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Dématérialisation

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J’ai trop peu de temps ces derniers pour publier des billets qui explorent un peu les pistes qui mènent (peut-être) à demain et je regrette, oh combien, que la politique de nos jours consacre trop peu de temps à la prospection, à la prise de recul face aux changements. Fichue peopolitique, fichu système qui privilégie la mousse.

Notre époque est pourtant particulièrement étonnante en ce qui concerne les changements majeurs. Copenhague bien sûr qui matérialise un changement politique initié à Kyoto et systématiquement récusé les années qui ont suivi. Et d’après vous, qu’est-ce qui a finalement fait changé les choses ? Une soudaine conscience écologique ? Ou alors la collision d’un baril de pétrole à 140$ et d’une crise financière majeure ? L’amour des tomates bios où la prise de conscience que finalement, non seulement l’écologie est un superbe marché mais en plus qu’objectivement, les technologies architecturales actuelles sont préhistoriques, la logistique sur laquelle repose notre économie est délirante, le gaspillage énergétique de nos sociétés infantile, et tant d’éléments dont l’analyse rationnelle aurait dû amener n’importe quel gouvernement responsable à entamer une mutation il y a longtemps déjà. Mais voilà, responsable il y a 10 ans signifiait avoir une gestion comptable des États alors qu’aujourd’hui cela semble signifier avoir une conduite pérenne des sociétés. Si c’est bien le cas, nous avons déjà franchi une étape révolutionnaire…

Une des thèses défendues à Copenhague et ailleurs est celle de la décroissance. Là-dessus, je dois bien dire sans ambages que je trouve cette idée aussi idiote que celle de la mystique de la croissance du PIB qui résout tous les problèmes et génère le plein emploi. D’abord parce que les conséquences de la décroissance, nous en percevons une partie des résultats en ce moment : cessation de paiement, précarisation et bien sûr chômage. Ensuite, et peut-être surtout, parce que je pense que cette idée néo-malthusienne est totalement anachronique.

Une des évolutions majeures de nos sociétés, en plus de la rupture énergétique actuellement en cours, est non seulement le développement ultra-rapide des services à très forte valeur ajoutée, mais très probablement également la disparition de la valeur matérielle des produits physiques à chaque fois qu’un industriel réussi à coupler la vente à des services. Il semble que nous soyons arrivés à un stade où le service valant plus que son support, il est possible de basculer dans une économie totalement dominée par les services. Pour comprendre cela, il suffit de prendre les truc-boxes des connexions internet. Finalement, si vous deviez acheter séparément ce qui compose la box, cela vous coûterait une fortune. Cependant, comme on vous vend du service (internet, téléphone, télévision, …) dont la valeur dans le temps est largement supérieure aux composants électroniques qui en sont le support, la boîte ne vous est même pas facturée et est amortie par le reste. Cela est pour moi le signe d’une des plus fantastiques révolutions en court et la source d’inspiration et de futurs combats politiques.

Pour revenir sur l’idée de la décroissance, il est aisé de comprendre qu’avec une économie de services, décroitre signifie d’abord proposer moins de services, ce qui n’a aucune espèce d’impact sur le climat : un service ne dégage que le CO2 produit par le cerveau de ceux qui le proposent et l’infrastructure qui en est le support. Proposer d’arrêter de réfléchir et de se passer d’infrastructure commune ne me paraît pas être un projet d’avenir…

Mais pour développer cette économie particulière, faut-il encore que les États fassent les bons choix. En cette période de relance (relative), notre pays propose de nombreuses aides à l’innovation en particulier (neuf pour Oséo par exemple), mais… aucune en matière de service innovant. Intéressant n’est-ce pas ? Et cette façon de privilégier l’investissement lourd et tangible explique peut-être aussi pourquoi le moteur de recherche Alta Vista naguère leader n’est devenu qu’un outil très marginal derrière Google : aider à acheter de grosses machines ne fait pas le poids face à l’innovation des services. Exemple frappant. Il est donc urgent de favoriser l’innovation en terme de service et de chercher comment coupler ces services aux produits physiques et aux infrastructures.

Sur les infrastructures, je ne prendrai qu’un seul exemple, celui de la distribution d’énergie. Aujourd’hui, ces lignes sont une source de coûts nécessaires, mais je ne peux m’empêcher de penser que nous avons là un maillage fantastique pour diffuser l’information dans chaque foyer. Trouver le moyen d’utiliser ces lignes pour faire passer de l’info à très haut débit générerait immédiatement un gisement de richesse. Pas mal à une époque où l’État creuse ses déficits au tractopelle. Mais cette situation est probablement généralisable à tous les services publics : il suffit juste d’innover et de créer le service qui se grefferait sur l’infrastructure souvent coûteuse de ces services publics. Adjoindre de la valeur ajoutée à la nécessité, voilà une idée qui mérite d’être creusée.

La dématérialisation semble devoir avoir d’autres conséquences, en particulier sur le capitalisme lui-même. Hier, il fallait beaucoup de capitaux pour créer son entreprise et la développer. Mais que se passe-t-il lorsque l’élément matériel n’a plus de coût ? L’investissement immobilisé disparaît au profit du fonctionnement dont le coût est généralement variable avec l’activité. Ceci est déjà aujourd’hui applicable en matière de système d’information où le SaaS remplace avantageusement machines et logiciels en général mal maîtrisés par les PME. Qui plus est, cela ouvre la porte à la dématérialisation des fonctions non stratégiques de l’entreprise elle-même. Perspectives étonnantes sur la capitalisation des entreprises et de leur structure de fonctionnement…

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