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Algues vertes et tambouille politique

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Les algues vertes de Bretagne sont tout à la fois le résultat d’une rupture de l’équilibre de quelques écosystèmes de bord de mer et de l’absence de courage politique.

On le sait sans l’ombre d’un doute, ces algues sont la conséquence directe d’un excès cumulé d’épandage agricole, les problèmes de rejets en nitrates urbains ayant trouvé leur solution à travers les stations d’épuration depuis longtemps. Or d’un constat très clair et factuel, personne ne semble avoir été en mesure de proposer et de mettre en œuvre une solution efficace. Pourquoi ?

A mon sens, essentiellement parce qu’en Bretagne comme ailleurs, la culture de la négociation et du compromis dans l’intérêt de tous n’est pas très développé (l’autre ayant par définition et a priori tord) et aussi parce qu’à l’image d’un Nicolas Sarkozy de passage, il est plus facile de brosser le cochon dans le sens du poil en se cachant derrière une idée fumeuse comme la méthanisation que de réunir des pugilistes dans une salle pour qu’ils fassent des concessions (l’idée que l’on peut transformer dans un réacteur un problème nauséabond en or énergétique est fort séduisante, mais elle n’est qu’industriellement très hypothétique et financièrement plus proche du plomb de l’investissement que de l’or des revenus espérés). Au passage on notera que la compassion affichée par le refus « de désigner des coupables, de montrer du doigt les agriculteurs» n’est qu’une gentille hypocrisie électorale (les agriculteurs votant a priori plutôt à droite) tant que les bords de mer seront là pour montrer aux yeux et aux nez de tous l’immensité du problème, désignant de facto la source du problème.

Mais alors si les agriculteurs sont de vilains pollueurs qui gazent les sangliers à coup de sulfure d’hydrogène, c’est donc que la vérité se trouve en face, dans le camp aussi vert que les algues. Supprimons le cochon est tout redeviendra bon, c’est d’une logique imparable ! Sauf que cette logique se heurte directement à la réalité du tissu économique et social breton, sans oublier l’intérêt par définition vital de produire de la viande de porc, facile à fabriquer à des coûts très faibles.

L’équation à résoudre est en fait la suivante :

  • diminuer la pression sur les écosystèmes en rejetant moins de nitrates, donc soit en diminuant la quantité de lisier (i.e. le nombre de cochons), soit en le traitant (à court terme, on ne sait pas bien le faire)
  • maintenir globalement une industrie (qui n’est pas que porcine) capable de nourrir les français à moindre coût pour une qualité acceptable
  • maintenir un emploi pour ces agriculteurs qui font vivre leur famille et l’économie locale par leur travail
  • ne pas oublier de financer collectivement et de façon équitable tout cela
  • arrêter d’attiser les passions

La solution de facilité consistant à vouloir « tuer » les agriculteurs en même temps que leurs cochons est inacceptable, individuellement et collectivement, tout autant que celle qui consiste à fermer les yeux et à se boucher le nez dans certaines zones littorales et à continuer comme avant.

Le bon sens voudrait me semble-t-il que l’on commence très rapidement par se doter d’un outil objectif permettant de détecter les endroits où la pression agricole sur les écosystèmes dépasse ce qui est assimilable par ces derniers, puis de chercher par tous les moyens techniques et organisationnels à diminuer cette pression pour la ramener à un niveau acceptable, et enfin pour tous les agriculteurs qui n’auront d’autres solutions que de diminuer leur production, à trouver et financer une reconversion partielle de leur production en répartissant les efforts de chacun. Je ne doute d’ailleurs pas qu’un certain nombre d’acteurs soient déjà dans une telle démarche, je préfèrerais que ce soit leurs voix qui soient entendus et que la parole politique vienne les renforcer plutôt que de procéder par effet de manches devant les caméras.

Je suis militant social-démocrate, je n’ai pas un rapport romantique à l’écologie (je préfère d’ailleurs parler d’écosystème), je suis attaché comme tout un chacun à vivre dans un environnement sain, riche et diversifié. Mais je n’oublie en aucun cas que je fais partie d’une société d’hommes et de femmes qui a ses propres contraintes et qui elle aussi à l’impératif besoin de trouver un équilibre sain, socialement et économiquement dans la dynamique de son histoire. L’écosystème de nos sociétés interagit avec l’écosystème naturel, nous ne pouvons pas détruire ce dernier, nous ne sommes pas (plus ?) soumis à celui-ci, mais nous avons l’impérative nécessité de le gérer avec sagesse pour l’avenir. Le problème des algues vertes en est une bonne illustration, résolvons-le avec sagesse.

10 thoughts on “Algues vertes et tambouille politique

  1. Commentaires venant du post.fr http://www.lepost.fr/article/2011/08/02/2561392_mauvaise-salade-d-algues-vertes-en-bretagne_0_5913407.html

    ———————- Olivier Bourtouraultl le 03/08/2011 à 10:07
    Bonjour,

    la présentation que vous faites du problème est une des plus objectives du moment, rien d’extraordinaire dans le brouhaha polémique actuel, mais je vous en remercie. Toutefois, elle est incomplète, et du coup l’équation que vous proposez l’est aussi.

    Trop de nitrates dans les eaux de ruissèlement littorales, nous sommes d’accord sur le problème. S’attaquer à l’agriculture et aux épandages de lisiers, vous montrez bien que cela veut dire s’attaquer au tissus agricole et industriel, sans lequel la Bretagne ne peut pas vivre. Mais vous oubliez deux éléments déterminants dans le cycle de l’azote :
    1-L’impact de la densification des habitations en zone littorale :
    Les zones littorales étaient par le passé occupées par des zones humides, des marais, qui jouaient le rôle de bio-filtres des matières organiques de ruissèlement, en en limitant considérablement l’arrivée en mer. Nous avons asséché ces zones, pour y construire des habitations, souvent de villégiature, et renforcer le confort de ces zones, diminuant les proliférations de moustiques et autres petites bêtes bien gênantes lorsque l’on réunit des amis autour d’un barbecue.
    De plus la densification des habitations près de l’eau crée des apports supplémentaires, via les fosses sceptiques et autres systèmes de « traitement » de nos déjections, bien humaines celles-là, qui sont la suite naturelle des barbecues sus-nommés…Et il est vrai que par le passé les règles de traitement de cette source n’étaient pas toujours suivies.
    Alors construire en bord de mer, cela veut dire à la fois neutraliser une capacité naturelle de traitement, et augmenter les apports en sources organiques. Mais sur ces points de gros efforts sont faits, même si une réflexion sur la protection des zones humides doit faire partie de l’éventail des actions sur ce sujet.

    Pas assez de place dans ce Post, si vous me le permettez je continue dans un suivant…

    —————————- Bloggy Bag le 03/08/2011 à 11:51

    Merci de ces compléments.

    J’ai évoqué le problème de l’urbanisme en mentionnant que (pour l’heure), les stations d’épurations faisaient plutôt correctement leur travail.

    —————————- Olivier Bourtouraultl le 03/08/2011 à 10:32

    Je reprends..

    2-Le premier contributeur au cycle de l’azote est l’apport d’engrais chimiques importés :
    Pour cultiver à un prix acceptable nos aliments, les terres agricoles doivent être amendées. Or aujourd’hui, la première source d’amendements en volume est l’import d’engrais chimiques minéraux. On apporte d’abord l’ensemble de ce qu’il faut par cette voie, et ensuite on ajoute les apports locaux (lisiers, composts, etc.). Alors forcément à force d’ajouter des quantités colossales de nitrates et phosphates importées de mines étrangères dans notre écosystèmes, on se retrouve avec un surplus, dont les ruissèlements ne sont plus traités naturellement par les zones humides littorales. Ce système pernicieux est permis et organisé par les plans d’amendement et d’épandages actuels, dont la base de calcul n’intègrent pas les apports de composts et d’algues vertes par exemple. On se retrouve alors avec des lisiers en excédent, alors même que l’on importe des engrais minéraux… Au passage, la méthanisation est d’autant plus contestable pour traiter ce problème que ce procédé ne concerne pas l’azote ni le phosphore, qui se retrouvent concentrés dans les restes de méthanisation. Il faut donc de toute façon les traiter à la suite…

    Raisonnons maintenant par le cycle de l’azote : Nous en avons besoin. Mais nous en produisons aussi (lisiers) et nous avons en surabondance une source naturelle (les algues vertes). Alors pourquoi ne pas construire les plans d’amendement en partant de là ? En fonction des besoins, commençons par épandre les lisiers, des composts d’algues vertes, et si la totalité du besoin n’est pas couverte, faisons appel, en complément seulement, à des engrais minéraux.

    Ainsi, plus de surplus de lisiers, plus de surplus d’algues vertes, et une quantité totale d’apports contrôlée de manière à ne plus « gaver » notre écosystème d’apports organiques.

    Un peu de courage politique face au lobby des engrais serait sans doute utile…

    Bonne journée

    ————————————– Bloggy Bag le 03/08/2011 à 11:57

    Les vendeurs d’engrais sont des marchands qui jouent sur le faits que l’on demande aux agriculteurs de produire plus pour moins cher, et de façon concentrée.

  2. Pas de pb, merci de me faire écho. Pour info et puisque cela complète encore cette discussion, un post que j’avais écrit il y a quelques mois sur le sujet, et qui vous permettra aussi de comprendre pourquoi le sujet des algues me concerne au premier plan : http://aleor.eu/2011/04/marees-vertes-algues-vertes/

  3. —————— Marco29 le 03/08/2011 à 12:52

    Le productivisme breton et ses conséquences :

    -13.03.10 Agence Bretagne Presse par Fanny Chauffin Apocalypse cyanobactérienne http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=17749 :
    Glomel : Installation imminente d’un poulailler industriel : 74 496 poules pondeuses, concentration de trois poulaillers hors-sol…

    – 14.01.11 LeTélégramme.com Porcherie de Trébrivan (Côtes d’Armor) . Entre inauguration et manifestation
    http://letelegramme.info/ig/generales/regions/finistere/porcherie-de-trebrivan-entre-inauguration-et-manifestation-14-01-2011-1173994.php
    Depuis le départ, le projet de porcherie de 883 truies (23.000porcelets) suscite la polémique. Et la division.

    Essayez de visualiser !

    – 14.07.11 lemonde.fr Algues vertes : « Une fuite en avant qui ne s’attaque pas à l’origine du mal ».
    http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/07/14/algues-vertes-une-fuite-en-avant-qui-ne-s-attaque-pas-a-l-origine-du-mal_1548638_3244.html

    « Aujourd’hui on atteint 30 mg/l de nitrate en moyenne. Chaque année, c’est l’équivalent d’un Amoco Cadiz de nitrates qui se déverse sur les côtes bretonnes !

    C’est désagréable à entendre, mais redescendre à 20 mg/l n’aura aucun effet sur les marées vertes.

    Il faudra passer sous la barre des 10 mg/l pour commencer à rendre la quantité d’algues vertes acceptable. Cela demande un effort considérable. »

    J’ai donc quelques doutes sur le résultat final du combat contre les algues vertes et l’agriculture industrielle car les intérêts économiques sont énormes.

    Mais c’est un combat indispensable car, pollution ou corruption, si nous les laissons faire certains continueront à se croire tout permis.
    Au moins des progrès peuvent être faits pour l’eau potable.

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    ——————– Marco29 le 03/08/2011 à 12:55

    Il n’y a sans doute pas que le nitrate qui est en cause.
    il y a aussi :

    – Les pollutions par le phosphore
    http://www.ecosociosystemes.fr/pollution_phosphore.html
    engrais minéraux phosphatés mais aussi lessive

    « Certes, on sait théoriquement récupérer le phosphore dans les stations d’épuration, encore faut-il que les systèmes de déphosphatation physico-chimiques ou biologiques soient en place sur la station (selon les régions bretonnes, seules 10 à 12 % des stations d’épuration disposent d’un système de déphosphatation) ou encore que les gens soient raccordés à une station d’épuration.
    En Bretagne, par exemple, du fait d’une politique d’habitat dispersé disproportionnée, seule la moitié des habitants sont reliés à un système d’assainissement collectif ! »

    – les nutriments déversés par les grandes villes, par exemple dans la baie de Saint-Brieuc.

    nitrate+phosphate+nutriments+soleil = une vraie « soupe » sans doute propice au développement des algues vertes et des cyanobactéries.

  4. ————- maryel le 03/08/2011 à 13:24

    OK, alors parlons en du tissus économique et social de la Bretagne : des milliers d’emplois dans les abattoirs industriels, les charcuteries super industrielles dont les produits n’ont de qualité que l’asepsie des produits vendus, des boulots à triturer de la barbaque avec les même gestes toutes la journée en 3*8 pour un salaire de merde avec les troubles musculosquelettiques qui s’ensuivent.
    Parlons aussi de la dégradation considérable du paysage agricole et du tissus social rural, et même de la qualité des emplois agricoles (au menu du matin, couper les queues des porcelets… chouette) .
    Quant au tissus économique, est ce que quelqu’un peut me dire ou va le fric généré par toutes ces industries, sociétés anonymes qui rémunèrent des actionnaires ? est que quelqu’un peut me dire quelle est la part de ce capital qui est réinvesti en Bretagne ? A qui va l’argent du soja qui arrive du Brésil au port de Brest ? Cette économie profite t’elle VRAIMENT à la Bretagne ?
    La courantologie de la baie de Plestin et de St brieuc sont favorables aux algues et ça ne simplifie pas le problème car effectivement, c’est du 10 mg/l qu’il faut en sortie. Réhabiliter toutes les zones humides etc et surtout changer en profondeur l’agriculture Bretonne, La Bretagne n’a pas les sols permettant une industrialisation à outrance, ces sols partent en sucette , la Bretagne n’a pas le territoire pour encaisser la super industrialisation agricole
    Changeons nos modes de consommations
    et il n’y a pas que le cochon qui pollue les rivières !!!!

    ———— Bloggy Bag le 03/08/2011 à 15:41

    A part peut-être une vision très « multinationale » alors que le paysage économique breton est surtout fait de TPE / PME, je crois nos points de vue ne sont pas très éloignés.

  5. —————— kozh ki mor le 03/08/2011 à 16:23

    Lutte contre les nitrates :
    les ministères de l’agriculture et de l’écologie marchent sur la tête !

    http://www.eau-et-rivieres.asso.fr/media/user/File/communique/110610Tsunami_environnemental.pdf

    http://www.eau-et-rivieres.asso.fr/media/user/File/Actu2011/2011_01_18Un_decret_deplorable.pdf

  6. —————– feili le 03/08/2011 à 14:56

     » absence de courage politique  » tout est dit !!

    RépondreRejeterAlerter

    feili le 03/08/2011 à 15:00

    Remercions chaleureusement nos « politiques » : pendant qu’ils essaient de nier le problème et brillent par leur non-action, les touristes fuient la Bretagne, tous les commerçants vivant du tourisme s’en rappellerons au moment des élections …

    ———————– Bloggy Bag le 03/08/2011 à 15:48

    Je ne suis que militant et je fais ce que je peux…

    ———————– swing14 le 03/08/2011 à 19:49

    Tu as raison……ça fait 3 ans que je fuis cette région pourtant magnifique; effectivement quand nos elus, nos cultivateurs auront le courage de mettre le problème a plat au lieu de ce planquer sans cesse derriere leur intérêt personnel sans pensez au bien collectif et public…..

  7. ———————– Indy75012 le 03/08/2011 à 16:07

    Une autre solution serait peut être d’utiliser le lisier breton dans d’autres régions comme engrais naturel ? Utilisé en de plus petites quantités un peu partout sur le territoire français, ça le valoriserait et contribuerait à diminuer la pollution en Bretagne ?

    ———————– Bloggy Bag le 03/08/2011 à 16:10

    Toute solution doit être jugée selon des critères d’efficacité économique et environnementale.
    Celle-là est à évaluer, au moins elle est simple.

    ———————– Indy75012 le 03/08/2011 à 16:41

    On organise bien des collectes de lait. Il « suffirait » d’organiser des collectes de lisier. En plus, c’est liquide : des citernes feront l’affaire. Les industriels de l’engrais pourrait s’en charger et revendre le lisier collecté dans les régions où il n’y a pas de porcs, ou où il y a besoin d’engrais naturels ?

  8. ———————— Korrigan 29 le 03/08/2011 à 23:18

    Lers éleveurs porcin,à qui ont a promis monts et merveilles en augmentant en nombre les quotats de têtes dans les porcheries,se trouvent depuis toujours confrontés,comme les marins pêcheurs,à un marché soumis à l’offre et à la demande. Hors à trop vouloir produire à outrance,la demande ne suit pas et les cours de vente s’éffondrent. Voila aujourd’hui le résultat de cette spirale diabolique qui fait que les grosses exploitations d’élevage porcin ne survivent que grace aux subventions d’état(l’argent des contribuables que nous sommes) mais ne peuvent pas traiter le problème des rejets de lisier faute de moyen financier pour se mettre aux normes européenne. Ils ont écouté les sirènes qui leur disaient que produire + pour avoir + d’argent mais c’est le contraire qui se produit. Aujourd’hui tous ont le nez dans le lisier et depuis trop longtemps et le réglement du problème n’est pas prêt d’être résolu malgré les solutions pertinantes que certains,sur ce sujet,proposent.

    ———————- Bloggy Bag le 04/08/2011 à 09:32

    En fait, c’est une bonne chose que les cours soient bas puisque le but premier est de nourrir les gens au coût le plus bas possible. Mais effectivement, du coup une organisation au sein d’un marché classique mène directement dans le mur et nos agriculteurs se retrouvent face à une contradiction politique : ils votent traditionnellement à droite mais se retrouve à demander des mécanismes de régulation défendu par la gauche, les socdems en particulier.
    La nourriture fait effectivement partie des marchés qui doivent être fermement réguler, du moins sur la portion « vitale », c’est à dire les aliments de base indispensables à la survie. Que le caviar soit sur un marché totalement libre on s’en fout, par contre la tranche de jambon de base doit être vendue sur un marché régulé et garanti, aussi bien pour le producteur que le consommateur.

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