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Quinzaine de la laïcité

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JAURESLaïcité, un si joli mot si mal compris, si mal traité. Pour en mieux expliquer le sens autant qu’en défendre la valeur, le PS organise une quinzaine de la laïcité.

Se replonger dans les pensées de Jaurès permet sans doute de prendre du recul, sur le fond, sur l’origine et sur l’évolution depuis plus d’un siècle.
Article paru dans La Dépêche le 16 juin 1889 sous le titre « Laïcité ».

[…] Nous n’avons pas voulu mettre la guerre dans les villages, mais, au contraire, la paix ; et le vrai moyen d’avoir la paix c’est de mettre chacun à sa place, chaque chose à sa place : le maire dans la mairie, avec pouvoir administratif ; le curé dans l’église, avec la religion ; l’instituteur dans l’école, avec les éléments de la science et de la morale.
[…] Ce n’est pas au Gouvernement à s’occuper des affaires de religion. Le Gouvernement représente les droits et les intérêts de tout le monde, et, dans les questions de religion, tout le monde n’est pas d’accord.
[…] La seule chose que le gouvernement doive faire, c’est d’assurer à chacun sa liberté. Que ceux qui veulent aller à la messe y aillent, que ceux qui ne veulent pas aller à la messe n’y aillent pas. Que chacun soit libre en respectant la liberté des autres. L’Église est parfaitement maîtresse de prêcher dans toutes ses chaires, d’enseigner aux enfants dans toutes les paroisses : « hors de l’Église point de salut ». Mais si le gouvernement obligeait les instituteurs à le dire dans les écoles, si lui, Gouvernement, qui doit protection, liberté et respect à tous, faisait dire dans ses écoles par ses instituteurs : « hors de l’Église point de salut », ce serait abominable.
[…] Nous avons mis des centaines et des centaines d’années à conquérir la liberté de conscience, c’est-à-dire le droit pour chacun de penser et d’agir comme il lui plaît dans les choses de la religion. Il y a des siècles, au Moyen-âge, l’Église était maîtresse de tout…
[… ] Mais les rois et les empereurs ne travaillaient pas pour les nations; ils ne travaillaient que pour eux-mêmes. Et, quand ils eurent affranchi leur pouvoir de l’Église, ils voulurent se servir de l’Église pour maintenir leur pouvoir sur les peuples ; ils comprirent que, si les hommes pouvaient discuter en liberté les choses de la religion, ils discuteraient avec la même liberté les choses de la politique.
Voilà pourquoi il persécutèrent les protestants ; voilà pourquoi ils persécutèrent les jansénistes ; voilà pourquoi ils proscrivirent les livres de Voltaire et de Rousseau, l’Encyclopédie, toutes le œuvres libres ; voilà pourquoi ils livrèrent à l’Église les registres de l’état-civil c’est-à-dire la société tout entière.
[…] La Révolution française a voulu briser ce système de domination, et nous luttons depuis un siècle pour maintenir et affirmer son œuvre ; le despotisme politique et le despotisme religieux ont fait alliance sous l’ancien régime, cette alliance dure encore ; et, si nous ne résistons pas, elle ramènerait, sous forme hypocrite mais odieuse encore, l’ancien régime.
Il n’est pas mort tout entier, car la pensée même dont il vivait, c’est-à-dire l’alliance des rois, des puissants de la terre et des curés, en vue de la domination commune, n’est pas morte encore. Oui, il n’y a plus de religion d’État ; mais, il y a quelques années encore sous le vingt-quatre mai, ceux qui voulaient aller reposer en terre sans être accompagnés d’un prêtre ne pouvaient faire que la nuit leur dernier voyage. Oui, il n’y a plus de tribunaux ecclésiastiques ; mais il y a quelques années, l’influence du clergé arrêtait la justice quand elle voulait toucher à un prêtre. Oui la loi ne connaît plus ni catholique ni protestant ; mais on vient de trouver, dans le dossier d’une affaire civile remontant à une trentaine d’années, cette note, insérée au dossier par un magistrat de l’empire : « Cet homme est une canaille, il n’a pas fait ses Pâques ». Oui, il n’y a plus de religion d’État ; mais tous les hobereaux qui veulent indéfiniment asservir les paysans de France sont groupés autour de l’Église ; mais les hautes compagnies financières, comme celle de Montceau-les-Mines, qui veulent assujettir les travailleurs, les envoient au mois de Marie sous peine d’expulsion.
Et vous voulez que nous introduisions dans les écoles du gouvernement, si peu que ça soit, cette insatiable domination, qui veut étreindre toute la société française ? Non : les écoles publiques appartiennent à la nation et à la liberté. Si nous mettions seulement le petit doigt dans l’engrenage des ambitions cléricales, nous y passerions bientôt tout entiers ; ce n’est point par esprit de guerre, mais par esprit de liberté et de légitime défense, que nous avons exclu de l’école toutes les questions de religion, qui, se mêlant au pouvoir, deviennent immédiatement des questions cléricales.

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