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Affaire Dreyfus Strauss-Kahn : justice des medias, verdict du peuple

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C’est dans les moments troubles et la solitude que l’on teste ses convictions et que l’on se révèle à soi-même.

Lorsqu’en ce dimanche irréel j’ai allumé ma radio et que j’ai entendu l’incroyable nouvelle de l’arrestation de DSK, je me suis senti tout à la fois troublé et bien seul. Les informations qui se succédaient tout au long de la journée semblaient plus accablantes les unes que les autres, leur rythme et leur caractère mondial ne semblaient laisser la place à aucun doute et la construction médiatique qui avait atteint son paroxysme avec le perp walk auraient dû annihiler tout questionnement : vous qui entrez dans l’arène médiatique, abandonner tout espoir d’autre vérité que celle qui vous est donnée

Et pourtant, plusieurs choses m’ont fait douter. Le souvenir de la médiatisation de Timişoara et de Ceauşescu a laquelle je n’avais pas cru à l’époque, les premières incohérences de l’enquête de la police de NY (les heures, les téléphones portables, la rumeur de la fuite,  les caméras, le scénario de l’entrée de la femme de ménage, …) et le regard de Dominique Strauss-Kahn à sa sortie du poste de police ont réveillé en mot la méfiance des conclusions trop rapides et non prouvées, la nécessité de ne croire que ce j’ai pu vérifier, ne serait-ce qu’en partie. Je ne savais pas ce qui s’est effectivement passé, mais à l’évidence ce que je voyais n’avait pas grand chose à voir avec une justice équitable et sereine. Je me suis alors tourné vers ma communauté internet où j’ai là-aussi trouvé des gens troublés, mais où la solitude n’était plus.

Les semaines qui ont suivi ont été malgré tout extraordinairement enrichissantes.

J’y ai découvert ce que le mot justice signifiait vraiment, ce qu’il impliquait dans sa démarche de recherche de la preuve et de la vérité. Comprendre, trouver les faits, résister à la vindicte qui pourrait faire de vous un lâche, qui vous incite au mieux à vous taire en attendant l’exécution finale. Résister aussi à ses propres sentiments qui seraient plus satisfaits de l’innocence que de la culpabilité. Fonder son jugement sur les faits d’abord, sur la raison, et au bout arriver à la conclusion la plus probable.

J’y ai découvert aussi l’incroyable puissance de ces réseaux mondiaux de gens anonymes qui finissent par être plus proches de vous que certaines de vos fréquentations habituelles, puissance qui explique comment les gouvernements autoritaires méditerranéens ont pu être vaincus si facilement, puissance qui permet de combattre les manipulations médiatiques les plus sournoises, puissance qui permet d‘obtenir les documents que les médias refusent de donner ou pire, cachent car non conformes à ce qu’ils veulent démontrer. Il paraît que certaines rédactions ont eu des états d’âme après avoir publié des choses fort peu glorieuses, pour dire le moins. Je crois à la lumière de ces derniers mois que certains ont perdu leur âme, noyés dans le fiel d’une manipulation de la vérité faite en toute connaissance de cause parce qu’il fallait qu’il soit coupable !

sources : Fabrice Epelboin

sources : Fabrice Epelboin http://wordpress.bloggy-bag.fr/2011/07/13/affaire-dreyfus-strauss-kahn-la-chronologie-des-faits/

Que de fois me suis-je dit que j’avais l’impression d’être dans une nouvelle affaire Dreyfus, où l’accusé devait être forcément coupable, parce qu’il était riche, parce qu’il était juif, parce qu’il perturbait l’image de la morale ou d’un intérêt « supérieur » cachant des intérêts vils et très privés… Tant de monde avait intérêt à la culpabilité de Strauss-Kahn, la culpabilité plutôt que la vérité. De fait, sa démission forcée du FMI a permis la reprise en main de l’institution par les ultra-libéraux puis de lancer la curée sur la Grèce en moins de deux semaines, le projet d’un nouveau système monétaire mondial a fini dans les oubliettes de Riker Island, l’horizon des présidentielles françaises a singulièrement changé. Si la gauche non marxiste s’est d’ailleurs à peu près bien comportée (voire de façon positivement surprenante comme avec S. Royal), que dire de l’UMP ? L’ump qui avec Lefebvre et consorts avait annoncé le feu nucléaire si Dominique Strauss-Kahn se présentait aux présidentielles, l’ump que l’on retrouve au tout début de l’affaire avec un tweet diffusé avant même la première communication de la police, avec Debré éructant sur tous les médias lui tendant un micro, avec des médias plus que partisans relayant des informations dont certaines ne tenaient à l’évidence pas debout.

Et que dire de la position officielle de la France ? Dès le tout début de l’affaire, les services de l’État ne pouvaient pas ignorer que certaines informations diffusées étaient fausses, ne serait-ce que parce que l’État et la direction du Sofitel avaient des liens directs et étroits ; l’État savait que la chronologie annoncée des faits était fausse parce qu’il avait accès à l’historique du badgeage, il savait qu’aucune vidéo n’avait pris de film de DSK en train de fuir car les caméras en question n’existaient pas dans l’hôtel et qu’il avait normalement rendu ses clés, il savait que le billet d’avion de DSK n’avait pas été pris au dernier moment parce qu’une réunion européenne avec entre autre Angela Merkel était planifiée, l’État Français avait la possibilité, sans prendre parti, juste au nom de la Vérité et de la Justice, d’empêcher l’emballement et la construction d’une culpabilité médiatique, l’État français avait les moyens de protéger notre image internationale en évitant la condamnation expéditive d’un de ses ressortissant occupant un poste international majeur, l’État Français avait la possibilité de se placer aux côtés de la justice américaine pour (r)établir la vérité des faits dans une affaire délicate. Or le gouvernement français n’a pas fait ce choix, préférant laisser ternir notre image et notre réputation plutôt que de montrer l’exemple d’une France qui défend les valeurs et les principes, même dans un cas difficile. Pire que cela, les grands hommes d’État tels Robert Badinter qui ont osé prendre une telle position se sont fait conspuer. Pourquoi une telle attitude indigne ?

Je demande à nouveau à ce qu’une commission d’enquête parlementaire soit mise sur pied pour enquêter dès septembre sur le rôle des acteurs de l’État dans cette affaire, avant et pendant l’affaire. Que chaque Français se sentant bafoué, blessé, manipulé par les choix irresponsables qui ont été faits dans cette affaire, par leurs conséquences sur notre pays, relaie cette demande auprès de leurs élus ; nous exigeons la vérité ! Le peuple de France en tirera les conclusions.

L’affaire DSK a eu un impact personnel pour Dominique Strauss-Kahn et sa famille, mais au-delà, un impact sur le déroulement démocratique de l’élection à venir. Une part de la vérité a été établie par la justice américaine, nous devons aller jusqu’au bout pour ce qui concerne la République Française.

7 thoughts on “Affaire Dreyfus Strauss-Kahn : justice des medias, verdict du peuple

  1. Sur l’impossibilité physique du viol : http://fr.news.yahoo.com/un-avocat-strauss-kahn-juge-impossible-la-thèse-054602725.html

    Traduction du non-lieu par Rue89 : http://www.rue89.com/2011/08/23/abandon-des-poursuites-contre-dsk-le-document-en-francais-218883
    Extraits :
    La nature des accusations exige que l’on soit en mesure de prouver avec certitude que l’accusé a engagé un acte sexuel avec la plaignante sous la contrainte, et sans son consentement. Après enquête approfondie, il apparaît que la preuve de deux éléments essentiels – l’usage de la force et l’absence de consentement – ne peut reposer que sur le témoignage de la plaignante lors d’un procès.
    (…)
    Au moment de l’inculpation, toutes les preuves disponibles nous ont laissé penser que la plaignante était fiable. Mais d’autres éléments recueillis durant l’investigation ont gravement remis en cause sa fiabilité dans cette affaire. Que des individus aient menti dans le passé ou commis des actes criminels ne fait pas nécessairement d’eux des gens indignes de notre confiance et cela ne nous empêche pas de les appeler à la barre des témoins durant le procès.
    Mais, quelle que soit la réalité des faits dans cette affaire, le nombre et la nature des mensonges de la plaignante nous empêchent de faire confiance sa version des faits au-delà de tout doute raisonnable. Si nous ne pouvons la croire sans douter, nous ne pouvons pas demander à un jury de le faire.
    (…)
    En résumé, la plaignante a donné des versions changeantes et contradictoires des événements concernant la supposée agression sexuelle, et par conséquent, nous ne pouvons pas être certains de ce qui s’est passé le 14 mai 2011, et nous sommes incapables de savoir quelle version la plaignante donnerait durant le procès.

    Au cours de chaque entretien avec des procureurs, alors qu’il lui était simplement demandé d’être sincère, elle ne l’a pas été, que cela soit sur des détails ou sur des faits importants, certains mensonges portant sur son passé et d’autres sur les circonstances même des faits incriminés.

    Dans deux entretiens, par exemple, la plaignante a évoqué de façon saisissante, et avec de nombreux détails, un viol dont elle aurait été victime dans son pays d’origine, viol dont elle admet aujourd’hui qu’il a été entièrement inventé. Elle a également admis avoir menti lorsqu’elle a raconté aux procureurs et au grand jury ce qu’elle avait fait immédiatement après l’agression.
    Cette tendance à dire des contre-vérités ne date pas des contacts de la plaignante avec le bureau du procureur. Notre investigation a montré que la plaignante avait déjà fait dans le passé de nombreuses fausses déclarations, dont certaines inscrites dans les fichiers du gouvernement et faites sous serment ou sous peine de parjure. Tous ces mensonges devraient, évidemment, être révélés au jury durant un procès, et leur accumulation aurait un effet dévastateur.
    (…)

  2. Libération révèle que le ministère des affaires étrangères serait intervenu le lendemain de l’affaire DSK pour transmettre des éléments « à charge » sur l’affaire Banon au procureur de NY.
    Cette intervention serait la cause direct de l’envoi de DSK dans la prison de Ryker Island.

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/12/09/97001-20111209FILWWW00329-dsk-le-quai-d-orsay-a-appele-le-procureur.php
    http://www.liberation.fr/politiques/01012376596-dsk-l-appel-du-quai-d-orsay-au-procureur

  3. Les compléments de France Info sur l’intervention du ministère des affaires étrangères et de la justice : http://www.franceinfo.fr/decryptage-sofitel/hyper-revue-de-presse/dsk-les-deux-coups-de-fil-qui-changent-tout-467559-2011-12-09

  4. Édifiant !

    http://alexandre-thomas-forum.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/12/30/mysteres-strauss-kahn-contre-dr-no-l-inconnu-de-la-suite-n-2.html

    Extrait : « En toute bonne logique, seul Brian Yearwood pouvait occuper la suite n° 2820 au moment des faits. Ce qui explique sans doute son explosion de joie et les pas de danse comme pour pousser un ouf de soulagement, après une réussite également revendiquée ultérieurement par Xavier Graff au moyen d’un mail. »

  5. Par Vianney Cier

    Arnaud Dassier vient d’être évincé de la campagne des législatives de 2012, démissionnant de l’UMP.

    Pour ceux qui l’ont oublié, cet admirateur de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, a été étroitement lié aux premiers moments des révélations du Sofitel. Il est le premier tweeter, à relayer l’information de l’arrestation de DSK, donnée par le jeune militant UMP en charge de la riposte contre la gauche, Jonathan Pinet, dans la nuit du 14 au 15 mai…

    Fils de l’ancien rédacteur en chef de LCI, Jean-Claude Dassier, Arnaud Dassier est aussi l’un des cofondateurs et actionnaires d’atlantico.fr, le site néo-libéral-néo-conservateur créé en 2010, qui a été en pointe au tout début de l’affaire, à l’affût sur le déclenchement des affaires.

    Un site qui a beaucoup, peut être de façon trop ostentatoire, contribué à la “fabrication de l’opinion” dans les premières heures de l’arrestation de Dominique Strauss Kahn, aux côtés du New York Post, de Ruppert Murdoch.

    Atlantico.fr a été le premier à déclencher l’offensive médiatique sur le train de vue du couple Strauss-Kahn en publiant quinze jours avant “l’opération Ophelia » la fameuse photo d’Anne Sinclair et DSK aux abords de la Porsche panamera de Ramzi Khiroun, l’un des intimes du couple, par ailleurs faisant partie des conseillers en communication de RSCG en charge de gérer son image.

    C’est aussi le site qui a publié des informations “de sources consulaires” sur les prétendues “griffures sur le torse de DSK” relevé par les premiers enquêteurs. En publiant ces informations, écartées sans le moindre doute par le rapport des services du procureur de New York, le 26 août dernier, le site s’est exposé au regard de quelques journalistes attentifs qui ont pointé le rôle de la diplomatie française dans les toutes premières heures en vue de conduire Dominique Strauss Kahn à se faire incarcérer à la prison de Rykers Island.

    Fait troublant, le site atlantico était par ailleurs l’employeur “bénévole” de Tristane Banon, ex-belle sœur de Pierre Lellouche, secrétaire d’État UMP de Nicolas Sarkozy, et opposant le plus viscéral de DSK depuis une vingtaine d’année, notamment à Sarcelles, dont l’attaché parlementaire n’était alors que l’autre demi-frère de la même Tristane Banon.

    Enfin, Arnaud Dassier avait été celui qui a théorisé la manière d’utiliser l’internet comme outil de propagande, dans la campagne de Sarkozy en 2006-2007, dont il a dirigé la campagne web. Illustrant avec l’affaire du Sofitel, le trop plein d’assurance des officines prêtes à utiliser tous les moyens pour neutraliser les adversaires de l’actuel locataire de l’Élysée.

    Pourquoi n’a-t-il pas été retenu pour être candidat dans le Loiret, après tous ses efforts ? paye-t-il le caractère un peu ostentatoire de son action dans les premières heures de l’information. Tout comme le jeune et très bavard Jonathan Pinet, réduit au silence dans les jours qui ont suivi et ce depuis sept mois ?

    À l’heure où tous les soupçons remontent à la surface sur le rôle de l’Élysée non seulement dans “la fabrication de l’opinion” mais éventuellement aussi sur l’éventualité d’un piège tendu de longue date, bien en amont de l’affaire de New York, Arnaud Dassier faisait assurément partie de ceux qu’il fallait ne pas exposer en public à la curiosité des journalistes et des bloggeurs, et encore moins au jugement de l’opinion.

    Il y a toujours un prix à payer pour s’être compromis aux turpitudes d’une démocratie dévoyée et trahie.
    Tous les protagonistes et les seconds couteaux de cette affaire seront-ils sacrifiés de la même manière à la soif inextinguible de pouvoir de ceux qui tirent les ficelles ?
    À ce jeu-là, Arnaud Dassier n’est déjà, probablement ni le premier, ni le dernier.

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