DSK ou l’image de la Démocratie Sociale Keynésienne

Strauss-Kahn et ChabotJ’ai pris quelques jours de réflexion et de recul pour commenter le passage de Dominique Strauss-Kahn à France 2 jeudi dernier, et c’est tant mieux puisqu’en plus de cette prestation, je vais pouvoir commenter les réactions…

Sur la prestation d’abord. DSK c’est généralement du solide, de l’argumenté et du responsable, pas de surprise là-dessus, le patron du FMI ne s’est pas fourvoyé dans un lyrisme populiste ni dans un yakafokon tellement en vogue ces derniers temps, ni dans une sécurité technocratique aussi confortable qu’incompréhensible pour le citoyen lambda. L’exercice n’était pourtant pas simple puisque les interpellations enregistrées des français pouvaient facilement inciter à la glissade sur la souffrance du bon peuple de France alors que sa position au FMI offrait généreusement à DSK la position de celui qui plane à quinze mille au-dessus des autres. Mais non, rien de cela dans l’explication du dysfonctionnement bancaire actuel, rien de cela dans l’analyse de la situation des salariés de Continental non plus.

Ce qui m’a cependant le plus retenu jeudi soir, c’est sans doute la hauteur internationale et le respect affiché par M. Boutros-Gahli (Youssef, pas Boutros) le ministre des finances égyptiennes. Dire qu’ici, une certaine gauche passe une bonne partie de son temps à nous expliquer que DSK c’est le FMI ultra-libéral et qu’il ne fallait surtout pas y aller. Manifestement, du côté des pays qui restent à la porte du G20, on n’est vraiment pas d’accord avec les gauchistes français. J’en viens à me demander combien d’autres français jouissent d’une si bonne réputation à l’extérieur de nos frontières (et accessoirement pourquoi nous aimons tant nous auto-flageller…).

Passons aux commentaires. Que d’articles tout d’un coup, avec un thème qui revient (avec plus ou moins d’ironie lorsqu’il s’agit du canard), c’est l’image du “french sauveur”. Je déteste personnellement l’idée du sauveur, d’où qu’il vienne, mais force est de constater qu’en période de panade et devant l’incompétence généralisée, c’est journalistiquement tentant… Du coup, constatant ce soudain regain d’intérêt et comme je suis curieux et taquin, je suis allé voir du côté de Libé si eux aussi ne se seraient pas laissé allé à quelque chose de positif ( http://www.liberation.fr/recherche/?q=dominique+strauss-Kahn ). Ouf, il y a bien un article sur son passage à France 2, mais comme à leur habitude lorsqu’il s’agit de DSK, on y trouve la vacherie règlementaire (en fin d’article  : http://www.liberation.fr/politiques/0101558049-strauss-kahn-un-retour-pour-le-futur). La gauche bien pensante peut continuer à roupiller tranquille.
Côté oueb maintenant. Il semblerait que les équipes de Pierre Bergé aient eu du travail. Le message à faire passer est en gros “avec tout l’argent qu’il brasse au FMI, DSK sera vu comme le candidat des riches“. Il se trouve au passage que c’est la doctrine de Claude Guéant pour sauver la mise à Nicolas Sarkozy en 2012…  Alors, quelle est donc l’argumentation contre ce plus riche que moi tu meurs ? Eh bien en substance (je vous résume, pour la profondeur de l’argumentaire il faudra vous taper la prose internet vous-même), c’est DSK qui a inventé le bouclier fiscal, les stock-options et autres bonnes choses du moment, et en plus Dominique a un salaire qui oscille entre 400 000 et 500 000 suivant les blogueurs (somme généralement citée en euro ; pour info, c’est 325 000 euros par an). Bien sûr, au passage chacun s’ingénue à citer d’autres articles en en déformant quelque peu le contenu. En voici un exemple d’école :

Manipulation Manipulation

Le premier article (DSK est méchant il a inventé le bouclier fiscal) renvoie sur l’article II (la gauche a inventé le bouclier fiscal) qui renvoie sur un article du canard décrivant une obscure loi datant de 1988 puis amendée, en balançant au passage quelques inepties sur la fiscalité européenne (si le coeur vous en dit, voici un document du minéfi sur la réalité de cette fiscalité). Ouf, l’honneur de Sarko est sauf, c’est Strauss-Kahn qui a tout inventé de la politique catastrophique actuelle. CQFD.

Et les français, qu’ont-il pensé ? Moins de mal qu’une certaine gauche semble-t-il puisque les seuls politiques qui trouvent grâce à leurs yeux sont Dominique Strauss-Kahn et François Bayrou. Et que représent-ils fondamentalement ? La démocratie chrétienne pour Bayrou, la social-démocratie pour DSK, une certaine vision raisonable des choses pour les deux.

Mais pour l’instant, un seul pèse sur la politique mondiale, un seul citoyen pour construire une nouvelle Démocratie Sociale Keynésienne.

Comment débarasser son bilan des hyper-actifs toxiques ?

ump et bolchevismeJ’avais à peine fini de publier mon article sur l’UMP néo-bolchévique que le gouvernement Sarkozy se précipitait au micro pour nous fournir quelques exemples croustillants de sa nouvelle doctrine.

Nous avons bien sûr eu la grand messe de Saint-Quentin. Entre deux annonces qui ne sont que la reprise de mesures déjà annoncées, on notera la poussée de fièvre sécuritaire classique (ici contre les bandes de jeunes violents), une belle ode au partage de richesse (il fallait oser, il a osé) et les croquignolesques commissaires, non du peuple mais de la réindustrialisation. Peut-être a-t-on jugé les fontionnaires territoriaux, nationaux et autres préfets ainsi que Patrick Devedjian peu efficaces et débordés, d’où l’idée de niveaux missionnaires destinés à rassurer (que peut-il faire d’autre sans moyens d’ailleurs) ? Si ce n’est pas de la bonne bureaucratie bolchévique cela, qu’est-ce d’autre ?

Ce n’était déjà pas mal, mais il y a mieux encore. Ayant sans doute jugé le PS trop à droite à son goût, Nicolas Sarkozy semble se préparer à entrer au NPA et à leur montrer ce que c’est qu’être anti-capitaliste. Le terrain de jeux est bien sûr le très médiatique sujet des stock options et autres rémunérations des cadres supérieurs des entreprises. Ah, quelle merveilleuse invention que ces stock-options et ces parachutes dorés ! Comme il est bon de pouvoir dire tout et n’importe quoi en faisant peuple ! Le discours semble d’une rigueur implacable : une entreprise va mal (ici Valéo mais n’importe laquelle fera l’affaire), le patron est débarqué et part avec des stocks options ou un parachute doré alors que l’Etat doit dans le même temps voler au secours de la-dite société. Immoral n’est-ce pas ? Immoral assurément, mais pas forcément là où l’on veut bien nous le montrer !

On veut nous faire croire que le problème est ici qu’une personne quitte une société avec les numéros gagnants du loto alors que l’entreprise et les salariés souffrent. Et bien j’affirme que c’est du flan et que le problème n’est pas là du tout ! Certes, je n’ai pas franchement de sympathie pour la personne qui part dans ces conditions, mais ce qui me choque vraiment moi, c’est que d’une part des personnes ont jugé totalement normal de signer la clause du contrat qui garantissait de telles conditions de départ et que d’autre part, aujourd’hui parce que cela fait “bien”, on remet en cause un contrat tout à fait légal et librement consenti. Il est inacceptable de trouver au sein d’une même entreprise de telles écarts de rémunération, et il est inacceptable de faire croire que c’est justice que de casser ainsi une clause contractuelle, d’autant plus que cela ne servira même pas d’exemple puisque la vraie injustice de départ (les écarts de rémunération entre les moins bien payés et les mieux payés) n’est absolument pas remise en cause. Hypocrisie et cynisme.

Il me semble qu’il serait pourtant facile de régler ce problème : que l’écart de rémunération (fixe et variable) ne dépasse pas un facteur 30 pour tout le monde au sein de l’entreprise. Voilà une façon simple, claire de faire et de redistribuer la richesse (30 smics mensuels, cela laisse de quoi vivre même si certains vont devoir se restreindre un peu).  Alors si vous voulez vous battre pour une meilleure équité salariale, battez-vous pour une telle mesure plutôt que de vous laisser berner par les parachutes et autres stocks.

Mais cette fumeuse histoire de vilains patrons (car il est bien entendus que les chefs d’entreprises sont forcément des salauds n’est-ce pas), ne cachent-elles pas autre chose comme l’échec de plus en plus retentissant de deux années de gouvernement Sarkozy. Le chiffre du jour c’est celui du chômage qui pour le dixième mois d’affilée plonge : 80000 chômeurs de plus en février. En perdition économique totale en France, humilié par la Chine et snobé par Obama en politique étrangère, ayant échoué sur les objectifs affichés en 2007 que reste-t-il à Nicolas Sarkozy sinon une fuite en avant ?

Pourtant, à l’heure où le volontariste doublé d’efficacité d’Obama semble donner les premiers signes encourageants aux États-Unis, il serait plus que nécessaire d’avoir un chef d’État compétent, cohérent, rassembleur. De cela nous n’avons pas. On pourra quand même regarder Dominique Strauss-Kahn jeudi soir chez Arlette Chabot pour mesurer toute la différence entre un homme de tête qui a le sens de l’État et un insensé à la tête de notre État.

Il y a au moins un homme qui représente bien la France aux yeux du monde.

L’UMP : le parti qui a inventé le libéralisme néo-bolchevique

ump et bolchevismeLors de la dernière présidentielle, les sarkozystes n’avaient pas de mots assez durs contre ces socialistes archaïques, inventeurs de tous les maux, les 35h en tête. Il fallait en finir avec l’économie dirigiste, les lourdeurs imposées par des gens qui par définition ne comprennent rien à l’économie.

Deux ans et deux crises (financière puis économique) plus tard (sans compter la crise énergétique miraculeusement suspendue “grâce” au gadin en cours), que reste-t-il de la pensée sarkozyste, celle qui nous promettait la rupture, une politique moderne en phase avec le monde ?

La révolution bolchévique a inventé le développement planifié où, à travers le gosplan, les esprits éclairés traçaient la voie des jours meilleurs. Le gouvernement Sarkozy n’a pas annoncé de gosplan mais vu l’obstination avec laquelle il persiste dans ses erreurs de choix et de prévisions, il semble plus qu’évident qu’il en a un. Que l’on en juge.

Un des axes économiques et sociaux était de faire la peau aux 35h annoncées comme ruineuses, inefficaces, handicapante pour les entreprises (déclarations d’ailleurs bêtement relayées par certains membres de la gauche tombant un peu vite dans la facilité intellectuelle). A coups de canif dans le code du travail et de défiscalisation, les 35h honnies ne sont plus aujourd’hui qu’une limite administrative et cela sans avoir compris qu’en période de croissance cette suppression était source d’injustices et en période de difficultés un accélérateur de chômage, ce que nous constatons hélas aujourd’hui.
Mais les entreprises s’en sont-elles débarrassées ? Non seulement elles ne l’ont pas fait, mais en plus elles en redécouvrent la vertu essentielle qui est d’être une formidable arme anti-crise et anti-licenciement. Cela tombe bien, vu que c’est un peu l’ambition initiale… Par libéralisme l’UMP a voulu tuer les 35h, par esprit néo-bolchevique le même UMP persiste dans sa politique planificatrice alors même que tout montre que leur gosplan mène dans le mur.

PIB FranceAutre exemple. Le plan du gosse Sarko nous promettait un avenir à 3% de croissance et pour appuyer la volonté du chef, Christine Lagarde n’a pas arrêté de nous annoncer des chiffres très au-dessus des prévisions du FMI par exemple et évidemment des résultats finaux. Encore aujourd’hui, le gosplan prévoit un “myrifique” -1,5% alors  qu’en juin 2008 il prévoyait (après révision) +0,3% pour -0,2% à -0,5% en novembre 2008.  A ce jour, et seulement quelques semaines après les dernières “estimations” du gouvernement Sarkozy, nous en sommes à une prévision de -2,9% d’acquis de (dé)croissance (pour que cela soit mieux, il faudrait non seulement que cela s’arrête dès aujourd’hui de descendre mais que cela reparte dans l’autre sens).

Le bolchévisme se caractérisait aussi par son sens de l’autoritarisme autiste : la police, les juges et bien sûr les individus (on ne parle pas de citoyens dans un tel monde) se devaient d’obéir au politburo qui était totalement sourd à la souffrance de la société. N’est-ce pas ce que l’on constate ces derniers jours : un Sarkozy accourant avec ses mesures règlementaires dans une école après une agression et le même qui envoie des messages de non-recevoir à deux millions de personnes dans la rue. Pour défendre les libertés publiques, le PS a du pain sur la planche.

Les faits condamnent le gouvernement Sarkozy et le parti qui le soutient. Mais est-ce suffisant ? Est-ce une fatalité ? Hier pays libéral, l’Amérique d’Obama appelle à l’action volontaire et concertée des Etats, tout comme le FMI hier fer de lance du libéralisme. Grace à leurs dirigeants, l’Amérique comme le FMI ont évolué. La France va-t-elle continuer à s’enfoncer à cause d’un aveuglement d’un autre âge, aveuglement d’ailleurs relayé au sommet de l’Europe, sommet où l’on retrouve des clones libéro-néo-bolchevik tel Berlusconi et Baroso ?

Le changement à la tête de la France peut et doit commencer par un changement à la tête de l’Europe. Tout nous y pousse.

Enfumage en cours

Selon D. Paillé porte-parole adjoint de l’UMP “les Français, à 76%, ne croient pas que les socialistes puissent apporter des réponses, crédibles et sérieuses, à la crise.

Oh rage, oh désespoir, la gauche est vouée aux gémonies et seule la droite nous sauvera de cette infâmie ! Bon, s’agissant d’un message de l’UMP, il est bon d’examiner un tantinet le-dit sondage avant de nous livrer pieds et points liés à l’UMP sauveur de la nation…

Le sondage en question est celui du JDD. Ouf, il existe bien. Pour trouver l’anathème des français, il faut aller en page 7, les résultats des pages 4 à 7 étant passés sous silence. Il est vrai qu’il était préférable de passer les résultats du genre :

Le PS

  • est en phase avec les mouvements sociaux 55% pour tous les français, 69% pour les seuls socialistes
  • est proche des préoccupations des français, 52%, 78%
  • s’oppose suffisamment au gouvernement, 47%, 42%
  • a des dirigeants de qualité, 39%, 60%
  • ferait mieux que le gouvernement actuel, 30%, 66%
  • a des réponses face à la crise économique, 23%, 48%

Ce qui aurait montré que finalement les socialistes soutiennent leur parti (j’aimerais bien avoir la même info du côté UMP…).

Et pour la répartion oui / non à ces mêmes questions :

Le PS

  • est en phase avec les mouvements sociaux 55% plutôt d’accord, 45% plutôt pas d’accord
  • est proche des préoccupations des français, 52%, 48%
  • s’oppose suffisamment au gouvernement, 47%, 53%
  • a des dirigeants de qualité, 39%, 61%
  • ferait mieux que le gouvernement actuel, 30%, 69%
  • a des réponses face à la crise économique, 23%, 76%

Ce qui montre que le communiqué d’exécution du PS est fortement nuancé par les faits. En réalité, le point faible réel du PS se situe au niveau de l’image des cadres nationaux du PS, leur manque de qualité supposée impactant naturellement directement leur capacité à “faire mieux”. Ceci est le résultat direct de toute la période que nous avons vécu depuis la présidentielle perdue et jusqu’à Reims et de la guérilla intestine qui semble devoir enfin s’achever.

Pendant que nous y sommes, la communication sur un second sondage m’amuse beaucoup en ce moment : le facteur serait le meilleur opposant à Sarko. Sur ce coup là, cela rappelle des souvenirs…

Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’il y a au moins trois façons de bidonner la communication d’un sondage : faire le sondage dans un contexte et le publier dans un autre (voir le merveilleux exemple du sondage fait avant le discours d’investiture de la candidate socialiste à la dernière présidentielle), poser des questions sur des choix biaisés (présenter une liste de candidats non représentatifs et ainsi exclure petit à petit les vrais opposants) et enfin ne communiquer que sur les résultats qui vous intéressent (c’est le cas du sujet plus haut). Ici, on semble être dans le deuxième cas : comment fabriquer l’opposant idéal à Sarkozy pour enchaîner dans quelques temps par un “y a ke Besancenot ki peut battre Sarko” ?

Les faits à l’appui de cette hypothèse :

  • je n’arrive pas à trouver en ligne le détail du-dit sondage alors que d’habitude c’est assez simple (voir ci-dessus)
  • d’après ce que j’ai entendu à BFM ce matin, ce sondage ignore étrangement les plus de 60 ans ? Dommage, car ce sont des gens qui vont assez massivement voter et qui ont peu de chance d’aimer les aventuriers à la Besancenot…
  • la liste des autres personnalités à choisir n’est pas claire : on y retrouve Aubry (2ème à 13%), Bayrou et Royal à 6% et… on ne sait pas.

Voilà une liste étonnante, surtout si on se réfère à 2 autres sondages d’octobre et novembre 2008 :

  • en octobre 2008, le facteur pointait son nez, suivi de Delanoë qui a mystérieusement disparu. Sic transit gloria mundi…
  • en novembre 2008, pour ifop JDD, c’était cette fois Dominique Strauss-Kahn qui était plébiscité. Sans doute un stagiaire qui avait mis bêtement le nom de DSK dans la liste…

Il est bien sûr difficile difficile d’avoir des certitudes, mais ces faits étant vérifiables, il vous appartient chers lecteurs d’exercer votre jugement sur les sondages à venir : est-on en train de nous construire un bon opposant à Sarko permettant d’éliminer ceux qui le battraient effectivement très facilement ?

Brève du monde

DSK FMI Dar Es SalaamPendant que certains se cachent la face pour ne pas voir l’ampleur des problèmes, pendant que d’autres agitent la mousse des paradis fiscaux en oubliant d’expliquer comment ils avaient accepté et alimenté la machine infernale, pendant que d’autres encore ne sont toujours pas convaincus de la nécessité d’une réelle coopération internationale entre États, le FMI et son directeur en tête, participe à une réunion internationale à Dar es Salaam avec les dirigeants africains sur le sujet d’un renforcement de l’action du FMI sur le continent.

Quelques unes des orientations de ce sommet :

  • Amélioration de la surveillance du FMI sur la politique de tous ses membres, dans un esprit d’équité ;
  • Extension des moyens de financement du FMI et de leur accessibilité aux pays à bas revenus;
  • Consolidation du processus d’allègement des dettes en ajustant la structure de financement des dettes du FMI pour s’adapter aux besoins de nouveaux financements de l’Afrique et aux opportunités ;
  • Accélération des réformes de gouvernance de FMI pour augmenter le poids des voix de l’Afrique et la représentation à tous les niveaux de l’institution
  • Amélioration des règles de dialogue entre le FMI et ses membres africains, y compris pour l’aide technique, pour assurer que la politique des pays africains profite de l’expérience du FMI et de son expertise ;
  • Renforcement du rôle catalytique du FMI pour démultiplier le financement public et privé pour les besoins d’infrastructure critiques de l’Afrique.

Il serait sans doute bon que cette réunion inspire celle à venir du G20, avec en exergue une phrase de Dominique Strauss-Kahn : “Le monde entre dans une grande récession bien au-delà d’une croissance 0“.

Alors, il est toujours ultra-libéral le FMI ?

Si le réalisme pouvait venir d’Afrique

L’Europe, ici et maintenant

Elections européennes

Les élections européennes approchent et je me dis que ce devrait être un moment, non de joie vue la situation économique, mais au moins de mobilisation couteau entre les dents pour sauter à la tribune, mobiliser les Français, affirmer haut et fort que nous sommes là pour nous battre pour notre avenir, face à l’ouragan.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous n’en sommes pas encore là.

Certes, ces élections partent avec un certain handicap. D’abord celui d’un scrutin qui réussit à n’avoir ni caractère européen (chaque pays vote chez lui même si certains candidats ont un accent), ni national (huit zones géographiques), ni régional et encore moins local. Comme si cela ne suffisait pas, les listes ont été constituées par des punis (voir le cas Dati), des parachutés et des tours de bonneteau pour caser les copains, les minorités à rendre visible, les prix à payer la paix dans les ménages et pas mal d’autres choses, dont parfois, l’intérêt affiché de bons candidats pour le poste (je me limiterai à citer Catherine Trautmann puisque c’est une régionale de l’étape strasbourgeoise). Et pour colorer encore un peu ce tableau, les listes socialistes sont le résultat de la recette du quatre quarts qui a pourtant montré combien il était lourd à digérer.
Dans cette élection il y a les citoyens et le parlement, et entre les deux un abîme.

Autre handicap, cette fois socialo-socialiste, la dernière fois que le PS a eu à s’exprimer sur l’Europe, ce fut un gadin magistral. Pas d’excuse à chercher, nous nous sommes plantés et avons planté l’Europe : dont acte inutile de pleurer sur le passé mais souvenons-nous pour que cela ne se reproduise plus jamais !

Ce préambule étant posé, j’aimerais quand même savoir pourquoi les socialistes partent au combat la queue entre les jambes. Si mes souvenirs sont bons, depuis la défaite présidentielle, nous avons largement redressé la barre électorale. Si j’en crois les dernières manifestations et journées d’action, le PS a retrouvé le chemin qui mène aux français et ces derniers ont été heureux d’enfin nous revoir à leurs côtés. Si j’en crois l’évolution économique, l’analyse social-démocrate est largement plébiscitée par les faits contre les erreurs historiques tant du marxisme que de l’ultra-libéralisme. Parallèlement, la politique catastrophique du gouvernement Sarkozy est clairement maintenant un échec total qui ne peut décemment pas prendre la crise pour alibis.

Alors, de qui sommes-nous censés avoir peur ? D’une alliance mélucho-pététesque qui n’aurait aucun moyen de peser à Strasbourg si ce n’est, comme pour la taxe Tobin, voter contre leurs propres objectifs puisqu’ils sont d’abord le parti de l’anti-tout. D’une droite en situation d’échec économique sans précédent ? D’un Bayrou certes européen mais toujours à la recherche d’une place politique ? D’un Cohn-Bendit dont on ne sait s’il est à la recherche des verts ou d’un amphi lui rappelant sa jeunesse perdue ? A part de lui-même, je ne vois pas bien de quoi aurait peur le PS.

Elections européennes PSE

Serions-nous alors en panne d’idéal, de symbole, de programme ? Non, car jamais les socialistes européens n’ont été aussi cohérents, aussi clairs : il suffit de faire connaître le manifeste du parti socialiste européen pour le démontrer. Un texte européen unique pour un programme européen : qui dit mieux ?

Serions-nous en panne d’arguments ? Alors, regardons les moments que nous vivons et comparons-les à notre histoire. 1929-2009 : 80 années d’écart pour les deux crises les plus terribles de l’histoire contemporaine. 1929 a conduit au repli nationaliste, au rejet des autres, aux gouvernements fascistes, puis à la guerre mondiale. En 2009 nous avons l’occasion d’affirmer notre volonté de coopération internationale, d’intégration des autres, de renforcement démocratique, de régulation pacifique du monde. Nos valeurs ont un poids particulier pour cette élection parce que la période est plus que particulière. Ne rejouons pas 1929, osons défendre nos valeurs humanistes, internationalistes, progressistes. Refusons la vision européenne de la droite, l’Europe des nations, l’Europe individualiste, libérale et égoïste, repliée sur chacun de ses États : à partir de 1929 cette vision a lentement conduit au pire !

Elections européennes

Alors, sautons couteau entre les dents à la tribune, mobilisons les Français, affirmons haut et fort que nous sommes là pour nous battre pour notre avenir, face à l’ouragan.

DSK ou l’histoire du prince et du mendiant

Dominique Strauss-Kahn

Comme les français sont versatiles et facétieux ! Un jour ils vous mettent à bas et versent sur vous leur ire et leurs frustrations, et le lendemain vous taillent un costard de prince des mille et une nuits.

Si vous ne me croyez pas, il suffit de lire l’actualité de la semaine dernière. Mardi, c’est haro sur celui qui n’a pas d’humour, le mardi de l’homme qui ose dire qu’il n’aime pas une blague : honte à lui qui renie Rabelais et les guerres picrocholines, sus à ce censeur ! La France bloggueuse s’émeut et, telle une autruche, se cache la tête sous la toile pour ne pas voir que l’essentiel du message strauss-kahnien n’était pas à chercher dans le bruit blanc des rieurs mais dans les noirceurs de la finance mondiale.

S’en suit bien sûr quelques saillies sur de vieilles lunes réchauffées, puis l’improbable revirement, le looping cosmique du jeudi : et si DSK devenait premier ministre ? Sans doute est-ce là une autre tentative humoristique de type comique de répétition. Il faut se souvenir en effet que Dominique Strauss-Kahn est sans doute le champion des hommes politiques au poste de premier ministre virtuel. Déjà lors de la dernière campagne présidentielle, il était assuré d’accéder à cette fonction si la gauche ou le modem gagnait. Ici, la boucle serait bouclée puisque le voilà à nouveau premier ministre virtuel (s’entend : débauché par la droite, ah le traître qui tel le sucre dans le lait est partout, mais finalement dans aucun gouvernement…).

Qu’en penser ? Factuellement, et à moins d’aimer le flan, rien du tout. Tout cela n’est que mousse de circonstance. Mais comme il est bon d’explorer et de sonder l’avenir, examinons cette histoire de 1er ministre sous un autre angle : quels éléments seraient déclencheurs d’un gouvernement d’union nationale où la gauche participerait pleinement, y compris en assumant le poste de 1er ministre ?

La machine économique infernale actuelle n’aboutit-elle à une telle nécessité d’union nationale ? Il y a quelques temps, Fillon avait appelé à une telle union à ceci près qu’il s’agissait surtout à l’époque d’un effet de manche ou mieux encore, de demander au parlement de signer un chèque en blanc à un gouvernement qui depuis près de deux ans n’a pu montrer que des échecs, un grand sens de l’irresponsabilité et une inquiétante incapacité dans la compréhension de ce qui se passe, en particulier dans la vie de tous les jours des français.

Pour en revenir à la mécanique financière, après réflexion et quelques renseignements pris à droite et à gauche (et même indirectement à Washington auprès du mari d’une célèbre journaliste), la mécanique d’un crash des monnaies, dollar en tête, s’avère très peu probable si l’on écarte l’hypothèse d’une “guerre monétaire” en bonne est due forme d’un ennemi hypothétique des E.U. Le spectre d’un effondrement monétaire comme l’Europe en a connu dans les années 20 est donc très peu probable.
Reste que la valse des cessations de paiement, non pour les États mais pour les sociétés, a commencé : si le sort de GM et Chrysler n’est pas encore (?) fixé, les gouvernements européens ont déjà dû voler au secours de leurs filiales, SAAB ou Opel. Si j’ai bien suivi, l’État pourrait aussi venir au secours de Peugeot (on notera au passage que si la crise automobile a été accentuée par les problèmes financiers mondiaux, fondamentalement il s’agit d’un problème industriel de rupture technologique : les clients se demandent quel sera l’énergie de demain et retardent leurs achats de voiture neuve, encouragés en cela par la peur du lendemain). Voilà des sauvetages qui évitent le désastre total, mais jusqu’à quand peut nationaliser peu ou prou des sociétés devenues insolvables sur un marché en rupture ? Devra-t-on émettre de la monnaie de singe lorsque l’on n’aura plus de cash ?
Toutes ces cessations de paiement ont 2 origines : la baisse extrêmement brutale des commandes (inadéquation entre offre et demande), ce qui ne permet pas aux entreprises de s’adapter assez vite, et d’autre part le trop faible support des banques (ce qui est la cible numéro un du FMI).

Voila pour une analyse très imparfaite de la situation du jour. Mais tout cela nous amène directement à l’action politique. Pour l’instant, ce gouvernement se voile la face et refuse depuis le début de prendre la mesure de la crise. La gauche doit-elle l’attaquer frontalement au risque de provoquer une crise politique majeure ou devons-nous accepter les choses parce que c’est démocratique d’une part et que nous avons peur d’aggraver les choses dans le cas d’une attaque frontale ? Cette dernière solution serait déjà une forme de gouvernement d’union nationale qui ne dit pas son nom, une forme assez lâche, irresponsable.

Ensuite, pour revenir sur l’argument démocratique, ce gouvernement n’a bien sûr pas reçu de mandat pour une politique liée à cette crise : la situation de 2009 n’a rien à voir avec celle de 2007 et la promesse électorale de 3% de croissance risque fort de se transformer en 3% de récession bien réelle. Si la situation ne se redresse pas très vite, il est clair qu’il va falloir redemander aux français un mandat politique : il va falloir statuer sur les orientations (nationalisation, protection, partage des efforts, coupes budgétaires, niveau réel de déficit, …). L’autre option étant de faire comme dans les années 30 et de passer à des gouvernements dictatoriaux. Si nous privilégions l’option démocratique, les bases d’un gouvernement d’union nationale doivent être soumises aux français. Et quelles sont ces bases ? Le marxisme a échoué, l’ultra-libéralisme échoue en ce moment sous nos yeux et ce qui est plébiscité par les faits, c’est la social-démocratie même s’il est entendu qu’elle aussi doit être revisitée.

Il nous incombe de définir la politique de sauvetage puis de sortie de crise, de conduire le rassemblement et de conduire la politique qui sera acceptée par nos concitoyens.

Ce qui me semble évident, c’est qu’un futur gouvernement d’union national sera un gouvernement mené par une personne ayant fait preuve de ses capacités de compréhension, de ses compétences, de ses talents de manager et de négociateur, une personne ayant une vraie stature internationale.

Il est aussi impératif d’en finir avec le bonarpartisme ringard actuel, de revenir à une conception humble de l’exercice du pouvoir, respectueuse des parlementaires et de l’exécutif. Un gouvernement d’union nationale peut parfaitement plancher sur une nouvelle République, mais en attendant, cela doit se faire dans l’esprit et la lettre de la Vème République.

Une autre chose me paraît évidente : plus nous attendons, et plus ce sera difficile. Au tout début, le problème était de trouver quelques centaines de milliards aux Etats-Unis, aujourd’hui nous en sommes à quelques dizaines de milliers de milliards sur toute la planète, avec une économie déjà partiellement détruite.

Ôte mes chaînes esclave mon libérateur

“La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.”

Cette phrase n’est pas un extrait d’un texte de Dominique Strauss-Kahn à l’époque où il écrivait “365 jours” et que son leitmotiv était “lutter contre le renoncement”,  il ne s’agit pas non plus d’un romantique texte sur la quête de l’impossible, non, il s’agit d’un appel à la révolte de neuf de nos concitoyens antillais.

Et pour quoi se révoltent-ils ? La gloire et la richesse ? Non, juste pour le nécessaire : avoir les moyens de subvenir à leurs besoins de base autant qu’avoir les moyens de s’émanciper de sa condition d’individu et prendre toute sa place, sociale, intellectuelle, spirituelle dans le concert des citoyens.

Que de fois j’ai défendu une telle position ici ! Comme cette phrase “Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité »” fait écho à celles sur les services publics garantissant gratuitement un niveau minimum des besoins vitaux des citoyens (”protectionnisme et agitationnisme“, “vive le protectionnisme“, ou même le déjà ancien “O.U.I à la social-démocratie française : outils, utopie, idéologie“).

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. (…). Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Comme j’aimerais entendre ces mêmes paroles venant d’un cadre de Solférino. Nous avons oublié que le verbe du poète a une portée autrement plus grande et profonde que celle du spécialiste. Nous devons retrouver la formule de l’alliage de ce verbe poétique et de l’équation de l’ingénieur.
Cet appel n’est pas qu’un exotique épiphénomène se limitant à la situation des îles d’outre-mer. Certes les auteurs de ce texte l’ont conçu dans un contexte mélant créolité, société post-esclavagiste, isolement économique. Mais au-delà de ce contexte, comme ils ont tord de ne pas s’élever au-dessus des certitudes de la pensée métropolitaine ! Leur combat pour les besoins vitaux des citoyens est aussi le notre ! Leur combat pour une société économiquement responsable et équitable, écologiquement refondée est aussi le notre !

Descendants des esclaves des îles lointaines, les métropolitains ont besoin de vous pour se libérer de leurs propres chaînes faites de conformisme, de peur, de paresse, de lassitude et oui, de renoncements. Vos békés ont un visage, les nôtres n’ont qu’une ombre que nous refusons d’éclairer.

Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant“.

Cette vision, je la veux mienne. Amis de France, les fils des esclaves montrent le chemin aux fils des lumières.

Petite brève légère du soir : Qui trouve-t-on dans le top 12 des blogs politiques ?

Non, pas moi qui ne suit qu’un citoyen lambda usant des moyens du militant de base pour faire entendre une musique de raison à qui veut bien me lire. Non, plus les têtes d’affiches et les habitués des premières pages peoples : aucune campagne présidentielle n’étant en cours (enfin je crois), aucun million d’euros n’a été utilisé pour aider le consommateur à librement exercer sa citoyenneté.

Pierre MoscoviciDeux personnalités que l’on retrouve avec surprise dans ce classement  : la sémillante Anne Sinclair et le nom moins sémillant Pierre Moscovici. Étonnant de voir que le blog d’un socialiste, certes éminent, mais qui n’a pour l’heure d’autres honneurs que ceux de ses mandats, et d’une journaliste qui n’a d’autre projet politique que celui de nous faire part de ses cartes postales d’expatriée, confidente amie desAnne Sinclair grands jours comme des petits tracas, étonnant donc de les voir tous deux figurer pour leurs seules qualités dans ce palmarès.

Mais, je veux y voir une sorte de juste hommage à une intégrité intellectuelle, un combat honnête de tous les jours récompensé par les internautes, restant anonymes ou s’exprimant à l’occasion chez eux pour parler à l’agora mondiale toute entière.

Voilà un bel hommage à aux honnêtes hommes (parmi lesquels on compte les femmes, la preuve est faite !), à l’humilité citoyenne et militante, à la pensée et la façon d’être socdem au quotidien aussi.

Protectionnisme et agitationnisme

Coupé PeugeotIl y a quelques semaines, j’écrivais un article qui défendait l’idée du protectionnisme dans un cadre bien précis qui est celui des besoins vitaux des citoyens satisfaits par des services publics (ou des délégations privées du service public), le tout dans un cadre européen pour ce qui nous concerne.

Ce type de protectionnisme ne s’opposant pas fondamentalement à une logique de marché puisqu’une négociation peut parfaitement être mise en place pour prendre en compte les acteurs privés de possibilité de vendre leurs bien sur un secteur protégé. Dit autrement, si l’on décide que les besoins alimentaires de base doivent être satisfaits par un service public “verrouillant” ce marché, il faudra négocier avec les exportateurs qui intervenaient sur ce marché une compensation de type service public local (a priori, consommer du riz en France correspond au même besoin vital partout dans le monde et si ce marché doit être protégé en France, il en est sans doute de même partout dans le monde. Notre pays retrouverait alors une partie de ce qui fait sa grandeur : une vision humaniste et internationaliste de son modèle de société).

L’idée du “bon modèle protectionniste” étant (rapidement) exposé, y en a-t-il un mauvais ? (mal)Heureusement, en terme de contre-exemple, nous n’avons pas à chercher longtemps, il suffit de se tourner vers notre gouvernement et de son cacophoneur en chef. Suite à son plan d’aide à l’industrie automobile, la majorité des dirigeants européens ont levé leur bouclier pour parer une orientation qui leur apparait à tous comme étant protectionniste. Nicolas Sarkozy se défend cependant après coup d’avoir décidé de mettre en place du protectionnisme.

Est-ce effectivement une mesure protectionniste, et si oui en cas est-ce du mauvais protectionnisme ?

L’aide Sarkozy est en fait un prêt, l’argument est donc de dire qu’il est remboursable et qu’il se substitue seulement aux banques dont le moindre défaut et d’être peu prêteuses en ce moment. Un prêt, c’est donc bien remboursable et ne constitue pas une aide déloyale en cash, sauf que les intérêts viendront en diminution des futurs bénéfices que que si cet argent vient servir aux investissements, l’amortissement de ces investissements viendra encore diminuer la note. L’État banquier fait une opération rentable mais le trésor public perdra plus que les revenus des intérêts de l’État banquier. On retrouve ici un mécanisme de défiscalisation, il faut juste être français pour bien en saisir l’intérêt. Il s’agit effectivement d’un mécanisme de protectionnisme, mais du même type que celui du dumping fiscal de certains pays européens (ici plutôt dé-fiscal). Il serait vraiment plus qu’utile de mettre en place un serpent fiscal européen pour éviter les mécanismes fiscaux qui effectivement faussent la concurrence.

Mais au-delà, une aide protectionniste à l’industrie automobile, même si elle était concurrentiellement loyale, serait-elle adaptée et acceptable ?

Aider Peugeot, Renault, Volvo (ou Ford, Toyota, …) ne servira absolument à rien si leurs sous-traitants venaient à faire faillite : aujourd’hui, les grandes marques automobiles ont un métier de motoriste, de R&D et d’assembleur, mais il y a très longtemps qu’une grande partie des éléments automobiles ne sont plus construits par eux. Or aujourd’hui, ce sont les sous-traitants qui sont les plus fragiles car ils font partie des variables d’ajustement des constructeurs.

Une aide en trésorerie pour les acteurs de l’automobile est-elle aujourd’hui suffisante ? Sans doute pas : si cette mesure avait été prise il y a un an, ces entreprises auraient eu le temps de s’adapter ; aujourd’hui, nous sommes en train de passer d’un problème de trésorerie à un problème de dimensionnement de l’appareil de production. Le marché est là, mais il a singulièrement rétréci (inadéquation de l’offre et de la demande) et il va sans doute devoir technologiquement muter (nous sommes en plein dans la rupture énergétique). Dit autrement, ces entreprises ont un savoir-faire, un marché, des perspectives d’avenir, mais elles sont en grande difficulté à cause des mutations nécessaires. Nous sommes en plein dans un des cas où les nationalisations temporaires ont un sens.

L’argument “vital” est-il ici recevable ? Cette industrie représente de l’ordre de 10% des emplois (de mémoire), mais ne correspond à aucun service public. De mon point de vue, l’activation de cette clause n’est pas recevable : clairement, toute aide directe doit se faire dans le cadre d’un programme européen concerté et défendable à l’OMC (aide en contre-partie d’une limitation d’exportations par exemple). Par ailleurs, il était vraiment inacceptable, voire puéril, d’annoncer un plan d’aide en désignant un de ses partenaires européens comme cause de ses maux : certes Nicolas Sarkozy se rêve encore à la présidence européenne en lieu et place des tchèques, mais ce n’est pas en affichant un mépris agressif envers nos amis européens que l’on arrivera à quelque chose de positif. Qu’ils reçoivent ici les humbles excuses personnelles d’un anonyme citoyen français pour cette grossièreté.

En résumé, le plan Sarkozy pour l’automobile est effectivement de nature protectionniste à travers des mécanismes fiscaux. Il ne correspond pas à la préservation de besoins vitaux pour les citoyens mais a une grande importance vis à vis d’un secteur qui emploie beaucoup de salariés. Il est probablement inadapté (prêt) en regard des vrais enjeux (restructuration industrielle, rupture technologique à faire). Il est agressif et inéquitable vis à vis de nos partenaires européens et risque d’entrainer en retour d’autres mesures protectionnistes car il n’a pas été négocié et accompagné de contre-partie.

Rappelons-nous, qu’au delà du point de vue idéologique, le protectionnisme a une face sombre qui est le repli nationaliste et agressif sur soi. En diminuant unilatéralement les échanges, ils diminue d’autant la création de valeur et donc amplifie la crise.

Le protectionnisme doit être réservé aux services vitaux pour les citoyens d’un pays.