Le venin de la Vème colonne

Lis moi avec webReader

Permettez-moi de voir derrière l’aimable livre de MM Rissouli et André le dernier coup de canon de la Vème colonne qui a été à l’œuvre ces dernières années pour faire exploser le PS mais qui n’y a pas réussi, fort heureusement.

L’université de La Rochelle ayant été un vrai instant de réconciliation et d’apaisement, il n’était que temps pour eux de faire réchauffer une soupe déjà bien carbonisée. Reims n’a pas été un modèle d’arithmétique démocratique. Quelle découverte.

Et quel cynisme également d’oublier les primaires de 2006 qui n’ont pas besoin d’une analyse journaleuse orientée à charge pour être entachée de la marque du népotisme. Le PS n’aurait été vertueux qu’en 2006 alors que le premier secrétaire soutenait par tous les moyens à sa disposition son ex-compagne, que le numéro 2 du parti clamait à qui voulait l’entendre que seul ce couple était légitime à la candidature et que les barons du PS, dont la fédération du nord accusée de tous les maux dans ce livre, soutenaient également à bras le corps Royal ?

Le bon sens et l’honnêteté retrouvées auraient voulu que l’on fasse, tous, de tous courants, de toutes tendances, amende honorable et que l’on travaille à des statuts et des procédures honnêtes. Et c’est ce que nous avions commencé à faire. Mais voilà, les manipulateurs de l’ombre répandent leur venin et quelques militants égarés et bien mal encadrés réagissent à la manipulation dans le sens espéré par les saboteurs de la gauche.

Alors, moi, humble militant du bout du monde, je n’ai pas besoin de me lancer dans une opération marketing de teasing et de convoquer la presse en créant une atmosphère aussi grandiloquente que ridicule pour déclarer que ce livre est minable, orienté, et manipulateur. Et qu’accessoirement, il vient sans doute de sceller le sort de Royal si elle n’arrive pas à se démarquer sans ambiguïté d’amis journaleux si encombrants.

De l’art de manipuler l’opinion et les internautes en particulier, acte II

Lis moi avec webReader

Après la fable de la jeune fille que personne n’aimait, je voudrais vous raconter une autre histoire. C’est une histoire de méchants qui font peur, le conte des vieux croutons qu’en ancien françois l’on nommoit sociaux-démocrates.

Dans une époque reculée de l’histoire de France, vivaient de très vieux messieurs, encore dénommés croutons, éléphants, machos ou de façon plus générique, “vieux cons”. Ces gens faisaient très peur, on ne sait pas trop pourquoi, mais on sait qu’ils passaient le plus clair de leur temps à empêcher les choses de changer en jetant des sortilèges de pétrification. Et ils étaient très méchants, et très vieux.

A une époque, ces méchants avaient été très gentils et s’étaient plutôt bien occupés de nous, comme le crouton Delors (dont la pensée démocrate-chrétienne fut une des sources d’inspiration de la deuxième gauche) qui fut incontestablement l’un des plus grand constructeur de l’Europe, comme l’éléphant Rocard qui fut loué pour son intelligence et sa volonté de faire évoluer la gauche, comme le macho Jospin qui est l’homme qui a fait reculé le chômage alors que plus personne n’y croyait plus (souvenez-vous d’une maxime de l’époque : “contre le chômage on a tout essayé”), comme le vieux con Strauss-Kahn à qui l’on doit plus de trois ans de croissance au-dessus de la moyenne européenne (souvenez-vous qu’à l’époque l’assemblée nationale avait été dissoute parce que la droite ne pensait pas être en mesure de boucler un budget pour qualifier la France à l’euro), et qui travaille aujourd’hui à essayer de réaliser la plus grande réforme financière mondiale depuis Bretton-Woods

Comme ils avaient pétrifié la gauche de France, tout n’était autour d’eux que désert désolé, vieille marmite d’idées recuites, combines secrètes et banquets d’arthritiques goutteux : il parait même qu’ils se nourrissaient de la jeunesse des quelques égarés qui venaient à eux, et c’est pourquoi on ne voyait plus de jeunes dans leur rang. Brrr, cela fout les jetons !

Après cette effrayante histoire, laissez-moi vous présenter une galerie de portraits de personnes qui se battent aujourd’hui dans les rangs de ceux qui ont été tant dénigrés, ceux qui travaillent au quotidien pour aider nos concitoyens et pour construire l’avenir, un avenir bâti sur l’héritage et du socialisme et de la social-démocratie, un avenir refondé.

Sandrine Mazetier, née le 16 décembre 1966, députée de la 8e circonscription de Paris, ancienne directrice de communication dans le secteur privé. Cliquez ici pour voir son blog.

Jean-Francois Fountaine, vice-président du Conseil régional de Poitou-Charentes, ancien champion du Monde de Half Tonner (1980), chef d’entreprise dans la construction navale, ex-président de la Fédération des Industries Nautiques.

Marisol Touraine, née le 7 mars 1959 à Paris, députée socialiste d’Indre-et-Loire. Cliquez ici pour voir son blog.

Pierre Moscovici, né le 16 septembre 1957 à Paris, député du Doubs, ancien ministre délégué aux affaires européennes du gouvernement Jospin, premier signataire de la contribution “Besoin de Gauche” pour le congrès de Reims. Cliquez ici pour voir son blog.

Michèle Sabban, Née le 28 juin 1954 à Kef en Tunisie, Vice-Présidente du Conseil Régional d’Ile-de-France, Vice-Présidente de l’Internationale Socialiste des Femmes, Présidente de l’Assemblée des Régions d’Europe.

Jean-Jacque Urvoas, Né le 19 septembre 1959 à Brest (Finistère), ex-directeur de la Mutualité du Finistère, maître de conférence à l’Université de Bretagne Occidentale, député de la 1re circonscription du Finistère. Cliquez ici pour voir son blog.

Michel Destot né le 2 septembre 1946 à Malo-les-Bains (Nord), député de la troisième circonscription de l’Isère, maire de Grenoble .. Cliquez ici pour voir son blog.

Laurent Baumel né en 1966, un des penseurs de la refondation du parti socialiste, rédacteur du rapport de La Rochelle sur le Manifeste de socialisme et démocratie. Cliquez ici pour voir le blog du manifeste.

Christophe Cavaillès, né à Paris le 19 décembre 1973, reporter spécialisé dans les questions de relations internationales, écrivain et conférencier. Cliquez ici pour voir son blog.

Voilà donc des hommes et des femmes qui n’existent pas dans la fable des vieux croutons où il n’y a pas de dynamisme, pas de renouveau, pas de mouvement, pas de changement.
Pourtant, dans cette galerie de portraits qui est loin d’être exhaustive (toutes mes excuses à ceux qui auraient mérité d’y être), il y a des gens qui améliorent notre vie au quotidien, d’autres qui réfléchissent à comment aborder rationnellement les indispensables changements auxquels nous devons faire face, à en diminuer les risques, à tracer la route d’un avenir meilleur. Mais voilà, ce ne sont pas des aventuriers de l’esbroufe, pas des bateleurs de foire qui racontent tout et n’importe quoi pour être applaudi à la fin du spectacle.

Le changement demande de la constance et de la cohérence, de la réflexion et de l’ambition, et surtout, il demande l’assistance de tous, du plus humble à celui qui est à la tribune, et en particulier de ceux qui ont montré leur capacité à réussir.

De l’art de manipuler l’opinion en général, et les internautes en particulier

Lis moi avec webReader

Chers internautes, amis lecteurs, rebelles de tous poils, j’ai une petite histoire à vous raconter.

Il était une fois, une charmante jeune fille que personne n’aimait et à qui tout le monde voulait du mal. Mais comme cette jeune fille était très courageuse et qu’elle voulait sauver le monde, elle a fait de la politique. Et tout le monde a continué à ne pas l’aimer et à lui vouloir du mal. Comme elle était très courageuse et n’était mue que par l’intérêt de son prochain, elle s’est présentée à la présidentielle du peuple de France. Et personne ne l’aimait et tout le monde lui voulait du mal, en particulier les vieux messieurs et 53% des français. Mais comme elle était très courageuse et désintéressée, elle a voulu changer son parti politique après avoir essayé de le contourner. Mais personne ne l’aimait et tout le monde était contre elle, en particulier 71% des gens de son parti.

Voilà, c’est l’histoire de la vie de la charmante jeune fille : elle a toujours été seule contre tous et les vieux messieurs ont toujours voulu lui faire du mal.

Après cette belle histoire, permettez moi de vous présenter une galerie de portraits de ceux qui soutiennent ou ont un jour soutenu la dame :

Francois MitterrandA tout seigneur tout honneur, François Mitterrand sans qui Ségolène n’aurait jamais rien été. Pierre BergéMoins connu mais non moins important, Pierre Bergé milliardaire mécène sans l’argent duquel rien ne serait possible, ou si peu, aujourd’hui encore
Francois Hollande

François Hollande, ex 1er secrétaire du PS qui renonça à sa propre candidature pour soutenir sa compagne d’alors. Il a changé d’avis depuis.

Francois Rebsamen

Francois Rebsamen, ex-numéro deux du parti lors de la campagne présidentielle, soutien toujours inconditionnel.

Jack Lang

L’inoxydable Jack Lang, recordman de la longévité ministérielle pour la Vème République, ex-numéro 3 du parti et soutien de la candidate à la présidentielle. Il a changé d’avis depuis.

Jean-Louis Bianco Jean-Louis Bianco, recordman de la longévité au poste de secrétaire général de l’Elysée, soutien inoxydable à Royal.
Georges Freche

Georges Freche très contreversé président de la région Languedoc Roussillon, exclus du PS pour des propos en opposition avec les valeurs du parti. Toujours un soutien incontournable dans cette région.

Patrick Mennucci Patrick Mennuci directeur adjoint de la campagne présidentielle, secrétaire fédéral délégué aux élections de l’ancienne fédération des Bouches du Rhône, soutien toujours inconditionnel.
Jean-Pierre Chevenement

Le ché Jean-Pierre Chevenement, ex-baron remuant du socialisme, soutien à la présidentielle, un peu moins depuis.

Pierre MauroyPierre Mauroy, ex 1er ministre, figure historique du socialisme mitterrandien, baron de la puissante fédération du nord, soutien de Royal à la présidentielle. A changé d’avis depuis.
Jacques Attali

Jacques Attali, penseur de la mitterrandie, soutien royaliste depuis la présidentielle.

BHLBernard-Henri Levy, autre penseur de la gauche version plus people, soutien royaliste depuis la présidentielle.

Voilà donc des soutiens qui ne sont bien sûr ni des vieux, ni des hommes, ni des représentants du parti socialiste ou de la gauche. Voilà des perdreaux de l’année, défenseurs acharnés d’une vision moderne et féminisée de la gauche. Voilà donc des gens qui sont tous issus de la classe ouvrière, laborieuse, de la France qui souffre. Voilà donc des gens en dehors de l’appareil, de simples militants. Voilà donc des gens qui n’incarnent pas la Vème République. Voilà donc les pilons des briseurs de tabous, les bulldozeurs, les bougeurs de ligne. Voilà donc ce qu’on a réussi à vous faire avaler…

Pour ma part, je crois qu’être un homme, un militant qui a défendu les valeurs de la gauche n’est en rien une tare honteuse. Cela mérite il me semble un minimum de respect, surtout lorsqu’ils vous apportent ou vous ont apporté un soutien plus qu’actif. Notre société est faite de jeunes et d’anciens, tant que les générations se parleront et s’entraideront, elle sera forte. Mais un leader politique qui projette une image méprisante et fausse d’une partie de ses militants et de ses propres soutiens est un leader qui voue son parti à la déliquescence. On ne doit jamais jouer la division des siens pour se faire une place au soleil.
Alors oui, l’histoire de la pauvre jeune fille à qui tout le monde en veut, particulièrement les vieux machos archaïques est une fable, un bien triste mensonge. Une mauvaise blague markettée à l’usage des gogos webeurs, une ineptie qui a failli faire exploser le PS à Reims.

Solférino est en feu !

Lis moi avec webReader

Dans la nuit du 27 au 28 février 1933, le parlement allemand a été dévoré par un incendie.Reichtag en feu (Photo Bundesarchiv, Coblence)

On n’a jamais vraiment su s’il s’agissait de l’œuvre d’un abruti ou une manipulation des nazis, mais toujours est-il qu’ils ont exploité ce crime avec brio : cette nuit là, non seulement les flammes ont détruit l’outil de la démocratie, mais cela a permis à la propagande nazie de tourner à plein régime et d’assassiner la démocratie allemande elle-même. Doit-on oser faire un parallèle avec la situation d’aujourd’hui au parti socialiste ?

Lionel Jospin l’a fait à demi-mot il y a quelques jours, l’enchainement des évènements m’amène à le faire à voix haute, en mots clairs aujourd’hui.

L’histoire a commencé il y a déjà bien longtemps au PS, après que François Mitterrand n’ait laissé en héritage au PS quelques heures de gloire mais aussi un malaise créé par un épuisement idéologique et le sentiment que la morale n’avait pas toujours été le moteur de la pratique du pouvoir.Depuis les années 90, le PS ne s’est jamais vraiment remis de ce malaise et même s’il a largement prouvé ses capacités de gouvernement, la pertinence de ses choix et sa générosité pendant les années Jospin, ses indéniables succès politiques, économiques et sociaux ne lui ont jamais permis d’enterrer proprement le passé et de renaître.

Reims aurait pu être une occasion de renaissance. Les sociaux-démocrates étaient idéologiquement prêts à refonder le PS, en acceptant l’héritage socialiste et social-démocrate mais en créant quelque chose de nouveau.

De leur côté, les royalistes voulaient créer un parti césariste, c’est à dire dévoué à une seule personne dans l’unique but d’accéder à la magistrature suprême, alpha et oméga selon eux de la politique.

A la rigueur, le choix politique aurait pu se faire démocratiquement. Mais voilà, la nature hégémonique du césarisme s’accommode fort mal de la démocratie. Autant pour les sociaux-démocrates, il est normal de discuter et de décider de façon collégial, autant pour les césaristes c’est un non-sens puisque quoi qu’il arrive tout est défini par et pour le chef, la victoire ne peut être que totale et lorsqu’elle est impossible, le combat va jusqu’à la destruction.

Ceci est illustré par ce qui se déroule devant nos yeux du côté de Solférino. D’un côté, des sociaux-démocrates comme Moscovici proposent une direction collégiale regroupant paritairement les représentants des quatre motions (qui ont regroupé chacune peu ou prou un quart de l’électorat, un peu moins pour la gauche radicale, un peu plus pour les royalistes). Solution socdem pur sucre, équilibrée, raisonnable en fonction des circonstances. Solution rejetée par le camp d’en face qui envisage soit de revoter jusqu’à avoir la fameuse majorité qui légitime le chef, soit de faire appel à la justice pour faire condamner des irrégularités dont tout le monde connait l’existence et dont tout le monde sait qu’elles sont largement partagées de façon très égalitaires pour une fois. En complément, nous assistons à un déferlement de déclarations qui tiennent plus de la propagande qu’autre chose et une tentative de pression physique est envisagée par une manifestation devant Solférino. Irrégularités, menaces, manipulations, pressions, propagande, tout y est, nous sommes bien dans les années 30.

A ce stade où la mèche n’a pas encore trouvé l’abruti qui allumera l’allumette, nous avons déjà perdu la démocratie ; le vote n’a plus de sens, quoi qu’il arrive il n’en sortira pas de gagnant légitime.

Le débat démocratique survit-il encore ? J’espère que la commission de récolement va le ranimer mais il est aussi possible que les pressions physiques qu’elle subit avec une manifestation d’annoncée à Solférino et les menaces juridiques avec lesquelles on veut la tuer auront finalement raison d’elle.

Alors oui, tout est mûr pour le pire. Je serais de la préfecture de police, je me préparerais à mobiliser pompiers, ambulances et gardes mobiles. Triste, triste vraiment de devoir en passer par là pour faire renaître la gauche

Un résultat cohérent pour un PS qui en manque

Lis moi avec webReader

Ça y est, nous avons les résultats et la méchante Martine bat la gentille Ségolène. Oh rage, oh désespoir, trahison, complot et grognements de tromblons ! Nulle doute que la machine à faire pleurer dans les chaumières trouve là matière à une belle affiche de théâtre, qui à défaut d’être celui de Sophocle remplira de bruit la salle désertée par des français agacés par tant de luttes stériles.

Essayons d’abord d’être factuel : ce résultat est-il étonnant, est-il le fruit d’une odieuse machination ?

Lors du vote des motions, le PS s’était en gros divisé en quatre blocs de forces équivalentes. A ce stade, le vote avait un sens d’adhésion.
A l’issue du congrès, la tête de liste d’une de ces forces (Bertrand Delanoë) a appelé à voter pour Martine Aubry pour des raisons de proximité idéologique. A ce stade, nous avons commencé à voir un vote mi-adhésion idéologique, mi-rejet personnel puisque le résultat n’a pas été arithmétiquement celui qui était normal (Delanoë + Aubry auraient dû faire plus que Royal). Détail intéressant, le rejet portait plus sur la personne de Laurent Fabius que sur celle de Martine Aubry. Coup de billard à deux bandes…
A l’issue du 1er tour, le troisième (Benoit Hamon) a à nouveau appelé à voter Aubry. Si l’arithmétique avait été en phase avec la volonté initiale des votants, près de trois quart du PS aurait dû voter pour Aubry et un quart pour Royal. A l’arrivée, le résultat est celui que l’on connait : très courte victoire de Martine Aubry. Finalement ce qui est étonnant, ce n’est pas qu’elle ait gagné, mais qu’elle ait peu d’avance. S’il devait y avoir suspicion de manipulation des votes, manifestement c’est bien au détriment de Martine Aubry qu’il faudrait chercher.

Alors qu’est-ce qui perturbe la logique arithmétique au PS ? Un certain nombre d’éléments peuvent être relevés :

  • une logique de personne (j’aime, je n’aime pas) au détriment de la logique politique (j’adhère, je n’adhère pas)
  • le poids des responsables fédéraux capables d’imposer une tendance aux votes de leur fédération (c’est dans cette optique qu’il faut interpréter le soutien appuyé à des personnages aussi peu recommandables que Georges Frêche)
  • le poids d’une partie du PS qui vote d’abord pour ce qui “renforce” le parti indépendamment d’une orientation idéologique (le vote des ces “légitimistes” se porte sur le vainqueur probable, qui vendredi soir étant Royal alors qu’à l’étape des motions, c’était Delanoë ; deux fois faux pour eux)
  • au sein du PS, la faible visibilité idéologique de la refondation en cours : le dialogue entre courants est lent et difficile depuis qu’il est parasité par les problèmes de personnes (la volonté de certains de présidentialiser le parti).

Donc, si le résultat peut paraitre étonnant à quelques uns, c’est parce qu’il va à contre-courant des habitudes électorales du PS et qu’il va dans le même sens que la pure logique arithmétique indiquait. Derrière l’hystérie pointe donc la raison, bonne nouvelle !

Dont-on revoter ? Question gag. On voit bien que si Royal veut un nouveau vote c’est parce que quoi qu’il se passe, elle veut être élue, premier secrétaire d’abord puis investie pour la présidentielle. On dirait du Sarkozy dans le texte : les irlandais ont dit non à l’Europe, qu’ils revotent ! Même s’il n’y avait eu qu’une voix de plus pour élire Aubry, le vote doit être respecté ou alors on passe dans un autre régime, celui du monde du totalitarisme qui s’impose par la force. Ce qui m’amène à une autre réflexion que je voulais garder pour l’après vote. Lionel Jospin a fait une allusion à une période peu réjouissante de l’histoire contemporaine, décrivant le climat délétère et ostracisque de l’époque pré-nazi. Quelle mouche l’avait-elle piqué ? En fait, Jospin a brisé là un tabou qui interdisait de parler ouvertement (presque) de certaines déclarations ou pratiques royalistes. Oui il existe au sein de Désir D’avenir un groupuscule qui a des pratiques de manipulation ou d’intimidation qui laissent un étrange sentiment, un malaise, des pratiques qui n’ont rien à voir avec un débat politique normal. Il appartient maintenant à ceux qui militent pour des idées dans le courant royaliste de faire le ménage chez eux et à revenir à des pratiques moins centrées sur la personnalisation, le marketting et l’effet d’annonce.

Le PS a donc maintenant un premier secrétaire, une femme qui plus est ce qui montre bien que nous sommes en train de tourner la page où les hommes occupaient tout l’espace. Une première ligne a donc bougé avec cette élection, merci Martine ! Mais le PS n’a pas pour autant une majorité politique qui lui permette de renvoyer le gouvernement Sarkozy au néant d’où il n’aurait jamais dû sortir, ni de créer les condition de la refondation. Le seul mandat viable pour la nouvelle direction est la rénovation du fonctionnement du PS, ce qui est déjà en soit un défi ! Du coup, la légitimité de la refondation politique ne viendra que de la base pour être ensuite portée par les cadres du parti. C’était la démarche de la contribution Besoin de Gauche, c’était la démarche du manifeste de socialisme & démocratie qui a largement nourri notre nouvelle déclaration de principes.

C’est donc la bonne démarche, à nous militants d’être maintenant source de propositions

Fier(e)s Détresses Ô Socialistes !

Lis moi avec webReader

Jeudi, vendredi au plus tard, on débranche le respirateur artificiel pour voir si le malade passe à trépas ou s’il ressuscite.

Comme prévu, restent en course une candidate colorée de social-démocratie (Martine Aubry), un candidat de la gauche radicale (Benoît Hamon) et la candidate du prolongement de la présidentielle 2007 (Ségolène Royal).

Comme prévu, on discute des personnes, de l’âge du capitaine (haro sur les vieux et assimilés !) et on fait le maximum de mousse pour être bien sûr d’exacerber le cerveau limbique et d’endormir le néocortex. Tant pis, je vais essayer d’argumenter un peu entre deux communiqués de presse.

D’abord, petit retour sur la motion A et l’attitude de Bertrand Delanoë. Après une première hésitation pendant laquelle il n’a pas voulu prendre position, il a finalement choisi de soutenir Martine Aubry. Réaction indignée dans le camp Royaliste avec une accusation de déshonneur, rien de moins. Dans les faits, l’indignation est proportionnelle au report de voix espéré et perdu, cela ne trompe personne. Quant au déshonneur, l’argument ne manque pas de sel. Un leader représentant une motion qui a fait un quart des voix du PS pouvait-il se retrancher dans son bureau en laissant couler le bateau ? Bien sûr que non. Bertrand Delanoë avait deux choix : présenter sa candidature (il en avait autant la légitimité que les trois autres) ou, au nom de ceux qu’il représente et après concertation, indiquer vers qui se reportait son vote. Sa candidature ne permettant pas d’éclairer le PS, il en a pris acte et a renoncé à ses ambitions avec dignité justement. L’honneur lui a ensuite commandé de choisir un camp.

Ce choix était-il surprenant ? Si on s’attache deux secondes aux motivations politiques et idéologiques, il est plus que logique. Les sociaux-démocrates se sont répartis dans deux motions (trois à l’origine avec la contribution de Pierre Moscovici). Par quel errement de pensée ou inconstance  aurait-il pu demander autre chose que la réunion d’un courant politique qui par ailleurs a fait un énorme travail de réflexion depuis 2007 (cf. les textes de socialisme et démocratie). Certes la motion A rassemblait au-delà de ce seul courant, mais la refondation social-démocrate en était bien la colonne vertébrale. En fait, ce choix est l’un des rares choix valables sur le fond : si l’on veut (enfin !) refonder le vieux PS, si on veut le mettre en phase avec les attentes de la société française, si l’on veut bâtir un programme politique sur la réflexion et la compétence, cela ne peut se faire qu’autour d’une approche social-démocrate refondée telle que nous la défendons. Par ailleurs, un de nos outils principal est le dialogue débouchant sur un contrat : bigre, que le PS en aurait besoin à l’heure où le césarisme menace le PS !

Et Hamon dans tout cela ? Difficile de savoir ce que fera la gauche radicale. Suivre Mélanchon dans une aventure autonome ? Accepter d’être minoritaire dans une refondation socdem ? Manger son chapeau et voter centre-droit avec Royal ? J’éviterai tout pronostic pour l’instant.

Alors que voter ? En ce qui me concernent, je privilégie le choix sur le fond en mettant en avant la bannière social-démocrate et je ferai fi du contexte et de l’environnement qui parasite la candidature de Martine Aubry. Arrêtons d’ergoter : je vote socdem, elle rassemble les socdems, assumons !

Petite remarque en guise de conclusion clin d’œil : pourquoi un post dont le titre est “Fier(e)s Détresses Ô Socialistes”. Parce que c’est tout bonnement le nom du site de soutien de la candidature de Ségolène Royal ( http://www.FiersDetresOcialistes.org ) !

15 November 2008

Pendant que les congressistes se battent, faisons un peu de politique

Filed under: Politique — Bloggy Bag @ 3:42 pm

Dans un sondage d’opinion récent, 45% des Français jugeaient le parti socialiste proche de leurs préoccupations et 32% lui trouvaient des dirigeants de qualité. Belle entrée en matière pour un congrès qui n’arrive plus à se définir autrement que par des personnes. Manifestement, pour sortir gagnant du congrès de Reims aux yeux des français, mieux vaut ne pas y être…

En marge de cette agitation, je voudrais revenir sur la social-démocratie. Ces derniers temps, certains se sont évertués à nous expliquer que c’était une idéologie dépassée qui ne marchaient plus en Europe en général, et en France en particulier. Comme parmi eux, certains nous avaient v(e)anté les mérites de cette même social-démocratie à la mode scandinave, on pourra méditer sur la versalité et l’honnêteté de certaines personnalités.

Mais qu’en est-il au fond ? En fait, la social-démocratie, en particulier à la française, est effectivement une idéologie qui a eu ses heures de gloire mais qui est à la recherche d’un second souffle. Par ailleurs, la France est historiquement un pays qui a échoué jusqu’ici à mettre en place un gouvernement ouvertement social démocrate, la seule expérience probante fut celle du gouvernement Jospin qui a quand même un des plus beau palmarès de résultats économiques de la Vème République, rien de moins.Mais ce gouvernement fut largement entravé par la cohabitation. C’est pourquoi, l’une des conclusion du manifeste de socialisme & démocratie publié à La Rochelle en 2007 était qu’il fallait dépasser ce stade et que nous devions fonder une nouvelle idéologie héritière et du socialisme et de la social-démocratie. Nos tribuns aux discours de circonstances avaient manifestement oublié d’aller lire le fruit de notre travail collectif.

Pourquoi la social-démocratie n’a-t-elle jamais pu prendre racine en France ? Les raisons sont diverses, mais on pourra retenir que l’esprit jacobin français et la Vème République laissent peu de place au dialogue direct entre partenaires sociaux (l’Etat français aime imposer par la loi), que les représentants de la social-démocratie se sont régulièrement heurtés à des conservatismes (Michel Rocard avec François Mitterrand, Jacques Delors avec le PS, Lionel Jospin encore avec le PS et aujourd’hui Dominique Strauss-Kahn avec le PS toujours qui l’a rejeté en 2006 pour une aventure qui s’est terminée de façon plus que prévisible). Enfin, en France les partenaires sociaux sont structurellement faibles en dehors de quelques secteurs économiques et qui plus est peu attractifs. L’une des idées est d’ailleurs de redéfinir leur rôle et d’élargir leur “offre de services” de façon à ce que les salariés aient intérêts à adhérer à un syndicat en dehors du seul cadre conflictuel. Enfin, on notera que si la nature démocratique est bien dans l’esprit français, le caractère réformiste de la social-démocratie (à la fois non révolutionnaire et non conservateur) est peu dans les habitudes nationales où l’on hésite toujours entre tout casser et ne rien changer.
La crise actuelle de la gauche était-elle lié à une éventuelle (j’aimerais écrire probable tant c’est le sens de l’histoire) mutation social-démocrate du PS ? Globalement non. A part la gauche radicale qui ne voit pas dans la social-démocratie un chemin d’avenir, il y a peu d’objections de fond quant à une refondation sur ce socle. Le problème actuel du PS est d’abord un problème de perte de repère, de conservatisme et de peur du changement, de problèmes recuits impossibles à digérer. A l’arrivée, certains en viennent à espérer en un(e) “césar” qui sauvera les meubles par la magie de sa seule aura.

Finalement, on peut dire ce que l’on veut de la social-démocratie, il n’en reste pas moins que c’est l’un des rares systèmes idéologiques que l’on se risque encore à citer en exemple après les chutes successives du communisme et du néo-libéralisme. Alors évidemment que dans une époque telle que la notre, tout système économique et politique est à repenser, parce que les repères économiques, énergétiques, politiques et bientôt climatiques ayant explosé, ils rendent caducs des réflexions dont certaines ont largement plus d’un siècle. Mais ce qui ne change pas, c’est que la réflexion collective, la négociation et le contrat, la souplesse et le pragmatisme éclairé sont les outils qui portent notre avenir.

Dans le passé, lorsqu’un peuple s’en est remis au génie illuminé d’un seul, cela a toujours mal fini. Évitons-nous cette peine.

PS : les faits

Lis moi avec webReader

Juste avant le début du congrès, quels sont les faits ?

Le site du PS donne à ce jour les seuls résultats faisant foi :

– motion E (Collomb-Royal) : environ 29%

– motion A (Delanoë-Hollande) : environ 25%

– motion D (Aubry-Fabius) : environ 25%

– motion C (Hamon) : environ 19%

– motion B (pôle ecologique) : entre 1,5 et 2%

– motion F (utopia) : entre 1,5% et 2%

En synthèse, aucune motion n’est majoritaire à elle-seule, et même en regroupant deux motions, la majorité est trop faible pour imposer légitimement le changement profond dont le PS a besoin.

Si l’on reste dans une logique majoritaire Vème République, c’est la motion E qui devrait constituer une coalition. Hélas, cette motion est aussi celle qui cristallise le plus d’opposition et son socle est particulièrement faible dans une telle logique.

La logique du consensus voudrait que la majorité se construise autour des listes acceptables après son choix prioritaire. Hélas le mode d’élection du PS ne permet pas de savoir qui parmi les motions A, B, C ou F est consensuel (c’est d’ailleurs une source de réforme du mode électif du PS).

En filigranne, le départ de Mélanchon introduit une dynamique qui pourrait rendre caduc le résultat de ce vote puisqu’elle pourrait modifier profondément l’électorat du PS en le privant de ses forces de gauche radicale. Nous passerions alors d’un PS “quatre quarts” à un PS “trois tiers”. Dans un PS trois tiers, la problématique est différente puisque le regroupement de deux listes donne une majorité qualifiée de deux tiers là où la situation actuelle ne donne qu’une majorité étriquée d’environ 50%.

Une seule conclusion d’impose : en temps qu’organisation démocratique, le PS est actuellement sans majorité légitime. Si on conçoit le parti comme une écurie présidentielle, le PS est ouvert à qui le prendra, mais le prendra de force et avec dès le départ un conflit ouvert. La seule solution raisonnable à mes yeux si l’on veut conserver provisoirement un parti socialiste dans sa forme actuelle tout en gardant l’espoir de le réformer, est de choisir une direction organique qui aura pour seul but de réformer le fonctionnement du parti et d’essayer une dernière fois de produire un congrès capable de dégager une majorité claire d’ici un an.

Un Contrat pour une Nouvelle Gauche

Lis moi avec webReader

Certains aiment à raconter qu’ils brisent les tabous, je me contenterai ici de défoncer une porte ouverte : le socialisme français est mort. Après l’heure de gloire de la conquête du pouvoir, après un certain nombre de réformes fondamentales dont la plus emblématique est sans doute l’abolition de la peine de mort, il n’a pas réussi à se renouveler même si l’expérience Jospin a montré que nous en avions très largement la capacité. De non-réformes internes en objectifs purement tactiques, d’erreurs d’égo en naufrage népotique, nous n’avons pas réussi à ouvrir la voie de la refondation, les résultats des votes des militants au congrès en sont le dernier exemple éclatant (résultats provisoires publiés sur le site du PS vendredi 7 novembre) : Royal (et alliés) aux environs de 29%, Delanoë (et alliés) autour de 25%, Aubry (et alliés) autour de 25%, Hamon autour de 19% (en légère baisse par rapport au score du NPS au congrès du Mans), Utopia autour de 2%, Écologistes autour de 1,5%, pour 55% de participation.

Prenons un peu de recul et de hauteur. D’abord le chiffre de la participation ne veut pas dire grand chose tant la gestion des listes des militants du PS tient de l’exercice fantaisiste. Pour ne citer que deux exemples de ma toute petite section, je n’avais pas le droit de voter parce qu’après mon déménagement, les informations nécessaires n’étaient pas arrivées à ma secsec, et une autre militante n’a pas eu le droit de voter parce qu’inscrite à Brest, elle ne payait pas sa cotisation et ne militait pas à Brest mais ailleurs. Sur une petite trentaine d’inscrits, sur la grosse dizaine de militants qui effectivement étaient actifs, presque 10% n’étaient pas en mesure technique de voter…
Autre élément : le bourrage de mou marketing a fonctionné à plein durant ces deux derniers jours. Les résultats n’étaient pas encore diffusés officiellement que la presse annonçait déjà le grand succès de la motion E. Le « grand succès » s’exprime dans les faits comme une perte de 50% des voix royalistes en deux ans (depuis la primaire), et comme une avance de 4 points environ sur les deux suivants et de 10 sur le quatrième. L’objectivité aurait dû amener les commentateurs à parler de résultats groupés avec une avance de la motion E…

Mais fi des commentaires, l’important est que le PS n’a pas dégagé de majorité solide, et que seules les motions Delanoë et Aubry réunies peuvent décrocher une (très faible) majorité à peu près cohérente (social-démocrate). C’est possible, mais on ne refonde pas un parti avec 50% de voix.
Deux solutions : soit nous restons dans le déni et cherchons à recoller des morceaux sans  but politique, et dans ce cas mieux vaut garder François Hollande c’est le seul à pouvoir réaliser un tel alliage, soit nous affrontons clairement le problème de nos divergeances, en commençant par arrêter de dire que nous sommes tous pareil !

PS EpinayJ’affirme clairement ne plus être socialiste ou social-démocrate, mais bel est bien quelque chose de nouveau, héritier du socialisme et de la social-démocratie. J’affirme que mes valeurs, mes outils, mes idéaux sont ceux du manifeste socialisme et démocratie mais qu’ils doivent être librement développés. Je comprends le combat de la majorité de mes camarades du PS, mais en l’absence d’une affirmation claire de ce qu’ils sont eux-aussi, je ne suis pas en mesure de dire si je peux rester avec eux dans le même parti ou si tout simplement nous devons nous contenter d’une confédération, d’un nouveau programme commun de conquête électorale entre partis distincts, voire carrément diverger. Chacun doit clairement dire qui il est, qui se reconnait dans la gauche radicale et ce qu’est cette gauche radicale, qui se reconnait dans une gauche sociale-libérale et ce qu’est cette gauche sociale-libérale, qui se reconnait dans une gauche catholique et ce qu’est cette gauche catholique, qui se reconnait dans autre chose et ce qu’est cette autre chose. Arrêtons d’avancer masquer, de ne pas paraitre ce que nous sommes.
Nous devons présenter aux français notre vrai visage et un programme en phase avec ce que nous sommes, c’est la seule façon raisonnable de sortir de cette interminable crise.

Comment faire puisqu’aucune majorité puissante ne semble pouvoir se dégager ?

Une façon simple est de trancher dès à présent dans le vif et de découper le PS à Reims. 19%, 25%,  25%, 29%, on vend les meubles et la marque et chacun fait ce qu’il veut de son côté avec son bout de PS. C’est simple et radical, mais c’est hautement traumatisant, plus qu’hasardeux et cela aura un impact certain sur la vie personnelle de nos élus aux prochaines européennes et surtout régionales. On peut aussi parier qu’après la crise venant la croissance, nous serons prêts, forts et cohérents pour la prochaine présidentielle.

PS SolferinoIl est aussi possible de passer un contrat de changement entre les quatre courants actuels du PS : donnons-nous une direction provisoire qui aura pour objectif de restructurer l’administration et le fonctionnement du parti, de faciliter l’affirmation des identités des courants et de préparer un congrès exceptionnel dans un an, congrès de la dernière chance qui cette fois aurait clairement pour but soit de désigner une direction cohérente, soit de permettre une scission saine du parti. Parallèlement, organisons les assises nécessaires à la clarification idéologique : quel nouveau contrat social, intergénérationel, multiculturel et entre les sexes proposons-nous ? Quel nouveau contrat républicain proposons-nous ? Quel nouveau contrat socio-économique proposons-nous ? Quel contrat socio-écologique proposons-nous ?

C’est la première fois que mon statut de militant simple citoyen me gène car il s’agit maintenant de faire un choix crucial dont les conséquences impacterons beaucoup de gens. Et dans un tel cas il est peu moral d’être conseilleur et pas payeur. Mais c’est ainsi, et j’espère que ce post permettra au moins aux cadres du PS de prendre un peu de recul, dans l’intérêt collectif, quelque soit le choix final. L’important est que ce soit justement un choix

Ce post sera diffusé dans la mesure du possible sur les sites des responsables des quatre motions ainsi que sur les sites de J-J. Urvoas et P. Moscovici.

Soirée d’élection au PS

Lis moi avec webReader

Double première pour le militant que je suis : j’ai participé ce soir à ma première élection de congrès et j’ai été du coup à ma première réunion de section après mon déménagement au bout de la Bretagne.

Le but de la soirée était donc de procéder au vote de sa motion préférée. Rien que de très banal en somme. Petit tableau de la soirée.

D’abord, comme je suis rattaché à une petite section, pas de lieu théâtral avec décorum et flonflons républicains, ce soir c’est vote chez l’habitant, en l’occurrence habitante puis ma nouvelle secsec (secrétaire de section pour les intimes) est une femme. Dans un post précédent,  je vous avais parlé du féminisme au PS, pour le coup j’ai gagné le gros lot, je suis le seul homme. On ne parlera donc pas foot ce soir… Ambiance décontractée, le vote a lieu autour d’un apéritif.

Quand je dis vote, c’est surtout pour les autres parce que moi je n’y ai pas droit. En effet, l’administration du PS étant à refonder au moins autant que son idéologie, même si je suis arrivé depuis 2 mois en Bretagne, techniquement je ne suis pas sur la liste de ma section. Ce n’est pas grave, j’étais prévenu. Au passage, je ne suis pas le seul dans ce cas puisqu’une de mes camarades n’a elle pas le droit de vote non plus, cette fois parce qu’elle est inscrite à un endroit et paie sa cotisation à un autre et que le secsec qui l’a inscrite l’a radiée. Au moins voilà un chantier prioritaire pour la prochaine direction parce que sans administration efficace il est difficile d’avoir des relais entre la tête et la base.

Vient le moment du dépouillement. Avec 8 votants, c’est rapide et si comme l’électorat féminin le laissait prévoir la motion E arrive en tête, elle ne récolte que 3 voix, les autres se répartissant harmonieusement sur A, C, D et F, cette dernière, utopia réalisant même une percée décoiffante avec deux voix. Ceci m’inspire d’ailleurs une réflexion en phase avec l’atmosphère de la soirée. Il y avait peu d’enthousiasme et les militants présents donnaient l’impression d’être entre deux eaux sans croire à une perspective claire, ce qui expliquerait qu’utopia recueille des voix. Si c’est bien le cas, on pourrait avoir un résultat de défiance exprimé à travers une motion qui n’a pas vocation à diriger le PS, ajoutant un peu plus au malaise…
La soirée se clôt sur une discution autour de DSK et de l’intérêt ou pas qu’il soit au FMI (j’ai bien fait de venir), organisme qui est toujours perçu comme une institution qui sème le malheur. J’espère que mes quelques explications sur l’apurement de la dette du Libéria, sur la Palestine et sur le rôle que va jouer le directeur du FMI dans la reconstruction du système financier auront permis de comprendre qu’il est infiniment mieux d’avoir un social-démocrate pour réformer une institution dont les actions peuvent être terribles si elles sont mal inspirées, et en particulier inspirées par les néo-libéraux qui ont mis à sac la planète, plutôt que de leur laisser cela comme dans le passé. Ce fut au moins ma contribution politique à ma soirée électorale du bout du monde.

Le PS expliqué à ceux qui ne le comprennent pas (plus ?)

Lis moi avec webReader

En cette semaine de congrès socialiste, tout devrait aller pour le mieux au pays de la rose.

Electoralement, le PS a surmonté sa défaite des présidentielles en enchainant une législative qui corrigeait l’impression de raclée présidentielle puis une municipale / cantonale qui aurait regonflé le poitrail de n’importe quel militant asthmatique.
Par ailleurs, après un triomphe néolibéral en trompe l’œil, c’est l’approche social-démocrate qui est plébiscitée par les conséquences des crises actuelles : oui il faut un Etat régulateur, oui il faut aborder les problèmes économiques et sociaux par le contrat, oui il faut présenter des solutions fondées sur l’analyse, la réflexion et la raison. Les français en sont convaincus, le monde aussi.

Mais voilà, les socialistes pas franchement, comme ils ne sont pas franchement convaincus d’avoir été sanctionnés par les électeurs à la présidentielle et comme ils ne sont pas franchement pressés de se trouver une direction clairement et radicalement réformiste basée sur l’histoire socialiste et social-démocrate certes, mais surtout tournée vers l’avenir et la refondation, du parti d’abord, de la France ensuite.

Que lit-on en ce moment sur le oueb ? Que le pacte présidentiel était formidable, que la social-démocratie ne vaut pas tripette, que Mitterrand cela reste une référence. Et sans oublier bien sûr qu’au pays des camarades il en est qui ne manquent pas une occasion de dézinguer les autres, y compris lorsque les autres en questions sont attaqués pour des raisons très fumeuses sans aucun rapport avec l’intérêt général.

Mais alors pourquoi diable ne sommes-nous pas fichus d’être clairs et en phase avec les français. En fait, il faut utiliser une double grille de lecture pour comprendre certaines choses.

Lorsque je suis arrivé au PS pour soutenir DSK lors de la primaire socialiste, deux choses m’avaient à l’époque frappé : l’âge moyen des militants et un malaise que j’ai mis du temps à comprendre.

Le militant socialo a une furieuse tendance à avoir du kilométrage ce qui anime les soirées de récits de moult batailles mais cela a également pour conséquence de freiner largement les vélléités de changement idéologique, sans même parler de la refondation du parti qui apparaît si nécessaire. Alors oui il y a un attachement profond à ce que fut le PS, et en particulier celui de l’union de la gauche. C’est tout à fait compréhensible, et dans une certaine mesure fort sympathique, mais c’est surtout en déphasage total avec notre époque qui a commencé à exploser tous ses repères. Voilà donc pourquoi aujourd’hui, des gens comme Royal n’hésitent pas à faire quelques appels du pied au passé ou d’autres comme Fabius ne reculent pas devant un galurin et une écharpe rouge pour commémorer la mort du commandeur.Ceci explique aussi l’attitude plus qu’ambigüe envers la social-démocratie, jadis représentée par Delors ou Rocard puis Jospin et qui ont, surtout pour Rocard, largement fait les frais d’une hostilité marquée envers cette orientation politique.

Deuxième élément, ce fameux malaise. Il semble exister un très vieil antagonisme hommes/femmes au PS et au contraire d’autres éléments idéologiques tout aussi conflictuels, cet antagonisme ne s’exprime pas du tout clairement. Lorsque je suis arrivé avec ma virginité citoyenne, j’avais parfois l’impression d’assister à une querelle recuite d’un vieux couple qui ne manquait jamais de s’envoyer quelques vannes sans pourtant aller jusqu’à la querelle. Je ne sais pas quand est née cette situation, et même si l’égalité hommes/femmes est un vrai combat de société, mais je suis persuadé que cette espèce de querelle des mégères et des machos socialistes n’a aucune chance de produire quoi que ce soit de bon, tout simplement parce que la façon de voir ce problème est totalement déphasé avec la réalité des rapports hommes-femmes des nouvelles générations (avant 50 ans).

A l’arrivée, quel problème entraine cette querelle recuite ? Le phénomène Royal. Pourquoi quelqu’un qui a été rejetée sans ambiguïté par une nette majorité de français alors que ceux-ci voulaient voter à gauche, pourquoi cette personne fait-elle encore la une alors que dans tout autre parti elle aurait pris quelques temps de recul ? Tout simplement parce qu’elle est l’incarnation parfaite de cette querelle. Royal c’est la femme qui “doit” se battre contre Hollande, le mari socialo et forcément macho. Désir d’Avenir c’est le courant qui veut s’émanciper du PS tout en y restant, c’est le courant qui est censé porter le débat féministe que le parti n’est pas en mesure d’aborder sainement. Et c’est totalement idiot. Il existe parmi toutes les contributions, une contribution thématique “les égales” qui défend certains aspects de l’égalité des sexes. Après quelques vifs échanges, j’ai fini par la signer non pas parce que j’adhère aux choses telles qu’elles sont dites, mais parce qu’il me semblait indispensable d’introduire une vision masculine affirmée et moderne à quelque chose qui recuisait sans aboutir depuis une éternité. Humble contribution que la mienne mais qui je l’espère laissera espérer que les choses peuvent enfin évoluer plus sainement.

Voila donc un éclairage sur ce congrès. Le PS peine à se réformer parce que sa démographie ne l’aide pas à aller dans ce sens, et il peine à se mettre en cohérence idéologique avec les français et l’époque parce qu’il est parasité par un clivage fait de rancœurs et de non-dits.

Enfin, pour être un brin plus complet, il souffre aussi du défaut d’une des qualités de l’esprit social-démocrate. Les sociaux-démocrates sont très attachés à la réflexion collective, au débat, au consensus et au contrat. Pour l’heure nous constatons surtout des velléités de putsch en face d’une scission, que je crois temporaire, en deux approches (les motions Delanoë et Aubry). Les choses seraient curieusement plus simples si nous étions moins démocrates… Cependant, je suis certain que notre qualité démocratique finira par avoir le dessus et que nous rallierons une majorité par la raison et non par un coup de force.

Si nous devions échouer, novembre 2008 marquerait la mort du parti socialiste français. Mais surement pas de nos idées.