La manif anti-tout contre un monde où tout devient possible

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La manif anti-tout semble avoir eu un succès limité et le mouvement qui stagnait ne semble pas devoir reprendre de l’ampleur en l’état. Les politiques conservateurs (quand ils ne sont pas réactionnaires) ont du mal à donner une cohérence à leur présence au sein de ces manifestants des différents refus de l’époque.

L’abrogation future du mariage n’étant pas réaliste (comment démarier les gens ?), certains proposent des pirouettes sémantiques en guise de cache sexe : on garde le texte et on change le nom. Ceux-là n’ont sans doute pas compris l’origine et la profondeur du malaise des manifestants.

Ce combat étant à l’évidence perdu, les anti-tout se raccrochent maintenant à la PMA et à la GPA. Ces deux sujets sont de natures différentes.

La Procréation Médicalement Assistée en elle-même ne pourra pas être remise en question, à part peut-être par quelques fondamentalistes, et elle n’est pas remise en cause sur son principe. Il s’agit d’un acte médical justifié et positif. Ce que veulent les contestataires, c’est la limiter aux couples mariés selon la définition religieuse du terme. Cette revendication n’est pas acceptable sur le principe, et serait non applicable en pratique.

Sur le principe, la définition Républicaine du mariage prime sur tout autre. Le mariage impliquant la filiation, aucune discrimination n’est recevable, et simple citoyen ou ministre, il faudra bien finir par être cohérent. Quant à la pratique, à moins d’obliger les gens à fournir une sextape comme preuve de légalité lors de la déclaration de naissance, je vois mal comment vérifier la légalité du « bon » usage d’une PMA.

La Gestation Par Autrui est d’une nature différente car contrairement à l’autorisation sans restriction de la PMA qui n’est qu’un constat de ce qui existe aujourd’hui (eh oui la Terre n’est pas plate !), la GPA pose la question de la re-définition de la filiation physiologique. Cette question ne peut plus être passée sous silence, ni restreinte. Voici pourquoi.

Aujourd’hui, un enfant peut déjà avoir 2 pères et 3 mères. Un père « ADN », un père légal, une mère « ADN », une mère « gestatrice » et une mère légale. Certains voulaient interdire la possibilité d’avoir une mère « gestatrice » qui ne serait ni la mère « ADN » ni la mère légale. Ceci n’était déjà pas vraiment possible puisque la GPA étant reconnue dans certains pays, la loi française ne peut empêcher la naissance de ces enfants, sans avoir pour autant le courage de les reconnaître clairement et définitivement.

19681885Ce n’était déjà pas simple, mais depuis la semaine dernière, nous avons basculé dans un autre monde avec la naissance d’un enfant né d’une mère qui avait subit une greffe d’utérus. La greffe fonctionnelle d’utérus change tout car tôt ou tard on aboutira à une greffe fonctionnelle sur un homme (père « gestateur »). Ce qui était un thème cocasse de film tournera alors à une vraie crise existentielle.

Nous sommes construits sur le stéréotype homme / femme qui était justifié par la façon dont nous sommes conçus et dont nous naissons. Il existe des espèces où le changement de « fonction sexuelle » est un processus normal. Ce n’est (n’était ?) pas le cas de l’Homme. Les avancées médicales sont sur le point de détruire ce stéréotype structurant.

Nous sommes décidément à une époque où les certitudes les plus absolues volent en éclat. Personnellement, je n’ai pas de problème pour accepter le mariage dans sa définition républicaine actuelle. Je n’ai pas de problème pour étendre la PMA à qui le demande et à qui donne des garanties d’avenir pour l’enfant à naître. Je n’ai pas non plus de problème quant à la GPA du moment que la loi règle la question de la marchandisation du corps humain. Mais je ne sais que dire de la dernière évolution qui est en train d’arriver.

Je ne partage pas le refus des anti-tout. Je conçois cependant que certains ne puissent accepter tous ces changements qui explosent à ce point les repères qui nous construisent. Nous ne pouvons pas leur reprocher d’exprimer leurs peurs et leurs refus. Par contre, l’indigence politique de la droite sur ce problème, et la faiblesse de la réflexion et de la vision que l’on rencontre parfois à gauche est beaucoup plus préjudiciable. Si ce problème n’est pas correctement géré, il aboutira à des affrontements violents car une société ne peut s’accommoder d’un écart si grand en son sein.

Théorie sur les manifs d’un mauvais genre

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Manif-pour-Tous-Cope-n-accepte-aucune-collusion-avec-l-extreme-droite_article_popinEn pleine campagne électorale, j’ai autre chose à faire que de publier sur les dernières imbécilités du moment, mais je vais quand même prendre quelques minutes ce matin.

Tout d’abord, même si c’était sans doute une idiotie de vouloir théoriser sur les différences sexuées et culturelles à l’école primaire, la manipulation de groupes réactionnaires qui s’en est suivie est abjecte. En qualité de militant socialiste, je me bats pour que la connaissance soit apportée à chacun, pour offrir la liberté de penser par soi-même, pour l’émancipation. Loin des accusations de relativisme, j’affirme avec force qu’il y a des choix meilleurs que d’autres, et que ces choix sont ceux qui sont faits en connaissance de cause par chacun d’entre-nous dans le respect bien compris de l’autre. En matière de modèle familial, si votre choix est celui librement réfléchi de la famille religieuse amish, alors c’est le bon. Si c’est celui librement réfléchi d’une communauté de biens, alors c’est le bon. Si c’est celui du couple homosexuel, alors c’est le bon. Si c’est votre choix libre & éclairé et non celui d’un héritage subit ou d’un bourrage de crâne, alors c’est le bon.

Je me battrai pour que vous ayez les moyens de comprendre et de faire ce choix, je n’ai pas à me battre pour vous imposer le mien, quelle que soit mon opinion sur ce choix du moment qu’il est libre, éclairé et respectueux.

Dans ce cadre, le recul du gouvernement Ayrault suite à la dernière manifestation est une faiblesse aussi coupable qu’inacceptable. Je ne peux en aucune manière soutenir un ministre qui se soumettrait à la pression de la partie la plus réactionnaire de la société française.

Derrière ce débat, il y a aussi la question de  la Procréation Médicalement Assistée ainsi que celle de la Gestation Par Autrui. Ces sujets sont complexes mais surtout ils touchent notre référentiel mental, c’est-à-dire la partie de nous qui construit notre identité. Les réactions sur le mariage pour tous étaient motivées par l’idée fondatrice chez certains, que le couple ne pouvait être constitué que d’un homme et d’une femme, quitte à fermer les yeux lorsque ce n’était pas le cas. Bien après beaucoup de pays, la France a ouvert les yeux et acté sur la réalité en donnant une définition réaliste du mariage.

Qu’on juge cela bon ou pas, que l’on soit contre ou pour, tôt ou tard il faudra acter également du fait que la PMA existe déjà aujourd’hui (illégalement) en France et légalement à nos frontières et qu’on ne peut s’y opposer. Vous pouvez bien fermer les yeux aussi fort que vous voulez, il est aujourd’hui relativement simple pour une femme d’avoir un enfant via la PMA. Ne pas l’encadrer revient à encourager des pratiques potentiellement mafieuses. Au nom du conservatisme, ne pas l’encadrer revient à instituer cyniquement l’immoralité de la société.

Il en est de-même pour la GPA avec un degré de complexité supplémentaire. Aujourd’hui, un enfant peut être issu de la contribution de trois femmes et de deux hommes. Après sa naissance, la thérapie génique complexifie encore le problème de l’identité biologique puisque par nature, les gènes introduits ne sont pas ceux de l’individu concerné. Les progrès médicaux rajoutent un niveau avec les greffes de vagin qui finiront tôt ou tard par être fonctionnelles. Là aussi il faut ouvrir les yeux, un enfant n’est pas forcément le fruit de l’union d’un homme et d’une femme dans le mariage.

Ce qui détruit aujourd’hui le mariage, c’est de maintenir des positions erronées très éloignées de la réalité. Je suis personnellement très attaché à cette idée, mais sous une forme qui a un sens par rapport à ce que sont les individus et la société du XXIème siècle.

Alors oui, notre époque nous oblige à nous reposer la question de qui nous sommes. Et non, il n’y a pas de réponse simple et évidente. Mais ce que je sais par contre de façon certaine, c’est que la réponse ne viendra pas des extrémistes et des fondamentalistes et qu’il faudra des hommes et des femmes éclairés et de conviction pour guider notre société vers un nouveau point stable.

La révolte des intouchables

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anne_franckLes lycéens sont descendus dans la rue crier leur refus et leur rejet des politiques sécuritaires qui les frappent. Je n’imaginais pas devoir, à nouveau, m’associer à une lutte de ce type, en particulier avec un gouvernement de gauche.

Peu importe la situation de leurs parents ou les circonstances de leur présence en France, une société qui ne protège pas ses enfants est une société en perdition, une société qui cannibalise son avenir et piétine ses racines.

Mais je dois bien avouer que ce n’est pas hélas surprenant, si ce n’est sur le côté tardif de la révolte.

Nous sommes une société où statistiquement il vaut mieux être à la retraite pour bien vivre qu’être dans l’âge mûr et pire encore à l’entrée de l’âge adulte.

Nous sommes dans une société qui fait payer l’incurie pluri-décénale du non-financement des retraites aux enfants et surtout petits enfants des retraités, tout en continuant à augmenter le problème pour préserver la situation de ces derniers.

Nous sommes dans une société qui a tellement dévalorisé son modèle qu’il est objectivement plus intéressant pour un jeune de ne pas faire d’études longues et de commencer à vivoter le plus tôt possible dans l’espoir de finir par décrocher un vrai travail.

Nous sommes dans une société qui vole les 10 premières années de la vie d’adulte des jeunes générations parce qu’on ne leur offre plus assez d’emplois, parce que les politiques rentières ont rendu inaccessibles ou peu s’en faut le logement, parce que l’on fait plus d’efforts pour sauver les avantages acquis que pour rendre accessible la première marche d’une vie autonome d’adulte.

Nous sommes dans une société de vieux reclus qui sont tellement obsédés par la perte fantasmée de leur magot que nous trouvons normales et salutaires les politiques policières qui expulsent une lycéenne qui ne demandait que la chance d’apprendre pour prendre sa place dans le développement du pays.

Lorsque l’on expulse ces enfants de l’immigration, c’est Boris Cyrulnik que l’on expulse, c’est George Charpak que l’on expulse, c’est Marie Curie que l’on expulse, c’est l’âme et les valeurs de Marianne que l’on expulse.


Des milliers de lycéens dans la rue contre les… par leparisien

L’iroise et le mariage pour tous

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Jean-Luc Bleunven, le député de la troisième circonscription du Finistère (Brest rural), organisait vendredi soir un débat sur le mariage pour tous. Soirée extrêmement intéressante où le public venu nombreux a pu librement interagir avec les intervenants sur un vrai sujet de société. Nous étions loin de la politique spectacle où certain pérorent sur les petits pains pour cacher l’indigence de leur message politique.

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Les échanges ont dans l’ensemble été d’une excellente tenue, voire parfois d’une vraie profondeur politique, que les arguments aillent dans le sens de la loi ou non. Qu’en retenir en synthèse pour ce post ?

D’abord que le mariage pour tous, dans ses aspects ne touchant pas à la filiation, ne pose pas tant de problème d’acceptation que cela. Bien sûr qu’il trouble certains, bien sur qu’il change des aspects que certains voulaient voir comme immuables, mais on sent bien que chacun s’attend à ce que la loi passe et que cette loi sera au final acceptée sans trop de douleur.

En fait, la difficulté est liée à l’enfant. Certes il serait plus simple de traiter le statut de l’enfant au sein du mariage indépendamment de ce dernier, mais personne ne serait dupe. La question de l’enfant est consubstantielle à celle du mariage et trois éléments sont à soumettre à la réflexion avec une large ouverture d’esprit et une réelle volonté d’écoute, en donnant tout le temps nécessaire au temps :

  • l’adoption
  • la procréation médicalement assitée
  • et enfin toutes les techniques médicales qui au-delà de la  PMA permettent de mettre au monde un enfant.

En évitant aussi bien les fantasmes que la science fiction, la question de la naissance est un sujet qui touche les fondements de notre société. Finalement, le plus grand intérêt du débat actuel sur le mariage pour tous est de tous nous interroger sur ce que nous sommes en regard de ce qu’il est possible de faire. Il faut acter des avancées scientifiques du XXème siècle et prendre la mesure de ce que cela signifie pour tout un chacun. Que nous aimions cela ou pas, la civilisation de ce début de millénaire est très éloignée de celle d’il y a ne serait-ce que 50 ans. Pourtant, jusqu’ici nous avons feint de l’ignorer, comme si l’évolution technique et scientifique s’étaient limitée au frigo et à l’ordinateur.

L’homme a changé, mais pas ses repères moraux. Il est temps de redéfinir qui nous sommes.

De profundis clamavi ad te, Stupidité

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Cette fin de semaine semble marquée par le sceau de la stupidité sur fond d’alibi religieux.

Il y a d’abord eu ce film pamphlet qui par la grâce des médias, nouveaux ou anciens, s’est transformé en motif d’émeutes, avec hélas des morts au bout de la colère. Le but du réalisateur était incontestablement de choquer et de provoquer, la meilleure réponse à tant de bêtise aurait sans doute été de tourner le réalisateur en dérision et de dresser l’étendard de la dignité et de la raison. Mais voilà, le vice ayant tendance à répondre au vice, certain semblent avoir été trop contents de reprendre la stupidité au bond et se sont ingéniés à alimenter la haine au nom de dieu. Les gens qui brûlent les consulats et les ambassades se trompent et ont été trompés.

Piètre manipulation qui salit les âmes sincères. Nulle doute que d’ici quelques semaines cet épisode finira oublié dans la fosse commune des non-sens de l’histoire.

Puisse le bassin Méditerranéen trouver un jour son Gandhi.

Et comme pour rétablir l’équilibre entre les trois religions de ce bassin, un docte cardinal répondant au nom de Barbarin s’est lui aussi fendu d’une déclaration à visée universelle avec son lot de pépites. Je vous recommande tout particulièrement dans la vidéo ci-dessous celle où la femme est réduite à un « lieu ».

Les femmes sont sont battues pour ne plus être considérées comme des potiches, avec Barbarin, l’égalité homme-femme a fait un bond, mais dans le mauvais sens…

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Mariage homosexuel : Inceste, Polygamie, le… par telelyonmetropole

 

Depuis que François Hollande a inscrit la redéfinition du mariage dans son programme, les forces conservatrices se sont mises au travail, et n’ayant pas réussi à empêcher son élection, elles tentent maintenant tout et plus particulièrement n’importe quoi pour agiter l’opinion. En l’occurrence, ce cardinal nous déclare tout de go que l’adoption de cette réforme nous mènera tout droit vers une société où l’inceste et la polygamie seront légaux. C’est évidemment une provocation et une stupidité (j’ai traité la question de la polygamie dans un post précédent). La redéfinition du mariage répond tout à la fois à une réalité, quoi qu’en pensent les réactionnaires, autant qu’à l’intérêt de la République. Cette redéfinition n’impacte en rien la conception personnelle que chacun peut avoir du mariage, elle définit simplement un cadre légal et cohérent à un fait sociétal.

Enfin, sur le dernier sujet qui est celui de l’enfant, je reprocherais pour le coup à Christiane Taubira d’avoir été trop timorée en limitant le sujet à l’adoption homoparentale. La question de l’enfant est effectivement un des éléments qui fondent le mariage, et dans ce sens, et puisque que d’innombrables études ont montrés la neutralité de l’effet de l’homoparentalité sur l’enfant, il était tout à fait justifié de clarifier une fois pour toute la situation et de le reconnaître sans ambiguïté par la loi. Là où la loi s’arrête trop tôt, c’est qu’elle ne traite pas des cas de procréation, naturelle ou médicalement assistée. Lors d’un récent conseil fédéral du PS où j’ai interpelé JJ Urvoas sur ce point, ce dernier m’a répondu en substance que l’avancée de la future loi Taubira était déjà importante et qu’à chaque jour suffit sa peine (sa réponse était en fait plus imagée).

Dont acte, nous accueillerons avec satisfaction la loi Taubira, mais je continuerai à militer pour achever la réforme, loin des délires incestueux de Barbarin, mais proche de l’espoir merveilleux que représente un projet d’enfant pour un couple.

Douleur

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Les enfants de la République n’ont pas de couleur, pas d’ethnie, pas d’origine, pas de communauté, leur âme n’appartient à personne.

Ils sont les enfants au sein d’une famille, ils sont les enfants dans les bras protecteurs de la République.

Les larmes de ceux qui les pleurent ce soir appellent en nous-même celles que nous aurions versées pour nos propres enfants si le hasard et la folie avaient par malheur frappé à notre porte.

L’avenir dira sans doute quel est le chemin qui a mené un homme à perdre son humanité en versant gratuitement le sang, mais je doute que son histoire soit autre chose qu’une suite d’échecs et de renoncements, et je ne crois pas que nous y trouvions un quelconque motif de soulagement ou d’apaisement.

Cet homme a tué. Nous sommes fautifs de ne pas avoir pu l’en empêcher.

Fautifs pour certains d’avoir cultivé jusqu’à l’ivresse la haine de l’autre.

Fautifs pour d’autres d’avoir transformé ce discours de haine en discours politique cultivant l’exclusion, l’ostracisme, la catégorisation, la différence, en désignant tour à tour la couleur, l’ethnie, l’origine, la communauté, la religion, en un mot la différence, comme source des maux, source du mal.

Fautifs enfin pour tous de ne pas s’être assez révoltés contre cette idéologie, ce discours.

Fautifs de croire qu’il n’y a pas de conséquences, de liens entre la violence ordinaire des mots et l’impact des balles. Chaque jour des milliers de balles faites d’idées malsaines sont tirées, certaines se sont changées en plomb au petit matin.

Qu’au moins ces enfants ne soient pas morts en vain. Montrez et regardez ces petits corps sans vie ! Que nos yeux voient le résultat de notre impuissance !

Ils sont morts parce que nous avons renoncé à les défendre en ne défendant pas assez nos valeurs, notre foi en la vie, la solidarité entre les hommes, la fraternité et l’amour.

Ils sont morts parce que nous nous sommes habitués à l’inacceptable.

Je ne peux ce soir qu’écrire ces quelques mots et envoyer mes condoléances aux parents de ces enfants. C’est bien peu, bien trop peu.

Présidentielles : pourquoi défendre les propositions de François Hollande

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Comme promis dans mon dernier post, je reviens aujourd’hui sur quelques uns des thèmes abordés par François Hollande dans son discours du Bourget. Ces thèmes sont justes, ce sont les nôtres, et nous devons les porter et les défendre comme s’il revenait à chacun d’entre-nous de les voter à l’Assemblé Nationale. Nous sommes tous les députés de la future majorité et il nous appartient d’aller batailler contre la droite qui depuis 10 ans a accumulé les erreurs et les échecs.

J’ai choisi pour ce billet, des thèmes qui touchent à l’intime du quotidien, à ce qui fait nos vies et que les adorateurs du palais ont depuis longtemps perdu de vue.

La vie du citoyen commence réellement à sa majorité, au moment où il s’apprête à prendre toute sa place dans la société, au moment où il doit contribuer à construire sur la durée. Or ce qui devrait être une évidence est aujourd’hui une vaine illusion. Car à certains la République interdit la possibilité de bâtir une famille et à beaucoup, beaucoup trop, elle ne permet plus de se bâtir un avenir tant les jeunes générations se retrouvent désespérément déclassées.

À tous ces jeunes et ceux à venir, nous socialistes par la voix de François Hollande promettons tout autre chose. D’abord nous voulons une redéfinition de la cellule de vie qu’est la famille pour la République. Chacun de nous a sa propre définition du mariage, qu’il soit fondé sur l’amour, la religion, le patrimoine, le patronyme, et bien d’autres choses encore qui sont personnelles et intimes. Mais ce n’est pas de cette définition dont il est question ici. La République n’a pas à dire à chacun ce qu’est le mariage pour lui, non, la République a sa propre définition pour son propre usage, et cela n’entre pas en conflit avec l’intime qui nous construit. Or si la République s’intéresse au mariage, c’est parce que cette cellule élémentaire est gage d’un projet de vie à long terme, d’une implication plus raisonnée et plus forte dans la vie de la citée, et aussi parce que c’est au sein de cette cellule familiale que sera accueilli le futur citoyen de demain, qu’il sera éduqué. Pour la République, le mariage est un contrat qui lie deux personnes ayant un projet d’enfant, et qui les unit pour longtemps. Ceci ne s’oppose pas aux convictions de chacun, mais cela justifie que les interdictions actuelles soient levées et c’est pourquoi nous défendrons cette réforme.

Mais que peut construire une famille lorsqu’elle n’a pas de toit ? Dans nombre de villes, la situation du logement est catastrophique, indigne du grand pays que nous sommes et que nous voulons rester. Cette situation inacceptable est rendue encore plus critique par les changements climatiques en cours et l’enchérissement rapide de l’énergie. Il est plus que temps de construire, de construire plus, de construire mieux et de construire pour tous. C’est tout l’enjeu du défi du million de logements neufs et anciens avec une « isolation de qualité ». Et cela passe par une baisse du coût du foncier avec la mise à disposition des terrains constructibles appartenant à l’État au profit des collectivités locales. Cela passe également par des sanctions multipliées par cinq pour les communes qui ne respectent pas la loi de solidarité urbaine (SRU). Honte à ces communes trop souvent nanties qui préfèrent les instituts pour Yorkshire obèses aux logements sociaux pour locataires au revenu trop maigre.

Vivre au quotidien ne peut se faire sans eau et sans énergie. Alors oui il faut instaurer un tarif progressif pour l’eau, le gaz et l’électricité. Et j’espère bien qu’un jour, il existera même un seuil de gratuité pour tous ces besoins élémentaires. Je l’ai défendu jadis avec l’Allocation Citoyenne Universelle, peut-être le retrouvera-t-on avec la généralisation des modèles économiques freemium, mais en attendant il appartient à la République d’imposer des règles minimales pour tous les besoins élémentaires.

Et enfin, ce qui sera le grand défi et peut-être la dernière chance d’éviter la révolte, il est plus qu’urgent de sortir les jeunes générations du train vers l’abattoir social dans lequel notre société les a mis ! La génération qui part et qui à bien des égards à tout eu ne peut pas laisser la génération qui arrive dans une telle situation. Alors oui, moi qui suis entre ces deux générations, je soutiens de toutes mes forces la mise en place des contrats de génération, et ces contrats doivent aller bien au-delà du cadre professionnel. C’est toute notre société qui doit retisser un lien inter-générationnel, c’est toute notre société qui doit rééquilibrer les efforts et les récompenses, qui doit apporter des chances nouvelles là où se sont infectées des plaies anciennes. Cela passera par la création de 150 000 emplois d’avenir destinés en priorité aux jeunes des quartiers populaires, mais cela passera aussi par l’engagement de tous. Cette génération déclassée, ce n’est pas une génération d’inconnus, ce sont tous nos enfants, d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, nos enfants !

Allons défendre tout cela fasse à la droite qui en 10 ans a massacré notre vie quotidienne, a condamné l’immense majorité de notre jeunesse au profit de son modèle d’égoïsme vaniteux !

Quotient Familial PS contre Quotient de Malhonnêteté Intellectuelle UMP

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À défaut de pouvoir défendre un bilan et un candidat, les snipers UMP font feu de tout bois médiatiques pour essayer de semer le trouble dans l’esprit des Français. Dernière offensive en date, nous aurions selon eux décidé de porter un (sale) coup à la politique familiale de la France, ce qui serait une « folie » (dixit, sans rire, Nicolas Sarkozy).

Quelques éléments factuels pour comprendre

Ne sombrons donc pas dans la folie et au contraire, faisons appel à la raison. D’abord, il n’est aucunement question de revenir en quoi que ce soit sur le soutien de la République à la politique familiale. C’est l’une des rares choses dont nous pouvons légitimement et sans fanfaronnade être fiers !

Ce qui pose question ici, c’est la justice d’un élément particulier, à savoir le quotient familial, c’est-à-dire ce mécanisme fiscal de « part » ou de « demi-part » qui permet de diminuer l’impôt des foyers. Avec ce mécanisme, on constate qu’un enfant n’a aux yeux du fisc pas la même valeur en fonction du revenu de ses parents. Un enfant né dans un foyer pauvre vaut très exactement zéro euro pour l’administration fiscale, alors qu’une demi-part (un « enfant fiscal ») peut valoir jusqu’à 4400 euros. Même avec toute la malhonnêteté intellectuelle possible, il est difficile de prétendre que ceci est juste et normal !

François Hollande a donc décidé de traiter ce problème, non pas pour supprimer l’aide allouée aux familles, mais pour trouver un système plus juste capable au moins d’aider les familles les plus pauvres au même niveau que les familles les plus riches. Ne pas le faire revient en fait à chercher des moyens d’augmenter le déclassement des classes défavorisées au profit des classes favorisées. Cela a été la politique UMP depuis 10 ans, je veux en changer et je crois que les Français aussi !

Quelques éléments factuels pour se souvenir

Reste donc la polémique UMP, qui sur le sujet de la famille est gonflée. Que l’on se souvienne un peu :

Mais il y a eu encore pire !

Voici les faits passés et présents en rapport avec cette polémique lancée par l’UMP. Chacun jugera sur pièce et en conscience de la crédibilité et du soutien qu’il convient d’accorder à l’UMP et à Nicolas Sarkozy en matière de politique familiale.

Quant aux propositions du PS sur le sujet, elles vont arriver, nous les exposerons de façon la plus claire possible aux Français pour qu’ils soient en mesure de juger. Mais qu’ils soient en tout cas certains de notre volonté de protéger nos enfants, la famille, le tout dans un esprit de responsabilité et de justice pour tous !

 

Connecto, ergo sum

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Que les puristes me pardonnent ce latinisme de cuisine qui me permet d’introduire un post sur un sujet qui me préoccupe depuis longtemps, mais dont je n’arrivais pas à exprimer la substantifique moelle.

Ce sujet, assez important pour que je le place à côté des trois défis que je juge les plus critiques pour notre avenir (rupture climatique, rupture énergétique et bascule démographique) est celui de la dématérialisation, ou dit autrement de la transformation de notre monde en monde numérique. Que le monde devienne chaque jour un peu plus numérique est un constat que tout un chacun a fait et peut encore faire à chaque instant (la preuve vous êtes en train de me lire). De part mes activités professionnelles, je sais pertinemment que la compréhension de ce qui se passe est très inégale et très imparfaite, et j’ai pu mesurer dernièrement l’étendue de cette imperfection lorsque les représentants des candidats à la primaires socialistes sont venus nous expliquer la vision politique des différents concurrents. Parmi eux il y avait en particulier Axel Kahn que j’ai interpelé sur ce thème du numérique justement. Peut-être sa réponse aurait-elle méritée d’être précisée, mais ce qui m’a stupéfait ce jour-là, c’est que même pour lui le défit de la numérisation du monde était surtout la résultante d’un changement d’outils que nous devions nous approprier, et guère plus.

Or j’affirme avec force qu’il s’agit infiniment plus que d’un problème d’outils, voire même d’usage : c’est entre autre un séisme philosophique radical, une explosion de nos certitudes qui peut se résumer ainsi :

Tout individu normalement constitué a au moins trois certitudes philosophiques sur la vie, la mort et ce qu’il est :

  • à moins d’un accident, nous sommes construits pour prolonger le souffle de vie que nous avons nous-même reçu
  • nous sommes mortels
  • nous existons en tant qu’individu pensant (cogito ergo sum, je pense donc je suis)

La numérisation du monde ne change pas fondamentalement la première affirmation (qui est par contre perturbée par la médecine, la génétique et la loi : que l’on se rappelle qu’une personne peut aujourd’hui être liée à trois mères et deux pères).

La numérisation du monde change par contre totalement notre rapport à la mort : il est possible (voire de plus en plus certain) de continuer à exister numériquement en tant qu’individu numérique agissant après sa mort physique, il est possible de naître, de mourir et de ressusciter numériquement avec le même niveau de charge émotionnelle que dans la vie physique.

Enfin, l’individu numérique peut parfaitement avoir plusieurs identités et existences distinctes (sans être pour autant schizophrène), et contrairement au monde physique, l’individu numérique n’existe que par les canaux numériques qui le relient aux autres êtres numériques. L’être physique individualisé se distingue dans le monde numérique d’un être numérique multiple doué d’ubiquité qui n’existe que par ses relations avec les autres.

Alors non, le problème numérique ne se résume pas à un problème d’appropriation des outils. J’espère en avoir donné ici l’intuition via trois affirmations d’ordre philosophique, mais cela aurait pu être tout aussi bien un questionnement éthique, légal, sociologique, économique ou encore politique. Qui peut porter ce questionnement à la connaissance des décideurs de ce monde ? Quelles réponses satisfaisantes donner ?

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Sources de réflexions :