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Connecto, ergo sum

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Que les puristes me pardonnent ce latinisme de cuisine qui me permet d’introduire un post sur un sujet qui me préoccupe depuis longtemps, mais dont je n’arrivais pas à exprimer la substantifique moelle.

Ce sujet, assez important pour que je le place à côté des trois défis que je juge les plus critiques pour notre avenir (rupture climatique, rupture énergétique et bascule démographique) est celui de la dématérialisation, ou dit autrement de la transformation de notre monde en monde numérique. Que le monde devienne chaque jour un peu plus numérique est un constat que tout un chacun a fait et peut encore faire à chaque instant (la preuve vous êtes en train de me lire). De part mes activités professionnelles, je sais pertinemment que la compréhension de ce qui se passe est très inégale et très imparfaite, et j’ai pu mesurer dernièrement l’étendue de cette imperfection lorsque les représentants des candidats à la primaires socialistes sont venus nous expliquer la vision politique des différents concurrents. Parmi eux il y avait en particulier Axel Kahn que j’ai interpelé sur ce thème du numérique justement. Peut-être sa réponse aurait-elle méritée d’être précisée, mais ce qui m’a stupéfait ce jour-là, c’est que même pour lui le défit de la numérisation du monde était surtout la résultante d’un changement d’outils que nous devions nous approprier, et guère plus.

Or j’affirme avec force qu’il s’agit infiniment plus que d’un problème d’outils, voire même d’usage : c’est entre autre un séisme philosophique radical, une explosion de nos certitudes qui peut se résumer ainsi :

Tout individu normalement constitué a au moins trois certitudes philosophiques sur la vie, la mort et ce qu’il est :

  • à moins d’un accident, nous sommes construits pour prolonger le souffle de vie que nous avons nous-même reçu
  • nous sommes mortels
  • nous existons en tant qu’individu pensant (cogito ergo sum, je pense donc je suis)

La numérisation du monde ne change pas fondamentalement la première affirmation (qui est par contre perturbée par la médecine, la génétique et la loi : que l’on se rappelle qu’une personne peut aujourd’hui être liée à trois mères et deux pères).

La numérisation du monde change par contre totalement notre rapport à la mort : il est possible (voire de plus en plus certain) de continuer à exister numériquement en tant qu’individu numérique agissant après sa mort physique, il est possible de naître, de mourir et de ressusciter numériquement avec le même niveau de charge émotionnelle que dans la vie physique.

Enfin, l’individu numérique peut parfaitement avoir plusieurs identités et existences distinctes (sans être pour autant schizophrène), et contrairement au monde physique, l’individu numérique n’existe que par les canaux numériques qui le relient aux autres êtres numériques. L’être physique individualisé se distingue dans le monde numérique d’un être numérique multiple doué d’ubiquité qui n’existe que par ses relations avec les autres.

Alors non, le problème numérique ne se résume pas à un problème d’appropriation des outils. J’espère en avoir donné ici l’intuition via trois affirmations d’ordre philosophique, mais cela aurait pu être tout aussi bien un questionnement éthique, légal, sociologique, économique ou encore politique. Qui peut porter ce questionnement à la connaissance des décideurs de ce monde ? Quelles réponses satisfaisantes donner ?

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