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Le lac a commencé à prendre feu

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Juin 2008. La rupture énergétique, que j’ai à de nombreuses reprises évoquées, est clairement arrivée dans sa première phase pathologique avec les symptômes évidents que sont les manifestations maintenant régulières des professionnels dont les coûts d’activité incluent une part pétrolière importante : pêcheur, routiers, taxis, agriculteurs.

Aurions-nous pu éviter cette première crise ? Je le crois, mais il aurait fallu pour cela réagir il y a deux ans lors que le seuil des 75 dollar le baril a été crevé. Il est vrai qu’à l’époque, beaucoup préféraient n’y voir qu’une poussée passagère de fièvre et que l’horizon des 100 dollars n’apparaissait que comme une lointaine possibilité. Par ailleurs, il est possible qu’une erreur d’analyse ait été faite par pas mal de décideurs en raisonnant sur les problèmes de production du pétrole (et du Peak Oil) au lieu de raisonner sur la fin du marché de l’essence consommée. Or aujourd’hui, on constate bel et bien une décorrelation entre le prix du baril payé en dollar et le prix payé à la pompe : en 2000, un baril à 60$ pour un dollar à 1,20€ donnait un litre d’essence à 0,82€, aujourd’hui un baril à 130$ pour un dollar à 0,64€ devrait donner un litre à 0,80€ au lieu des 1,40€ payés. On peut invoquer la spéculation, l’augmentation des bénéfices en prévision de restructuration du secteur pétrolier, mais on peut surtout suspecter une mutation structurelle du marché qui crée une décorrelation entre la matière brute achetée et le produit vendu. Le problème ne se situe pas au niveau du produit, mais bel et bien au niveau du marché de l’énergie lui-même. Erreur, imprévoyance hier, catastrophe aujourd’hui.

Peut-on s’en sortir ? Oui, tout comme il y a deux ans, mais dans l’urgence et la douleur et avec encore moins de droit à l’erreur. Car si à ce jour, aucune solution technique ne peut remplacer le pétrole, il en existe de multiples qui peuvent arriver à réaliser au moins trois objectifs :

  • contenir l’impact de l’augmentation du prix à la pompe
  • nous donner du temps pour mettre au point la technologie qui résoudra nos problèmes
  • mobiliser et redonner une perspective d’avenir positive

Il y a d’abord ce qui marche tout de suite. Le plus simple est tout simplement de compléter le litre d’essence par autre chose. Les bus à aquazole ont été testés, la solution fonctionne même si elle n’offre pas une avancée définitive (on utilise un carburant à 85% de gasoil, et 15% d’eau et de stabilisant, avec une augmentation de consommation de l’ordre de 10%). Dans la même veine des mélanges carburant/eau d’autres système plus « exotiques » comme le sytème pantone semblent eux aussi capables de diminuer la part de pétrole consommée mais ici pour des moteurs plus rustiques.

Viennent ensuite les biocarburants avec une sérieuse restriction : ils sont autant une menace qu’une solution puisqu’ils entrent en concurrence directe avec l’alimentation. Cependant, il semble raisonable d’estimer qu’une part de 5% à 10% de biocarburant dans notre essence réussirait à concilier nos besoins alimentaires et notre contrainte sur le pétrole. Pour arriver à cela, il aurait cependant fallu que nous puissions récolter suffisamment de colza cette année. Imprévoyance toujours.

Plus marginal dans le domaine des transports, il existe un véhicule électrique déjà totalement satifsfaisant aujourd’hui: le deux roues, qu’il soit vélo ou scooter. Pourquoi hésiter ?

On le voit, à court terme, il est possible de diminuer de 5 à 10% nos besoins. Pas suffisant pour tout résoudre, assez, bien assez pour gagner du temps.

En dehors des transports, le remplacement de tous les chauffages au fuel serait simplissime à effectuer, la technologie est prête, rentable et performante : ce sont les pompes à chaleur. Plutôt que de financer une prime à la cuve qui ne fait que prolonger l’agonie (et les bénéfices des pétroliers), finançons totalement le remplacement de ces chauffages !

Deuxième étape, les nouveaux moteurs avec en tête les moteurs hybrides gasoil / électricité. Ils sont annoncés pour 2010. Cette fois, c’est 50% de la consommation des véhicules qui serait la cible. Un pas de géant. Autre espoir, le moteur pneumatique, sans doute réservé dans un premier temps aux véhicules ne nécessitant pas une grande puissance.

Enfin, dernière étape, la fin définive du pétrole. Et bien pas forcément. Si les 2 étapes précédentes étaient franchies, le marché se stabiliserait probablement à un niveau assez bas, permettant de conserver le pétrole là où il est le plus performant, avec une technologie encore meilleure.

Nous avons les solutions, mais notre imprévoyance ne nous laisse pas le temps de nous tromper encore et encore. La rupture énergétique peut être une menace, mais paradoxalement, une extraordinaire chance également. Il suffit d’être volontaire, réfléchi et audacieux.

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