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La question du nucléaire

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La déclaration d’Arnaud Montebourg à BFM TV me permet de revenir une fois encore sur la question nucléaire et d’exprimer un point de vue certes personnel mais que je sais assez largement partagé.

J’avais regretté pendant la présidentielle des points peu clairs, le temps du gouvernement semble nous obliger à entrer dans un processus plus ouvert et surtout plus affirmé quant à nos choix.

 Les trois nucléaires

Tout d’abord, il n’y  pas une question nucléaire, mais trois : le nucléaire militaire, le nucléaire médical et le nucléaire énergétique.

Concernant le nucléaire militaire, la position affirmée par le président Hollande est claire : nous maintiendrons notre puissance de dissuasion. Ce n’est pas que cela nous enchante, mais cela s’est objectivement montré efficace pour maintenir la paix en Europe depuis 60 ans et c’est un élément de rayonnement de notre pays.

Concernant le nucléaire médical, il est là aussi hors de question de se passer de moyens d’analyse et thérapeutiques efficaces. L’intérêt des hommes et des femmes à soigner prime sur les problèmes créés par les déchets.

Reste donc le nucléaire énergétique. Nous savons quel est le risque industriel induit par cette technologie. Nous savons que la gestion des déchets sur le très long terme est difficile et ne peut être absolument garantie. Nous savons également qu’économiquement, même si cette technologie n’est pas la pire, son intérêt est moins idyllique que ce qui a pu être longtemps vanté.

Gérer rationnellement le risque

Nous savons que l’opposition au nucléaire comporte des aspects totalement irrationnels voire pervers dans ses conclusions. On se souviendra de Fukushima pour le comprendre.

Cet accident qui illustre le pire de ce qui peut arriver à une centrale, a abouti à la fermeture de toutes les centrales nucléaires nippones et a accéléré la fin du programme nucléaire de certains pays. Des milliards ont été et vont être encore dépensés pour supprimer ce risque industriel et payer le surcoût de production. Était-ce rationnellement et objectivement la bonne solution ?

Le tsunami qui a provoqué l’accident de Fukushima a fait environ 20.000 morts, c’est une catastrophe naturelle qui peut se reproduire demain, et dont on peut en grande partie se préserver avec un urbanisme côtier plus adapté que ce qu’il n’était (les japonnais avaient pourtant fait beaucoup d’efforts).

Parallèlement, l’accident nucléaire de Fukushima a lui fait quelques victimes dont très peu ont une relation directe avec une irradiation.

Même pour un pays aussi riche que le Japon, l’argent qui sera mis dans la dénucléarisation hâtive du pays ne le sera pas dans la protection civile contre un futur tsunami. Pire que cela, nombre d’énergies alternatives au nucléaire dégradant fortement le bilan carbone, on peut supposer sans trop se tromper que la phobie nucléaire contribue à l’échec de la maîtrise de l’effet de serre, ce qui induira d’autres catastrophes, climatiques cette fois, et donc d’autres morts.

L’abandon hâtif du nucléaire retarde également la sortie de l’ère du pétrole, ce que nous payons chaque jour en prenant notre voiture ou un bus.

Alors oui il faut mieux gérer le risque nucléaire, oui on peut envisager de sortir du nucléaire, mais pas n’importe comment !

Pour une politique nucléaire claire

Il y a bien longtemps déjà, j’avais co-écrit un texte qui me semble toujours d’actualité. Aujourd’hui, on peut envisager de tracer une ligne politique simple et claire sur le sujet :

  1. la politique énergétique doit répondre aux besoins de la société, cette politique est faite de production autant que d’optimisation
  2. la politique énergétique doit assurer la pérennité de notre société et des écosystèmes dans lesquels nous nous développons
  3. la production d’énergie à partir de la fission nucléaire est une solution importante, qui permet la concentration et l’optimisation industrielle, mais qui pose de réels problèmes de sécurité
  4. la fission nucléaire n’est pas une technologie d’avenir, à la fois à cause des problèmes induits et de la consommation de ressources non renouvelables. En conséquence, réfléchir à son arrêt progressif est légitime et rationnel, mais cela doit se faire de façon optimale, en commençant par les centrales les plus problématiques et en les remplaçant soit par des centrales nucléaires plus puissantes et plus sûres, soit par des centrales à énergie à moindre impact sur les écosystèmes.
  5. la sortie de la filière à fission ne doit pas remettre en cause la recherche sur la production d’énergie par la fusion nucléaire, au contraire cette dernière étant le moyen le plus puissant pour produire de l’énergie à moyen terme. En ce sens, l’énergie nucléaire (la fusion) est une solution d’avenir.
  6. Notre politique énergétique doit tendre à fournir à notre société une énergie abondante, la moins coûteuse possible, avec une production la plus sûre possible, avec une pression sur les écosystèmes la moins forte possible.

C’est cette dernière équation que la politique gouvernementale doit à mon sens résoudre, par la concertation et l’explication des faits, par le combat contre l’irrationalité, par le courage des choix et la clarté des propos.

3 thoughts on “La question du nucléaire

  1. Et ce petit lien aussi …
    http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20120822.OBS0162/enquete-fukushima-et-si-le-pire-etait-a-venir.html

    Je ne suis pour ma part pas persuadé que la fusion soit une solution d’avenir … du moins dans un avenir appartenant à ce siècle.
    Le défit climatique (pour ne parler que de celui-là) qui nous fait face appartient lui bien au XXIème siècle. La fusion fait aujourd’hui surtout fondre des crédits qui devraient plutot être investis sur des sujets plus court terme comme les énergies renouvelables ou la sobrièté énergétique (isolation & Co).
    Une fois que nous auront fait ce basculement, pas sur que grand monde souhaitent revenir aux vieux modèles avec leurs déchets à plusieurs siècles … car, même dans le cas de la fusion, il y aura probablement encore des déchets radioactifs résiduels.

    Bon, c’est un vaste débat … commençons par baisser à 50%, après on verra !

  2. La fusion nucléaire ne génère pas de déchets radioactifs sur le le long terme et le premier réacteur significatif ITER sera opérationnel vers 2020 ( http://www.iter.org/fr/accueil ). On peut raisonnablement supposer que 10 ans de plus seront nécessaires pour passer à un modèle industriel fiable.

    Quant aux énergies renouvelables, bien sûr qu’il faut y aller à fond, mais le rôle de l’état est moins décisif sur l’éolien et le solaire puisque c’est déjà une réalité industrielle très compétitive. Ce que peut par contre faire l’État, c’est structurer ces filières avant que le morcellement actuel n’aboutisse à ce que les chinois nous bouffent tout cru. Il ne s’agit donc pas d’un enjeu de R&D, mais de stratégie industrielle.

    Si ces énergies se développent vite & fort, alors pourquoi la fusion ? Parce que l’ordre de grandeur de la production d’énergie par la fusion nucléaire n’a rien à voir avec ce que peuvent faire l’éolien, l’hydrolien et le solaire réunis. Or, et c’est le choix politique que je fais, « notre politique énergétique doit tendre à fournir à notre société une énergie abondante, la moins coûteuse possible, avec une production la plus sûre possible, avec une pression sur les écosystèmes la moins forte possible ».

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