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Nucléaire, éolien et gaz, le défi énergétique : illustration en Iroise (Bretagne)

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Dans mon texte des défis, j’avais mis en avant quatre obstacles majeurs à traiter pour les politiques d’avenir de la France  :

  • la rupture climatique et ses conséquences écologiques (dont j’ai traité un aspect concret avec mon post sur les algues vertes en Bretagne)
  • la bascule démographique
  • la dématérialisation numérique de nos sociétés(c) creative commons : Otourly
  • et enfin la rupture énergétique.

C’est une illustration concrète de ce dernier point que je voudrais aborder dans cet article, en prenant pour illustration l’Iroise (où j’habite). Pour ceux qui localisent mal ce pays breton, c’est le bout de la pointe nord du trident Breton (là où se trouve d’ailleurs la pointe la plus à l’ouest de la France continentale, qui n’est pas la pointe du Raz comme on le croit trop souvent, mais le cap Corsen).

La Bretagne dans son ensemble et l’Iroise en particulier, illustrent très bien les ambiguïtés et incohérences des choix énergétiques Français.

De part sa situation géographique, l’Iroise, comme la Bretagne, est déficitaire en énergie et sa situation en bout de ligne fragilise la distribution, à tel point qu’il n’est pas exceptionnel d’avoir une ou deux coupures de courant dans l’année. Et à chaque pointe de consommation réapparaît le spectre de la coupure de délestage. Comme les prévisions de consommation sont plutôt largement à la hausse (imaginez ce qui se passera lorsque chacun rentrant chez lui entre 18h et 19h avec sa voiture tout électrique et la branchera pour la recharger…), la question de construire des générateurs se posent avec force.

On le sait, l’énergie en France est d’abord nucléaire. La Bretagne a deux singularités concernant ce mode de production : Brennilis et Plogoff. Brennilis nous instruit sur la difficulté à démanteler une centrale nucléaire (le nucléaire ne pose que deux petits problèmes : on ne sait pas quoi faire lorsque cela explose, pas plus qu’on ne sait gérer correctement les déchets). Quant à Plogoff, cela montre le rejet et la peur, plus ou moins rationnels, que représente culturellement le nucléaire.

Pour les sociaux-démocrates, le nucléaire est tout à la fois la seule solution actuelle pour produire à grande échelle l’énergie qui nous est indispensable, et une solution technologique dont il est souhaitable de sortir, mais selon une démarche rationnelle qui prend en compte aussi bien les aspects de sécurité, économique, et sociaux. Fermer les centrales sans rien proposer qui soit au minimum équivalent est une tartufferie, continuer sur le tout nucléaire inacceptable. La démarche proposée est que pour chaque centrale que l’on serait amené à construire parce que c’est nécessaire, on en ferme au moins autant en fermant les plus dangereuses (Chinon, Fessenheim par exemple au démarrage de Flamanville), et que l’énergie supplémentaire manquante soit produite par des moyens complémentaires (éolien, hydrolien, …). Ouvrons à chaque étape une négociation : ce dont on a besoin et ce qui peut permettre de répondre à ces besoins. Ce processus aboutira plus ou moins rapidement à la disparition complète du nucléaire en fonction des meilleures solutions à une époque donnée et des efforts communs que chacun consentira à faire.

La notion d’effort commun n’est pas un vain mot et c’est peut-être la principale difficulté. En matière d’énergie, chacun est prompt à exiger de consommer sans restriction, et tout aussi prompt à refuser de produire près de chez lui de quelque façon que ce soit. On pourrait croire que la production d’énergie par éolienne est plébiscité dans une région qui a refusé avec tant de fougue le nucléaire. Hélas, le champ d’éoliennes que j’aperçois de ma fenêtre rencontre son lot d’opposants, avec des arguments qui tiennent parfois plus du fantasme que d’autre chose. Si les éoliennes dans les champs posent problèmes, alors construisons-les en mer. Mais là aussi, des collectifs contestent immédiatement les projets d’implantation. Soit, construisons alors une centrale classique au gaz. Patatras, un nouveau comité anti-centrale au gaz se met en place.

Non à une Centrale Gaz/Fuel à Guipavas

Reste donc les efforts d’économie et de production domestique. Hélas, si on peut espérer à terme équilibrer les besoins des foyers, cela n’est absolument pas suffisant pour les entreprises, même lorsque la plupart sont des TPE/PME comme en Iroise. Que dire alors des bassins industriels lourds ?
On sait produire toute l’énergie nécessaire, on sait même en produire une bonne partie d’une façon qui respecte les écosystèmes. Mais quel que soit le mode de production, l’obstacle principal est l’acceptation locale. Nous sommes dans un système où le citoyen se sent systématiquement agressé lorsqu’il s’agit de construire une centrale. Or on peut facilement deviner que cette opposition n’est pas forcément rationnellement fondée, et qu’il est possible que cette opposition soit plus le résultat d’une approche qui donne le sentiment que l’on imposera une solution coûte que coûte, fruit d’une erreur de méthode, fruit d’une incompréhension, peut-être aussi d’une administration d’État qui apparaît trop arrogante.

Je n’approuve pas cette opposition systématique, pas plus que je n’approuve les passages en force. Face à un problème objectif d’une consommation électrique qui n’est pas satisfaite par une production suffisante, il me semble possible de trouver des solutions sans déclencher à chaque fois une guerre picrocholine.

4 thoughts on “Nucléaire, éolien et gaz, le défi énergétique : illustration en Iroise (Bretagne)

  1. Bangor on said:

    Tu fais de gros progrès sur le sujet, ami Bloggy.

  2. J’affine et précise ma pensée en la confrontant à la réalité locale. L’outil s’aiguise mais l’horizon idéologique ne change pas. 🙂

    L’important, au milieu des passions de ce problème, c’est bien de montrer que les sociaux-démocrates proposent des solutions raisonnables et que nous ne sommes pas là pour ajouter une voix velléitaire de plus, mais bien une voie vers des solutions. La terre de Bretagne est un bon terrain pour tester nos capacités de négociation…

  3. Je partage en partie l’analyse de ce texte.

    Cependant deux choses, il me parait présomptueux de parler au nom des sociaux-démocrates pour affirmer que  » le nucléaire est tout à la fois la seule solution actuelle pour produire à grande échelle l’énergie qui nous est indispensable, et une solution technologique dont il est souhaitable de sortir, mais selon une démarche rationnelle qui prend en compte aussi bien les aspects de sécurité, économique, et sociaux.  »
    C’est ta pensée, éventuellement celle d’autres personnes, mais est-ce que je me sents représenté par celle-ci ?

    De même, personne n’évoque me semble t-il de fermer les centrales sans rien proposer d’équivalent, d’autant plus si l’on compte la sobriété énergétique dans le panel de solutions.

    Les énergies renouvelables recelent des potentialités gigantesques, imaginons les progrès réalisables si les sommes actuelement dirigées vers le nucléaire étaient réaffectées. Celles-ci doivent être décentralisées, partout en chaque chose presque, tout en redéfinissant un nouveau secteur industriel.

    Même si le nucléaire est nécessaire, est-il supportable, possible ? Si l’on répond oui et non à ces deux questions, la contradiction remet en cause plus profondément nos modes de vies…

  4. Ce que j’ai écrit ici sur le nucléaire est grandement issu de ce qui a pu être écrit et échangé lors des travaux sur le manifeste de socialisme & démocratie. Je ne pense pas qu’il y ait eu une profonde évolution par la suite, mais il est exact qu’il est un peu compliqué d’écrire quelle que chose que ce soit au nom de tous les sociaux-démocrates puisque nous manquons d’une voix forte identifiable (j’ose quand même le faire !). Nous existons malgré ce manque d’identification, ce qui est à la fois une force et une faiblesse.
    Ceci dit, je pense quand même n’avoir pas outrepassé notre vision partagée du problème.

    Sur la fermeture des centrales et la façon de les remplacer, je pense qu’il y a une très très grosse ambiguïté quoi qu’on en dise, à la fois sur le rythme et la façon de le faire. Pour les tenants de la décroissance, dont nous ne sommes pas, le problème est résolu à la fois par des unités de production écolo-compatibles et une forte diminution de la consommation. Or je ne crois pas à une décroissance de la consommation énergétique, malgré les progrès des économies d’énergie, et j’ai le net sentiment que c’est la position au PS, position qui mériterait largement d’être plus précise. L’exemple des voitures électriques est typique : on peut sortir du pétrole avec l’électrique, faut-il encore être en mesure de produire plus d’électricité !

    Au moins ici, j’expose une façon de faire, un chemin simple et compréhensible qui à chaque fermeture d’une centrale nucléaire ouvre un dialogue et donne des critères rationnels de choix. Objectif, méthode, dialogue, raison : des outils socdems.

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