Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – I) Les Défis externes / génération- dématérialisation – dernière partie

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Défi Générationnel

Le défi générationnel est à la fois celui qui nous préoccupe le plus facilement à travers la problématique des retraites et celui que nous avons le plus de mal à appréhender.

Quel est au fond le problème : notre société a été, pour sa plus grande partie, définie structurellement après-guerre, et même si la société de cette époque n’a plus grand-chose à voir avec celle d’aujourd’hui, des choix ont été faits et s’appliquent toujours alors que les fondamentaux structurant la société ont changé.

Ces choix se basaient entre autres sur un modèle de séparation des rôles hommes / femmes (modèle très largement remis en cause depuis pour tendre autant que se faire se peut sur une équivalence au sein de la société), sur une économie de reconstruction, sur un espoir puissant de bâtir un monde meilleur après avoir connu le pire, sur une place claire des générations au sein de cette société et sur une certaine vision de la solidarité inter-générationnelle. Nous avions une vision d’un l’État protecteur et planificateur (finalement à la fois largement hérité de la pensée du XIXème siècle et de la conduite de la guerre) : ne trouve-t-on pas là une des racines profonde de l’État providence, celui qui doit nous sauver des désastres (la guerre), planifier l’avenir (la reconstruction) et nous aider à tout au long de notre vie (sécurité sociale, retraite, …) ?

Pyramide des ages

À ces éléments sociétaux s’ajoutait un élément majeur bien que silencieux : la démographie. Si l’on découpe la pyramide des âges en trois groupes liés au travail, celle des « jeunes citoyens », celles des citoyens productifs et celles des citoyens seniors, on peut tout de suite comprendre visuellement les problèmes de financement (a priori ce sont les citoyens productifs qui finance le plus l’économie de l’ensemble), mais au-delà se douter que les équilibres comportementaux sont forts différents. En caricaturant un peu :
les « jeunes citoyens » représentent un groupe qui conteste la société pour y faire sa place
les citoyens actifs sont ceux qui construisent la société
enfin, les citoyens seniors font classiquement partie des éléments conservateurs, plus spectateurs qu’acteurs

La césure entre groupes est nette, elle est marquée par le premier contrat de travail et le premier versement de la retraite.

En 1945, la société était poussée fortement au changement, à la fois par la nécessité de reconstruire mais aussi par la tendance naturelle de sa démographie.

Pyramide des ages

Puis lorsque la classe des baby-boomers (qui va en gros de 1949 à 1970) est arrivée à l’état de citoyens productifs, elle n’a eu qu’à se pré-occuper marginalement des seniors et ayant fait peu d’enfants, n’a que peu été contestée par les « jeunes citoyens ».
Le chômage a longtemps été son « seul vrai soucis ».
La pyramide des âges se changeant en « cylindre avec un petit couvercle » et plus une pyramide, nous devrions logiquement passer à une autre ère démographique, un autre rapport entre les âges, un autre rapport avec l’organisation de production des richesses (d’où le défi générationnel), à ceci près que la génération des seniors, a priori conservatrice, a toujours un poids démographique très important et possède une bonne partie de la richesse sous forme patrimoniale. Il faut donc s’attendre à ce que le poids des populations naturellement conservatrices s’oppose au changement normalement mené par les classes actives sous l’impulsion des classes « juniors », et ceci au moment où la société affronte des défis majeurs.

Qui plus est, les circuits naturels de la solidarité financière inter-générationnelle sont complètement désorganisés : les classes productives ayant du mal à assurer à elles seules le financement des trois groupes (rôle qui leur était historiquement assigné), le groupe le plus âgé est sollicité pour aider les deux autres, ce qui accroît encore son poids et renforce le besoin de conservatisme et l’économie de rente néfaste à l’évolution positive de la société.

Le «cylindre démographique » de 2010 est psychologiquement et financièrement déséquilibré au regard du modèle de 1945 : c’est le découpage même de la société en trois groupe définis par rapport à la production de richesse (le travail) qui est à remettre en cause !

Nous sommes donc en face d’un formidable défi générationnel : comment remettre les responsabilités et les circuits économiques dans le bon sens, comment redéfinir les rôles ?

La dématérialisation ou l’émergence d’une nouvelle idée de la propriété

Le dernier défi est plus pour l’instant une intuition qu’une certitude, il est d’origine technologique. Le point de départ de cette partie de la réflexion vient de trois remarques.

La première, totalement économique, est de constater que la nature de beaucoup de produits vendus est en train de changer. En effet, à force de progrès et de baisses de coût de production, certains produits ne sont plus vendus pour eux-même, mais donnés (ou peu s’en faut) et liés à un paiement d’usage d’un ou plusieurs services associés. Le produit physique ne vaut plus rien (ou presque), ce qui est vraiment vendu c’est le service que peut rendre ce produit.

Deuxième remarque liée à la dématérialisation des systèmes d’information (l’informatique) des entreprises. Là aussi, nous sommes en train d’assister à une rupture majeure qui consiste à passer de la possession de logiciels et de machines utilisés pour produire les services informatiques nécessaires à l’entreprise, au paiement de l’usage de ces services produits par des tiers. Or en faisant cela et en prolongeant l’idée jusqu’au bout, l’entreprise de demain pourrait ne plus être réduite qu’à une ou deux fonctions stratégiques (le cœur de métier), le reste n’étant que la meilleure agrégation possible des services du marché. Je suspecte même que dans certains cas, il ne pourrait rester aucune fonction détenue en propre. Or ceci a une autre conséquence immédiate : le besoin en capitaux est drastiquement diminué puisque les besoins d’investissement sont réduits à pas grand-chose et qu’il ne reste que des dépenses de fonctionnement, qui plus est en grande partie proportionnelles à l’activité. La performance du capitalisme aboutirait à ne plus avoir besoin de capitaux, Marx va être content….

Dernière remarque, fort différente dans son origine des deux premières. Si l’on admet que nos problèmes écologiques sont issus d’un conflit entre nos sociétés et les écosystèmes dans lesquels nous vivons, on en vient à admettre que nous n’avons pas une liberté absolue dans l’utilisation des ressources de ces écosystèmes. Or jusqu’ici, il suffisait d’avoir un titre de propriété pour faire à peu près ce que l’on voulait de son bout d’écosystème, la seule limite étant de ne pas léser les propriétaires voisins.
Or ne plus avoir « une liberté absolue » se traduit en fait par une sorte de démembrement de la propriété : nous avons le droit d’usufruit, mais plus un droit complet de nu-propriété. Ici aussi, le « matériel » nous échappe, seul l’usufruit reste.

Pyramide des ages

Il en découle accessoirement une conséquence assez déroutante : il n’est de propriété vraie et entière que la propriété intellectuelle, le reste n’étant que propriété d’usufruit. Le côté déroutant découle du fait que l’œuvre originale est difficile à protéger et largement pillée et que parallèlement sa vraie valeur se mesure à son partage : pourtant la valeur de l’œuvre de Proudhon reste bien liée à son auteur pas à ceux qui l’ont exploitée ensuite.

Tout cela serait bien beau si nous n’étions profondément, viscéralement formaté pour posséder les choses. Posséder nous rassure, posséder fait partie de la base de notre construction personnelle. Nous avons d’un côté une rupture technologique et philosophique qui semble pousser à la dématérialisation et de l’autre un référentiel mental profondément ancré dans des racines séculaires qui nous poussent à posséder le matériel.

Si tout ceci venait à se confirmer, nous serions devant un défi incroyablement déstabilisant.

Un dessein pour la République, l’Union Européenne, L’humanité

Climat, énergie, déséquilibre démographique et dématérialisation, quatre défis plus que complexes, quatre raisons majeures de nous mobiliser.

Mais n’en doutons pas, il faut des défis de cet ordre pour que nous ayons une chance de refonder le parti socialiste, propager cette refondation à notre pays et au-delà de la France. Les pressions extérieures qui nous forcent à évoluer sont bien là et à l’exception de la démographie qui ne s’exprime pas de la même façon partout, ces défis s’imposent à toute l’humanité.

Il y a naturellement quelque chose d’assez prétentieux, naïf ou incongru (chacun choisira son qualificatif) à vouloir tutoyer l’universalité, mais ni plus ni moins que de vouloir refonder un parti dont la pensée est plus que centenaire.

Et pourtant, avons-le choix, avons-nous une autre alternative que celle de nous dresser devant les cataclysmes, de ne pas croire à la fatalité, de lutter contre le renoncement, de lutter pour l’espoir les mains armés d’outils forgés par une idéologie forte, les yeux rivés vers l’horizon de l’utopie du monde que nous voulons construire ?

Voilà donc pour les défis.

Retrouver le texte complet ici.

Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – I) Les Défis externes / écologie – énergie – 3eme partie

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Défis externes

En 2006, j’avais identifié trois défis majeurs que devaient affronter notre société. Quatre ans plus tard, mon analyse de l’époque me semble toujours valide et a été confirmée sur plusieurs points, mais je crois qu’un quatrième défi a vu le jour.

La présentation de ces défis se veut en opposition aussi bien à un conservatisme aveugle aux changements du siècle, qu’aux thèses plus ou moins apocalyptiques qui fleurissent çà et là comme autant de preuves d’un renoncement dépressif. Les socialistes ont hérité d’une culture à la fois rationnelle et volontaire et c’est armés de cette culture que nous devons faire face aux défis en utilisant notre raison et nos capacités pour les transformer en opportunités et ne pas les subir comme des menaces.

Défis écologiques, menace climatique

Le PS a sensiblement évolué sur la question écologique et commence à être en mesure d’aborder le problème d’une façon cohérente par rapport à nos idéaux et différente de l’approche d’Europe Écologique. Nous avons « découvert » que nos sociétés n’évoluaient plus dans un monde sans limite mais il me semble que nous ne tomberons pas non plus dans le piège de la « dictature » de la nature. Notre corpus idéologique place l’homme et la société au centre de notre action, alors oui nos sociétés découvrent les limites imposées par les écosystèmes, mais le défi idéologique de l’écologie qui se pose à nous est bien de définir notre approche des rapports entre écosystèmes et sociétés sans abdiquer notre volonté d’émancipation des hommes, de progrès social, de recherche du bonheur et de liberté.

Xynthia 2010

En collaborations avec d’autres militants, nous avions produit en 2007 une contribution « Place de l’écologie au sein la social-démocratie » (http://wordpress.bloggy-bag.fr/2007/07/01/la-question-ecologique/) dont le paragraphe « les idées fausses » était illustré par une photo du cyclone Katrina qui ravagea la Nouvelle-Orleans.
Aujourd’hui, la même contribution serait illustrée par une photo de Xynthia de 2010, à moins que ce ne soit Klaus de 2009.
Mais pour Xynthia, nous percevons de façon soudainement plus tangible la vraie nature du défi : au-delà des destructions immédiates, une part de notre urbanisme est totalement à reconstruire car il entre dans un conflit trop violent avec les conséquences du changement climatique sur nos écosystèmes. Or la maison n’est pas un bien ordinaire : il est le lieu de notre protection, de la protection de la famille, il est en grande partie identitaire ; le déplacement des populations des zones à trop grand risque est un problème qui dépasse très largement le seul problème de la valeur de la maison et de l’indemnisation.

Pour la première fois, nous prenons conscience de façon sensible et douloureuse de la vraie nature du défi que représente la menace climatique : c’est une menace pour nos familles, dans notre quotidien, ce n’est plus une abstraction ou une querelle autour des courbes de CO2 ou de température.
Les défis écologiques et climatiques sont donc d’abord des défis sociaux, qui menacent notre identité, voire notre société toute entière si nous ne sommes pas capables de les anticiper et de commencer à les résoudre par anticipation. L’écologie dans son ensemble est d’abord un défi lancé à nos sociétés qui doivent rester le coeur de notre réflexion et de nos actions. Nous trouvons ici le germe profond de la différence avec les partis écologiques traditionnels.
Les défis écologiques et climatiques sont potentiellement mortels pour notre société. À nous d’y repondre.

Menace énergétique

Prix petrole

En 2006 je m’étais interrogé sur l’évolution de notre modèle énergétique et je m’interrogeais sur la dé-corrélation entre production et consommation de produits pétroliers, sur l’impact des nouvelles technologies sur l’évolution de la consommation. J’avais fini par conclure qu’au-delà des éléments spéculatifs, nous étions potentiellement sur un marché qui allait mourir, non pas par faute de production mais par changement structurel de la consommation. Il devait en résulter une forte oscillation des prix et dans le pire des cas, l’explosion du marché par défaut de visibilité sur l’adéquation offre / demande.

Difficile d’être certain d’avoir eu raison, mais les variations extrêmes des cours du brut, le pic de 2008 à 244$ suivi d’une plongée à 34$, les fermetures programmées des raffineries, la restructuration en cours des réseaux de stations essence, les faillites de GM et Crysler, l’arrivée à grande vitesse des motorisations hybrides, la promesse d’agrocarburants de nouvelle génération et bien d’autres choses encore vont toujours dans ce sens.

Changer notre modèle énergétique sera sans doute une bonne chose pour la planète, mais là encore, cela ne peut pas se faire au dernier moment, sans préparation, ou alors il faut s’attendre à revivre avec nos raffineries, nos stations services, nos garagistes et bien d’autres secteurs économiques une nouvelle version de la crise de la sidérurgie et du charbonnage, de nouveaux Boussac, d’autres LIP.

En matière d’énergie, le remplaçant du pétrole est sans doute déjà là, mais difficile de dire quelle sera la bonne source et quel sera le bon modèle de production, de distribution et de consommation.
Le défi énergétique est d’abord un défi économique dont les conséquences sociales doivent être anticipées.
Des trois défis de 2006, celui-ci est sans doute qui a le plus avancé en quatre ans même si le chemin est encore long.

(à suivre)

Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – I) Les Défis Internes – deuxième partie

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Marianne

Démocratie et parti politique

Le PS admet la démocratie comme un grand bien, une valeur fondatrice. Nous avons voulu croire qu’il allait de soi d’appliquer cette valeur à notre propre fonctionnement (dans sa forme de démocratie représentative où l’on délègue son « bout » de pouvoir à des représentants élus), ignorant avec une belle candeur que cela n’a jamais été le cas, pas plus à Reims qu’en 2006 ou pour les choix précédents. La démocratie au PS s’exerce tant bien que mal au niveau des sections, pour la discussion des contributions et le vote des motions, mais elle s’arrête là et ce n’est pas nouveau ! Il existe des exceptions locales, mais ces exceptions sont loin d’être la règle, tautologie que nous souhaiterions oublier… Implicitement, nous pratiquions une démocratie fondée sur une forme de légitimité donnée par le poids des motions, et pas une démocratie représentative directement issue des urnes : là est tout le malheur du congrès de Reims où il n’y avait pas de majorité légitime avant l’élection finale !

Est-ce un mal ? Est-ce une perversion de notre combat ? Un reniement ? Sincèrement et objectivement je ne le crois pas à condition que les choses soient claires et acceptées en toute connaissance de cause, et même si les sociaux-démocrates en ont fait les frais en 2006, et même si un autre choix nous aurait évité le naufrage qui a suivi, un parti politique est autant un groupe de débat d’idées que de combat. Si la démocratie est une chose nécessaire et souhaitable pour le débat d’idées, sur le champ de bataille il en est tout autrement. Il me paraît donc acceptable de distinguer une phase démocratique de discussion et une phase d’action où la démocratie est remplacée par la confiance envers l’équipe dirigeante. Confiance qui reste à restaurer.

Mais pour que cela soit possible, il faut sortir de l’ambiguïté détestable qui infantilise et instrumentalise les jeunes militants et transforme les anciens en militants cyniques.
Remplacer la démocratie par la confiance envers une équipe dirigeante pour des raisons objectives d’efficacité, en sachant que c’est un renoncement temporaire librement consenti au nom de l’efficacité du combat, n’est pas un reniement de ses valeurs mais bien une preuve de responsabilité et de maturité face aux enjeux collectifs.
Énonçons clairement les règles et les limites de la démocratie militante du PS et nous sortirons enfin de ce piège qui nous oblige à accepter le non-dit, parfois l’injustice, à accumuler la rancœur par faute, finalement, de maturité démocratique justement.

Il est plus que temps pour le PS de passer à l’âge adulte : les militants pas plus que les citoyens ne sont des « cons » qu’il faut savoir faire voter.

Question du choix

Il n’a échappé à personne qu’en plus des choix idéologiques, nous avions également un problème de choix de leader pour conduire les batailles dans leur dernière ligne droite. Le système est ainsi fait que si une campagne peut, et doit, être portée par des idées défendues pied à pied par tous les militants, pour être couronnée de succès cette campagne doit in fine s’identifier à un nom, un visage, une personnalité à l’instant du vote.
En 2006, nous avions inventé des primaires, quelques peu exotiques au regard des faibles possibilités d’échanges directs et contradictoires, mais expérience intéressante tout de même. J’ai à l’époque défendu le principe même de ces primaires, et pour 2011 j’ai même renouvelé l’attachement à un grand processus qui élargirait la base des militants à un électorat dépassant plusieurs centaines de milliers sympathisants (à moins, cela pose des problèmes de manipulations statistiques).
Aujourd’hui, je suis plus que circonspect vis-à-vis du principe des primaires, pour une raison technique : dans un tel scrutin il est impossible de garantir l’équité de la campagne, comment alors donner une légitimité au vote si ce n’est l’acceptation mathématique d’un vote structurellement biaisé ?

Et pourquoi ne peut-on garantir l’équité du scrutin ? Il suffit de retourner à 2006 pour avoir une illustration du problème et le comprendre.

À l’époque, la candidate qui fut finalement désignée bénéficiait du soutien de l’équipe dirigeante du PS ce qui fut très probablement déterminant au regard du fonctionnement du PS. Pour préserver l’équité, il aurait fallu qu’elle se dé-solidarise (réellement) de cette équipe et que cette équipe adopte une position de neutralité absolue. Et comment aurait-on pu lui demander de renoncer à ce soutien ? Cela n’a pas de sens, et encore moins en 2006 où les liens familiaux rendaient la situation encore plus inextricable. Parallèlement, le contre-pouvoir de la presse s’est exercé d’une façon peu satisfaisante et elle n’a pu ramener le débat à un niveau de rationalité et d’objectivité suffisant pour rectifier les biais de la situation.

Au-delà de ce cas, comment demander à un candidat bénéficiant d’une position avantageuse particulière d’y renoncer au profit de l’équité de la campagne ? Nous ne sommes pas dans une campagne qui est régie par la loi et les avantages dont bénéficient les candidats sont une part des motivations qui les poussent à être candidat.

Dit autrement, à moins d’une situation exceptionnelle où l’équité est là d’elle-même, il n’est pas possible de l’établir et de ce fait, la campagne sera toujours entachée de biais qui fausseront forcément le débat donc le résultat.

Par ailleurs, en l’état actuel des réflexions sur les primaires, un système de parrainage semble prévu pour éviter les candidatures « exotiques » ou carrément néfastes au processus lui-même. Certes, mais quel est le juge de paix ? Il y a peu d’espace à franchir entre la sélection raisonnée et la cooptation intéressée. Si je peux facilement donner des critères concernant les candidatures néfastes (idéologie incompatible avec nos valeurs, comportements excessifs, pas de capacités ou de qualités identifiables compatibles avec l’exercice du pouvoir, …) comment définir une candidature « exotique » ? Serions-nous capable de donner une liste rationnelle d’éléments objectifs pour choisir nos postulants ? Et ne pas le faire n’est-il pas l’expression d’un conservatisme, voire d’une peur et d’un manque notable de confiance envers nous-même ?

J’aimerais que ces primaires soit possibles et équitables. Nous saurons que le jour sera venu lorsqu’un militant anonyme du PS pourra, par ses seules valeurs intrinsèques, postuler à la candidature, et y accéder. Cela voudra dire que le « recrutement » de nos candidats se fera sur des qualités intrinsèques et ne sera plus perturbées par des qualités de circonstance, dont la plus encombrante est sans doute l’ambiance sondagière.

MarianneEn attendant, il faudra s’accommoder du système le moins mauvais possible en faisant le ménage dans les pratiques les plus détestables telle l’intimidation en section ou la cooptation par une élite. En l’état actuel, la primaire est un espace de débat mais dans le cas général, ce ne peut pas être un espace de choix démocratique où l’égalité de traitement est garantie. Le choix ne devrait pas à mon sens faire partie de la phase de confiance, mais belle et bien cette de la phase de démocratie : résoudre cette quadrature du cercle est un défi majeur.

Alors des primaires pour le débat et l’expression des idées oui, mais en l’état, il ne faut pas en espérer plus.

Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – I) Les Défis – 1ère partie

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Ce texte est la première partie d’une réflexion sur la refondation du PS et peut-être au-delà sur le futur du socialisme et de la social-démocratie ; il essaie d’analyser les défis auxquels nous sommes confrontés. La seconde partie tentera de donner des pistes de réponse à ces défis.

Il s’insère naturellement dans le travail du PS dont une partie de la réflexion collective a déjà abouti à plusieurs contributions et synthèses mais il cherche, autant que faire se peut, à trouver de nouvelles façons d’explorer les problèmes dans l’espoir de réussir à dépasser nos formatages qui sont une des causes qui nous ont mené à l’impasse.

Changer : nécessité, impossibilité

refondation du PS

Il y a au PS peu de choses qui font l’unanimité, mais la volonté d’un changement semble faire partie de ces choses.

Derrière cette volonté se cachent cependant bien des définitions du « changement » : changement de méthodes, changement de personnes, changement de génération, changement d’outils, changement profond du corpus idéologique, ou encore changement comme expression de la peur de devoir changer vraiment…

L’expression de cette volonté traduit également tout à la fois un refus, parfois encore un déni, et de plus en plus souvent maintenant, un espoir, la recherche d’un souffle nouveau, la crainte autant que l’espérance de la transcendance des anciennes idées.

Si changer est généralement une nécessité, c’est très rarement un choix pour chacun d’entre nous. Cela est encore plus vrai pour une organisation ou dans notre cas, un parti politique. Les groupes constitués fonctionnent selon des règles tacites ou explicites qui les stabilisent, qui les font avancer et leur évite d’exploser. La stabilité d’un groupe, bonne ou mauvaise, résulte d’une alchimie entre la volonté d’être ensemble et la réalité de forces antagonistes qui se neutralisent, se stabilisent de façon généralement non consciente, sur un équilibre aussi stable que possible.
Il en résulte une conséquence, un obstacle majeur à quiconque veut ou doit conduire un projet de changement : un groupe n’est généralement pas en mesure de trouver de lui-même et en lui-même les forces pour mener à bien ce changement, car s’il existait un chemin vers une meilleure situation pour ce groupe, cela aurait été déjà fait, et que dans le cas contraire cela signifie que le nouveau but à atteindre n’est pas optimal pour ce groupe, en l’état.

Un groupe ne change que suite à des perturbations extérieures fortes qui le contraignent à évoluer, ou des départs internes qui redistribuent les forces et permettent de retrouver un autre point optimal, que l’on espère meilleur que le premier.

Terrible défi alors pour nous : si les contraintes extérieures existent et ont été perçues et douloureusement ressenties avec nos échecs de 2002 et 2007, elles marquent une impérative nécessité mais n’insufflent pas forcément en elles-même une force capable de nous éloigner durablement d’une situation que nous savons pourtant perdante, voire destructrice si elle reste en l’état.

Parallèlement, 2002 et 2007 furent des échecs nationaux auxquels ont répondu en écho des succès locaux dont le dernier fut un des plus éclatants (les régionales 2010), ce qui peut laisser croire à une partie du PS que la situation est non seulement tenable, mais qu’elle pourrait peut-être même être souhaitable.

Faire un tel raisonnement condamnerait tout simplement le PS, et au-delà une partie de l’espérance qu’il porte ; en effet, si ce sont nos erreurs et nos échecs qui nous questionnent aujourd’hui, la cause profonde qui légitime un changement radical me semble être fondamentalement celle d’un découplage entre les fondements même de notre combat politique et ce dont a réellement besoin la société française, et au-delà ce qui légitime notre combat au nom de l’Humanité. Les victoires locales n’ont de sens que par rapport à une légitimité idéologique nationale, voire internationale dans le cas d’un parti internationaliste comme le notre. Sans cette légitimité nationale, nous sommes dans le cas de baronnies qui agoniseront avec leurs chefs.
Les motivations réelles de la refondation sont donc externes au PS et le parti n’a qu’un nombre restreint de possibilités quant à son avenir :
soit il lutte contre cette pression externe pour demeurer en l’état, et il finira par s’épuiser avant de disparaître,
soit il lutte contre cette pression externe sans arriver à maîtriser ses forces antagonistes internes et il se transformera en essaimant (ce qui s’est produit une fois de façon marginale avec le départ d’une partie de l’aile gauche radicale conduite par Jean-Luc Mélanchon)
soit il se nourrit de cette pression externe, utilise les dangers qu’elle induit comme moteur de sa mutation et le parti socialiste refondé pourra devenir le premier grand parti politique du XXIème siècle.

Dans le premier cas, l’agonie peut s’étaler sur plusieurs très longues années.

Dans le second l’essaimage sera sans doute aussi rapide que violent.

Dans le dernier cas que j’appelle de mes vœux, la mutation se fera sans doute sur quelques années, probablement en trois étapes :
une phase préparatoire qui nous permettra de gagner les présidentielles de 2012
la phase de réelle mutation pendant ce quinquennat qui parachèvera le travail fait pour 2012,
enfin, à l’issue de ce quinquennat la refondation définitive et le basculement vers une nouvelle République qui sera la première grande œuvre de cette refondation.

Si ce schéma s’avère exact, il est peu probable que le président élu en 2012 se représentera pour un second mandat. L’élection de 2012 devra permettre d’élire un président « pivot » maîtrisant le système actuel mais intellectuellement suffisamment ouvert pour permettre d’accoucher d’un nouveau monde ; le président de 2012 ne peut pas à mon sens être un pur produit de l’énarquie socialiste, le formatage étant il me semble trop structurant pour aller au-delà d’une amélioration, même forte, de l’existant.

Quelles que soient les qualités de notre candidat en 2012, il est a priori peu probable qu’une seule et même personne soit en capacité intellectuelle et culturelle d’être le meilleur pour être à la tête de deux modèles de sociétés tout en réalisant la transition de l’une à l’autre.

Rénovation ou refondation ?

refondation du PS

La question n’est pas anodine et sa réponse résultera du niveau de conservatisme du PS.

Rénover signifie que nos problèmes sont des problèmes de procédures démocratiques, intellectuelles, finalement administratives.
Rénover est l’expression d’une confiance dans un système qui a finalement perduré pendant des dizaines d’années et nous a mené plusieurs fois à la tête du pays, ce qui n’est pas si mal.
Rénover signifie avoir toujours confiance dans le modèle des élites dirigeantes formatées par quelques grandes écoles de pensée.

Il y a des arguments pouvant justifier une telle position, mais il y a surtout le poids des habitudes et des formatages éducatifs et culturels des individus, éléments qui sont vilipendés par les militants à travers des termes différents généralement peu aimables : solférinesque, éléphant(e), énarque, aristocratie, apparatchik, baron(ne)…

Lorsque l’on a été formé pour faire fonctionner un système, lorsque ce système est le support du combat de votre vie, lorsque ce système vous fait vivre, vous êtes forcément conservateur vis-à-vis de ce système et lorsqu’à l’évidence ce système doit changer, il n’est pas possible de dépasser son propre formatage et le changement se limitera à une réforme, non à ce cataclysme que représente la refondation. Cela est humain et légitime, mais à l’évidence il est des situations où ceci va à l’encontre de l’intérêt et de la volonté collective : il faudra aux cadres du PS un immense sens de l’intérêt collectif et des convictions très solides pour passer cet obstacle.

Refonder n’est pas un choix, pas un désir, c’est une nécessité qui promet du bruit et de la fureur, c’est un acte fondateur autant qu’un acte de survie, c’est un acte qui tue le présent pour donner une chance à une naissance à venir.

Refonder c’est questionner chacune de ses certitudes, chacune des briques qui nous façonnent individuellement et collectivement.

Refonder, finalement et ironiquement, c’est mener le combat révolutionnaire que nous avons accepté d’abandonner, mais une révolution sur nous-même, pas une révolution imposées à la nation à l’issue d’un combat sanglant.
Peu d’entre-nous sont à même d’envisager un tel bouleversement et de choisir délibérément cette voie, c’est à nouveau une affaire de personnalité, de formatage culturel mais aussi de hasard de vie. Alors si nous devons nous y engager, soyons sûr de nos motivations et de nos forces.

Les défis décrits ci-dessous seront donc à appréhender à l’aune de nos capacités à rénover ou à refonder. Et pour que l’un ou l’autre des chemins puisse aboutir, ces défis solliciteront également notre capacité d’écoute et de compréhension auprès de ceux qui seront sur le chemin minoritaire du changement. C’est ensemble que nous changerons, ou dans la fureur de la désunion que nous sombrerons avec nos espoirs.

(a suivre)

PS, Home, sweet home

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home

Comme à mon habitude, j’ai essayé de prendre un peu de recul après notre échouage de dimanche dernier.

Je ne suis pas sûr qu’il y ait tant à en dire, en tout cas moins que ce qui a pu être dit. Finalement, je crois que les français nous ont simplement envoyé un message : vous avez sans doute raison à propos de Sarkozy et peut-être que votre projet européen était mieux que le sien, mais tant que vous passerez votre temps à vous chercher des poux, nous ne pourrons vous faire confiance. Dont acte, mieux valait entendre ce message à cette élection là qu’à une autre. A nous de mettre à profit la leçon.
Autre élément intéressant : la collision entre l’élection et le film Home de Yann Arthus Bertrand. Lorsque je l’ai visionné, j’ai regretté au combien que notre discours ne se soit pas porté sur l’écologie. Certes, l’écologie est une appropriation finalement récente des socialistes, même si pas mal d’entre nous s’y intéressaient depuis longtemps. Mais il est clair que peu de français doivent avoir une idée, ne serait-ce que vague, de notre niveau de réflexion sur le sujet. Les socialistes s’y intéressent-ils vraiment ? En quoi diffèrent-ils des écologistes ?

Pour vous en donner une idée, j’ai ressorti un texte qui a quelques années et qui a été écrit après la primaire socialiste dans le cadre des travaux du manifeste socialisme & démocratie. Ceux qui ont vu le film home y trouveront des passages qui auraient pu servir de base de script de ce film, dont celui-ci :

Enfin, deux expériences tirées de l’histoire de notre planète sont à méditer : un changement climatique planétaire a entraîné la grande extinction des espèces du permien (entre autre due à un dégazage massif qui modifia la composition chimique de l’atmosphère), et la modification volontaire de l’écosystème de l’île de Pâques (déforestation) a provoqué la disparition de la société Rapa Nui au XVIIème siècle. La modification de la chimie de l’atmosphère terrestre, celle de notre écosystème, peut avoir des effets potentiellement cataclysmiques sur nos sociétés.

Sommes-nous des écolos bis ? Non, nous nous distinguons d’eux, entre autre par notre refus d’une vision “romantique” de l’écologie. Nous avons la volonté d’agir rationnellement sur l’économie, la société et les éco-systèmes. :

Comparativement, les mouvements altermondialistes sont plus en pointe sur la question mais ils apparaissent sur la question écologique plutôt comme des mouvements conservateurs voire réactionnaires en quête d’une sorte de replis sur un monde « idéal » s’appuyant sur une « harmonie agricole » (le bon sauvage est devenu l’agriculteur récoltant respectueusement les fruits de la terre nourricière et commerçant dans un monde policé). Nous nous ancrons dans un monde qui se développe, qui progresse, pas un monde qui se replie sur lui-même, voire récessionniste pour certains points de vue extrémistes (sans doute les héritiers contemporains de Malthus). Le développement durable est tout à fait compatible avec une économie florissante qui se projette à long terme.”

Enfin, autre élément passer sous silence par le film Home, nous nous positionnons clairement sur le nucléaire. Nous affirmons notre volonté d’en sortir, nous présentons un chemin possible, mais nous annonçons clairement qu’en l’état, ce sera long, cela prendra plusieurs générations. C’est à notre connaissance, la seule proposition qui concilie réalisme, faisabilité et volonté écologique sur le sujet. Reste à trouver un parti social-démocrate en ordre de bataille, et qui inspire à nouveau confiance aux français.

Droit de la vie, Droit de la mort : II

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J’ai déjà exprimé mon avis sur la redéfinition du droit de la vie à travers par exemple l’évolution du droit sur la Gestation Pour Autrui. Deux actualités nous invitent à réfléchir sur son pendant, le droit de la mort, à travers l’actualité de la tragique guerre d’Afghanistan (que j’ai traité dans un post précédent) et sur un point d’aspect assez différent découlant de la parution au journal officiel de deux textes de loi permettant de donner une identité à des enfants mort-nés.

Il est en effet désormais possible d’inscrire un enfant mort-né sur le livret de famille, et donc de reconnaître son existence et sa mort, même si cette loi ergote encore sur l’existence « légale » de cet enfant. Pour les familles, c’est sans doute un vrai progrès car cela permet de « matérialiser » le deuil, ce qui est une réelle aide psychologique pour eux. Jusqu’à ce jour, un enfant-mort né était une perte, pas toujours visible, dérivant sur deuil généralement impossible, non dissible. Pas de corps à enterrer, pas de recueillement formel, rien en support d’une parole qui ne pouvait se libérer. Il était donc parfois difficile, voire impossible de passer le cap et l’enfant mort rejoignait alors le tiroir des lourds secrets de famille quand ce n’était pas celui du déni qui ronge et détruit.

Pour le processus de deuil, ce nouveau droit est donc un réel progrès. Il existe cependant une difficulté, qui est celle de se reposer la question du droit à l’avortement.

Je défends sans condition le droit qui est donné par la loi de choisir, même si je dois bien confesser que je ne sais pas ce que je ferais dans un tel cas. Il n’empêche qu’aux yeux de la loi, l’avortement est maintenant un acte qui conduit à la mort, et plus un acte qui stoppe une potentialité de vie. Dit autrement, c’est un acte d’euthanasie. J’avais déjà exprimé ma position sur l’euthanasie en général il y a quelques temps : pour moi, elle doit être reconnue par la loi mais sa mise en œuvre doit prendre en compte trois composantes, l’avis libre et éclairé de l’individu concerné, l’avis de l’entourage proche (mais quel en est la définition ?), l’aval de la société. Ici, par définition, l’individu concerné ne peut donner son avis. A moins de considérer que le fœtus et la mère sont un seul et même individu endosymbiotique. La gestation pourrait être vue comme une symbiose temporaire, l’avortement serait alors un acte de séparation anticipée du symbiote, donnant naissance à un individu non viable. L’acte de séparation doit alors être justifiable du point de vue de l’intérêt de la mère, en accord avec l’entourage proche, dans le respect du cadre fixé par la société. J’ai conscience de la particularité de cette vision de la maternité, mais à défaut d’être sûr de sa justesse, je pense qu’elle permet au moins d’aborder le problème de la définition légale de la vie sous un jour différent, plus rationnel et scientifique, et donc de sortir éventuellement du blocage entre pro et anti-avortement et de son imbroglio juridico-religieux. On voit ici que le droit de la vie et celui de la mort sont directement liés par un choix qui doit être encadré, réfléchi, éclairé.
Je  ne prétends évidemment pas à moi seul résoudre ce difficile problème humain, éthique et juridique, mais je pense qu’il est important de continuer à réfléchir sur le droit de la vie et celui de la mort pour un jour aboutir à une société juste et apaisée. Le progrès proposé par cette loi peut nous y aider.Pour une fois, ce gouvernement a réussi à proposer une loi potentiellement source de progrès.

Droit de la vie, Droit de la mort : I

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Deux actualités nous invitent à réfléchir sur des questions de droits essentielles à l’identité de notre société : le droit de la mort, à travers la tragique guerre d’Afghanistan qui a tué ces derniers jours dix de nos militaires et la parution au journal officiel de deux articles permettant de donner une identité à des enfants mort-nés (que je traiterai dans un second article).

Sur la guerre d’Afghanistan d’abord, à travers nos morts, la légitimité de leur action et du fait qu’une action militaire en terre étrangère n’est jamais un acte anodin se résumant à quelques décisions prises par un myope trop pressé.

Grâce à la détermination de Robert Badinter la France fait partie des pays qui peuvent s’enorgueillir d’avoir aboli la peine de mort pour les actes commis par des individus en temps de paix sur son sol.  Même si à quelques occasions, l’actualité traitée de façon émotionnelle fait ressurgir le débat pour telle ou telle catégorie de criminels, une grande majorité des citoyens réussit à faire la part des choses entre une pulsion immédiate de vengeance qui peut saisir tout un chacun suite à un acte au-delà du dramatique, et les principes qui doivent guider les juges pour construire une société cherchant à contrôler ses démons pour se construire un avenir de progrès. Nobles sont les principes de l’abolition de la peine de mort même si je jugement a parfois du mal à passer.

Mais il serait un peu rapide en besogne de s’arrêter à ce point de satisfaction, car si nous reconnaissons effectivement l’abolition de la peine de mort pour nos criminels, nous passons sous silence d’autres cas. Le droit français et international ne statue pas par exemple sur la mort donnée en service commandée par les services secrets (là cela tient du « droit coutumier ») et ne statue que faiblement sur le droit de tuer dans une opération militaire.

Comment faire évoluer le droit sur ces points ? La nature extranationale de ces cas impose de disposer à la fois d’un organe législatif et d’un tribunal mondial. Si les TPI ,TCI, CIJ font l’affaire pour ce qui est du tribunal (encore faudrait-il qu’ils soient reconnus par tous), on a plus de mal à trouver une assemblée législative votant les lois du monde de façon démocratique et représentative. Par ailleurs, le cas des opérations de guerre pose un problème particulier dans le sens où la responsabilité est celle d’un pays (ou d’un groupe sociologiquement cohérent) sur un autre ; si l’on veut être cohérent, il faut juger la culpabilité d’un ensemble et pas des individus pris séparément, en général le chef et ses adjoints directs. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en droit international, nous sommes loin de cela et que nous avons généralement droit à la justice du vainqueur vis-à-vis de ceux qui sont considérés comme individuellement responsables de tout, ce qui est plus simple et plus rapide. Nous sommes hélas plus dans une logique de vengeance et d’apparence qu’une logique de justice permettant de faire progresser la société, ce qui conduit à des dérives, pour ne pas dire crimes, du type de Guantanamo.

En guise de conclusion, je vous propose une question. Voteriez-vous aujourd’hui la mort de Louis XVI ? Question exotique, mais qui permet de réfléchir sur la relation entre individu et société dans le cas du droit sur la mort. Louis XVI était probablement un brave type qui n’a pas, dans son esprit, trahi la 1ère République, mais il avait ceci de particulier qu’il incarnait l’ancien régime et que pour exister, la nouvelle société française que voulait mettre en place la révolution devait d’abord tuer symboliquement la royauté, c’est-à-dire éliminer physiquement Louis XVI. Dans un tel cas, un républicain, même fervent défenseur de l’abolition de la peine de mort, pouvait difficilement faire autrement que de condamner le roi. Il est des cas où le progrès collectif passe par un conflit de conscience et de principes, au dépend de l’individu. Mais la résolution de ce conflit ne doit jamais être arbitraire.

Nous sommes loin d’avoir fait tout le chemin nécessaire.

La question écologique

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Contribution au manifeste social-démocrate écrite en collaboration avec le forum des 3socs.

On nous le dit, on nous le répète, pour bien vivre il faut être écolo, bio, développement durable, HQE, anti-OGM et tout un tas de choses qui bien qu’imprécises, tournent autour d’une prise de conscience récente : les sociétés humaines sont arrivées à un niveau où leur impact peut profondément modifier l’état naturel des choses…

Lire la suite ici.