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Un résultat cohérent pour un PS qui en manque

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Ça y est, nous avons les résultats et la méchante Martine bat la gentille Ségolène. Oh rage, oh désespoir, trahison, complot et grognements de tromblons ! Nulle doute que la machine à faire pleurer dans les chaumières trouve là matière à une belle affiche de théâtre, qui à défaut d’être celui de Sophocle remplira de bruit la salle désertée par des français agacés par tant de luttes stériles.

Essayons d’abord d’être factuel : ce résultat est-il étonnant, est-il le fruit d’une odieuse machination ?

Lors du vote des motions, le PS s’était en gros divisé en quatre blocs de forces équivalentes. A ce stade, le vote avait un sens d’adhésion.
A l’issue du congrès, la tête de liste d’une de ces forces (Bertrand Delanoë) a appelé à voter pour Martine Aubry pour des raisons de proximité idéologique. A ce stade, nous avons commencé à voir un vote mi-adhésion idéologique, mi-rejet personnel puisque le résultat n’a pas été arithmétiquement celui qui était normal (Delanoë + Aubry auraient dû faire plus que Royal). Détail intéressant, le rejet portait plus sur la personne de Laurent Fabius que sur celle de Martine Aubry. Coup de billard à deux bandes…
A l’issue du 1er tour, le troisième (Benoit Hamon) a à nouveau appelé à voter Aubry. Si l’arithmétique avait été en phase avec la volonté initiale des votants, près de trois quart du PS aurait dû voter pour Aubry et un quart pour Royal. A l’arrivée, le résultat est celui que l’on connait : très courte victoire de Martine Aubry. Finalement ce qui est étonnant, ce n’est pas qu’elle ait gagné, mais qu’elle ait peu d’avance. S’il devait y avoir suspicion de manipulation des votes, manifestement c’est bien au détriment de Martine Aubry qu’il faudrait chercher.

Alors qu’est-ce qui perturbe la logique arithmétique au PS ? Un certain nombre d’éléments peuvent être relevés :

  • une logique de personne (j’aime, je n’aime pas) au détriment de la logique politique (j’adhère, je n’adhère pas)
  • le poids des responsables fédéraux capables d’imposer une tendance aux votes de leur fédération (c’est dans cette optique qu’il faut interpréter le soutien appuyé à des personnages aussi peu recommandables que Georges Frêche)
  • le poids d’une partie du PS qui vote d’abord pour ce qui “renforce” le parti indépendamment d’une orientation idéologique (le vote des ces “légitimistes” se porte sur le vainqueur probable, qui vendredi soir étant Royal alors qu’à l’étape des motions, c’était Delanoë ; deux fois faux pour eux)
  • au sein du PS, la faible visibilité idéologique de la refondation en cours : le dialogue entre courants est lent et difficile depuis qu’il est parasité par les problèmes de personnes (la volonté de certains de présidentialiser le parti).

Donc, si le résultat peut paraitre étonnant à quelques uns, c’est parce qu’il va à contre-courant des habitudes électorales du PS et qu’il va dans le même sens que la pure logique arithmétique indiquait. Derrière l’hystérie pointe donc la raison, bonne nouvelle !

Dont-on revoter ? Question gag. On voit bien que si Royal veut un nouveau vote c’est parce que quoi qu’il se passe, elle veut être élue, premier secrétaire d’abord puis investie pour la présidentielle. On dirait du Sarkozy dans le texte : les irlandais ont dit non à l’Europe, qu’ils revotent ! Même s’il n’y avait eu qu’une voix de plus pour élire Aubry, le vote doit être respecté ou alors on passe dans un autre régime, celui du monde du totalitarisme qui s’impose par la force. Ce qui m’amène à une autre réflexion que je voulais garder pour l’après vote. Lionel Jospin a fait une allusion à une période peu réjouissante de l’histoire contemporaine, décrivant le climat délétère et ostracisque de l’époque pré-nazi. Quelle mouche l’avait-elle piqué ? En fait, Jospin a brisé là un tabou qui interdisait de parler ouvertement (presque) de certaines déclarations ou pratiques royalistes. Oui il existe au sein de Désir D’avenir un groupuscule qui a des pratiques de manipulation ou d’intimidation qui laissent un étrange sentiment, un malaise, des pratiques qui n’ont rien à voir avec un débat politique normal. Il appartient maintenant à ceux qui militent pour des idées dans le courant royaliste de faire le ménage chez eux et à revenir à des pratiques moins centrées sur la personnalisation, le marketting et l’effet d’annonce.

Le PS a donc maintenant un premier secrétaire, une femme qui plus est ce qui montre bien que nous sommes en train de tourner la page où les hommes occupaient tout l’espace. Une première ligne a donc bougé avec cette élection, merci Martine ! Mais le PS n’a pas pour autant une majorité politique qui lui permette de renvoyer le gouvernement Sarkozy au néant d’où il n’aurait jamais dû sortir, ni de créer les condition de la refondation. Le seul mandat viable pour la nouvelle direction est la rénovation du fonctionnement du PS, ce qui est déjà en soit un défi ! Du coup, la légitimité de la refondation politique ne viendra que de la base pour être ensuite portée par les cadres du parti. C’était la démarche de la contribution Besoin de Gauche, c’était la démarche du manifeste de socialisme & démocratie qui a largement nourri notre nouvelle déclaration de principes.

C’est donc la bonne démarche, à nous militants d’être maintenant source de propositions

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Submitted in: Congrès 2008, politique |