L’art de la manipulation politique numérique

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Il y avait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de faire une étude de cas sur le sujet. Nous avons tous pu constater que depuis 1 bon mois, l’UMP dépensait des sommes assez faramineuses pour permettre à son candidat sortant d’une part de passer sous silence la montagne d’erreurs et de résultats catastrophiques de son mandat et d’autre part d’atteindre le Graal sondagier supposé lui permettre de rattraper le retard accumulé sur François Hollande et l’empêcher d’être avalé par Marine LePen.

Le dernier meeting de Villepinte a en effet coûté aux alentours de 3  millions d’euros (sur un budget maximal au premier tour de 16,8 millions d’euros, soit 20%), ce qui fait cher de la journée…

Le point de départ de notre analyse est un coup classique en matière de sondage lié à un grand meeting, à savoir le faire au bon moment. En 2007, l’ump avait commandé un sondage juste avant le meeting d’investiture de la candidate socialiste, ce qui correspondait à une période où ses intentions de vote baissaient, le meeting devant stopper cette baisse. Mais, timing futé, le résultat de sondage obtenu avant le meeting fut publié juste après, faisant croire à un mauvais impact de l’événement.

La manip se répète aujourd’hui d’une façon un peu différente puisque l’objectif visé est de présenter comme une victoire décisive le croisement des courbes d’intention de vote au 1er tour (enfin d’un seul sondage en l’occurrence). Depuis plusieurs semaines, NS et FH ont un score proche, avec un léger avantage à François Hollande (ce qui au passage n’a aucun précédent dans la Vème République pour un candidat socialiste). L’UMP s’est donc débrouillé pour mettre en avant un sondage effectué juste après le meeting de Villepinte qui fut un extraordinairement coûteux exercice de communication. Objectif sondagier atteint mais l’opération ne pourra certes pas être refaite 2 fois et le risque est grand pour la droite de voir les choses s’arrêter là, voir être infirmées par les futurs sondages, à commencer par le « rolling ifop – Ficucial – Paris Match« … d’aujourd’hui :

Visitez le QG de François Hollande Visitez le QG de Nicolas Sarkozy Visitez le QG de Marine Le Pen Visitez le QG de François Bayrou Visitez le QG de Jean-Luc Melenchon

    FH : 28.5%        NS : 28%       MLP : 16.5%      FB : 12%       J-LM : 9.5%

L’Ifop publie donc 2 sondages contradictoires le même jour alors que la Sofres annonce… une chute de 2 points de Sarkozy !

Et le numérique dans tout cela me direz-vous ? Ces derniers temps, on constate une augmentation de la présence des petites mains sur les blogs, ce qui n’est pas étonnant. Mais il y a mieux. Avez-vous entendu parler de l’institut électionscope ? En fait d’institut, on trouve surtout un site internet (mal fichu d’ailleurs) dont les archives remontent toutes au… 17/02/2012 (toutes publiées à la même date très récente, certaines pages du site remontent cependant à 2011). Ce site n’a pas de mentions légales et semble être dirigé en tout et pour tout par deux personnes qui sont par ailleurs très actives sur internet et sur les ondes, la radio d’opinion BFM Business en tête. Et que nous dit cet institut ? Que leurs dernières analyses montrent que Nicolas Sarkozy va gagner, c’est sûr, leur simulation politico-économique (?) le démontre. J’ai bien cherché la description de leur méthodologie, leurs hypothèses, leur modèle de simulation, que nenni, il faut nous contenter de quelques tableaux de chiffres, des courbes ou leur écrire ce qui est une façon de procéder un peu étrange et méthodologiquement peu scientifique. Difficile d’y voir définitivement malice, mais clairement, si on ne creuse pas la question, la reprise d’éléments ponctuels hors contexte et la répétition à haute dose de ce genre d’affirmation peut passer pour une vérité ce qui arrangerait bien les affaires très mal engagées de l’UMP…

Résumons. Pour une bonne manipulation d’opinion il faut :

  • des sous (beaucoup si on est vraiment dans les choux)
  • un gros meeting relayé largement par les médias (d’où l’intérêt d’y avoir des amis)
  • l’art du bon timing dans la publication de sondage
  • un argument d’autorité comme une étude non ou difficilement vérifiable issue d’un site internet que vous baptisez institut (augmentation de l’argument d’autorité) et qui vous permet de renforcer l’effet sondage en faisant croire que c’était écrit, inévitable, etc…
  • en utilisant massivement les médias numériques (facile, rapide et assez peu coûteux)
  • et… ne pas vous faire prendre par la patrouille !

Conclusion

Comme je le répète souvent, les sondages ne sont pas en eux-même bidonnés, mais le diable se cache généralement dans leur timing, leur construction et la capacité à imposer une interprétation. Internet est à la fois un canal de liberté, d’émancipation, d’information, mais aussi de coercition et de formatage des esprits et du jugement. Ne tenez pour vrai que ce que vous pouvez vérifier ou à défaut recouper.

Quotient Familial PS contre Quotient de Malhonnêteté Intellectuelle UMP

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À défaut de pouvoir défendre un bilan et un candidat, les snipers UMP font feu de tout bois médiatiques pour essayer de semer le trouble dans l’esprit des Français. Dernière offensive en date, nous aurions selon eux décidé de porter un (sale) coup à la politique familiale de la France, ce qui serait une « folie » (dixit, sans rire, Nicolas Sarkozy).

Quelques éléments factuels pour comprendre

Ne sombrons donc pas dans la folie et au contraire, faisons appel à la raison. D’abord, il n’est aucunement question de revenir en quoi que ce soit sur le soutien de la République à la politique familiale. C’est l’une des rares choses dont nous pouvons légitimement et sans fanfaronnade être fiers !

Ce qui pose question ici, c’est la justice d’un élément particulier, à savoir le quotient familial, c’est-à-dire ce mécanisme fiscal de « part » ou de « demi-part » qui permet de diminuer l’impôt des foyers. Avec ce mécanisme, on constate qu’un enfant n’a aux yeux du fisc pas la même valeur en fonction du revenu de ses parents. Un enfant né dans un foyer pauvre vaut très exactement zéro euro pour l’administration fiscale, alors qu’une demi-part (un « enfant fiscal ») peut valoir jusqu’à 4400 euros. Même avec toute la malhonnêteté intellectuelle possible, il est difficile de prétendre que ceci est juste et normal !

François Hollande a donc décidé de traiter ce problème, non pas pour supprimer l’aide allouée aux familles, mais pour trouver un système plus juste capable au moins d’aider les familles les plus pauvres au même niveau que les familles les plus riches. Ne pas le faire revient en fait à chercher des moyens d’augmenter le déclassement des classes défavorisées au profit des classes favorisées. Cela a été la politique UMP depuis 10 ans, je veux en changer et je crois que les Français aussi !

Quelques éléments factuels pour se souvenir

Reste donc la polémique UMP, qui sur le sujet de la famille est gonflée. Que l’on se souvienne un peu :

Mais il y a eu encore pire !

Voici les faits passés et présents en rapport avec cette polémique lancée par l’UMP. Chacun jugera sur pièce et en conscience de la crédibilité et du soutien qu’il convient d’accorder à l’UMP et à Nicolas Sarkozy en matière de politique familiale.

Quant aux propositions du PS sur le sujet, elles vont arriver, nous les exposerons de façon la plus claire possible aux Français pour qu’ils soient en mesure de juger. Mais qu’ils soient en tout cas certains de notre volonté de protéger nos enfants, la famille, le tout dans un esprit de responsabilité et de justice pour tous !

 

DSK vrai faux : l’analyse de Matthieu Aron sur France Info

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Vraie manipulation, désinformation volontaire ou accidentelle, complot imaginaire, opération de déstabilisation économique ou simple canular, Le vrai et le faux décrypte les ressorts d’une rumeur. Comment naît-elle, pourquoi le public y croit-il, à qui profite-t-elle ?

Dans son billet du samedi 2 avril (13h47) de sa chronique « Le vrai du faux« , Matthieu Aron décortique le site dskvraifaux.fr.

Des faits en réponse aux fantasmes

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Je n’avais pas spécialement l’intention de faire 2 posts sur Dominique Strauss-Kahn en une semaine, mais l’actualité et surtout la lecture d’un certain nombre de billets écrits manifestement sur une autre planète m’y incitent fortement.

L’actualité, c’est la visite officielle du directeur du FMI à Alger le 4 novembre dans le cadre d’un séminaire international.

Les billets d’une autre planète sont ceux qui essaient de construire une littérature autour de DSK le “droitiste ultra libéral, qui ne jure que par la finance et n’a que faire du petit peuple qu’il opprime et saigne à blanc”. Ma phrase pourrait n’être qu’un effet de manche caricatural si elle n’était pas bien en dessous de la prose de certains.

Comme d’habitude, regardons les faits, ou plutôt en l’occurrence les écrits, à savoir quelques extraits du discours de DSK à Alger.

Le petit peuple ne l’intéresse pas ?
Dans le monde entier, la création d’emplois est l’une des principales tâches qui s’imposent aux autorités (…) Le chômage n’est pas seulement un grand problème économique, c’est aussi un grand problème social — dont le coût humain est énorme pour tous ceux qui perdent leur emploi et pour leur famille.

Seule la finance du moment l’intéresse ?
Mais les dépenses doivent s’effectuer à un rythme mesuré. Cela permettra de préserver la stabilité macroéconomique, c’est-à-dire notamment de maintenir le taux de change réel à un juste niveau. Cela permettra aussi aux générations futures de bénéficier des recettes tirées aujourd’hui des ressources naturelles non renouvelables.

Le FMI est toujours l’organisation ultra-libérale qui saigne les peuples et soutient les dictatures ?
La transparence est une première étape importante de la responsabilisation — et c’est une question à laquelle le FMI aide à donner toute son importance. Pour soutenir les efforts que les pays membres déploient dans ce domaine, nous avons élaboré le Guide sur la transparence des recettes des ressources naturelles ainsi que le Code de bonnes pratiques en matière de transparence des finances publiques. Nous fournissons aussi une formation et une assistance technique aux pays membres en mettant à profit nôtre expérience étendue de ces questions dans le monde entier.

Voilà quelques éléments de ce qui a été dit par DSK à Alger, voilà quel est vraiment le discours de Dominique Strauss-Kahn.

Qu’est-ce qu’être « de gauche » ? Mélenchon, Royal et DSK

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Pour essayer de contrer l’attente qui monte des Français depuis plusieurs mois déjà, ses adversaires politiques de gauche pensent avoir l’argument imparable qui tue : DSK ne serait pas de gauche (sous-entendu, donc la gauche ne peut pas le choisir et voter pour lui).
Il semble que deux groupes en particulier se soient appropriés cet argument : la gauche que j’appelle radicale dont Jean-Luc Mélenchon semble devoir devenir le héraut, et certains royalistes semblant ne pas accepter la décision de Ségolène Royal de ne pas se présenter contre Dominique Strauss-Kahn en 2012.

Au-delà du positionnement tactique de chacun, il est intéressant de se demander ce qu’est être de gauche avant de jeter l’anathème sur tel ou telle.

Adoptant la méthodologie d’un bon étudiant à l’esprit ouvert, je me suis d’abord intéressé à ce que les autres répondaient à cette épineuse question.

Une étude TNS Sofres de 2005 en France posant à 1000 personnes la question « Pour vous, être de gauche, aujourd’hui, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce cela veut dire ? » a montré que :
– 27% des gens de gauche ont répondu : « Le social : “faire du social”, “faire plus de social” »
– 17% des gens de gauche ont répondu : « Le dialogue, l’ouverture, l’écoute : “être à l’écoute des citoyens, des hommes, des individus”, “c’est prévoir, c’est le dialogue” »
– 12% des gens de gauche ont répondu : « L’aide aux plus fragiles : “aider les plus démunis”, “aider le peuple”, “aider les pauvres” »

→ social, dialogue, écoute, prévoir, aider

Du point de vue économique

Être de gauche, c’est être anti-libéral, notion très vague finalement dans l’esprit des gens, mais qui peut se résumer à un refus de la liberté totale du marché, voire pour certains secteurs refuser la marchandisation. Suivant les tendances, cela signifiera refuser une quelconque liberté du marché (gauche révolutionnaire) avec des nuances qui aboutiront à l’autre bout du spectre, à une régulation du marché, régulation déterminée par l’intérêt général (position social-démocrate). Naturellement, pour la gauche révolutionnaire, la social-démocratie sera considérée être à droite (et affublée du doux nom de social-libéralisme).

En ayant une considération particulière vis à vis des plus faibles, la gauche se veut plus morale que la droite dont la finalité économique est d’abord de permettre à l’individu de réussir même si cela signifie que les plus faibles perdent. La révolte contre l’injustice est une attitude classique, la volonté de réforme en est une conséquence. À la notion de justice sociale, la droite répondra plutôt par la notion de charité, acte individuel là encore.

→ agir sur le marché dans le sens de l’intérêt collectif, réformer

Être de droite en matière économique c’est d’abord n’entraver en rien le marché, ni par la réglementation, ni par l’impôt. Le marché doit être « pur », il existe une justice immanente (« la main invisible du marché »).

→ liberté absolue, laisser-faire le marché

Du point de vue « référentiel mental »

A gauche on se réfère à la famille en tant que groupe, au cadre social, à la société citoyenne, l’individu est largement contraint par son environnement. L’individu est d’abord un citoyen qui a des droits et des devoirs vis à vis du groupe.
L’homme de gauche veut agir avec force sur son environnement pour le changer et améliorer le sort de chacun, en particulier des plus faibles.

Du point de vue individuel, le combat de gauche est d’abord celui de l’émancipation et la construction de la possibilité d’un choix libre et éclairé : c’est en ce sens que l’éducation a un sens très important pour l’idéologie de gauche. L’émancipation permet également à l’homme de gauche d’être et d’agir potentiellement en dehors de la décision d’un pouvoir politique.
Cette émancipation permet également à l’homme de gauche de ne pas être contraint par sa naissance. Comme le dit Jean-Luc Mélenchon «On a connu de grands bourgeois de gauche et des prolétaires d’extrême droite. Bien sûr, la condition sociale joue un grand rôle dans la perception de l’existence, mais on ne peut pas réduire un homme à cela. »

→ l’individu se définit par rapport au groupe, émancipation, agir et réformer le groupe

À droite on se réfère à l’individu qui est seul arbitre de ses choix, et au chef (ce qui est un peu paradoxal). Le chef est le représentant de l’ordre : l’ordre, la justice, l’intégration par l’uniformisation des comportements depuis le jeune âge (voir les mouvements scouts par exemple) sont les outils de structuration de la société de droite. L’individu en toute occasion dispose de son libre-arbitre (héritage chrétien), libre arbitre cependant contraint par l’ordre rigide et omniprésent de la société.

→ Le triptyque travail (individu libre de son sort et donc de construire son avenir), famille, patrie (chef, autorité) est un bon résumé du référentiel mental de la droite. Au nom de l’ordre établi, l’homme de droite est plutôt conservateur.

Alors, sont-ils de gauche ?

Jean-Luc Mélenchon Ségolène Royal Dominique Strauss-Kahn
social Élément important du discours Élément important du discours Élément important du discours
Dialogue, écoute Vision musclée du dialogue Vision ambiguë du dialogue Dialogue et contrat sont les outils classiques des sociaux-démocrates
Prévoir La planification était l’outil classique de la gauche « radicale », est-ce toujours le cas ? ? DSK essaye d’introduire un système d’assurance pour gérer les risques de la finance mondiale
Aider / solidarité Élément important du discours Élément important du discours Élément important du discours
agir sur le marché dans le sens de l’intérêt collectif Oui, adepte de l’autorité de l’État Idéologie peu claire : entre blairisme et social-démocratie de l’Europe du Nord Oui, adepte de la régulation qui structure et oriente le marché.
agir et réformer le groupe L’État fort pour réformer la société
Conservateur en matière d’évolution idéologique.
Vision d’un État fort mais décentralisé ?
Conservateur dans certains de ses choix (système présidentiel par exemple).
Prendre les problèmes à l’origine pour changer la donne : politique de la petite enfance. Doctrine du réformisme radical.
l’individu se définit par rapport au groupe oui Confus : DA est un organisme de promotion du chef. oui
émancipation ? Confus : référence à des outils de droite (encadrement militaire) Oui
liberté absolue Refus Refus Refus
laisser-faire le marché Refus Refus Refus
travail Valeur non marquante dans le discours Valeur non marquante dans le discours Valeur non marquante dans le discours
Famille ? Exemple personnel donnant une vision déstructurée de sa conception de la famille. A fini par prendre position pour une évolution du mariage homosexuel. Attaché à la famille et à son évolution (mariage homosexuel)
Ordre / Autorité non Ordre « juste », tribunaux citoyens, autorité du chef non
Le chef vs le groupe Le groupe Le chef Le groupe

Même si mon tableau peut être sujet à caution (nulle doute qu’il sera contesté), on voit tout de même sans ambiguïté que DSK n’a pas grand-chose d’un « homme de droite ».
En fait cette étiquette lui vient très probablement de sa formation d’économiste, d’ex-ministre au Minefi et naturellement directeur du FMI : toutes ces « boîtes » sont étiquetées à droite dans l’imaginaire collectif et finalement, Marx le grand bourgeois théoricien de l’économie pourrait sans doute être taxé d’homme de droite lui aussi…

Sur le fond, le réformisme radical, le contrat négocié, l’attachement au groupe plus qu’à l’individu, l’importance du social dans la vision de l’économie et de la société font de Dominique Strauss-Kahn un homme qui appartient idéologiquement à la gauche, mais à une gauche en évolution, pas à une gauche crispée sur des outils du siècle dernier. Sur les points particuliers de l’ordre (élément principal pour Bourdieu) ou de la vision globale du général à l’individu (élément principal pour Deleuze), DSK apparaît là aussi comme un homme de gauche, largement plus en particulier que Ségolène Royal qui a fait de l’ordre juste son crédo.

Bourdieu : Royal est de droite Deleuze : etre de gauche

Après ce petit comparatif à partir de critères et non d’anathèmes, chacun pourra regarder les campagnes de communication des comités en gauchitude à leur juste valeur. Mais sur le fond, on ne juge pas un homme politique à l’étiquette qu’on lui colle, mais à son parcours, à ses connaissances et compétences avérées, à sa capacité démontrée à avoir amélioré le sort de chacun, à sa bonne volonté, à l’équipe qui l’entoure et enfin à la promesse d’avenir qu’il porte.

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sources :
Terre Politique
Médiapart
Nouvel Obs
Vidéo de Gilles Deleuze
Débat Moscovici/Mélenchon
Bourdieu

Lettre à mes camarades sociaux-démocrates et à nos sympathisants

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Socdem

L’été va tant bien que mal marquer une pause dans le débat politique, et après la pause viendra le temps de la montée en puissance du grand marathon qui nous amènera en 2012.

Depuis ces dernières semaines, nombre d’initiatives voient le jour, individuelles autant que collectives, venant d’anonymes autant que d’élus du PS socdem (Christophe SIRUGUE, Maire de Chalon-sur-Saône, député de Saône-et-Loire, Benjamin GRIVEAUX, conseiller général de Saône-et-Loire, Céline PINA, conseillère régionale d’Ile-de-France, Françoise TENENBAUM, adjointe au Maire du Dijon, conseillère régionale de Bourgogne, Françoise VERJUX-PELLETIER, adjointe au maire de Chalon, conseillère générale de Saône-et-Loire, Jean-Renaud ROY, militant, fédération du parti socialiste de Paris, pour ne citer que les acteurs du dernier appel) ou n’ayant pas jusqu’ici affiché une étiquette particulièrement marquée social-démocrate (Jean-Pierre Mignard pour ne citer qu’un des plus étonnants).

Les initiatives fleurissent, les groupes de soutien essaient de se constituer, les blogs se réveillent et, nouveauté de cette future élection, les groupes estampillés DSK sur la coopol font florès (plus d’une douzaine avec le label DSK). Belle volonté, bel enthousiasme, espoir revigorant.

Je crois que le temps est donc venu de penser à coordonner tout cela pour nous rendre visible, lisible, attractif, tout en respectant l’esprit de la social-démocratie, et c’est là que ma lettre prend son sens. Le mouvement social-démocrate que nous avons commencé à réformer, rénover, refonder, est un mouvement qui est excellemment représenté par des hommes et des femmes de qualité, mais des hommes et des femmes de qualités qui s’identifient à nos idées et pas l’inverse. Et pour ce qui concerne la prochaine échéance, il est trop tôt pour l’heure de nous identifier ou de n’être identifiable qu’à travers un candidat qui n’est pas déclaré et qui n’a aucun intérêt à le faire avant l’année prochaine.
Par contre il est plus que temps de préparer le terrain pour ce candidat, de rendre vraiment identifiable le mouvement qui est le nôtre aux yeux des militants PS, des sympathisants et de tous les français en attente d’un renouveau politique, et de faire clairement comprendre quels sont nos idéaux :

  • l’humaniste et l’esprit des lumières comme morale et non la religion,
  • une société de citoyens solidaires et non un groupe d’individus en compétition perpétuelle,
  • la raison, la volonté et les compétences et non l’irrationalité et le spectacle,
  • l’égalité de tous et l’équité pour chacun et non le corporatisme ou la loi du plus fort,
  • la liberté économique encadrée par une régulation dans l’intérêt commun et non le renoncement néo-libéral ou le collectivisme d’État,
  • la liberté individuelle respectueuse de l’autre et de la loi et non l’État tout puissant, l’État policier, le gouvernement des juges, l’ordre moral ou militaire
  • la réforme radicale, progressive, continue de la société et non la révolution ou le renoncement

Il est plus que temps de faire clairement comprendre quels sont nos outils :

  • le dialogue et non l’injonction,
  • la négociation et non l’imposition du point de vue le plus fort,
  • le contrat et non le dictat ou la vérité révélée
  • la réflexion et le travail collectif et non le verbiage populiste
  • la pédagogie et non la violence de l’imposition des décisions

Au-delà des principes et des outils, il nous faut constituer un réseau socdem identifiable, ce qui me semble vouloir signifier :

  • afficher la présence de figures morales de la social-démocratie, c’est-à-dire des figures éloignées de la polémique et dont la vie au service de nos idées les honore et honore notre mouvement. Alain Bergounioux et Catherine Tasca me semblent parfaitement illustrer cet aspect, et je suis sûr qu’ils ne sont pas les seuls à le pouvoir. Que ces militants de tant de combats et de victoires soient nos juges de paix lorsqu’il nous faudra avoir du recul au milieu de la bataille, que ces grandes figures soient garantes de la grandeur de nos ambitions et de notre probité,
  • remobiliser les cadres actifs socdem, cheville ouvrière de la construction de notre mouvement : je ne peux que souhaiter que Jean-Christophe Cambadélis et Pierre Moscovici reprennent leur action interrompue et qu’ils soient rejoints par tant d’autres qui aujourd’hui montrent leur volonté de faire gagner nos idées : Collomb, Destot, Huchon, Patriat, Sabban, Trautmann, Touraine, Urvoas, et tant d’autres qui me pardonneront de ne pas pouvoir les citer tous.
  • et de façon plus pragmatique nous donner un outil fédérateur sur internet, un point administratif d’entrée, un visuel socdem, du matériel de campagne, …

La campagne pour les primaires aboutira à désigner un candidat. Le temps des sociaux-démocrates est arrivé mais ce candidat, quelles que soient ses qualités, quelles que soient ses capacités, quelles que soient ou aient été ses responsabilités nationales et internationales, ne nous affranchit pas de faire notre travail. Dans ce moment du calendrier, c’est à nous d’être à la hauteur de nos espoirs, c’est à nous d’être à la hauteur du candidat que nous exigeons d’avoir. Ne retombons pas dans les erreurs passées du PS : il n’existe pas de sauveur capable à lui seul de pallier nos déficiences. Par contre, si nous sommes capables de montrer qui nous sommes vraiment, de sublimer le travail de réflexion largement entrepris depuis 2006, de dissiper le brouillard de fantasmes répandus par nos adversaires au profit de la vérité nos idées, alors le chemin sera grand ouvert pour le candidat d’exception que nous aurons mérité et que nous appelons de nos vœux, alors l’appel sera tellement puissant que sa candidature sonnera comme une évidence, au bon moment.

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DSK, le sionisme, Israel et la horde des basses âmes égarées

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Il y a plusieurs années déjà (en 2006 à l’occasion des primaires du PS), je m’étais fendu d’un billet démontant un hoax sur Dominique Strauss-Kahn décrit en substance comme un “agent malveillant du sionisme”. Cela s’appelait “Juif ? Salomon, vous êtes juif ?” (réplique inénarrable de Rabbi Jacob alors que le bon monsieur Pivert apprend que son chauffeur fait le chabbat).
DSK n’ayant pas été choisi aux primaires, ce hoax est alors entré en hibernation jusqu’à ces derniers temps où telle l’épidémie de peste il a largement refleuri çà et là, parfois sous une forme améliorée (naturellement, seuls les esprits chagrins feront un lien entre des événements purement internes au PS et ces basses pratiques largement teintées d’antisémitisme…).

Du coup, j’en profite pour reposter mon billet et le mettre au goût du jour.


dsk sionismeCalomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…

Juif ? Salomon, vous êtes juif ? (Rabbi Jacob)
Un vieux hoax datant de presque 15 ans est en train de ressortir en ce moment. Ne le répétez à personne, mais il paraît que DSK ne pense qu’au sionisme en se rasant le matin.
Le message diffusé sous diverses formes ressemble grosso modo à cela :

“Je considère que tout Juif dans la diaspora, et donc c’est vrai en France, doit partout où il le peut apporter son aide à Israël. C’est pour ça d’ailleurs qu’il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. Tout le monde ne pense pas la même chose dans la Communauté juive, mais je crois que c’est nécessaire. Car, on ne peut pas à la fois se plaindre qu’un pays comme la France, par exemple, ait dans le passé et peut-être encore aujourd’hui, une politique par trop pro-arabe et ne pas essayer de l’infléchir par des individus qui pensent différemment en leur permettant de prendre le plus grand nombre de responsabilités. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, au travers de l’ensemble de mes actions, j’essaie de faire en sorte que ma modeste pierre soit apportée à la construction de la terre d’Israël.”

A l’origine, les propos auraient été tenus dans un journal appelé Passages, mais comme personne n’est en mesure de présenter le journal en question et que ce journal est quasi inconnu, les propos ont migré vers “La vie”, et comme faire du sionisme chez les catholiques n’est pas très crédible, on peut aussi trouver des références à “France Inter” ou “Le Monde”, sans compter tous les blogs où ce hoax circule.

Qu’en est-il vraiment ? La réponse de l’équipe DSK est claire et sans appel :
DSK a déjà démenti publiquement avoir prononcé ce genre de propos. Personne n’a d’ailleurs ressorti cette soit disant interview.”

Zut alors, mais peut-être est-ce un coup du complot judéo-maçonnique qui contrôle la presse. En tout cas chers lecteurs, sachez que moi je suis “blanc, très blanc, un peu pâle, français et catholique comme tout le monde”…


Voilà donc pour le billet de l’époque. Quoi de neuf depuis ?
Toujours pas le début d’un paragraphe authentique de l’article supposé de Passage mais de nombreuses tentatives pour nous en parler avec autant de ferveur que d’indignation. La tentative la plus originale est sans doute ce petit film qui nous présente une jolie manip laissant à croire de prime abord qu’on tient, enfin, la preuve du crime dont toutes les bonnes âmes parlent mais que personne manifestement ne possède.
L’idée est simple, comme les auteurs n’ont pas leur article, ils font un film d’un site qui relate “l’histoire de celui qui connaît celui qui à vu le loup, ou plutôt le fumeux article”. Film pas mal fait du point de vue bobardesque puisqu’il répond à de bons critères de base :

dsk sionisme

  • impression de mauvaise qualité (c’est bien, cela a l’air plus vrai ainsi),
  • création d’une ambiance un tant soit peu anxiogène (ici en n’utilisant pas de son, bien vu !) et sombre,
  • création d’une ambiguïté (visionne-t-on un extrait du mythique article que personne ne montre ?)
  • et surtout un titre accrocheur qui décape “DSK Conseille aux Juifs de Prendre du Pouvoir pour Aider Israël”.

Charmant. Mais maintenant, quelques questions élémentaires pour que chacun se fasse son opinion :

  1. DSK a exercé de hautes fonctions dans notre République et en exerce toujours au niveau mondial. Quelles mesures concrètes, quelles positions publiques a-t-il prises qui justifierait un tant soit peu ces accusations ?
  2. En remarquant que ces rumeurs de traitrise sionisme (on ne dit pas antisémite mais le fond y est bien) ré-apparaissent lorsque DSK est en mesure de prendre le leadership à gauche et en y ajoutant le fait que la droite ne peut utiliser le judaïsme sans mettre Nicolas Sarkozy en porte-à-faux, à qui cela profite-t-il sinon à une certaine gauche en déshérence idéologique et, hélas, de valeurs ?

Et le plus ironique de l’histoire c’est que même si Dominique avait effectivement sorti ces âneries, cela aurait mérité une engueulade mais certes pas que des âmes perdues se vautrent dans la fange des noirceurs méprisables. La haine du juif a décidément encore un bel avenir et nous encore bien du travail !

Lettre secrète à Anne Sinclair (curieux et malveillants s’abstenir)

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Anne Sinclair contre la rumeurChère Anne,

Je suspends en cette fin de semaine mes réflexions sur la refondation du PS pour vous dire ma déception.

Figurez-vous que depuis quelques jours une nouvelle campagne bobardesque concernant Dominique agite le web et les médias. Tout émoustillé à l’idée d’avoir LA révélation du plus secret des secrets (Lefebvre nous l’a promis naguère) je me lance donc à l’assaut de ce raz-de-marée de révélations devant ébranler le monde.

L’affaire s’annonce bien si j’en crois google qui me renvoie 21200 résultats sur « cassandre dsk ». Je me mets donc à analyser l’histoire, et là, patatras je trouve une mauvaise soupe mal liée, même pas épicée. Certes Le Monde ou encore l’Express par je ne sais quel égarement n’y ont vu que du feu, mais des journalistes comme Apathie ou encore Roger-Petit nous expliquent en substance que du simple point de vue journalistique cela vaudrait à un étudiant d’être recalé. Même le canard enchaîné d’habitude à l’affut de ce qui dépasse du tapis a trouvé le bobard miteux.

Imaginez ma déception chère Anne : la dernière fois, au moins, nous avions eu droit au complot planétaire, aux missiles et aux extra-terrestres…

Alors voilà, j’ai eu une idée pour la prochaine fois (qui aura lieu n’en doutons pas) : après une longue réflexion dont je ne puis tout révéler tant c’est sulfureux, il m’est apparu que quand à faire, nous pourrions nous-même faire des révélations secrètes que personne ne connaît. Mais il nous faut un truc bien monté et là je me suis dit que comme vous connaissiez du monde, vous pourriez nous trouver un réalisateur américain pour le scénario. Je ne pense pas qu’il faille trop faire dans le zim boum, et je me disais qu’il faudrait plutôt un truc décalé et c’est là que j’ai eu la révélation : est-ce que vous pourriez demander à Woody (Allen pas le cowboy de Toy’s Story) de nous concocter cela ? Il a le profil parfait : le roi de l’embrouille cérébrale, le côté juif qui met en agitation certains (mais le bon côté, celui de l’humour de l’auto-dérision un brin grinçant, pas l’antisémitisme crapoteux habituel), l’as du portrait de l’anti-héros.

Voilà chère Anne, qu’en pensez-vous ?

Autopsie d’un conte

Lis moi avec webReader

Après une petite respiration de fin d’élection, et avant je l’espère d’entamer une série d’articles de réflexion sur la refondation du PS, je voudrais revenir sur une manipulation, une de plus, visant à cacher l’absence d’arguments de quelques égarés politiquement en perdition par la génération d’un nuage fangeux et cherchant à discréditer (que savent-ils faire d’autre ?) les hommes et femmes politiques qui les gênent au PS (c’est-à-dire à peu près tout le monde aujourd’hui).
Pendant la période des régionales, je n’ai pas réagi à cette tentative de manipulation du web (en partie estampillée royalistes si l’on en croit le nombre de contributeurs se réclamant de ce courant, même si j’ai bien du mal à savoir s’il s’agit d’une déficience d’encadrement ou d’une volonté au plus haut niveau) pour ne pas polluer le débat de la campagne et me concentrer sur le soutien à nos équipes, mais cela ne veut pas dire qu’il faille ignorer ces pratiques indignes et malfaisantes ; on ne le sait que trop bien, sur le web le bruit peut devenir message si la réalité des faits n’est pas exposée avec force et conviction.

Comme je n’aime pas les posts sans fond et sans arguments vérifiables, j’ai donc construit celui-ci sur une analyse critique de cette campagne de calomnies, analyse soumise à la réflexion de chacun de façon à ce mes propos soient à la fois instructifs, pédagogiques et je l’espère prophylactiques.

Tout d’abord, les faits.

À l’origine de cette “affaire”, il y a la révélation de l’existence d’un club (qui n’a d’ailleurs rien de secret) réunissant des hommes et femmes politiques et d’affaires, Le Siècle. Si vous et moi ne connaissions pas ce club, ce n’est pas à cause d’un complot du style “on nous ment, on nous cache des choses”, mais tout simplement parce que vos préoccupations quotidiennes comme les miennes n’avaient aucune chance de vous y mener.

Sur le fond, ce club ne diffère pas fondamentalement des milles et un clubs professionnels, économiques, politiques ou culturels où peuvent se côtoyer en fonction de leurs intérêts, acteurs économiques, sociaux, mais aussi riches mamies en quête de bons placements et de petits fours, écologistes à la recherche d’action ou de revendications, entrepreneurs à la recherche d’affaires, lobbyistes locaux et pétitionnaires patentés, ou encore entrepreneurs à la recherche d’une interview avec PPDA. Depuis sans doute la nuit des temps de la liberté d’associations, les gens se sont associés au nom de leurs idées, ambitions ou intérêts et les clubs, quels que soient leur nom, les ont toujours accueilli. Le Siècle ne déroge pas à la règle, et malgré ce que l’on a voulu nous laisser à penser, il ne ressemble manifestement pas à une secte millénariste ou malfaisante. Quant au jugement de chacun sur les motivations des gens qui le fréquentent, c’est finalement une affaire de sentiments personnels ; il n’y a pas là trouble à l’ordre public…

Manipulation sur internet : le siecleDeuxième acte, la campagne, faite sous forme d’une révélation intergalactique. Si vous cherchez sur google, vous pouvez voir fleurir une somme assez étonnante d’articles récents sur le sujet, ce qui permet de s’apercevoir qu’il ne s’agit pas d’un simple artéfact aléatoire, mais bien d’un buzz repris et alimenté par des gauchos-complotistes, mais hélas aussi par nos camarades royalistes. Il n’y a qu’à lire certaines signatures associées à ce buzz ou les titres d’article du genre “Le TSS, c’est le SIECLE contre le PS et Ségolène Royal” (article qui arrive en tête de recherche google).

Plutôt que d’en décortiquer fastidieusement la liste (ce que je vous invite quand même à faire à vos moments perdus), je me contenterai de reprendre ce post paru sur lepost.fr et qui a au moins le bon goût d’avoir évité les commentaires personnels pour n’exposer que deux vidéos dont je vais vous décortiquer le mécanisme manipulateur.

Manipulation du web : le siecleTout d’abord l’accroche : Mettre Anne Sinclair au générique, c’est vendeur. Une journaliste belle et connue, cela attire le chaland à coup sûr ! Chaland immédiatement déçu puisque le sourire d’Anne disparaît immédiatement au profit… d’un compte à rebours (faire monter l’adrénaline), puis d’images violentes se succédant sur un rythme rapide (saisir le spectateur pour faire monter l’adrénaline et l’angoisse). Missile explosant sur un char, crash du 11 septembre (avec un bandeau sur le prix du pétrole, angoisse latente), figures honnies de Bush et Ben Laden, figure satanique (en filigrane, jouer de façon subliminale sur un sentiment d’horreur et de rejet), bombes et bombardiers, petit détour cosmique où l’on suggère une connexion extraterrestre, extraterrestres qui arrivent rapidement (le film joue là à la fois sur les peurs et les clichés pour rebondir sur les fantasmes), feux de Saint Elme (i.e. la menace de l’électricité tombée du ciel) dérivant sur de menaçantes expériences scientifiques, OVNI introduisant les mystères de civilisations perdues (peurs ancestrales, mythologie extraterrestre), mystique de l’énergie interne liée à l’explosion nucléaire finale destructrice (à ce stade si vous n’avez pas encore la trouille c’est à désespérer des techniques de manipulation !). Ouf, fin de la première séquence violente, on passe à la suite.

  • Cliquer [ ici ] pour voir le 1er film sur youtube (tant qu’il y reste…).

Manipulation médiatique le siècle

Suite introduite par “tout le monde il est gentil”. La pointe d’humour décalée est destinée à désamorcer le stress de la séquence d’introduction pour vous rendre plus réceptif à la suite avec en substance le message suivant : “Le siècle c’est en apparence un visage aimable et souriant, mais derrière ce n’est que complot et destruction, nous on est là pour vous dire la vérité”. Bien sûr, on se demande à ce stade les relations qu’il y peut y avoir entre les éléments de ce fatras, mais dans la dynamique du film, le spectateur n’a que peu de chances de faire la part des choses, il est prêt pour la suite.

Hors du contexte de cette intro stressante, la suite serait totalement plate (de fait, plutôt ratée du point de vue de la manipulation) : déclaration de (bonnes) intentions, éléments du statut de l’association. Tout cela serait sans intérêt si nous n’avions “appris” combien était malfaisant et subversif ce club… D’ailleurs, la suite n’est qu’une longue litanie ennuyeuse de portraits de quelques membres du siècle et la boîte à rythme associée à l’atmosphère brumeuse et sombre des portraits (destinée à renforcer le côté occulte et malfaisant) a bien du mal à maintenir l’intérêt.

Ce premier film est une parfaite manipulation cherchant à faire des liens entre des choses qui n’ont rien à voir entre elles (d’ailleurs, jamais on ne vous dit qu’elles en ont, le film se contente de le suggérer par la collision des séquences et la bande son), jouant sur des peurs et des fantasmes. Une merveille du genre ! À l’arrivée, ce que vous êtes censé en retenir c’est “le siècle c’est des gros méchants, tremblez braves gens”. Mais que vient faire Anne Sinclair dans cette histoire me direz-vous ? Il faut voir le second film pour le comprendre.

Reprise par la séquence de portraits pour arriver à un extrait d’un reportage (dont la source n’est pas citée). On n’y apprend rien de nouveaux, en particulier pas de scandales particuliers si ce n’est l’inquiétude de la “construction” d’un consensus d’opinions établi lors de discutions au sein du club. On connaît plus décapant comme complot… Plus intéressant est la fin de l’extrait de ce reportage où les monteurs du film tentent de rebondir sur un autre fantasme, Bildeberg, présenté comme un club de gouvernance mondiale. Les propos devaient être tellement intéressants et croustillant que… l’on passe à autre chose. Technique intéressante, là aussi les monteurs de ce bobard ont testé la collision entre le siècle présenté sous la forme la plus fantasmatique possible et Bildeberg dont la menace est évoquée avant de passer à autre chose.
Et quoi donc ? Là c’est le fin du fin. Après avoir créé une atmosphère complotiste, on va mettre les rieurs de son côté en surfant sur un extrait des guignols de l’info. Succès assuré, l’extrait est amusant, surfe sur le rejet du pouvoir et reprend sur un mode joyeux des thèmes que l’on vient de voir sous une forme inquiétante.

Manipulation du web : le siecleEt Anne alors ? Pour comprendre son rôle dans ce conte manipulateur, il faut faire le parallèle avec le film des guignols dont la vedette est Bernadette Chirac, épouse de Jacques, ex-président. Quel est le rôle de Bernadette ici ? Être la tête pensante française de la world company (le spectre). Et Anne Sinclair n’est-elle pas l’épouse d’un potentiel futur-président ? La boucle est bouclée et la manipulation achevée, tremblez brave gens, “ils se mettent d’accord et complotent contre le bonheur des gens” !

  • Cliquer [ ici ] pour voir le 2ème film sur youtube.
  • À l’arrivée, aucun fait si ce n’est l’existence d’un club qui réunit des gens “influents” qui discutent des choses du monde autour de petits fours. Mais aussi, à force de répétitions et d’un flot d’articles sur internet, une tentative d’installer un malaise et de discréditer ses adversaires politiques. Alors qui sont vraiment les manipulateurs dans l’histoire ? Bernadette Chirac vue par les Guignols, Anne Sinclair présentée comme son alter ego, un club très parisien de notables ou ceux qui sont derrière ce film et son utilisation ? À complot, complot et demi, si je peux comprendre sans problème qu’une personnalité politique soit attaquée, et même s’il est quelque part nécessaire qu’elle le soit, je trouve assez abjecte et minable ce genre de manipulation. S’ils veulent un jour sortir de l’impasse où ils sont, certains militants comateux feraient bien d’en finir avec les sombres manipulations dignes des détestables méthodes trotskystes de la belle époque. Nous avions eu l’entrisme en 2006 pour les primaires, nous avons maintenant droit à la manipulation des esprits.

    Tout cela est minable autant qu’indigne !

    Mais au fait, quelle est la réalité concernant Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn (ben oui, j’ai beau être blogueur, j’ai fait ma petite enquête) ?

    D’abord, Anne Sinclair a bien été cooptée par ce club à une époque où ils cherchaient à “féminiser l’ambiance”. C’était il y a plus de 22 ans et elle a cessé d’y aller il y a… 20 ans (date à laquelle Dominique et elle se sont rencontrés) ! Figurez-vous qu’entre rôti de veau et banalités mondaines, notre sémillante journaliste de 7/7 s’ennuyait ferme dans ce temple supposé du complot. Quant à Martine Aubry ou encore Lionel Jospin, eux aussi comploteurs fantasmés selon la rumeur, elle n’a jamais eu la joie de partager avec eux la-bas un repas où les carottes symbolisaient une attaque de missiles et les petits pois la population opprimée par les maîtres de la sauce Maringo.

    __________________
    Vous trouverez ci-dessous quelques-unes des sources ayant contribué ou relayé cette manipulation :
    Manipulation sur internet : segolene royal

    Manipulation sur internet : segolene royal

    Les mains sales des pensées sales

    Lis moi avec webReader

    Novembre 2009.

    dsk sionisteSartre, il y a longtemps déjà, avait mis en scène la part sombre des idées nobles dans Les mains sales. Le théâtre électronique d’internet est en train de nous en faire une très mauvaise parodie depuis quelques jours. La méthode est insidieuse et lorsque les e-archéologues du futur se replongeront dans la période actuelle en en faisant une analyse statistique sémantique, ils risquent de se prendre en pleine figure une bouffée fort nauséabonde, et qui plus est, estampillée du sceau d’une certaine gauche.

    Bien que n’ayant pas franchement le temps de militer sur internet ces derniers temps, je n’ai pas manqué de remarquer la résurgence de propos très borderlines, et de plus en plus souvent très au-delà de la limite. Les deux cibles du moment sont Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn.

    Concernant Martine Aubry, le message envoyé par ces snipers est en substance “à mort la salope”, et désolé Martine, je ne caricature même pas les propos de ceux qui veulent faire ton “autopsie” ou qui déclarent sans rougir que “cette imbécile a scellé son destin d’imbécile dans la pierre” (ce seul article servira d’exemple au reste – l’article ayant été supprimé, je mets une copie d’écran de google pour prouver la véracité de mes propos). Je vous laisse quelques instants pour ouvrir la fenêtre et aérer la pièce, la suite est d’un jus encore plus rance…
    mensonges haineux

    Concernant DSK, nous avons une invasion septicémique semble-t-il fort coordonnée et liée à l’excellente notoriété de DSK en ce moment. Quel est le message que l’on veut en substance faire passer par cette attaque virale ? Que “DSK [est un] démoniaque libidineux“, “violeur“, un “ultra-libéral membre de bilderberg, aficionado du nouvel ordre mondial, affameur du tiers monde“, un “sioniste” (qui est le mot politiquement correct pour “sale traitre de juif”, faut décoder le message), et sur des aspects amusants à force d’être ridicules et pathétiques, un pion de Sarkozy placé au FMI et un incompétent (pas mal pour quelqu’un qui s’illustre avec brio au FMI, après avoir été le meilleur ministre de l’économie depuis plus de 30 ans).

    Mais comble de l’abject, j’ai même dû intervenir auprès du post.fr pour faire retirer un commentaire qui en appelait tout simplement au meurtre, et plus précisément “à faire étriper DSK et prendre Sarkozy avec ses tripes“. Vous pouvez allez vomir et revenir dans 2mn…

    Au-delà de la nausée que m’inspirent des propos qui violent à peu près toutes les valeurs qui soutiennent notre combat à gauche (tolérance et respect, ouverture à la diversité, générosité, mais aussi rationalité dans notre démarche idéologique), je perçois ici deux dangers.

    D’abord la radicalisation d’un petit groupe qui perd peu à peu pied face à une réalité qui les rejette (en somme, une gauche nébuleuse faite de peurs, de fantasmes et d’illusions). Jour après jour, par un mécanisme lent et sournois, ce groupe utilise des moyens toujours plus extrêmes et nul doute qu’une partie d’entre eux finira effectivement dans des groupes extrémistes violents.

    Ensuite un climat général de pertes de valeurs et de repères. Le combat politique a toujours eu un caractère violent, mais il s’agit ici de violences vides de contenu. Le but est de tuer l’ennemi, ici par un mécanisme de calomnies plus ou moins diffuses qui sont censées s’ancrer dans les esprits au fil du temps. Déblatérer sur Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn ou à l’occasion sur tel ou tel autre, n’a aucun impact à court terme puisqu’il n’y a pas d’enjeux immédiats. Pire, cela a toutes les chances de se retourner contre leurs auteurs alors que s’avancent les régionales, élections de listes qui devraient plutôt favoriser l’apaisement. Mais à long terme le but est que la maladie assoupie soit bien installée pour être réveillée au moment opportun.
    La raison est en berne et seule l’émotion destructrice est à l’œuvre.

    J’exprime mon plus parfait dégoût envers ces pratiques qui n’ont aucune justification morale et qui ne sont que l’expression sale d’une pensée politique sale et inepte. Que l’on conteste les idées ou les outils d’une personnalité politique est chose normale, mais que cette contestation n’ait d’autre motivation que le rejet épidermique, sans autre projet politique que de flinguer tout ce qui peut faire de l’ombre à leurs illusions déliquescentes, est insupportable.
    dsk sioniste

    Enfin, pour clore ce post, voici une liste de références et de faits qui permettront à tout un chacun de se faire une opinion sur certains propos fielleux.

    • d’abord, peut-être le plus ancien, le hoax “DSK est un traitre sioniste”. Vous trouverez les fadaises de l’histoire ici.
    • quelques mots sur la MNEF : DSK a effectué sur plusieurs mois un contrat pour la MNEF facturé environ 600 000 F. Grosse somme a priori pour ceux qui ne connaissent pas le monde du consulting. Mais, à l’époque, un consultant de haut niveau était facturable sans problème à 10 000 F / jour. Donc, ceci représente 60 jours de travail. La justice n’a rien vu à y redire.
    • Le procès DSK : Dominique Strauss-Kahn a effectivement été traîné en justice, justice qui non seulement a reconnu très rapidement son innocence, mais a également remonté les bretelles de l’accusation pour avoir présenté un dossier vide. On remarquera qu’à l’époque, DSK a eu une attitude républicaine exemplaire en démissionnant de son poste de ministre pour ne pas porter préjudice à l’État. Tout le monde n’a pas eu depuis un tel comportement exemplaire.
    • La cassette Méry. Là on se demande toujours ce qui est reproché à DSK si ce n’est de ne pas en avoir fait un complot pour saper la République.
    • Le bobard c’est “Sarkozy qui a nommé DSK au FMI” (avec une version plus cosmique dont la trame est “la CIA a favorisé le choix de Royal contre Sarkozy pour faire élire Sarkozy et en contre-partie DSK a été dédommagé de sa déconvenue avec le FMI” ; billard à 27 bandes…). En ce qui me concerne, j’ai simplement posé la question sur ce qu’il en était à Anne Sinclair qui m’a confirmé s’il en était besoin que c’est bien Juncker qui a proposé DSK et que Sarkozy n’a fait que suivre. Maintenant, si vous avez de meilleures sources, postez-les !
    • L’histoire “DSK est un violeur”. Là il s’agit de surfer sur le côté séducteur en buzzant sur une histoire plutôt fumeuse et incohérente. À l’origine, il y a une personne qui dit que DSK a été trop entreprenant contre sa volonté et n’a pas voulu porter plainte par crainte d’attaquer un homme d’État. Cette personne n’a cependant pas craint de s’épancher devant les caméras d’Ardisson et c’est bien ce qui rend l’affaire douteusement glauque : quand on a peur on ne va pas à la télé pour le raconter, et quand on a le courage de dénoncer effectivement ce genre de faits et bien on le fait devant la justice. Courageuse à la télé et lâche avec la justice, voilà qui qualifie le niveau de l’affaire.
    • La rengaine, DSK n’est pas à gauche. Là, je ne peux que vous conseiller la lecture de “La Flamme et la Cendre” et m’en tenir à quelques éléments factuels : d’abord les résultats économiques et sociaux lors de son passage à Bercy (à moins que lutter efficacement contre le chômage ne soit pas de gauche), et plus encore, son action dans cet ex-temple de l’ultra-libéralisme, le FMI : apurement de la dette du Libéria, amélioration du statut des “petits” pays au sein du FMI, prêt à taux zéro aux pays pauvres et surtout l’incroyable révolution en marche concernant le contrôle du capitalisme financier. On y ajoutera quelques rappels sur la réalité de l’Ukraine dont la situation est honteusement et cyniquement exploitées par quelques belles âmes.

    Voilà pour la petite liste de courses du moment, ne doutons pas qu’on nous en inventera quelques autres. J’ai soumis au jugement du lecteur un certain nombre de liens, à vous de vous faire une idée qui ne soit pas forgée par une opération de manipulation à peine dissimulée mais sur votre propre jugement.

    Nous, sociaux-démocrates croyons en la force de la raison, du jugement forgé à partir de faits vérifiables par des esprits libres et émancipés.