(Des)Accord EELV – PS : chronique d’une injonction paradoxale

S’il y a bien une chose avec laquelle je suis en profond accord avec Eva Joly, c’est qu’il ne faut pas biaiser avec ses convictions. Or depuis que le fuameux accord a été biffé signé, nous allons de revirements en découvertes qui ne font que confirmer le constat initial : entre EELV et le PS il y a un point de convergence, à savoir que Nicolas Sarkozy dégage, et une série de points de divergence qui ne permettent pas de mener un programme politique commun. Ce dernier point ayant été clairement acté puisque quoi qu’il arrive, EELV ne participera pas à un gouvernement avec le PS.

Dans cette chronique d’une injonction paradoxale, j’en suis à mon quatrième article, chacun d’eux se rapprochant un peu plus de l’évidence que l’accord ne peut pas tenir in fine. Initialement, mon premier post portait sur le message d’incohérence et d’irrespect envoyé aux électeurs de ma circonscription.  Mais il est très vite apparu que cette situation locale ne pouvait que mal finir nationalement, avant de découvrir grâce à Marianne les dessous financiers peu glorieux qui avaient dicté la position de Cécile Duflot.

Il ne nous restait donc plus qu’à connaître la position d’Eva Joly qui nous l’avait joué tragédie grecque à la manière d’Achille boudant dans sa tente puisque qu’Agamemnon François Hollande portait une trop grande attention à Briseis Brennilis. Nous n’avons donc pas été déçu hier lorsque l’austère Eva nous a expliqué qu’elle ne renoncerait pas à sa position sur le nucléaire, et tant pis si cette position n’est pas celle du PS ni celle d’EELV, et tant pis si cette position heurte de plein fouet les intérêts financiers d’EELV et les postes de députés promis entre autre à Cécile Duflot.

Histoire de bien appuyer sa sentence, madame le juge s’en fendue d’un compliment à l’encontre des militants socialistes : nous serions fabriqués avec «du bois dont on fait les marionnettes». Alors madame le juge, et désolé si je prends cette vacherie à mon compte, j’ai beau être un plouc au bout du bout de la France, j’apprécie d’autant moins ce dérapage verbal qu’il est pour ce qui me concerne totalement faux puisque depuis le début j’ai fait une analyse sur cet accord, que je n’ai pas varié d’un iota, et qu’en plus cette analyse s’est révélée absolument exacte. Par ailleurs cette déclaration est particulièrement hypocrite car Eva Joly renvoie la responsabilité de ce non-accord au PS alors qu’à l’évidence nous nous sommes plutôt fait avoir et que nos positions sur le nucléaire et la façon de le réduire pour pouvoir en sortir un jour n’ont pas varié (lisez ce texte de 2007 sur le sujet par exemple ou encore ce post d’il y a quelques semaines, vous y trouverez déjà en germe notre position actuelle !).

Je l’ai écrit et je le récrit, la signature d’un accord sur nos désaccords relève de l’injonction paradoxale qui n’a habituellement que deux fins possibles : la schizophrénie et/ou le mur. Eva Joly en niant publiquement la responsabilité d’EELV, en réaffirmant des convictions qui ne peuvent  être satisfaites par cet accord et en rejetant l’incohérence de l’accord sur le PS a pris la voie de la schizophrénie.

Pour ma part, je réaffirme ma position initiale. Cet accord n’a pas de sens. Cet accord doit être remplacé par une solution plus raisonnable, à savoir qu’on ne présente pas aux législatives de candidats PS dans une circonscription où un candidat EELV est sortant, que l’on se met d’accord sur le soutien de nouveaux candidats EELV là où ils auraient une chance raisonnable de gagner et là où aucun candidat PS n’a de légitimité particulière, que si le cas se présente, le candidat arrivé second au 1er tour se désiste pour celui arrivé en tête et que l’on prend une position claire et ferme de soutien au deuxième tour. Sans oublier d’appeler à voter avec force pour François Hollande au 2ème tour de la présidentielle !

Nous avons des opinions divergentes sur un certain nombre de points, ce qui en soit n’est pas grave. Proposons nos programmes aux électeurs qui trancheront, et surtout n’essayons pas de leur faire avaler une mauvaise soupe basée sur des faux semblants. Ce psychodrame doit finir. Nous pouvons en sortir par le haut car après tout je ne suis pas le seul a avoir affirmé et défendu une position claire et lucide au PS. Les Français sont à la recherche de partis et de candidats courageux et honnêtes. On peut parfois hésiter, se tromper, mais à un moment il faut rectifier le tir.

Le parti socialiste, les verts, l’écologie et le nucléaire

La vidéo de l’intervention de François Hollande à France 2 nous montre une fois de plus un candidat tout à la fois pugnace et responsable, alerte et précis dans ses réponses.

Voilà qui est fort loin de l’image donnée par Nicolas Sarkozy au G20, un Sarkozy éteint, hésitant et presque hagard. Cette piètre prestation est peut-être la raison pour laquelle l’annonce du deuxième plan de rigueur UMP en trois mois a été faite par François Fillon et non Nicolas Sarkozy alors que ce dernier se précipite d’habitude à la tribune dès que l’occasion se présente, y compris lorsqu’il s’agit  d’un chien écrasé. Nico-fait-tout considérerait-il le pilotage d’une crise équivalente à celle de 1929 comme un point très secondaire ?

Mais le propos de mon post du jour n’a pas de rapport avec le gouvernement sarko-fillon : je souhaite en effet revenir sur la séquence de François Hollande à propos du nucléaire (à 7’40s de cette vidéo) :

Les écologistes ont une position claire et appuyée sur le nucléaire : ils veulent en sortir immédiatement (ou plus exactement à marche forcée en 25 ans), coûte que coûte. C’est leur droit le plus strict, comme c’est leur droit de défendre cette position devant les Français.

Le PS, et ici François Hollande, a également une position claire que nous voulons nous aussi appuyer et défendre devant les Français. Nous savons parfaitement quels sont les problèmes posés par le nucléaire et c’est pourquoi nous voulons en sortir. Mais pas à n’importe quel prix, pas n’importe comment. Contrairement aux écologistes, nous prenons en considération à la fois les écosystèmes et les sociétés humaines. Contrairement aux écologistes nous ne considérons pas les sociétés humaines comme un élément second qui passe après dame nature. C’est là notre immense différence. Alors oui sur ce sujet, nous prenons résolument le chemin de la sortie du nucléaire, mais sur l’exemple précis de l’EPR de Flamanville, nous prenons aussi en considération les investissements déjà faits, les besoins plus que criants en matière d’électricité, et ceci au  même titre que les risques induits par cette technologie. Je préfère donc me battre pour fermer les centrales les plus vieilles dès l’ouverture de Flamanville, que de me battre pour ne pas finir de construire cette centrale. Parce que c’est l’intérêt des citoyens Français qui nous demandent de trouver le meilleur compromis entre leurs besoins en électricité et les risques industriels.

Que cela soit clair et que les écologistes le comprennent : le PS a désormais une pensée autonome en matière d’écologie. Cette pensée est du point de vue des buts à atteindre, tout à fait compatible avec celle d’EELV, mais en matière d’outil pour atteindre ces buts, nous différons d’eux. Les sociaux-démocrates ont plus l’habitude de la négociation et du compromis que les écologistes, et il me semble pour cela bon de se montrer patients et compréhensifs même lorsque certains militants d’EELV s’enflamment sur ce sujet. Ceci dit le compromis n’est pas la compromission, et une alliance électorale doit se faire sur des bases saines, idéologiquement et électoralement.

Nous allons retourner devant les électeurs pour gagner la présidentielle et la législative. Nous irons donc avec un programme auquel nous croyons, et un programme compréhensible et acceptable. J’habite une circonscription en bout de ligne ERDF, dans une région déficitaire en énergie. Je me vois mal faire une campagne en expliquant aux électeurs que l’on va développer une politique industrielle énergétique qui sera plus coûteuse pour moins d’énergie produite. Une politique qui empêchera le développement de la voiture électrique, une politique qui mènera à des coupures du réseau. Non, je veux leur dire que je souhaite sortir du nucléaire, que cela prendra le temps qu’il faut, et qu’en attendant nous développerons et implanterons toutes les solutions les plus sures et les plus performantes pour qu’ils puissent continuer à avoir du courant à moindre coût (voire dès que ce sera possible, que la partie minimale d’électricité vitale pour chaque foyer soit accessible gratuitement).

Voilà le programme que je défendrai, avec les écologistes je l’espère, en tous cas avec tous ceux qui veulent concilier les impératifs collectifs des citoyens et les contraintes des écosystèmes.

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Quelques références :

Nucléaire, éolien et gaz, le défi énergétique : illustration en Iroise (Bretagne)

Dans mon texte des défis, j’avais mis en avant quatre obstacles majeurs à traiter pour les politiques d’avenir de la France  :

  • la rupture climatique et ses conséquences écologiques (dont j’ai traité un aspect concret avec mon post sur les algues vertes en Bretagne)
  • la bascule démographique
  • la dématérialisation numérique de nos sociétés(c) creative commons : Otourly
  • et enfin la rupture énergétique.

C’est une illustration concrète de ce dernier point que je voudrais aborder dans cet article, en prenant pour illustration l’Iroise (où j’habite). Pour ceux qui localisent mal ce pays breton, c’est le bout de la pointe nord du trident Breton (là où se trouve d’ailleurs la pointe la plus à l’ouest de la France continentale, qui n’est pas la pointe du Raz comme on le croit trop souvent, mais le cap Corsen).

La Bretagne dans son ensemble et l’Iroise en particulier, illustrent très bien les ambiguïtés et incohérences des choix énergétiques Français.

De part sa situation géographique, l’Iroise, comme la Bretagne, est déficitaire en énergie et sa situation en bout de ligne fragilise la distribution, à tel point qu’il n’est pas exceptionnel d’avoir une ou deux coupures de courant dans l’année. Et à chaque pointe de consommation réapparaît le spectre de la coupure de délestage. Comme les prévisions de consommation sont plutôt largement à la hausse (imaginez ce qui se passera lorsque chacun rentrant chez lui entre 18h et 19h avec sa voiture tout électrique et la branchera pour la recharger…), la question de construire des générateurs se posent avec force.

On le sait, l’énergie en France est d’abord nucléaire. La Bretagne a deux singularités concernant ce mode de production : Brennilis et Plogoff. Brennilis nous instruit sur la difficulté à démanteler une centrale nucléaire (le nucléaire ne pose que deux petits problèmes : on ne sait pas quoi faire lorsque cela explose, pas plus qu’on ne sait gérer correctement les déchets). Quant à Plogoff, cela montre le rejet et la peur, plus ou moins rationnels, que représente culturellement le nucléaire.

Pour les sociaux-démocrates, le nucléaire est tout à la fois la seule solution actuelle pour produire à grande échelle l’énergie qui nous est indispensable, et une solution technologique dont il est souhaitable de sortir, mais selon une démarche rationnelle qui prend en compte aussi bien les aspects de sécurité, économique, et sociaux. Fermer les centrales sans rien proposer qui soit au minimum équivalent est une tartufferie, continuer sur le tout nucléaire inacceptable. La démarche proposée est que pour chaque centrale que l’on serait amené à construire parce que c’est nécessaire, on en ferme au moins autant en fermant les plus dangereuses (Chinon, Fessenheim par exemple au démarrage de Flamanville), et que l’énergie supplémentaire manquante soit produite par des moyens complémentaires (éolien, hydrolien, …). Ouvrons à chaque étape une négociation : ce dont on a besoin et ce qui peut permettre de répondre à ces besoins. Ce processus aboutira plus ou moins rapidement à la disparition complète du nucléaire en fonction des meilleures solutions à une époque donnée et des efforts communs que chacun consentira à faire.

La notion d’effort commun n’est pas un vain mot et c’est peut-être la principale difficulté. En matière d’énergie, chacun est prompt à exiger de consommer sans restriction, et tout aussi prompt à refuser de produire près de chez lui de quelque façon que ce soit. On pourrait croire que la production d’énergie par éolienne est plébiscité dans une région qui a refusé avec tant de fougue le nucléaire. Hélas, le champ d’éoliennes que j’aperçois de ma fenêtre rencontre son lot d’opposants, avec des arguments qui tiennent parfois plus du fantasme que d’autre chose. Si les éoliennes dans les champs posent problèmes, alors construisons-les en mer. Mais là aussi, des collectifs contestent immédiatement les projets d’implantation. Soit, construisons alors une centrale classique au gaz. Patatras, un nouveau comité anti-centrale au gaz se met en place.

Non à une Centrale Gaz/Fuel à Guipavas

Reste donc les efforts d’économie et de production domestique. Hélas, si on peut espérer à terme équilibrer les besoins des foyers, cela n’est absolument pas suffisant pour les entreprises, même lorsque la plupart sont des TPE/PME comme en Iroise. Que dire alors des bassins industriels lourds ?
On sait produire toute l’énergie nécessaire, on sait même en produire une bonne partie d’une façon qui respecte les écosystèmes. Mais quel que soit le mode de production, l’obstacle principal est l’acceptation locale. Nous sommes dans un système où le citoyen se sent systématiquement agressé lorsqu’il s’agit de construire une centrale. Or on peut facilement deviner que cette opposition n’est pas forcément rationnellement fondée, et qu’il est possible que cette opposition soit plus le résultat d’une approche qui donne le sentiment que l’on imposera une solution coûte que coûte, fruit d’une erreur de méthode, fruit d’une incompréhension, peut-être aussi d’une administration d’État qui apparaît trop arrogante.

Je n’approuve pas cette opposition systématique, pas plus que je n’approuve les passages en force. Face à un problème objectif d’une consommation électrique qui n’est pas satisfaite par une production suffisante, il me semble possible de trouver des solutions sans déclencher à chaque fois une guerre picrocholine.

En 2006 le courant social-démocrate était en avance d’une élection sur la vieille idéologie PS, il l’est toujours

Martine Aubry s’est déclarée ouverte à l’idée d’une politique qui tracerait une voie de sortie du nucléaire. Grande nouveauté au PS ? Retournement spectaculaire ? En fait non. Si en 2006, François Hollande alors 1er secrétaire avait bien voulu ouvrir les portes et fenêtres des idées, sans doute ce débat aurait-il eu lieu à l’époque sous l’impulsion des sociaux démocrates.

Voici quelques textes publiés à l’époque.

DANS LE LIVRE « 365 JOURS » (éditions Grasset & Fasquelle, 2006)

PAGES 218-219 (propositions lors des vœux à la presse en janvier 2006)

Axe n° 3 : Le développement durable

« Proposition 8 : Réussir le pari du postnucléaire.

Nous assistons actuellement à un accroissement de la dépendance énergétique. On l’a vu récemment avec la crise du gaz entre la Russie et l’Ukraine ou l’augmentation du prix du pétrole. Nous connaissons les difficultés du nucléaire dans un pays comme le nôtre. Pour y répondre, il faut consacrer un effort de recherche massif aux questions de l’énergie propre. La France a fait dans les années 1950 le pari du nucléaire et elle l’a réussi. Elle doit aujourd’hui faire le pari du postnucléaire et le réussir. »

PAGES 270-272 Mardi 13 septembre

« En Haute-Marne et dans la Meuse, référendum local sur la question des déchets nucléaires. Situé aux confins de la Haute-Marne et de la Meuse, le site de Bure doit accueillir un centre d’enfouissement des déchets nucléaires.

La presse nous apprend aujourd’hui que les riverains demandent un référendum local à ce sujet. Nous sommes là au croisement de plusieurs sujets de société très actuels, au premier rang desquels la demande croissante de « participation ». Avec l’élévation du niveau d’éducation et d’information et les possibilités de débat offertes par l’Internet, les citoyens se forgent de plus en plus leur propre avis sur les sujets qui les préoccupent ou qui touchent leur cadre de vie. Ils veulent prendre une part directe aux décisions. Notre système démocratique ne peut manifestement plus fonctionner sur le seul principe de la délégation.

La pratique du référendum local n’est pas forcément la bonne manière de répondre à cette attente légitime, car la question est trop souvent biaisée. Dans l’exemple de Bure, il me paraît clair que personne – même parmi ceux qui approuvent globalement le choix nucléaire de la France – ne dira qu’il veut accueillir des déchets radioactifs près de chez lui, si on lui pose la question sous cette forme ! Le conflit national entre intérêt individuel et intérêt général ne peut néanmoins plus être tranché par les seuls élus. Les Français ne l’entendent plus ainsi : nous devons introduire de nouveaux instruments de consultation pour permettre la nécessaire « appropriation citoyenne » des grands sujets de société.

Le nucléaire fait typiquement partie de ces domaines où les choix semblent parfois imposés par des instances scientifiques et industrielles situées hors d’un contrôle démocratique visible par les citoyens. En ce qui concerne par exemple les déchets radioactifs le Parlement a voté en 1991 une loi – la « loi Bataille », du nom d’un de mes collègues socialistes qui en était le rapporteur. Cette loi prévoyait une longue phase d’étude permettant à la fois d’analyser les conséquences de leur enfouissement en couches profondes et d’explorer d’autres techniques de traitement des déchets. Il n’est pas sûr que ce protocole ait été parfaitement respecté. Le Parlement doit en principe se prononcer l’an prochain : il faut s’attendre à un joli débat.

L’autre question soulevée par cette affaire est bien évidemment celle de notre politique énergétique. Je suis convaincu que le choix du nucléaire a été bénéfique pour la France. Il a permis de réduire notre dépendance énergétique. Il serait parfaitement absurde de le remettre en cause du jour au lendemain. Mais je suis conscient de ce que le nucléaire ne résout pas à long terme le problème de l’accès aux ressources. Et, surtout, qu’il pose le problème épineux des déchets. Le projet Iter, qui démarre à Cadarache, permettra d’expérimenter l’utilisation d’un composé plus abondant et beaucoup moins nocif : l’hydrogène.

Mais je crois que nous devrons concentrer nos efforts des prochaines décennies sur l’ensemble des énergies propres et renouvelables. La France a réussi dans le domaine du nucléaire dès les années 1950. Elle devra réussir de la même manière dans les énergies nouvelles. Or nous sommes très en retard dans ce domaine. Je ne prendrai qu’un exemple : celui des piles à combustible qui, demain, alimenteront les moteurs électriques de nos voitures et de nos camions. C’est un enjeu décisif puisque les transports terrestres sont une des principales sources de pollution.

Que constate-t-on ? Que Toyota a pris une avance considérable avec ses voitures hybrides. Que les autres constructeurs japonais suivent. Que Peugeot continue à produire des voitures diesel. Que Renault a renvoyé le problème à Nissan ! C’est là que la détermination publique fait défaut. En France, dans ces domaines, il faut une incitation de l’Etat. »

PAGES 274-275 Vendredi 7 octobre

« Je participe à Dunkerque à un colloque sur la politique industrielle organisé en commun par Dominique Voynet et Michel Delebarre. Je veux convaincre, notamment les Verts, que l’on peut mener une politique industrielle respectueuse de l’environnement. Je veux aussi saisir l’occasion de montrer que je ne suis pas, comme certains l’imaginent parfois, un affreux « nucléocrate ».

Je ne suis évidemment pas devenu un croisé de l’antinucléaire. Je persiste à penser que la France a fait un bon choix dans les années 1950 et qu’elle continue d’en percevoir les dividendes. Je suis aussi convaincu que l’électricité d’origine nucléaire nous sera nécessaire longtemps encore. Pour beaucoup de militants Verts, cela suffirait à justifier mon excommunication. Je crois pourtant avec la même force que nous devons tout faire pour raccourcir la période pendant laquelle les réacteurs nucléaires que nous possédons nous seront encore indispensables en investissant massivement dans la recherche et le développement des énergies propres comme dans les économies d’énergie.

Dominique Voynet sait tout cela. Et c’est même pour cela qu’elle m’a invité à venir aujourd’hui. […] »

DANS UNE INTERVIEW A LIBERATION (2006)

« Le monopole privé est la pire des situations », itw au journal Libération du 7 septembre 2006 sur le projet de fusion GDF-Suez.

http://www.liberation.fr/evenement/010159722-le-monopole-prive-est-la-pire-des-situations

Et le nucléaire ?

« Il n’y a aucune raison pour que le sujet soit tabou. Nous avons un avantage en matière nucléaire que nous avons intérêt à maintenir. Sur ce sujet, je ne suis pas pour la politique de l’autruche, consistant à jouer à cache-cache avec les Verts. Il faut aller beaucoup plus loin dans la transparence, notamment sur la question lancinante des déchets et de la sécurité. »

Pourquoi la politique énergétique ne constitue-t-elle pas un sujet majeur du projet socialiste ?

« Je veux présenter aux socialistes d’abord, au pays ensuite, les grands problèmes que le président sera amené à traiter. Il y a des problèmes malheureusement traditionnels : l’emploi, le pouvoir d’achat, la solidarité. Mais il y a aussi de grands problèmes internationaux, parmi lesquels, les questions liées à l’après pétrole : l’épuisement de la ressource, son prix, ses conséquences environnementales, ainsi que ses conséquences géopolitiques notamment l’instabilité que crée la dépendance en hydrocarbures, et aussi le débat sur le nucléaire et les énergies renouvelables. La préparation de l’après pétrole me parait absolument décisive. Et cela relève du président de la République. »

Enfin, plus modestement vous trouverez d’autres références et un texte sur la place de l’écologie dans le renouveau social-démocrate créé écrit après notre échec de 2006.
En 2006, nous aurions pu être prêts, nous avions ce qu’il fallait pour gagner 2007. Souvenons-nous en pour préparer les mois qui viennent et l’élection de 2007.

Stupeur et tremblements

Quelle terrible début d’année !

Après la révolte des peuples du bassin méditerranéen, la semaine passée a été celle d’un début de renversement contre-révolutionnaire en Libye et surtout, le Japon a connu une série de catastrophes qui laissera longtemps des traces profondes. Voilà qui mérite qu’on s’y arrête pour en tirer un certain nombre de premiers enseignements.

Le Japon d’abord. Plus que nul autre peut-être, le Japon c’est le pays qui se voulait celui du triomphe de la technologie. Même si chacun au fond de lui le sait, dure leçon que celle qui nous rappelle que l’homme est loin, très loin, d’avoir les moyens de résister aux fureurs de la planète. Le pays qui est sans doute le mieux préparé aux tremblements de terre et aux tsunamis n’a pas pu empêcher grand chose cette fois-ci : deux catastrophes naturelles qui s’enchaînent c’est une de trop, et les catastrophes industrielles qui en découlent ne font qu’achever le triste constat.

Les images qui passent en boucle doivent maintenant nous renvoyer à notre propre cas. Même si nous ne sommes pas sur des failles sismiques aussi actives que celles du Japon, la France (métropolitaine ou pas), a elle aussi ses points chauds, est elle-aussi sous la menace d’un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée. Le golfe du lion est par exemple un bon candidat. Par ailleurs, Xynthia nous a montré, à toute petite échelle à côté du Japon, ce que pouvait donner chez nous un raz-de-marée.
Or il me semble évident que notre urbanisme côtier en particulier, est très en dessous d’un niveau de sécurité ne serait-ce que raisonnable vis-à-vis de tels phénomènes, et qu’il est même très probablement condamné face à la montée prévue des niveaux de l’océan suite au réchauffement climatique. J’avais écrit il y a quelques années un texte sur les éléments qui rendaient nécessaire le lancement d’un nouveau programme d’urbanisme, je crois que ce texte trouve une de ses justifications ici.
Après la catastrophe naturelle, sont venues les catastrophes industrielles. D’abord il me semble que l’on se focalise un peu vite sur le nucléaire en oubliant le reste. Les incendies des raffineries et dépôts de carburants auront-ils si peu de conséquences ? Aucune usine chimique n’aurait-elle été détruite ou cela aurait-il été sans conséquence également ? Probablement non, mais il est vrai que notre prisme de lecture est un peu déformé lorsqu’il s’agit de nucléaire. Le débat mérite cependant bien d’être mené et les écologistes s’en sont naturellement emparés rapidement.
La question posée est de savoir s’il faut supprimer ou pas toute production d’électricité nucléaire. Les plus radicaux des écologistes nous répondent oui, avec les images des explosions des centrales nucléaires japonaises à l’appui. Pour ma part, je poserai la question un peu différemment : quelles mesures peut-on mettre en œuvre pour diminuer régulièrement et fortement le risque lié à la production d’énergie (nucléaire ou pas) ?
Les écologistes sont allergiques au nucléaire et en font une question première. Pour ma part, je n’en suis pas fan, mais la question première est la production sécurisée d’énergie. Aujourd’hui, si vous décidez du jour au lendemain de supprimer la production nucléaire (ce qui est possible), il faut que chacun soit prêt à diminuer sa consommation électrique des 3 quarts (concrètement, sur 24h vous coupez votre électricité pendant 18h et vous diminuez drastiquement votre consommation pendant le temps restant). Sans oublier que ce que consomme les ménages est finalement assez faible en regard des besoins industriels. Ne demandez donc pas qui l’acceptera, demandez-vous si vous le ferez et si oui, commencez maintenant.
Faut-il alors considérer (comme au Japon) que nous n’avons raisonnablement pas d’autre choix ? Il se trouve qu’au sein du mouvement social-démocrate, nous avons pas mal réfléchi sur le sujet, et pour ma part, j’avais écrit en coopération avec quelques camarades un texte sur le sujet il y a quelques années. Sur cette question, l’idée de sortir du nucléaire ne nous était pas apparue comme hérétique, mais nous avions tracé un chemin qui était certes long mais raisonnable. L’idée était de dire qu’il fallait diminuer régulièrement le nombre de réacteurs, mais qu’il était possible d’en construire de nouveaux, plus puissants et sûrs remplaçant les anciens. Si on construit 2 réacteurs de nouvelle génération pour remplacer 3 réacteurs d’ancienne génération, on comprend bien qu’à terme, il ne restera que très peu, voire plus de production nucléaire mais que l’objectif premier (produire de l’électricité bon marché pour tous) est conservé.
Couplée à l’idée d’un nouvel urbanisme capable de produire sa propre énergie (entre autre), nous aurions là deux nouveaux outils de grande qualité. Voici donc un sujet tout à fait d’actualité, sujet auquel les sociaux-démocrates ont réfléchi et sont à même d’apporter des propositions intéressantes. Nous avons bel et bien des choses à proposer aux Français pour 2012 !

Deuxième sujet, la Libye. Je serai plus bref. Autant j’approuve la position de Nicolas Sarkozy lorsqu’il met en avant la défense de la révolution Libyenne (pour une fois que je suis d’accord avec lui !), autant je trouve que cela a mal été mené et pour l’heure contre-productif voire préjudiciable. Oui à la défense de la liberté contre l’oppression, oui à l’idée d’aider ce peuple, oui à l’étendard des valeurs universelles défendues par la France, mais non à cette manière irréfléchie qui court-circuite manifestement et la diplomatie française et nos alliés, qui fait dans le déclaratif, accélère les actions militaires du régime dictatorial Libyen et lui laisse le temps de faire sa sinistre besogne. Si l’on est pas capable de montrer rapidement le nez de ses avions, si l’on n’est pas capable de prendre les risques à la hauteur de ses ambitions et de son discours, alors que l’on assume son cynisme et sa lâcheté et que l’on reste au chaud.