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Féminisme à contre-emploi

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J’ai reçu il y a quelques jours la contribution « égales ». Cette contribution thématique traite de la condition féminine en général, mais aussi au sein du parti socialiste lui-même.

En parcourant ce texte, je retrouve une bonne partie des constats que j’avais pu faire depuis mon adhésion il y a deux ans, en particulier l’écart entre les intentions affichées d’une parité de responsabilité et de représentativité, et la trop lente évolution au niveau des élus, malgré les derniers succès électoraux.

Bien qu’à mes yeux un peu partiel et daté, les constats me semblent justes et je me disais que j’allais signer cette contribution jusqu’à ce que je lise cette phrase, utilisée d’ailleurs de façon récurrente : « Faut- il encore le rappeler, une femme meurt tous les 3 jours des coups portés par son compagnon. ».

Or, pour aussi vraie que soit la statistique sous-jacente à cette phrase (référence ?), son utilisation sous cette forme est totalement inacceptable. Pourquoi ?

D’abord, la statistique est exploitée par une forme de com’ destinée à frapper les esprits, à jouer sur l’émotion : on prend une donnée chiffrée et on la divise par une dimension qui n’a pas grand chose à voir avec l’élément mesuré, ici le nombre de jours par an. Pour comprendre la nature très artificielle de ce ratio, il suffit de ce demander ce que signifierait ce même nombre de décès divisé par le nombre de mariages ou la consommation annuelle de barriques de bière. Cela donnerait un résultat « marquant » pour les esprits mais créant un lien douteux de causalité.

Ici, ce ratio « colore » de façon détestable la statistique. En l’occurrence, il désigne implicitement les hommes comme meurtriers potentiels, à grande échelle. Ce lien insensé a été explicitement exprimé par la candidate du PS lors de la dernière présidentielle lorsqu’elle avait repris et transformé cette statistique en « dans un pays comme la France, une femme sur trois meurt assassinée sous les coups de son conjoint ».

Et pour en finir avec l’illustration de la dérive induite par une telle phrase, que penser de cette autre statistique, elle aussi tout aussi vraie « tous les cinq jours, une mère commet un infanticide » (je suis preneur de l’adresse du rapport de l’INSERM)?

De tels procédés alimentent la défiance et créent une culpabilité hors de propos, ils vont à l’encontre même du résultat cherché. Ils passent par ailleurs sous silence les situations qui n’entrent pas dans l’objectif, comme par exemple les violences au sein de couples homosexuels ou les violences de femmes sur des hommes. La relative rareté de ces cas n’autorise personne à les passer sous silence.

Il n’en reste pas moins que les violences conjugales sont un douloureux échec de notre société, pas seulement la faute impardonnable d’un conjoint sur l’autre. Impardonnable parce que nous n’avons pas réussi à protéger la victime, ni avant où l’on ne sait pas traiter le risque, ni pendant où la société ferme trop facilement les yeux au nom de la liberté de chacun, ni après où la justice et la police offrent une protection dérisoire aux victimes. Oui la situation est plus qu’inacceptable, mais la réduire à un problème de sexisme est une erreur d’analyse, voire une faute qui permet à cette situation de perdurer. Si la victime est clairement identifiable (et encore se sent-elle souvent elle-aussi « coupable »), la responsabilité est bel et bien systémique et inclut famille (passée, présente et future puisqu’il y a souvent reproduction du malheur), voisinage direct, et société dont les lois et les services publics sont mal adaptés à la résolution de ce problème. Désigner un coupable (l’homme) et mal protéger la victime est facile, mais moralement insupportable.

Enfin, pour en revenir à ce texte, malgré ses constats justes, il ne permet pas d’avancer sur le problème spécifique du PS. Héritier d’un sexisme historique (les icônes de la République ne sont-ils pas de « solides gaillards » ?), il semble en être à un état de dialogue de sourds polis entre « chiennes de garde et machos », dialogue figé sur la vision dépassée d’une société qui a pourtant évolué (en grande partie dans le bon sens pour ce qui est de l’égalité homme / femme) et qui pose de nouveaux défis liés à de nouvelles situations. La violence naguère socialement attribuée à l’homme « prédateur », s’est diffusée à toute la société comme en témoignent les cas de jeunes filles condamnées pour violence en bandes et parfois actes de barbaries.

Le combat pour une société qui traite en égaux tous les citoyens, est un combat nécessaire, juste, mais le combat de tous, basé sur un contrat de société clairement redéfini, mis en œuvre par une réforme progressive et permanente qui n’exclut personne, qui ne condamne a priori personne, qui protège tout le monde.

Quant aux problèmes de parité du PS, soit on attend quelques siècles que la parité s’établisse au fil du renouvellement politique, soit on se décide à « sacrifier » l’ordre établi en désignant par tirage aléatoire les futurs candidats aux futures élections de listes (européennes, régionales) et en demandant aux plus anciens élus de ne pas se représenter. Une telle décision est simple mais elle pose la question de la confrontation des principes et de l’efficacité, de l’égalité de tous contre l’équité de ceux qui ont consacré leur vie à être où ils sont.

Quel que soit le choix, il devra être le résultat d’une démarche collective, d’un contrat où chacun puisse se retrouver.

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Submitted in: Congrès 2008, politique, Question de société |