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Pourquoi les ordinateurs de Bercy donnent probablement une mauvaise estimation de la richesse

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smithwon011frontispiece J’ai dernièrement publié un article sur Le Cercle des Échos traitant d’un aspect très particulier de l’économie numérique, à savoir un probable début de décorrélation entre la valeur monétaire des services numériques et leur valeur intrinsèque, à savoir la richesse qu’ils apportent à ceux qui l’utilisent.

Nous, comme les entreprises, utilisons tous les jours de tels services, et de façon de plus en plus  importante : du simple service de mail qui nous permet de communiquer chaque jour sans payer quoi que ce soit pour nos envois (même pas l’équivalent d’un timbre), aux bases de données planétaires qui nous apportent un niveau de connaissance incroyable sans avoir à débourser ne serait-ce que l’équivalent d’un abonnement à la bibliothèque municipale, jusqu’à des services comme la publicité numérique par exemple qui nous permettent de récupérer de l’argent sonnant et trébuchant. Et il ne s’agit là que de services peu évolués.

La baisse drastique des coûts et la (vraie) gratuité sont deux des caractéristiques remarquables de l’économie numérique. On constate donc d’un côté une augmentation forte et continue de services numériques qui d’une façon ou d’une autre nous apportent de vrais éléments de richesse, et de l’autre une absence de valeur monétaire. Dans le milieu professionnel ceci est encore accentué par le fait que ces services numériques remplacent la vieille et coûteuse informatique.

euroOr si l’on a d’un côté une augmentation de la richesse et de l’autre aucune valorisation financière, il n’y a qu’un pas pour arriver à la conclusion que les calculs de PIB (entre autres) ne reflètent plus la réalité.

La question est ensuite de savoir si cette richesse monétairement invisible est marginale ou pas. L’économie des services numérique en ligne en France pèse environ 1 milliard d’euros et les mécanismes de cette économie utilisent presque systématiquement une entrée de gamme gratuite. On peut en conclure que non, la richesse invisible n’est pas marginale, et qu’en plus elle croît très rapidement.

Une autre question est de savoir si cette richesse invisible est de l’ordre du nécessaire ou du superflu, c’est à dire si cela nous aide à satisfaire tout ou partie de nos besoins « fondamentaux » ou si c’est une richesse dont nous pourrions facilement nous passer même si elle satisfait nos égos ou nos caprices. Il me semble que c’est les deux à la fois. Si on pourrait aisément remplacer tous les services du type loisir par exemple, les services apportés par les services de partage, ceux qui évitent des dépenses de transport ou qui nous apportent une information utile, sont eux de l’ordre du nécessaire. Pour ne prendre qu’un exemple, ne pas être obligé d’avoir sa propre voiture car on peut aisément s’en sortir avec les services de co-voiturage représente clairement une richesse invisible de plusieurs milliers d’euros par an.

220px-René_ThomSans doute comprenez-nous mieux maintenant ma question sur la probable mauvaise estimation de la richesse française. Combien de points de croissance représente cette richesse invisible ? N’est-t-on pas entré dans une période d’inflexion où pour reprendre la théorie des catastrophe de René Thom, les modèles d’évaluation de la richesse d’avant sont incapables d’estimer la richesse réelle du monde d’après puisque les modèles ont changé ?

En tout état de cause, la création d’une richesse invisible du point de vue monétaire est un constat. Cette richesse croît et n’entre pas dans les statistiques. Ce qui a une première conséquence heureuse : notre situation économique est probablement meilleure que ce qu’indiquent les statistiques ! Mais cela doit aussi inciter nos élus a accélérer l’incorporation des mécanismes de l’économie numérique dans leur façon de comprendre les problèmes. Il faut que l’action publique promeuve l’alphabétisation numérique pour que tous les citoyens accèdent à cette richesse invisible. Au-delà, il faut commencer à penser les services publiques de façon à incorporer les mécanismes de gratuité du numérique en lieu et place des coûts de l’ancienne économie. Dans le monde de la connaissance et de la connectivité qui se construit actuellement, un service public est probablement une richesse, plus un coût.

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