Autopsie d’un conte

Après une petite respiration de fin d’élection, et avant je l’espère d’entamer une série d’articles de réflexion sur la refondation du PS, je voudrais revenir sur une manipulation, une de plus, visant à cacher l’absence d’arguments de quelques égarés politiquement en perdition par la génération d’un nuage fangeux et cherchant à discréditer (que savent-ils faire d’autre ?) les hommes et femmes politiques qui les gênent au PS (c’est-à-dire à peu près tout le monde aujourd’hui).
Pendant la période des régionales, je n’ai pas réagi à cette tentative de manipulation du web (en partie estampillée royalistes si l’on en croit le nombre de contributeurs se réclamant de ce courant, même si j’ai bien du mal à savoir s’il s’agit d’une déficience d’encadrement ou d’une volonté au plus haut niveau) pour ne pas polluer le débat de la campagne et me concentrer sur le soutien à nos équipes, mais cela ne veut pas dire qu’il faille ignorer ces pratiques indignes et malfaisantes ; on ne le sait que trop bien, sur le web le bruit peut devenir message si la réalité des faits n’est pas exposée avec force et conviction.

Comme je n’aime pas les posts sans fond et sans arguments vérifiables, j’ai donc construit celui-ci sur une analyse critique de cette campagne de calomnies, analyse soumise à la réflexion de chacun de façon à ce mes propos soient à la fois instructifs, pédagogiques et je l’espère prophylactiques.

Tout d’abord, les faits.

À l’origine de cette “affaire”, il y a la révélation de l’existence d’un club (qui n’a d’ailleurs rien de secret) réunissant des hommes et femmes politiques et d’affaires, Le Siècle. Si vous et moi ne connaissions pas ce club, ce n’est pas à cause d’un complot du style “on nous ment, on nous cache des choses”, mais tout simplement parce que vos préoccupations quotidiennes comme les miennes n’avaient aucune chance de vous y mener.

Sur le fond, ce club ne diffère pas fondamentalement des milles et un clubs professionnels, économiques, politiques ou culturels où peuvent se côtoyer en fonction de leurs intérêts, acteurs économiques, sociaux, mais aussi riches mamies en quête de bons placements et de petits fours, écologistes à la recherche d’action ou de revendications, entrepreneurs à la recherche d’affaires, lobbyistes locaux et pétitionnaires patentés, ou encore entrepreneurs à la recherche d’une interview avec PPDA. Depuis sans doute la nuit des temps de la liberté d’associations, les gens se sont associés au nom de leurs idées, ambitions ou intérêts et les clubs, quels que soient leur nom, les ont toujours accueilli. Le Siècle ne déroge pas à la règle, et malgré ce que l’on a voulu nous laisser à penser, il ne ressemble manifestement pas à une secte millénariste ou malfaisante. Quant au jugement de chacun sur les motivations des gens qui le fréquentent, c’est finalement une affaire de sentiments personnels ; il n’y a pas là trouble à l’ordre public…

Manipulation sur internet : le siecleDeuxième acte, la campagne, faite sous forme d’une révélation intergalactique. Si vous cherchez sur google, vous pouvez voir fleurir une somme assez étonnante d’articles récents sur le sujet, ce qui permet de s’apercevoir qu’il ne s’agit pas d’un simple artéfact aléatoire, mais bien d’un buzz repris et alimenté par des gauchos-complotistes, mais hélas aussi par nos camarades royalistes. Il n’y a qu’à lire certaines signatures associées à ce buzz ou les titres d’article du genre “Le TSS, c’est le SIECLE contre le PS et Ségolène Royal” (article qui arrive en tête de recherche google).

Plutôt que d’en décortiquer fastidieusement la liste (ce que je vous invite quand même à faire à vos moments perdus), je me contenterai de reprendre ce post paru sur lepost.fr et qui a au moins le bon goût d’avoir évité les commentaires personnels pour n’exposer que deux vidéos dont je vais vous décortiquer le mécanisme manipulateur.

Manipulation du web : le siecleTout d’abord l’accroche : Mettre Anne Sinclair au générique, c’est vendeur. Une journaliste belle et connue, cela attire le chaland à coup sûr ! Chaland immédiatement déçu puisque le sourire d’Anne disparaît immédiatement au profit… d’un compte à rebours (faire monter l’adrénaline), puis d’images violentes se succédant sur un rythme rapide (saisir le spectateur pour faire monter l’adrénaline et l’angoisse). Missile explosant sur un char, crash du 11 septembre (avec un bandeau sur le prix du pétrole, angoisse latente), figures honnies de Bush et Ben Laden, figure satanique (en filigrane, jouer de façon subliminale sur un sentiment d’horreur et de rejet), bombes et bombardiers, petit détour cosmique où l’on suggère une connexion extraterrestre, extraterrestres qui arrivent rapidement (le film joue là à la fois sur les peurs et les clichés pour rebondir sur les fantasmes), feux de Saint Elme (i.e. la menace de l’électricité tombée du ciel) dérivant sur de menaçantes expériences scientifiques, OVNI introduisant les mystères de civilisations perdues (peurs ancestrales, mythologie extraterrestre), mystique de l’énergie interne liée à l’explosion nucléaire finale destructrice (à ce stade si vous n’avez pas encore la trouille c’est à désespérer des techniques de manipulation !). Ouf, fin de la première séquence violente, on passe à la suite.

  • Cliquer [ ici ] pour voir le 1er film sur youtube (tant qu’il y reste…).

Manipulation médiatique le siècle

Suite introduite par “tout le monde il est gentil”. La pointe d’humour décalée est destinée à désamorcer le stress de la séquence d’introduction pour vous rendre plus réceptif à la suite avec en substance le message suivant : “Le siècle c’est en apparence un visage aimable et souriant, mais derrière ce n’est que complot et destruction, nous on est là pour vous dire la vérité”. Bien sûr, on se demande à ce stade les relations qu’il y peut y avoir entre les éléments de ce fatras, mais dans la dynamique du film, le spectateur n’a que peu de chances de faire la part des choses, il est prêt pour la suite.

Hors du contexte de cette intro stressante, la suite serait totalement plate (de fait, plutôt ratée du point de vue de la manipulation) : déclaration de (bonnes) intentions, éléments du statut de l’association. Tout cela serait sans intérêt si nous n’avions “appris” combien était malfaisant et subversif ce club… D’ailleurs, la suite n’est qu’une longue litanie ennuyeuse de portraits de quelques membres du siècle et la boîte à rythme associée à l’atmosphère brumeuse et sombre des portraits (destinée à renforcer le côté occulte et malfaisant) a bien du mal à maintenir l’intérêt.

Ce premier film est une parfaite manipulation cherchant à faire des liens entre des choses qui n’ont rien à voir entre elles (d’ailleurs, jamais on ne vous dit qu’elles en ont, le film se contente de le suggérer par la collision des séquences et la bande son), jouant sur des peurs et des fantasmes. Une merveille du genre ! À l’arrivée, ce que vous êtes censé en retenir c’est “le siècle c’est des gros méchants, tremblez braves gens”. Mais que vient faire Anne Sinclair dans cette histoire me direz-vous ? Il faut voir le second film pour le comprendre.

Reprise par la séquence de portraits pour arriver à un extrait d’un reportage (dont la source n’est pas citée). On n’y apprend rien de nouveaux, en particulier pas de scandales particuliers si ce n’est l’inquiétude de la “construction” d’un consensus d’opinions établi lors de discutions au sein du club. On connaît plus décapant comme complot… Plus intéressant est la fin de l’extrait de ce reportage où les monteurs du film tentent de rebondir sur un autre fantasme, Bildeberg, présenté comme un club de gouvernance mondiale. Les propos devaient être tellement intéressants et croustillant que… l’on passe à autre chose. Technique intéressante, là aussi les monteurs de ce bobard ont testé la collision entre le siècle présenté sous la forme la plus fantasmatique possible et Bildeberg dont la menace est évoquée avant de passer à autre chose.
Et quoi donc ? Là c’est le fin du fin. Après avoir créé une atmosphère complotiste, on va mettre les rieurs de son côté en surfant sur un extrait des guignols de l’info. Succès assuré, l’extrait est amusant, surfe sur le rejet du pouvoir et reprend sur un mode joyeux des thèmes que l’on vient de voir sous une forme inquiétante.

Manipulation du web : le siecleEt Anne alors ? Pour comprendre son rôle dans ce conte manipulateur, il faut faire le parallèle avec le film des guignols dont la vedette est Bernadette Chirac, épouse de Jacques, ex-président. Quel est le rôle de Bernadette ici ? Être la tête pensante française de la world company (le spectre). Et Anne Sinclair n’est-elle pas l’épouse d’un potentiel futur-président ? La boucle est bouclée et la manipulation achevée, tremblez brave gens, “ils se mettent d’accord et complotent contre le bonheur des gens” !

  • Cliquer [ ici ] pour voir le 2ème film sur youtube.
  • À l’arrivée, aucun fait si ce n’est l’existence d’un club qui réunit des gens “influents” qui discutent des choses du monde autour de petits fours. Mais aussi, à force de répétitions et d’un flot d’articles sur internet, une tentative d’installer un malaise et de discréditer ses adversaires politiques. Alors qui sont vraiment les manipulateurs dans l’histoire ? Bernadette Chirac vue par les Guignols, Anne Sinclair présentée comme son alter ego, un club très parisien de notables ou ceux qui sont derrière ce film et son utilisation ? À complot, complot et demi, si je peux comprendre sans problème qu’une personnalité politique soit attaquée, et même s’il est quelque part nécessaire qu’elle le soit, je trouve assez abjecte et minable ce genre de manipulation. S’ils veulent un jour sortir de l’impasse où ils sont, certains militants comateux feraient bien d’en finir avec les sombres manipulations dignes des détestables méthodes trotskystes de la belle époque. Nous avions eu l’entrisme en 2006 pour les primaires, nous avons maintenant droit à la manipulation des esprits.

    Tout cela est minable autant qu’indigne !

    Mais au fait, quelle est la réalité concernant Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn (ben oui, j’ai beau être blogueur, j’ai fait ma petite enquête) ?

    D’abord, Anne Sinclair a bien été cooptée par ce club à une époque où ils cherchaient à “féminiser l’ambiance”. C’était il y a plus de 22 ans et elle a cessé d’y aller il y a… 20 ans (date à laquelle Dominique et elle se sont rencontrés) ! Figurez-vous qu’entre rôti de veau et banalités mondaines, notre sémillante journaliste de 7/7 s’ennuyait ferme dans ce temple supposé du complot. Quant à Martine Aubry ou encore Lionel Jospin, eux aussi comploteurs fantasmés selon la rumeur, elle n’a jamais eu la joie de partager avec eux la-bas un repas où les carottes symbolisaient une attaque de missiles et les petits pois la population opprimée par les maîtres de la sauce Maringo.

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    Vous trouverez ci-dessous quelques-unes des sources ayant contribué ou relayé cette manipulation :
    Manipulation sur internet : segolene royal

    Manipulation sur internet : segolene royal

    Les voeux des Français pour 2010 (12 ?)

    Les 3 socialismes Si l’on en juge par le baromètre TNS Sofres / Logica de janvier 2010, les français ont envoyé leur carte de mauvais voeux à Nico la Poisse qui atteint 32% d’opinion positive (contre 41% un an avant), soit son plus mauvais score.

    Les voeux des français pour la gauche sont nettement meilleurs :
    1er : DSK toujours plébiscité avec 45% (-1)
    2ème : Aubry avec 41% (+3)

    Viennent ensuite les exotiques de droite :
    3 : Kouchner 40% (-1 point)
    4 : Rama Yade 40% (-5 pts)

    Borloo est à 39% (-1), et notre pharmacienne Roselyne Bachelot perd 4 points. Dur d’être un pur produit de droite ces temps-ci…

    Côté présidentiable à gauche, Delanoë est 6ème, Hollande et Royal sont loin dans le classement, respectivement 13 et 14ème.

    Et si l’on se limite aux opinions de la gauche seule, le tiercé de tête est Aubry, Delanoë et DSK.

    Voilà, ce n’est qu’un palmarès à l’heure des voeux mais cela montre au moins que pour le moment, ceux qui suscitent l’intérêt des français sont plutôt ceux qui travaillent dans la discretion et l’efficacité.

    Buzz ou appel au secours ?

    Dominique Strauss-Kahn

    Il y a des rumeurs qui ont la vie dure et celle qui annonce Dominique Strauss-Kahn à la tête d’un gouvernement d’union nationale en fait partie. Sous une forme ou une autre, on la retrouve aussi bien sur le point, ouest-france, le Figaro, lepost.fr, politique.info, et même sur canal Jimmy, et la liste n’est pas exhaustive.

    Ce qui est intéressant, c’est qu’en fonction des sources, les motivations sont annoncées comme différentes : lorsque cela est supposé venir de l’Elysée, il s’agirait d’une machiavélique diversion, lorsque l’info est remontée par la coalition des antis-tout, il s’agit d’une preuve de la collusion de la gauche et de la droite appelée aimablement umps.

    A la rigueur, pendant le G20, cela aurait pu passer pour une récupération gros-sabots du succès personnel de DSK à ce sommet, mais le G20 est maintenant bien loin.

    Comme je suis un gros naïf, je me demande si cela ne serait pas tout simplement l’expression d’un double appel au secours. Appel au secours pour un gouvernement d’union nationale capable d’en finir d’une part avec ce gouvernement qui a tout raté depuis son arrivée et pour en mettre un en place capable d’enfin prendre la mesure des problèmes et accessoirement renvoyer Nicolas Sarkozy inaugurer les chrysanthèmes, une des rares activités où il ne risque pas de faire passer la France pour un peuple sans honneur, sans grandeur, avide et petit bras.

    Appel au secours d’autre part, d’hommes et de femmes reconnus pour leurs compétences, respectés internationalement, compétents dans leur domaine et capables de piloter le navire France dans la tempête actuelle en bonne intelligence avec les autres États (tout ce qu’a raté jusqu’ici Nicolas Sarkozy).

    Certes les gouvernements d’union nationale ne sont guère dans les habitudes françaises (c’est d’ailleurs un des arguments de DSK pour rejeter l’idée de sa nomination au poste de 1er ministre), mais nous ne sommes pas dans une période très habituelle et contrairement à Dominique, je pense moi que la nécessité fait loi et qu’un tel gouvernement aurait réellement un sens, même si je préfèrerais que le directeur du FMI finisse les réformes qu’il a commencé à mettre en place (ceci dit, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de passer prendre le café pour discuter de mon avis éclairé…).

    Ce devrait d’abord être un gouvernement dont les bases seraient social-démocrates, seule idéologie ayant un tant soit peu résisté au tsunami actuel et surtout idéologie mettant en avant le contrat et le dialogue, éléments indispensables dans une telle période.

    Les acteurs de ce gouvernement devraient d’abord être nommés sur leurs compétences, leur parcours, leur sens du devoir et de l’État (évidences si rares tant on a quelques difficultés à retrouver des exemples ces dernières années…).

    Ce gouvernement devrait regrouper les tendances politiques majeures du paysage politique (gauche de gouvernement, centre, et droite républicaine).

    Enfin, le mandat de ce gouvernement devrait préparer à de nouvelles élections dont l’un des enjeux serait de passer à la VIème République, la cinquième étant clairement arrivée à une impasse dont les dysfonctionnements sont préjudiciables aussi bien aux citoyens qu’à la place de la France au plan international.