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Le PS expliqué à ceux qui ne le comprennent pas (plus ?)

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En cette semaine de congrès socialiste, tout devrait aller pour le mieux au pays de la rose.

Electoralement, le PS a surmonté sa défaite des présidentielles en enchainant une législative qui corrigeait l’impression de raclée présidentielle puis une municipale / cantonale qui aurait regonflé le poitrail de n’importe quel militant asthmatique.
Par ailleurs, après un triomphe néolibéral en trompe l’œil, c’est l’approche social-démocrate qui est plébiscitée par les conséquences des crises actuelles : oui il faut un Etat régulateur, oui il faut aborder les problèmes économiques et sociaux par le contrat, oui il faut présenter des solutions fondées sur l’analyse, la réflexion et la raison. Les français en sont convaincus, le monde aussi.

Mais voilà, les socialistes pas franchement, comme ils ne sont pas franchement convaincus d’avoir été sanctionnés par les électeurs à la présidentielle et comme ils ne sont pas franchement pressés de se trouver une direction clairement et radicalement réformiste basée sur l’histoire socialiste et social-démocrate certes, mais surtout tournée vers l’avenir et la refondation, du parti d’abord, de la France ensuite.

Que lit-on en ce moment sur le oueb ? Que le pacte présidentiel était formidable, que la social-démocratie ne vaut pas tripette, que Mitterrand cela reste une référence. Et sans oublier bien sûr qu’au pays des camarades il en est qui ne manquent pas une occasion de dézinguer les autres, y compris lorsque les autres en questions sont attaqués pour des raisons très fumeuses sans aucun rapport avec l’intérêt général.

Mais alors pourquoi diable ne sommes-nous pas fichus d’être clairs et en phase avec les français. En fait, il faut utiliser une double grille de lecture pour comprendre certaines choses.

Lorsque je suis arrivé au PS pour soutenir DSK lors de la primaire socialiste, deux choses m’avaient à l’époque frappé : l’âge moyen des militants et un malaise que j’ai mis du temps à comprendre.

Le militant socialo a une furieuse tendance à avoir du kilométrage ce qui anime les soirées de récits de moult batailles mais cela a également pour conséquence de freiner largement les vélléités de changement idéologique, sans même parler de la refondation du parti qui apparaît si nécessaire. Alors oui il y a un attachement profond à ce que fut le PS, et en particulier celui de l’union de la gauche. C’est tout à fait compréhensible, et dans une certaine mesure fort sympathique, mais c’est surtout en déphasage total avec notre époque qui a commencé à exploser tous ses repères. Voilà donc pourquoi aujourd’hui, des gens comme Royal n’hésitent pas à faire quelques appels du pied au passé ou d’autres comme Fabius ne reculent pas devant un galurin et une écharpe rouge pour commémorer la mort du commandeur.Ceci explique aussi l’attitude plus qu’ambigüe envers la social-démocratie, jadis représentée par Delors ou Rocard puis Jospin et qui ont, surtout pour Rocard, largement fait les frais d’une hostilité marquée envers cette orientation politique.

Deuxième élément, ce fameux malaise. Il semble exister un très vieil antagonisme hommes/femmes au PS et au contraire d’autres éléments idéologiques tout aussi conflictuels, cet antagonisme ne s’exprime pas du tout clairement. Lorsque je suis arrivé avec ma virginité citoyenne, j’avais parfois l’impression d’assister à une querelle recuite d’un vieux couple qui ne manquait jamais de s’envoyer quelques vannes sans pourtant aller jusqu’à la querelle. Je ne sais pas quand est née cette situation, et même si l’égalité hommes/femmes est un vrai combat de société, mais je suis persuadé que cette espèce de querelle des mégères et des machos socialistes n’a aucune chance de produire quoi que ce soit de bon, tout simplement parce que la façon de voir ce problème est totalement déphasé avec la réalité des rapports hommes-femmes des nouvelles générations (avant 50 ans).

A l’arrivée, quel problème entraine cette querelle recuite ? Le phénomène Royal. Pourquoi quelqu’un qui a été rejetée sans ambiguïté par une nette majorité de français alors que ceux-ci voulaient voter à gauche, pourquoi cette personne fait-elle encore la une alors que dans tout autre parti elle aurait pris quelques temps de recul ? Tout simplement parce qu’elle est l’incarnation parfaite de cette querelle. Royal c’est la femme qui “doit” se battre contre Hollande, le mari socialo et forcément macho. Désir d’Avenir c’est le courant qui veut s’émanciper du PS tout en y restant, c’est le courant qui est censé porter le débat féministe que le parti n’est pas en mesure d’aborder sainement. Et c’est totalement idiot. Il existe parmi toutes les contributions, une contribution thématique “les égales” qui défend certains aspects de l’égalité des sexes. Après quelques vifs échanges, j’ai fini par la signer non pas parce que j’adhère aux choses telles qu’elles sont dites, mais parce qu’il me semblait indispensable d’introduire une vision masculine affirmée et moderne à quelque chose qui recuisait sans aboutir depuis une éternité. Humble contribution que la mienne mais qui je l’espère laissera espérer que les choses peuvent enfin évoluer plus sainement.

Voila donc un éclairage sur ce congrès. Le PS peine à se réformer parce que sa démographie ne l’aide pas à aller dans ce sens, et il peine à se mettre en cohérence idéologique avec les français et l’époque parce qu’il est parasité par un clivage fait de rancœurs et de non-dits.

Enfin, pour être un brin plus complet, il souffre aussi du défaut d’une des qualités de l’esprit social-démocrate. Les sociaux-démocrates sont très attachés à la réflexion collective, au débat, au consensus et au contrat. Pour l’heure nous constatons surtout des velléités de putsch en face d’une scission, que je crois temporaire, en deux approches (les motions Delanoë et Aubry). Les choses seraient curieusement plus simples si nous étions moins démocrates… Cependant, je suis certain que notre qualité démocratique finira par avoir le dessus et que nous rallierons une majorité par la raison et non par un coup de force.

Si nous devions échouer, novembre 2008 marquerait la mort du parti socialiste français. Mais surement pas de nos idées.

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