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Justice : affaires, manipulations et principes

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Les affaires judiciaires passées (DSK), présentes (Sarkozy) ou à venir (Guérini, Lagarde, ?) peuvent être (et ont déjà été) traitées de différentes façons. Il y a d’abord la façon cynique et opportuniste de ceux qui y voient un moyen d’éliminer un adversaire sur l’air

chouette, il y a un truc, on va l’exploiter
en disant tout et surtout n’importe quoi
du moment que cela laisse penser à la culpabilité du concerné

le refrain étant :

calomnions, calomnions,
il ou elle y laissera bien son caleçon !

Je laisse aux artistes le soin de mettre cela en musique….

Autant dire que je ne goûte pas vraiment cette approche de la justice, à peine digne du café du commerce, et assurément indigne d’un combat politique, au moins au sens où je l’entends.

Ces affaires sont perturbantes lorsqu’elles sont révélées, en particulier parce qu’il est difficile d’en connaître le fond et la véracité initialement, et qu’en qualité de politique, le citoyen se retourne vers vous, attendant à la fois une information leur permettant de savoir ce qu’il en est (information que vous avez peu de chance d’avoir) et aussi l’attitude à tenir. La réponse est d’autant plus compliquée à donner que, comme on l’a vu dans l’affaire DSK, internet a supplanté en nombre, en rapidité et en audience les médias classiques, médias qui n’ont pas que des qualités mais qui ont, au moins pour les plus sérieux, des règles éditoriales qui empêchent de publier n’importe quelle imbécilité. Or une fois la machine à dire n’importe quoi enclenchée, alimentée qui plus par la chanson des cyniques, ces médias en sont réduits au mieux à suivre, au pire à en rajouter. Bien courageux ceux qui cherchent la vérité, qui s’en tiennent aux principes de la justice, qu’ils se préparent à être lynchés…

Instruit par l’expérience, je maintiens pourtant ma position de principe en matière de mise en cause d’une personnalité politique :

  1. ne pas rendre de verdict, l’accusé n’est ni (présumé) coupable ou (présumé) innocent, il est accusé, point barre.
  2. fonder son opinion sur des faits avérés, faire confiance à l’enquête pour cela, même si elle nécessite du temps.
  3. si les éléments retenus par la justice sont suffisants pour effectivement passer d’une enquête préalable à une procédure judiciaire plus lourde, la personnalité politique doit démissionner, ce qui ne doit pas valoir preuve de culpabilité, mais au contraire dénote le niveau de responsabilité vis-à-vis du mandat de l’intéressé
  4. comprendre que les moyens modernes de communication impliquent une évolution des procédures policières et judiciaires. Même si nous ne sommes plus vraiment sous le code Napoléon, les textes apparaissent en fort déphasage avec la réalité d’aujourd’hui.

L’affaire DSK a aussi démontré un certain nombre de choses dont il faut tirer les conséquences :

  1. d’abord l’inanité des jurys populaires pour tous les types de jugement ; juger est un acte complexe, qui demande une formation et induit une responsabilité potentiellement écrasante. Sans ce cadre pédagogique préalable, les jurys populaires ont de fortes chances de se transformer en justice très aléatoires et arbitraires. La gauche a bien raison de combattre les idées sarkozystes sur ce sujet.
  2. le fonctionnement de la justice américaine montre également les contraintes liées à des agents élus, soumis à l’intérêt de leur propre réélection.
  3. l’intérêt d’associer les citoyens à l’enquête et à la diffusion de l’information vérifiée. Là, c’est une découverte que j’ai pu faire à travers les divers groupes internet auxquels j’ai participés pendant l’affaire DSK. Malgré quelques difficultés ponctuelles, les meilleures sources d’information, les éléments vérifiables, ont été obtenus et diffusés à travers ces groupes qui se sont spontanément constitués. Autant certains médias ont été lamentables, autant l’information de ces groupes internet a été de qualité.

Je pense, et je souhaite, qu’une réflexion s’ouvre sur ces éléments : les outils de la justice doivent s’ouvrir à de nouvelles approches.

Dernier élément qui est introduit par la récente (re)mise en accusation de Nicolas Sarkozy pour une suspicion de financement illégal de sa campagne. Mon propos n’est pas de traiter du fond de l’affaire, parce que je ne veux pas rendre de verdict, parce que le seul fait avéré est qu’une magistrate a porté une accusation, parce que la justice n’est pas (encore) saisie. Non, mon propos est de considérer ce cas particulier parce qu’unique : l’argument actuel de l’UMP pour répondre à ces accusations est de dire « portez plainte, on verra ensuite », ce qui a priori rejoint ce que je viens de dire. Or c’est très hypocrite car le président de la République ne dépend pas du droit commun : quelqu’un peut bien porter plainte, cela ne changera rien, tôt ou tard l’enquête sera bloquée à cause de son immunité, sans oublié que le parquet n’est pas indépendant du pouvoir politique. Je comprends tout à fait que la fonction présidentielle doive être protégée de n’importe quelle manipulation, l’affaire DSK a été édifiante là-dessus. Mais cela doit aussi signifier que le président doit être justiciable dans des temps compatibles avec un bon rendu de la justice. Là aussi, un autre cas est édifiant, celui de Jacques Chirac ; même s’il devait être condamné, quel sens cela aurait-il aujourd’hui ? Je pense qu’il est nécessaire de protéger la fonction par une procédure plus stricte, par des peines particulièrement lourdes en cas de manipulation ou de diffamation, mais on doit, hors cas spécifiques à spécifier, rentrer dans une procédure judiciaire la plus commune possible.

J’espère que ces quelques éléments permettront une réflexion non partisane sur ce que doit être une justice adaptée à notre temps.

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