, dont moi, en sont restés à une position singulière. Certes nous savons qu’il faudra choisir, certes nous veillerons à aider tel ou tel face à la droite, mais pour l’heure notre vote et notre espérance vont à un septième candidat qui s’appelle la social-démocratie, ce candidat n’est pas incarné mais il est très certainement décisif, justement parce qu’il est constitué de personnes qui ne sont pas que militants PS, parce qu’il est fédéré par une attente singulière sans autre réponse à ce jour, parce qu’il est en soit un projet politique collectif là où aujourd’hui on affiche des individus, parce qu’il est mû par un profond sentiment d’injustice et une volonté farouche de ne pas laisser passer cette injustice, parce que nous allons faire payer les manipulateurs. Nous ne laisserons pas la démocratie et la République plombées par des combines de petits marquis, nous ne laisserons pas la France aux mains de gens qui ont ruiné notre pays, son image aussi bien que ses finances, qui veulent détruire plus encore notre identité, notre modèle.

La campagne internet de 2012 ne ressemble en rien à celle de 2007. A l’évidence, l’espace médiatique classique est totalement dépassé par l’espace numérique où l’information se diffuse au niveau mondial à une vitesse qui déstabilise totalement les possibilités de contrôle normaux et raisonnables. Les révolutions méditerranéennes en ont été précurseur vis-à-vis des régimes autoritaires, nous sommes en train d’en tester les effets au niveau de la justice, des médias et de la politique des régimes démocratiques avec la campagne présidentielle en France. L’affaire DSK n’est pas une affaire privée isolée, c’est le paradigme d’un déséquilibre des institutions confrontées aux dérapages d’une e-campagne politique. Si ce que je vois est exact, la démocratie est effectivement en danger et, à ma connaissance, le seul rempart qui se soit à ce jour érigé face à cette menace, le seul groupe numérique qui ait réagi, ce sont les e-citoyens socdem qui se sont spontanément organisés, qui agissent, qui dénoncent, qui contrent la manipulation, qui se battent au nom de leur idéal pour la France.

Nous sommes le premier mouvement politique du XXIème siècle. Nous sommes le septième candidat, c’est nous qui avons les clés de 2012.

Refondation du PS : les réponses aux défis 3 sur 3

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Ce billet est le dernier des trois publications. Vous pouvez retrouver le texte complet au format pdf en cliquant [ ici ].

L’économie « de reconstruction » : utopie économique

Le plein-emploi représente une situation économique optimale sur bien des points. Le problème est que cette situation optimale est loin d’être la plus courante et que nos sociétés occidentales actuelles se trouvent plus dans une situation de marché mature avec une démographie qui non seulement participe moins à la production, mais va dans le sens d’une moindre consommation (à l’exception des soins liés à l’âge). La situation serait nettement meilleure avec un pays jeune en phase de (re)construction.

Or, si l’on regarde positivement les défis qui se posent à nous, il est possible de retourner ces défis en opportunités.

Le risque climatique, les défis écologiques et énergétiques nous obligent à repenser notre urbanisme. Une part de nos problèmes sociaux et de notre inefficacité socio-économique provient des erreurs passées d’urbanisme et des phénomènes de ghettoïsation qui se sont greffés, les populations de ces ghettos étant par ailleurs jeunes. Enfin, en nombre d’endroits, nous sommes en situation de pénurie de logements et probablement avec de grandes tensions sur l’énergie si la demande électrique devait se développer rapidement.

Nous avons là les éléments nécessaires pour lancer un programme d’économie de reconstruction : dit autrement, si nous étions dans une situation où une partie de nos villes étaient en ruine, nous aurions là les ingrédients de plusieurs décennies d’expansion économique et de plein-emploi. Détruisons donc les infrastructures déficientes qui, comme l’ont montré les dernières catastrophes climatiques, sont de toute façon en partie condamnée pour nous lancer dans un programme de reconquête de notre urbanisme, en tirant cette fois toutes les leçons du passé et en y associant les laisser-pour-compte de notre société.

Retissons avec la construction de ces villes ou de ces nouveaux quartiers un tissu social et économique, intégrons-y les impératifs de moindre impact sur les écosystèmes, encourageons-y une économie maîtrisée des services. On trouve dans cette idée de reconstruction d’un nouvel urbaniste une renaissance des idées utopiques de la gauche, modernisées en réponse aux défis qui se posent à nous. On retrouve le rôle de l’État qui oriente les choix d’avenir, qui donne l’impulsion et encadre, mais laisse une vraie chance à chacun de prendre en main son destin.

L’économie qui touche à l’évolution structurelle de la société doit être orientée et encadrée par l’intérêt collectif, elle ne peut être laissée aux hasards de l’histoire ou du marché. Jusqu’au jour où nous jugerons achevée notre œuvre, nous devons mener une politique économique de reconstruction continue guidée par l’utopie d’une société structurellement la plus efficiente possible.

Conclusion

Notre quête est celle du bonheur, elle s’inscrit dans un destin collectif démocratiquement décidé.

L’État, expression multiforme, opérationnelle et collective de la citoyenneté, ne doit en aucune façon se substituer à chacun de nous pour cette quête : sa mission est de coordonner les efforts communs qui permettront dans le cadre d’un destin commun, cohérent et maîtrisé, à chaque citoyen d’aboutir autant que faire se peut dans cette quête tout au long de sa vie.

L’État ne peut pas empêcher les accidents de parcours personnels ou collectifs, mais il se doit de les prévenir, et d’intervenir à chaque fois que de tels accidents surviennent.

Proclamer l’égalité de tous s’accompagne de la correction des inégalités individuelles, qu’elles soient sociales, économique, culturelles. C’est le sens même de l’assurance : elle implique et s’applique à tous mais n’est utilisée que lorsque l’accident survient.

Nous devons être libre et acteur de notre bonheur, solidaire en cas de malheur, et gestionnaire responsable des risques. La recherche du bonheur d’aujourd’hui ne doit pas menacer l’évolution pérenne de la société, y compris en sa qualité d’acteur des écosystèmes.

Pour réaliser notre destin, notre horizon doit être guidé par trois utopies :

  1. l’utopie de l’État assureur
  2. l’utopie de la citoyenneté fractale
  3. l’utopie de l’économie de perpétuelle reconstruction

Refondation du PS : les réponses aux défis 2 sur 3

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Une citoyenneté « poupée russe » : utopie républicaine

Citoyen et État citoyen

Les principes qui s’appliquent aux citoyens doivent s’appliquer à l’État lui-même. Seules les modalités et le périmètre de responsabilités diffèrent, les relations entre citoyens devenant des relations entre États, les relations citoyens / état devenant des relations États / organismes supra-nationaux.

En dehors des États, il existe une entité particulière dont celui-ci est garant de la pérennité : l’écosystème. Les écosystèmes, sociétés naturelles sans conscience, doivent être considérés comme potentiellement menacés d’un certain nombre de risques vitaux :

  1. le risque de voir disparaître l’espace nécessaire à son existence
  2. le risque d’épuisement des ressources nécessaires à son évolution
  3. le risque de ne pas être en mesure de « guérir » ses déséquilibres ou se régénérer

Ces risques sont aujourd’hui largement liés à la pression exercées par nos sociétés

Il appartient à l’État de tout mettre en œuvre pour que la société se développe tout en maximisant les chances de pérennité des écosystèmes. La société doit être traitée de façon prioritaire face aux écosystèmes à moins qu’une action préjudiciable à l’écosystème n’entraîne une forte probabilité de dommage majeur pour la société. C’est par exemple dans ce cadre que doit être traité le problème du changement climatique.

Changement d’échelle : niveaux « autosimilaires »

Des entités administratives intermédiaires devront être définies de façon à façonner un continuum de principes, de droits et de responsabilités entre le citoyen et un organisme supra-national final, un pays n’étant qu’un échelon lié à une identité historique et/ou culturelle. Ceci permet de définir rationnellement les strates organisationnelles de la société. Lorsqu’un niveau de citoyenneté devient inadapté à la gestion du quotidien et à la prévision des risques assurant la pérennité, une entité de niveau supérieur doit prendre le relai, cette entité étant garante des obligations de citoyenneté du niveau inférieur, de nouvelles responsabilités étant définies pour elle-même lorsque le niveau inférieur n’est pas raisonnablement en mesure de les assumer..

La citoyenneté en poupée russe (modèle fractal) se bâtit donc du citoyen (l’homme, citoyen libre et émancipé, reste au cœur du modèle, il le justifie) vers les niveaux supérieurs (le dernier niveau étant un organisme politique mondial).

Une république dont le fonctionnement est entièrement défini par la citoyenneté appliquée de façon autosimilaire à des échelles différentes est une utopie qui doit guider nos réflexions et nos actions pour la création d’une république idéale.

Refondation du PS : les réponses aux défis 1 sur 3

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Refondations, PS, Socialisme et Social-démocratie

Le dormeur doit se réveiller

Introduction

Les défis démographique, climatique, énergétique, la dématérialisation contraignent notre société en profondeur et nous obligent à faire évoluer notre vision de la société, nos priorités, nos choix.

CNRLa société d’après-guerre a été construite sur une volonté farouche de protection en réaction à la guerre, protection qui impliquait collectivement les citoyens dans leur effort et promettait en retour les bienfaits d’un état voulu comme providentiel.
La démographie, la psychologie, le sens de l’histoire, le dynamisme de la reconquête économique permettaient de mettre en œuvre cet élan collectif coordonné.
D’abord questionné par les soubresauts de notre histoire contemporaine, les années que nous venons de passer ont fini d’achever ce modèle : privilégiant l’individu, renonçant à toute vision collective de l’avenir, renonçant à agir sur le marché et le destin commun au nom de la société tout entière, ces années ont fait exploser le risque et augmenté le niveau d’irresponsabilité jusqu’à l’accident de 2008 qui n’est que le résultat d’une accumulation de défaillances d’un modèle de société qui n’avait guère évolué sinon par son affaiblissement progressif.

La défaillance des outils et les errements qui en découlent ne marquent cependant pas la défaillance des idéaux proclamés par le Conseil National de la Résistance qui avaient pour ambition (extraits) :

Assurer :

    l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel

    la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;

    la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ;

    la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;

    l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

    le respect de la personne humaine ;

    l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

    Promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

    l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;

    une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des États fascistes ;

    l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

    le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;

    le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

    le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

b) Sur le plan social :

    le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;

    un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;

    la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;

    la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;

    un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ; l

    la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;

    l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;

    une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

c) Sur le plan éducatif :

    La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

On le voit à la relecture de cette liste d’objectifs, nombre d’entre eux ont été atteints avec succès, mais certains sont marqués du sceau de l’échec, échec en partie dû à l’évolution historique de notre société. L’État providence semble bien mort, la justice immanente de la main invisible du marché a failli, il faut trouver un autre paradigme, un nouveau modèle de société qui tire les leçons des succès et échecs passés.

La certitude et le risque : utopie sociale

Utopie socialeNous sommes passés d’un modèle de certitudes (l’État sera là pour vous) à un modèle de dénuement devant le risque (l’État ne peut pas tout et les moyens laissés à l’individualisme menacent les fondements même de la société).

Notre société qui voulait pallier tous les risques a abouti à les rendre absolument incontrôlables. L’État qui décide, contrôle et met en œuvre doit se muer en État qui calcule les risques, les prévoit, les prévient, les encadre, et répare en dernier ressort.
L’État « assureur »

Au nom de l’intérêt commun des citoyens, l’État doit mettre en œuvre des éléments destinés à
analyser les risques vitaux

    supprimer autant que faire se peut tous les risques vitaux pour le citoyen et la société

    décourager autant que faire se peut tous les risques excessifs pour le citoyen et la société

    décourager autant que faire se peut toute absence de prise de risque raisonnable de chaque citoyen

    encourager autant que faire se peut toute prise de risque raisonnable dans le sens du progrès des citoyens et de la société.

Les risques vitaux citoyens sont entre autres :

    ne pouvoir subvenir à ses besoins alimentaires

    ne pouvoir être en mesure de se soigner correctement

    ne pouvoir se protéger ou être protégé des agressions

    ne pouvoir se loger

    ne pouvoir accéder à un minima énergétique

    ne pouvoir fonder et faire prospérer une famille

    ne pouvoir accéder à l’information

    ne pouvoir recevoir une instruction nécessaire pour gagner sa vie (tout au long de sa vie) ou participer à la vie sociale

    ne pouvoir s’exprimer ou être entendu pour tous les choix concernant la société

Par risque raisonnable, nous entendons les risques qui permettent d’améliorer sa condition et la condition de ceux dont on est responsable sans ce cela entraîne des conséquences majeures et irréversibles sur d’autres en cas d’échec.

Ce paradigme de l’État assureur évite à la fois la lâcheté ou le mysticisme qui consiste à laisser le destin de la société aux mains du seul marché et l’illusion qui consiste à croire que l’État est en mesure de prendre les meilleures décisions sur tout et partout.

Le système d’assurance, déjà présent dans les outils sociaux (assurance chômage, maladie, …) induit une solidarité de tous envers chacun, et laisse à chacun la possibilité de prendre les risques qu’il juge bons à l’intérieur d’un cadre général. Il s’agit donc de faire évoluer l’idée qui sous-tend ces outils et d’aboutir à un système plus efficace est surtout pérenne.
L’État « assurance vie »
Dans notre quotidien, travailler c’est à la fois gagner sa vie et « être socialement reconnu ». Ceci explique que lorsque l’on n’a plus de travail, être indemnisé ne suffit pas ou que certains acceptent parfois volontairement de travailler même en dessous d’une rémunération équitable.

Cette double identité du travail induit un certain nombre de choses.

Elle divise notre vie en quatre phases (« je me prépare à travailler », « je travaille », « je suis en retraite » plus une phase accidentelle qui est celle de l’invalidité). Le problème posé ici est que ce découpage n’est financé que par la deuxième phase et que dans la situation démographique et sociale actuelle, il n’est plus finançable sans induire des tensions sociales insoutenables (il faut aller prendre l’argent chez « l’autre », qui forcément ne sera pas moi). Il n’est pas pérenne.

La situation actuelle est dramatique dans toutes les phases de la vie :
« je me prépare à travailler » mais je sais que mes chances de le faire dans des conditions acceptables sont faibles
« je travaille » mais le sens de mon travail est de plus en plus faible et mon salaire insuffisant pour progresser et pour financer la solidarité
« je suis en retraite » ou « au chômage » ou en « invalidité » mais ceci est financé en partie par l’impôt (service public) ou l’emprunt (secteur privé) et n’est pas viable.

Le travail ne pouvant financer de façon pérenne le système, on peut toujours songer à aller ponctionner le capital, mais dans un monde globalisé où nous n’avons qu’un faible pouvoir, voire dans un monde où le capital nécessaire aux moyens de production est en train de diminuer rapidement face à une économie émergente de services, cela a encore moins de chances d’aboutir que dans les différentes expériences menées pendant le XXème siècle.
Il faut donc trouver autre chose. Or la richesse, immense, atteinte par notre société nous permet de déconnecter la nécessité de satisfaire nos besoins élémentaires de la nécessité de travailler. Il est envisageable de refondre notre système d’aides ciblées devenu inefficient à force de complexité et de contestation, par un système unique dont l’objectif est de subvenir universellement aux besoins élémentaires de chaque citoyen. Nous proposons de travailler sur l’introduction progressive d’une Allocation Citoyenne Universelle (ACU) qui est un contrat entre l’État et le citoyen et garantit à tout âge, qu’aucun citoyen ne se retrouvera dans une situation d’indigence, indigne de son humanité et de sa citoyenneté. Cette allocation en partie en nature, varie en fonction de l’âge, de la pédiatrie à la gérontologie, de l’école primaire à la formation continue, du transport gratuit à une aide financière lorsqu’un bien ou un service ne peut être délivré, elle a pour objet de répondre aux besoins et non plus de fournir en numéraire les moyens palliatifs du manque.
Quoi qu’il arrive, l’État garantit à chacun qu’il ne descendra pas au-dessous d’un seuil de niveau de vie critique. Une telle mesure, outre le progrès de civilisation qu’elle introduit, se veut aussi une formidable source de confiance, la possibilité de prendre des risques raisonnables, d’entreprendre, de se développer personnellement.

Ce faisant, les besoins satisfaits par l’ACU n’ont plus à être financés par les seuls revenus du travail, les caisses chômage, invalidité ou de retraite. Ils ne proviennent plus des salaires, mais
des économies réalisées en remplaçant le système complexe actuel d’aides par un système universel plus simple et plus efficient,
par une fiscalité réformée en profondeur
et enfin par un système type assurance vie générant un rendement (plutôt que de financer a posteriori par l’impôt ou l’emprunt, on finance a priori par une collecte dégageant des profits).
Enfin, l’ACU pourra lui-même être facilité par une évolution profonde des infrastructures, en particulier celles liées à l’urbanisme.

L’ACU est un horizon utopique qui doit guider les réformes sociales de notre société.

(à suivre)