Droit de la vie, Droit de la mort : II
J’ai déjà exprimé mon avis sur la redéfinition du droit de la vie à travers par exemple l’évolution du droit sur la Gestation Pour Autrui. Deux actualités nous invitent à réfléchir sur son pendant, le droit de la mort, à travers l’actualité de la tragique guerre d’Afghanistan (que j’ai traité dans un post précédent) et sur un point d’aspect assez différent découlant de la parution au journal officiel de deux textes de loi permettant de donner une identité à des enfants mort-nés.
Il est en effet désormais possible d’inscrire un enfant mort-né sur le livret de famille, et donc de reconnaître son existence et sa mort, même si cette loi ergote encore sur l’existence « légale » de cet enfant. Pour les familles, c’est sans doute un vrai progrès car cela permet de « matérialiser » le deuil, ce qui est une réelle aide psychologique pour eux. Jusqu’à ce jour, un enfant-mort né était une perte, pas toujours visible, dérivant sur deuil généralement impossible, non dissible. Pas de corps à enterrer, pas de recueillement formel, rien en support d’une parole qui ne pouvait se libérer. Il était donc parfois difficile, voire impossible de passer le cap et l’enfant mort rejoignait alors le tiroir des lourds secrets de famille quand ce n’était pas celui du déni qui ronge et détruit.
Pour le processus de deuil, ce nouveau droit est donc un réel progrès. Il existe cependant une difficulté, qui est celle de se reposer la question du droit à l’avortement.
Je défends sans condition le droit qui est donné par la loi de choisir, même si je dois bien confesser que je ne sais pas ce que je ferais dans un tel cas. Il n’empêche qu’aux yeux de la loi, l’avortement est maintenant un acte qui conduit à la mort, et plus un acte qui stoppe une potentialité de vie. Dit autrement, c’est un acte d’euthanasie. J’avais déjà exprimé ma position sur l’euthanasie en général il y a quelques temps : pour moi, elle doit être reconnue par la loi mais sa mise en œuvre doit prendre en compte trois composantes, l’avis libre et éclairé de l’individu concerné, l’avis de l’entourage proche (mais quel en est la définition ?), l’aval de la société. Ici, par définition, l’individu concerné ne peut donner son avis. A moins de considérer que le fœtus et la mère sont un seul et même individu endosymbiotique. La gestation pourrait être vue comme une symbiose temporaire, l’avortement serait alors un acte de séparation anticipée du symbiote, donnant naissance à un individu non viable. L’acte de séparation doit alors être justifiable du point de vue de l’intérêt de la mère, en accord avec l’entourage proche, dans le respect du cadre fixé par la société. J’ai conscience de la particularité de cette vision de la maternité, mais à défaut d’être sûr de sa justesse, je pense qu’elle permet au moins d’aborder le problème de la définition légale de la vie sous un jour différent, plus rationnel et scientifique, et donc de sortir éventuellement du blocage entre pro et anti-avortement et de son imbroglio juridico-religieux. On voit ici que le droit de la vie et celui de la mort sont directement liés par un choix qui doit être encadré, réfléchi, éclairé.
Je ne prétends évidemment pas à moi seul résoudre ce difficile problème humain, éthique et juridique, mais je pense qu’il est important de continuer à réfléchir sur le droit de la vie et celui de la mort pour un jour aboutir à une société juste et apaisée. Le progrès proposé par cette loi peut nous y aider.Pour une fois, ce gouvernement a réussi à proposer une loi potentiellement source de progrès.

Bloggy,
On a peut-être raté l’occasion de faire un vrai débat de société car cette question n’est pas simple. Il aurait permis d’écouter tous les points de vue et de les analyser: chacun se serait fait son idée. Moi, je ne sais pas encore trop quoi en penser…
Par contre, ce que je sais, c’est que c’te société accorde de moins en moins de droits aux vivants, qu’elle casse toutes les solidarités. Ca me fait penser à l’Afghanistan: Sarkozy envoie des jeunes se faire massacrer et quand leurs cercueils sont de retour, il fait tout un cinoche à la télé. Ce type est cinglé.
Comment by Isa — 25 August 2008 @ 8:15 am
@Isa : oh que oui il y a ici matière à débat, mais pour un tel sujet il faut autant de courage que de sérénité alors que nous sommes dans une période politique de rapidité, de présentation superficielle, d’égocentrisme. Le PS n’est d’ailleurs pas exempt de reproches mais j’espère que la convalescence commencera au congrès.
Quelques retours et précisions sur mon post :
- considérer que la femme enceinte est un seul et même individu symbiotique a un avantage juridique dans le sens où il annule le besoin de statuer légalement sur le foetus tant que celui-ci est en symbiose avec sa mère. Avant, nous devons considérer un groupe de cellules humaines et les lois de bioéthiques me semblent suffisantes pour gérer les problèmes, après la loi doit considérer un être humain avec les droits accordés à tout être humain, même si dans certains cas cet être n’aura jamais eut de vie (du point de vue légale).
- en tant qu’être symbiotique, la décision de la femme enceinte est considérée comme celle de la mère et de son foetus, sans distinction et elle doit être vue de façon non différentiée jusqu’à la fin de cette grossesse. La responsabilité d’une décision prise pendant la grossesse ne doit cependant pas, à mes yeux, être transmise à l’enfant (c’est une évidence culturelle pour un européen moderne, cela peut moins l’être pour d’autres cultures où l’on hérite parfois du poids de l’histoire de ses aïeux).
- toute décision d’une femme enceinte doit prendre en considération l’intérêt futur de la mère et de l’enfant et c’est pourquoi un IVG n’est jamais un acte simple et sans conséquence.
- enfin, en poussant le raisonnement j’en suis arrivé à me demander si ce problème de droit ne touchait pas également les cas d’individus siamois. Je dois avouer que je ne sais pas si dans ce cas la loi considère un ou deux individus, en particulier dans des cas où la séparation aboutirait forcément à tuer l’un des deux, voire dans le cas où l’individu siamois n’a qu’un cerveau (l’existence du cerveau définit-elle d’ailleurs légalement l’individu ?).
Comment by Bloggy Bag — 26 August 2008 @ 9:40 am