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Ils sont nés, souffrirent et moururent

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Mars 2008. Il est des sujets de sociétés que l’on traite avec plus d’enthousiasme que d’autres. Ecrire sur le droit de concevoir un enfant ou celui de l’évolution de la cellule familiale fait partie des premiers. Ecrire sur le droit de la mort est tout autre. Le plus simple est de lâchement détourner le regard, de s’en remettre à quelques généralités, d’espérer que la question ne nous touchera pas. De toute façon, il ne s’agit que d’un mauvais moment à passer n’est-ce pas ? Et bien non, ce n’est pas qu’une question de mauvais moment, c’est un point fondamental de droit qui doit régir notre société et notre façon d’accueillir et de dire adieu à un citoyen.

Le droit à mourir n’est pas un choix d’un seul individu, en aucun cas, même si bien évidemment cet individu est l’acteur essentiel de ce choix et qu’il doit exprimer de façon claire et forte sa décision de mourir de façon volontaire. Cette expression est le préalable de tout, que la personne soit consciente au moment de l’instant de sa mort, ou que cette expression soit un choix exprimé bien avant, dans un contexte détaché de l’urgence. Mais si le choix de l’individu prime, il ne peut pas être détaché du contexte familial ou proche. La perte d’un être proche est une charge portée par l’entourage et cette charge doit, autant que faire se peut, être allégée. Il ne faut pas ajouter la culpabilité au deuil, le remord à la douleur. La rupture volontaire du lien avec la vie doit, dans ce cas précis, être un soulagement, un apaisement, pour que la vie puisse continuer avec le plus de force possible après cette mort. Enfin, la société par la voix de la loi, ne peut elle non plus pas être mise à l’écart. La République ne peut se désintéresser du cas dramatique de quelques uns de ses enfants. Elle ne peut pas faire peser la menace d’une condamnation, d’une injustice, juste parce que par principe, il est plus facile de ne pas regarder dans les yeux l’extrême douleur de ces enfants. Oui la République doit fixer un cadre formel, solennel, exceptionnel, dans lequel elle aussi accepte de porter le poids de l’arrêt d’un souffle de vie. Je crois que c’est là tout le sens du combat de Chantal Sébire, du moins c’est le sens de ce que j’ai pu comprendre d’une situation aussi exceptionnelle que dramatique. L’ayant entendu s’exprimer, j’ai été frappé par la clarté et la vivacité de son esprit, par la dignité qu’elle revendique et par le courage d’un combat qu’elle aurait pu s’épargner.

Aujourd’hui, je ne peux que plaider pour son dernier combat et lui écrire que mes pensées de citoyen d’une société bien moins courageuse qu’elle, l’accompagnent, même si elle ne lira probablement jamais ces lignes. En ce monde du moins.

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