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Recomposition du paysage politique avant 2012

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2007 fut une élection de la personnalisation politique allant souvent jusqu’à la peopolisation comme support principal du discours, quitte à occulter le contenu de ce discours.

Tout indique qu’il en sera très différemment pour 2012.

D’abord parce que les acteurs de 2007 sont manifestement en grande difficulté. Nicolas Sarkozy se trouve dans la situation d’assumer sinon de défendre un bilan où il a échoué sur tout (et ce n’est pas la seule faute à la crise de 2008). Ségolène Royal partie très tôt a déjà dû changer deux fois de tactique et ne semble plus en mesure que de se battre pour les places d’honneur avec Arnaud Montebourg. Quant à François Bayrou, il n’apparaît pas en état de rééditer son parcours de 2007. La future présidentielle ne se présente donc absolument pas comme la revanche de la précédente. J’ajouterais même, qu’au-delà des apparences et des sondages qui montrent depuis des mois Dominique Strauss-Kahn comme le candidat plébiscité par les Français quelle que soit la situation, cette élection se jouera certes sur le nom du candidat, ses capacités, son bilan, sa vision, mais aussi sur des éléments politiques et idéologiques vraiment collectifs et partagés. C’est une équipe qui fera la différence en 2012, pas une personnalité.

Certes, mais encore ? Peut-on caractériser et simplifier la présentation de la situation avec quelques grands sujets habituels ? Économie, social, chômage, mondialisation, immigration, (in)sécurité, … Peut-être mais c’est une voie tarte à la crème qui n’éclaire pas forcément grand chose. Peut-être peut-on aborder les choses d’une façon plus indirecte en regardant les mouvements des différents groupes politiques pour comprendre vers quoi convergent les choses. C’est l’objet de ce post.

En 2007 la situation était assez classique :

  • Une gauche radicale (de gouvernement) où le PC essayait encore d’exister, contesté par une gauche encore plus radicale représentée par les alter-mondialistes.
  • Des écologistes toujours aussi brouillons.
  • Un PS idéologiquement figé par François Hollande qui se choisit une candidate à la fois iconoclaste dans son discours et totalement dans le moule du PS en se qui concerne sa carrière politique (énarque et baronne locale).
  • Une partie du centre qui tente de s’émanciper de la droite sans toute fois oser aller au bout de sa démarche et le reste solidement arrimé au navire UMP.
  • Un UMP qui se choisit un chef bonapartise dont la seule originalité politique et d’introduire la triangulation dans son discours (inclure des thématiques du camp adverse pour se placer « ailleurs »).
  • Un FN espérant rééditer son hold-up de 2002 mais n’apportant rien de neuf, voire paraissant sérieusement usé.

Or la situation en 2011 n’est absolument plus celle-là.

Tout d’abord, l’acte de décès du PC sera officialisé avec l’absence d’un candidat choisi par le parti. Cela se fait dans l’indifférence, mais cela tourne bel et bien une sacrée page d’histoire ! Jean-Luc Mélanchon qui représentera sans doute la gauche radicale ne représente pas, il me semble, un courant visant à imposer la révolution marxiste comme le PC.

Côté écologistes, c’est toujours aussi confus mais on note une forte évolution. Ceux qui étaient naguère présentés comme des verts au cœur bien rouge sont en train de sacrément évoluer vers le centre. Eva Joly est tout de même une notable digne représente de l’État bien policé où l’on applique et respecte la loi, ce qui n’a rien de scandaleux mais n’est tout de même pas très compatible avec les appels répétés à la désobéissance civile des faucheurs OGM et autres adeptes de la contestation forte et spectaculaire. Quant à Nicolas Hulot, son parcours politique a quand même bien démarré à droite. Si l’on ajoute le très international DCB on est loin de la défense de son potager bio. Les écologistes font donc mouvement vers le centre : est-ce conscient et volontaire, assumé ? La suite le dira.

Passons aux socialistes. Là, le changement est faiblement visible mais quand même puissant. Qu’on se le dise, le PS sous l’impulsion des sociaux démocrates n’est plus marxiste, ni de loin ni de près. Le procès en ultra-libéralisme qui nous est souvent fait n’est en réalité que le faux-nez du refus de cette rupture avec le marxisme. Ce n’est pas parce que nous voulons négocier les règles d’un marché libre mais régulé que nous tombons dans le piège des plus échevelés des libéraux. Nous défendons une voie raisonnable entre un laissez-faire qui a mené nombre de pays à la catastrophe et la collectivisation des moyens de production qui a mené nombre d’autres à une catastrophe tout aussi grande. Et que cela soit clair, le PS n’est pas un parti replié sur ses clochers, mais un parti qui là aussi veut peser sur la définition des règles internationales, et qui de fait choisit de défendre l’idée d’organismes supra-nationaux de régulation, et d’y participer. Être socialiste en 2012 ce sera bien cela : renvoi dos à dos du marxisme et de l’ultra-libéralisme, volonté de tenir sa place devant les instances internationales, travail de réforme sur nous-même. On regrettera tout de même que les candidats déclarés actuels soient si peu audacieux. Sur la situation méditerranéenne par exemple, ils ont bien du mal à aller plus loin que les banalités et ne prennent pas le risque de s’engager dans la définition d’un vrai projet Euro-Méditerranéen. Pour le coup, Dominique Strauss-Kahn muet par nécessité, réussit à apporter plus de propositions que nos candidats déclarés à qui l’on tend le micro. On se reportera à son livre « 365 jours, lutter contre le renoncement » ou encore à son discours d’Alger pour imaginer quelles seront ses propositions dans quelques semaines. Quoi qu’on en pense, le PS a bien quitté les terres marxistes pour étendre son influence au centre, devenant de plus en plus un parti social-démocrate de centre-gauche.

Quid du centre ? C’est bien là que les mouvement sont les plus importants en nombre, quitte à ressembler à un mouvement brownien. François Bayrou occupe toujours le centre gauche, Dominique de Villepin sous couvert d’un gaullisme social procède à un violent écart de la droite modérée à la gauche bien marquée, Jean-Louis Borloo se détache de l’UMP faisant mine de regagner les confortables terres de l’ancienne UDF accompagné par le Nouveau Centre aux contours indécis. Quant aux démocrates chrétiens version Christine Boutin, ils marquent leur singularité, ou plutôt une défiance de plus en plus marquée envers l’UMP sarkozyste. Réussiront-ils à s’unir et à trouver une cohérence ? En tout cas tout ce petit monde a glissé vers la gauche et s’est démarqué de la droite UMP.

L’UMP sous l’impulsion de MM. Guéant, Gaino et autres Buisson et sous la direction de Nicolas Sarkozy a lui choisi le parcours inverse, se lançant dans une course effrénée vers l’extrême droite. S’agit-il comme en 2007 d’une tentative de triangulation ? Je ne le crois pas car cette droitisation dure est fondamentalement une envie d’une partie des membres de l’UMP. Pas les modérés, pas non plus les libéraux (à moins qu’ils ne partagent soudain l’envie de fermer les frontières comme l’a proposé dernièrement Sarkozy avec son attaque contre Schengen), mais les plus conservateurs pour qui tout passe par l’imposition d’un ordre strict et des mesures autoritaires voire liberticides. Pour l’heure, il me semble que les cadres de l’UMP pensent toujours qu’ils ont une chance de s’en sortir seul, mais au fur et à mesure de l’avancée de la campagne, l’idée d’une alliance formelle avec le FN va s’imposer et il n’est pas exclus que dans l’espoir de l’emporter sur le fil en 2012, Nicolas Sarkozy finisse par franchir le Rubicon.

Le FN enfin. Relooké, d’jeunisé, le parti a quand même bien du mal à faire semblant de ne plus cautionner ses admirations fascistes et une vision musclée de l’ordre. La tentative de glisser (un tout petit peu) vers la gauche pour se rapprocher de l’UMP est un peu risquée : elle peut amener le FN au gouvernement dans une alliance avec l’UMP, mais elle laisse la place à une séparation avec les plus radicaux du FN. Actuellement donné présent au 2nd tour de 2012, l’histoire de ce parti est loin d’être écrit pour cette élection.

Depuis 2007, le PS a évolué dans le bon sens et choisi le bon positionnement pour 2012, au centre gauche, à nouveau collectif, volontaire, ouvert à l’échange et à la différence, sûr de sa vision tout en acceptant de négocier le compromis lorsqu »il est constructif et fort, radicalement réformateur, ayant dépassé le mitterrandisme pour se tourner vers l’avenir. Ce PS est en phase avec les attentes des Français. Dans les mois qui viennent, il conviendra d’aller au-delà des attentes et de montrer quelle est la voie pour sortir du chaos économique sarkozyste, pour redonner à la France sa place internationale, pour reprendre le chemin du progrès, pour retrouver le sourire et la confiance pour l’avenir.

Nous sommes prêts pour le possible, préparons-nous avec enthousiasme à dépasser le possible.

 

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