Virons-les !

chomage sources insee

Pour les européennes, de fins tacticiens se sont évertués à (ne pas) trouver des arguments subtils pour faire voter les citoyens. En découvrant les dernières statistiques du chômage, je me dis qu’il faut faire fi de la tactique et de la subtilité : 58000 chômeurs de plus (le tiers d’une ville comme Brest), 2 millions et demi de chômeurs (3,5 si on compte les gens ayant une activité “réduite”) c’est largement suffisant pour aller aux urnes prendre la Bastille !

Et l’on pourra bien m’objecter les milles et unes excuses savamment distillées depuis des mois, “c’est la faute aux subprimes”, “ce sont des élections européennes qui n’ont rien à voir avec la politique nationale”, “les autres ne feraient pas mieux”, “cela va s’arranger bientôt”, je m’en fous ! L’UMP est au pouvoir depuis 2002 et depuis 2002, cela va de mal en pis. Sarkozy est au pouvoir depuis 2007 et depuis 2007, il a réussi à battre tous les records de catastrophe économique de la Vème République et l’on en est à chercher dans les statistiques des années 50 des références qui soient pires. Sauf que les années 50 sont des années d’après-guerre et que nous sommes censés vivre des années d’après euphorie !

chomage sources insee

Continuons à ne rien faire et c’est le cap des 3 millions de chômeurs qu’il faudra tenter d’éviter. Situation incroyable alors que nous vivons une période démographiquement historique favorable au plein emploi, période qui ne se reproduira sans doute pas avant un siècle au minimum !

Continuons à ne rien faire et Sarkozy nommera en juin un gouvernement sarkofillon-bis qui continuera à faire des choix qui sont l’antithèse du bon sens, mais qui permettent à quelques uns de se pavaner pendant que d’autres se demandent comment faire vivre leur famille.

Continuons à ne rien faire et Sarkozy continuera à promettre toujours et ne tenir jamais comme à Gandrange, continuera à faire des prévisions économiques systématiquement fausses comme sur la croissance, continuera à s’agiter toujours, éternellement stérile si ce n’est dans l’absurdité de son incompétence.

Aujourd’hui, les sondages indiquent que plus de 70% des français lui disent non. C’est encore trop peu pour qu’un homme comme lui comprenne tout le mal qu’il fait à la France et aux Français. C’est trop peu pour qu’un parti comme l’UMP retrouve un minimum d’honneur, honneur qui s’appelait jadis gaullisme.

Je soutiens au sein du PS la refondation sociale-démocrate, mais peu importe : allez voter pour qui vous voulez, mais allez voter pour stopper cette machine infernale, le sarkozysme.

La stratégie de la moche au bois pionçant

Mai 2009.

UMP carabosse

Dans une discussion récente, un de mes amis me faisait la réflexion suivante sur les européennes : “avec tous ces mouvements sociaux, la crise et tous ces gens dans la rue, on veut nous faire croire que Sarko va faire 28% !”.

Ce qui m’inspira deux réflexions : 28% lorsque l’on est le seul parti de gouvernement ce n’est pas exactement un sommet (tiens au passage, où est passé le nouveau centre ?). Et effectivement, lorsque même les agriculteurs descendent bloquer les grandes surfaces, on peut se dire qu’il y a comme un décalage entre les Français qui sont dans le trou à cause de l’hyperventilation imprévoyante de ce gouvernement brutal et les intentions de vote de ces mêmes français.

Mais voilà, sarkofillon a inventé la stratégie qui (nous) tue pour les européennes : le kan-on-est-moche-on-s’planque-et-on attend-k’sa-passe. Technique efficace finalement car si les candidats très tardifs de l’UMP venaient à défendre une quelconque ligne politique de droite devant les médias, même les journalistes les plus aimables devraient leur faire inopportunément remarquer que cette idéologie a mené au chaos mondial, européen et national, rien de moins. Ce n’est tout de même pas rien d’entendre un agriculteur de la FNSEA clamer haut et fort que si le prix du lait est au niveau des chaussettes, c’est la faute à la dérégulation mise en place par le libéralisme de la commission et qu’il faut un marché régulé ! D’ici à ce qu’ils virent socdem dans les campagnes, il n’y a plus des kilomètres !

Autre élément de cette stratégie, la jolie berceuse sur fond de y-aura-un-nouveau-gouvernement-avec-allègre-valls-ou-jack. Quelle belle musique ! Comme les Français ne veulent pas un nouveau gouvernement mais une nouvelle politique, ils en sont pour leur frais et au passage, cela permet au sein du PS toujours parasité par ses maux post-présidentielle-ratée de désigner par avance des coupables qui n’ont rien fait. Cela en détend certains…
Alors, permettez-moi de dissoner au milieu de ce conte pour gnomes avachis.

  1. La politique de l’UMP menée par Sarkozy et Fillon a échoué, ils doivent être sanctionnés.
  2. La politique européenne menée par le PPE et Barroso a échoué, ils doivent être sanctionnés.
  3. Le PSE propose une politique d’inspiration social-démocrate, régulatrice, protectrice et le PS est le parti qui défend en France cette politique, ils doivent accéder au pouvoir européen.

Et sinon, vous pouvez toujours manifester contre ceux pour lesquels vous votez, mais renoncez alors à tout espoir. Le joli compte de la moche au bois pionçant n’est rien d’autre qu’un cauchemar.

Réflexions de fin de semaine

Deflation en FranceDeux réflexions rapides cette semaine.

D’abord le droit de réponse de Cambadélis suite à un article du Figaro très orienté “le PS est dans les choux”. Vous pouvez lire le texte en cliquant ici, mais en substance, il dit deux choses :

  1. Les estimations de vote pour le PS aux européennes est dans la bonne moyenne des scores du PS à ce scrutin. En aucun cas, un score entre 20 et 24% ne représente un désaveux électoral, bien au contraire. D’ailleurs, la gauche dans son ensemble est plutôt en forme pour juin 2009.
  2. Les estimations de vote pour l’UMP a contrario, montrent une sévère défiance des français. A moins de 30% (27% pour le sondage qui nous intéresse), cela représenterait un sévère camouflet pour un UMP censé être majoritaire dans le pays.

Deuxième point d’actualité, nettement moins réjouissant : la menace déflationniste. En avril, nous avons atteint un niveau historiquement bas et les projections donnent une entrée en déflation probable en mai, d’autres projections estiment que ce ne sera que passager et que la hausse du pétrole par exemple, devrait nous faire rapidement sortir de cette mauvaise passe déflationniste.

Hélas, et même si je ne suis pas économiste, je suis loin d’en être sûr pour deux raisons :

  1. d’abord, je craints que mettre le pied dans l’univers déflationniste n’entraîne une menace de rupture de modèle (actuellement, l’économie fonctionne selon un certain modèle, le risque est celui d’une catastrophe au sens de René Thom : on passe brutalement à un autre mode de fonctionnement structurel). Si c’est le cas, il est impossible de prédire ce qui se passera après.
  2. depuis 2006, je ne cesse d’insister sur la rupture énergétique, c’est à dire l’entrée dans un marché énergétique chaotique aux oscillations fortes et rapides. Niveau force, nous l’avons constaté depuis 2008 avec une montée en flèche du prix du pétrole, suivie d’un gadin tout aussi spectaculaire. La rapidité n’est pas encore là, heureusement. La relative accalmie actuelle s’explique assez bien par la crise qui a ralenti la demande, mais qui accélère également la transition énergétique (l’offre de propulsion hybride augmente, l’ajout d’éthanol ou de diester grimpe). Dans de telles conditions qui vont structurellement dans le sens d’une diminution de la consommation de pétrole, on voit mal comment celui-ci serait durablement un moteur contre-déflationniste.

Mon raisonnement est certes très spéculatif, mais sur le fond, je redoute une rupture de modèle économique sur laquelle nous n’aurions aucune prise. Mieux vaudrait faire tout ce que l’on peut avant d’entrer dans la zone dangereuse plutôt que d’espérer que tout ira bien tout seul. Difficile de dire quand il sera trop tard, mais nous devons utiliser tous les moyens disponibles, nationaux et européens pour rester dans une zone où nous savons avoir quelques prises sur l’économie.

Envoyons ce message fort lors des élections européennes : exigeons d’avoir un gouvernement qui n’attend pas de “voir” et une europe dont l’action ne se limite pas à la main invisible du marché.

L’union européenne terre d’avenir pour l’Islande

EuropePeut-être sommes-nous depuis trop longtemps au sein de l’Europe pour bien saisir combien l’Union représente un espoir d’avenir pour les peuples.

Peut-être avons-nous baissé trop longtemps les bras devant l’idéologie dominante du laissez-faire le marché, tapez dans la caisse et méprisez les lendemains et que nous avons perdu la volonté de renverser l’ordre établi, pour promouvoir ne serait-ce qu’une République social-démocrate en France sur le modèle classique des autres pays européens.

Et bien les Islandais viennent judicieusement de nous montrer le chemin à suivre pour le prochain vote. Après avoir viré avec pertes et fracas le gouvernement libéral qui avait mis leur État en faillite, leur nouveau gouvernement social-démocrate s’apprête à demander leur adhésion à l’Union dans les plus brefs délais.

Pensez-vous pouvoir agir plus vite que les Islandais en virant les dirigeants calamiteux avant le crash final ?

Buzz ou appel au secours ?

Dominique Strauss-Kahn

Il y a des rumeurs qui ont la vie dure et celle qui annonce Dominique Strauss-Kahn à la tête d’un gouvernement d’union nationale en fait partie. Sous une forme ou une autre, on la retrouve aussi bien sur le point, ouest-france, le Figaro, lepost.fr, politique.info, et même sur canal Jimmy, et la liste n’est pas exhaustive.

Ce qui est intéressant, c’est qu’en fonction des sources, les motivations sont annoncées comme différentes : lorsque cela est supposé venir de l’Elysée, il s’agirait d’une machiavélique diversion, lorsque l’info est remontée par la coalition des antis-tout, il s’agit d’une preuve de la collusion de la gauche et de la droite appelée aimablement umps.

A la rigueur, pendant le G20, cela aurait pu passer pour une récupération gros-sabots du succès personnel de DSK à ce sommet, mais le G20 est maintenant bien loin.

Comme je suis un gros naïf, je me demande si cela ne serait pas tout simplement l’expression d’un double appel au secours. Appel au secours pour un gouvernement d’union nationale capable d’en finir d’une part avec ce gouvernement qui a tout raté depuis son arrivée et pour en mettre un en place capable d’enfin prendre la mesure des problèmes et accessoirement renvoyer Nicolas Sarkozy inaugurer les chrysanthèmes, une des rares activités où il ne risque pas de faire passer la France pour un peuple sans honneur, sans grandeur, avide et petit bras.

Appel au secours d’autre part, d’hommes et de femmes reconnus pour leurs compétences, respectés internationalement, compétents dans leur domaine et capables de piloter le navire France dans la tempête actuelle en bonne intelligence avec les autres États (tout ce qu’a raté jusqu’ici Nicolas Sarkozy).

Certes les gouvernements d’union nationale ne sont guère dans les habitudes françaises (c’est d’ailleurs un des arguments de DSK pour rejeter l’idée de sa nomination au poste de 1er ministre), mais nous ne sommes pas dans une période très habituelle et contrairement à Dominique, je pense moi que la nécessité fait loi et qu’un tel gouvernement aurait réellement un sens, même si je préfèrerais que le directeur du FMI finisse les réformes qu’il a commencé à mettre en place (ceci dit, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de passer prendre le café pour discuter de mon avis éclairé…).

Ce devrait d’abord être un gouvernement dont les bases seraient social-démocrates, seule idéologie ayant un tant soit peu résisté au tsunami actuel et surtout idéologie mettant en avant le contrat et le dialogue, éléments indispensables dans une telle période.

Les acteurs de ce gouvernement devraient d’abord être nommés sur leurs compétences, leur parcours, leur sens du devoir et de l’État (évidences si rares tant on a quelques difficultés à retrouver des exemples ces dernières années…).

Ce gouvernement devrait regrouper les tendances politiques majeures du paysage politique (gauche de gouvernement, centre, et droite républicaine).

Enfin, le mandat de ce gouvernement devrait préparer à de nouvelles élections dont l’un des enjeux serait de passer à la VIème République, la cinquième étant clairement arrivée à une impasse dont les dysfonctionnements sont préjudiciables aussi bien aux citoyens qu’à la place de la France au plan international.

L’anniversaire sera-t-il fêté ?

constitution octobre 1958

Une angoisse m’étreint depuis quelques jours : va-t-on passer à côté de cet anniversaire, ce moment où la République a une occasion de se retrouver, de respirer l’histoire, de faire une pause, de contempler le chemin parcouru ?

Certes, un anniversaire cela un quelque chose de moment obligé, de fête provoquée, mais quand même, à une époque de l’histoire où le fil du quotidien a explosé tel un obus à Verdun, cela peut faire du bien de se reposer sur ses fondamentaux.

Certes, l’anniversaire aura sans doute un petit goût de messe d’enterrement tant l’objet de la fête est malmené, voire foulé au pied.

Certes ce sera peut-être son dernier anniversaire, mais tout de même, je crois que cela en vaudrait la peine. Et oui, cinquante ans cela fait un sacré bail. Cinquante ans de paix intérieure, cinquante ans de prospérité quasi continue, cinquante ans de progrès.

Alors, citoyens de France, fêterons nous cette année les cinquante ans de la constitution ?

Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004.

En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d’Outre-Mer qui manifestent la volonté d’y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l’idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratique.

Art. 1. – La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales.

Citoyen cherche République Française

Statue De GaullePour la troisième fois cette année, la France de ceux qui ne demandent qu’à travailler mieux pour gagner décemment leur vie est redescendue dans la rue. Par trois fois cela a été un réel succès, pour des raisons d’ailleurs à chaque fois différentes.

La première des manifestations marquait le retour de la mobilisation et des syndicats et de la gauche politique dans la rue, dans un rendez-vous réussi avec les Français alors que le gouvernement Sarkozy avait largement claironné son mépris de tous ces gens que plus personne ne remarquait.

La deuxième fois, le succès était celui tout à fait impressionnant du nombre de manifestants.

Aujourd’hui, il s’agit surtout d’une unité inédite des syndicats associée à une présence marquée des politiques de gauche, mais aussi ce qui est plus surprenant, du modem. Bien qu’encore très symbolique, cette présence marque un jalon vers une alliance d’intérêts objectifs pour battre la droite sarkozyste, à défaut d’une alliance idéologique qui ne peut pas avoir de sens sur un certain nombre de points.

Tout cela me réjouirait sans retenue si ces succès menaient quelque part. Mais cela me rappelle de plus en plus Napoléon à Moscou attendant que le Tsar veuille bien venir négocier les termes de sa reddition : seul l’hiver pointa son nez. Il ne sert à rien de gagner des batailles si l’on n’est pas en mesure d’écrire et de faire signer les traités de paix ! Or ce gouvernement est tellement à la ramasse que l’on peut être certain qu’il ne pense pas pouvoir nous entraîner plus bas et que cela ne peut qu’aller mieux demain (ce en quoi il se trompe) ; il est tellement dénué de tout honneur et intérêt pour la France et les Français qu’il s’accrochera au pouvoir sans bouger d’un iota tel un pique-assiette accroché au buffet d’une réception mondaine. Quoi qu’il se passe dehors, le peu d’estime pour soi-même ne vous incline pas à vous intéresser à ceux qui crient leur colère dehors, au contraire : engloutissons les petits fours et on verra quel jour sera demain…
Cette situation est typique d’une partie où les joueurs ne jouent pas avec les mêmes règles. Or depuis le début, Nicolas Sarkozy ne joue pas selon les règles qui sont celles de la Vème République et celle-ci a déjà été trop malmenée dans le passé pour ne résister qu’épisodiquement à la sarkocratie. Le climat est-il insurrectionnel pour autant ? Il me semble qu’il l’est moins qu’après le constat des déboires de la politique sarkozyste et que les défis lancés au pouvoir restent dans la marginalité très classique de l’action syndicale et législative : on menace le préfet, on prend en otage des cadres, on réussit quelques coups spectaculaires au parlement… avant de rentrer chez soi.

La gauche pourrait-elle renverser ce gouvernement ? Oui, mais elle ne le veut pas car cela n’est pas dans l’esprit de la République : il faut attendre les élections.

Les syndicats peuvent-ils renverser ce gouvernement ? Oui, mais ils ne le veulent pas car ils sont structurellement trop faibles et que cela n’est pas dans l’esprit de la République : les syndicats s’occupent de social, mais pas de faire ou défaire les gouvernements.

Les Français peuvent-il renverser ce gouvernement ? Oui, mais de façon révolutionnaire et cela n’est pas dans l’esprit de la République : couper la tête d’un roi est une chose, couper celle d’un président que l’on a élu en est une autre, même si ce président n’a jamais pu se hisser à la hauteur de la fonction.

Sommes-nous donc condamnés à attendre que Nicolas Sarkozy veuille bien partir de lui-même ? Pas sûr, De Villepin et Copé vont rapidement être propulsés au rang des hérauts d’une droite qui elle aussi a été bafouée sur ses valeurs, sur son identité. Pour destituer le liquidateur de la République, il faudra toute la mobilisation et la révolte de la gauche, ce qui est fait, mais aussi l’orgueil de la droite, ce qui ne devrait pas tarder tant l’échec est patent et les couleuvres de plus en plus dures à avaler.

Ce sont les valeurs profondes de la République et de la France qui peuvent mettre fin à l’incroyable égarement débuté en 2007. Ou un effondrement total.

C’est y plus pire ou moins plus pire ?

J’écoutais ce matin sur BFM un chroniqueur qui s’emportait à propos des nouvelles prévisions du FMI, prévisions pessimistes que certains auraient souhaitées ne pas entendre, ou du moins entendre diffusées au péquin de la rue. L’argument était en gros que pour que les choses aillent mieux, il fallait dire que cela allait mieux car en disant pas que cela va mieux on ne peut pas combattre efficacement la crise. En voilà un qui soit devrait prendre deux ou trois cours de psychologie et de management ou à défaut se pencher sur ses archives et extraire toutes les prévisions optimistes de notre gouvernement ces deux dernières années, prévisions surestimées qui ont conduit à l’imprévoyance plutôt qu’à un effet de croissance optimiste…

Mais au-delà de la sainte colère de ce chroniqueur méthode Coué, on peut quand même constater que nous semblons avoir atteint une sorte d’étape en apesanteur où il semble difficile de savoir si nous allons continuer à tomber, si nous en restons là ou si nous sommes en mesure de repartir.

Apesanteur financière tout d’abord. Après une valse bancaire, le système financier semble avoir stoppé l’hémorragie (du moins du côté éclairé du monde financier car côté paradis fiscaux on perçoit des bruits de naufrage) et le mot d’ordre semble être d’avancer avec prudence pour ne pas mettre le pied sur une mine oubliée. Difficile cependant d’être sûr que les fondations du coffre-fort sont à nouveau solide ou qu’un irresponsable n’a pas gardé la clé.

Apesanteur économique ensuite. La question est là de savoir si les sociétés qui ont déposé leur bilan ou sont en passent de le faire ont détruit assez d’offre pour qu’offre et demande soient revenus à des niveaux compatibles (et dire que certains ont refusé l’idée même de relance par la consommation). C’est particulièrement clair avec l’industrie automobile américaine qui, comme je l’avais évoqué il y a plusieurs semaines, va très probablement perdre Chrysler et sans doute GM, le tout au profit des autres constructeurs dont Ford. Si c’est le cas, les relais de trésorerie suffiront, sinon l’économie ne peut que reprendre sa destruction de valeur.

Apesanteur sociale enfin. Là c’est plutôt étonnant car même si on constate quelques conflits très visibles (Continental, Caterpillar, …), les cris de douleurs semblent comme étouffés. On m’a raconté il y a peu (c’est un récit que je n’ai pas pu vérifier) que les gens commençaient à demander des devis de travaux dans le but de les présenter chez leur banquier pour obtenir des prêts. A ceci prêt qu’une fois obtenus, ces prêts ne finançaient pas des travaux mais la consommation du quotidien. Pour les français, la crise n’en est qu’à son début contrairement au monde financier, elle vient de frapper à la porte contrairement aux banquiers. Alors oui, pour les français, il faut dire les choses comme elles sont, et surtout leur montrer par des actes qu’ils ne sont pas seuls, que l’on combat à leurs côtés, que l’on fera ce qu’il faut pour qu’ils ne se retrouvent pas à la rue.

Mais qui est on ? Le FMI a le pouvoir (et le devoir) d’annoncer la tendance la plus vraisemblable mais qui est à la manœuvre ? Le plan de relance français est toujours aussi faiblard, les aides, comme celles décidées pour les apprentis semblent tellement restreintes là où ils faudrait toucher tant de monde. Le gouvernement actuel à bout de souffle devra encore atteindre les résultats des élections européennes pour être remplacé (et encore, le remaniement sera fonction de l’ampleur de la sanction éventuelle des français). Finalement, la France politique est elle aussi en apesanteur alors que nous avons besoin d’actions, de leaders compétents, efficaces, volontaires, et accessoirement humbles face aux défis.

Du monde, d’Europe et d’ailleurs

Avril 2009.

G20

Tout d’accord, quelques excuses pour la baisse de fréquence de mes posts mais la création de mon entreprise me prend beaucoup de temps en ce moment. Il y avait pourtant pas mal de choses à dire. Je me limiterai ici à quelques réflexions sur la politique internationale.

Sur le G20 d’abord. Beaucoup a été dit, parfois peut-être un peu sous l’effet d’un enthousiasme qui était sans doute surtout un gros ouf de soulagement passager. Qui sont les gagnants ?

D’abord, la confiance, cette confiance que j’avais décrite comme impossible en octobre dernier tant ses animateurs manquaient de crédibilité est soudain revenue grâce à ce G20. Il est vrai que nous sommes passé d’une mousse médiatique à un Obama qui décide, un Strauss-Kahn qui est à la manœuvre pour le FMI et à un Gordon Brown qui a réussi l’organisation de ce sommet.

Il y a Obama bien sûr, l’homme qui a en quelques semaines effacé Bush, l’homme qui a rendu l’Amérique à nouveau un peu plus sympathique.

Le FMI incontestablement qui a obtenu un renforcement de ses moyens d’action et une reconnaissance certaine de sa nouvelle orientation plus équilibrée, plus régulatrice, plus pro-active, enterrant de facto l’ère ultra-libérale de l’institution.

L’Europe aussi, ou plutôt l’idée d’une union qui agit de façon concertée et, même si Merckel et Sarkozy n’ont pas individuellement “brillé”, le moteur franco-allemand de cette Europe.

Les perdants ? Les banquiers aventuriers de la finance et peut-être, les fameux paradis fiscaux, bien que l’on se soit contenté de les montrer du doigt en se préservant bien d’en dévoiler la réalité, c’est à dire d’expliquer aux bons citoyens quels rôles jouent ces paradis dans l’économie du monde visible, quelle est la part de l’argent criminel dans cette économie du monde sombre et quel rôle ont joué… les États dans ce monde sombre. Ceci explique pourquoi le Delaware ou encore les îles anglo-normandes ont mystérieusement disparu de la carte et pourquoi Monaco n’est signalé que comme un paradis gris.

G20 Obama Brown BerlusconiDernière chose sur ce sommet, la photo de Berlusconi copain comme cochon avec Obama et Brown m’a beaucoup amusée : de l’art d’être sur la photo… J’espère simplement que l’ère de tous ces politiques de peu d’intérêt qui font leur notoriété en volant au secours de la victoire pour avoir sa collec’ de photos et ainsi, tels des gamins, faire savoir “qu’ils y étaient”, fera rapidement partie du passé au profit de ceux qui, dans la lumière ou dans l’ombre, “font” la victoire par leur réflexion, leur compétence, leurs actions.

Autre sujet, la Turquie. Europe oblige, tous ceux qui ne veulent pas d’Europe vont nous expliquer doctement que la Turquie c’est du vilain pas bô (et donc qu’il ne faut pas voter pour ceux qui veulent construire l’Europe). Quel décalage entre ce G20 qui prône la coopération et l’action collective et ces faiseurs de peu qui n’ont d’autres atouts que quelques vieilles sauces recuites… Alors permettez-moi de défendre ma vision, ou plutôt les éléments qui constitue ma vision de l’Europe.

Je défends une vision historique de l’Europe, celle qui fit la gloire des terres du nord comme du sud (union Hanse-Méditerranée).

Je défends une vision civique et sociale de l’Europe faite de liberté, d’union et de solidarité, d’équité en attendant un jour un niveau certain d’égalité entre les citoyens européens, de coopération de et protection de ces citoyens.

Je défends une vision économique commune, volontaire, solidaire, protectrice : développement et protection des infrastructures et services publics européens, des solidarités économiques internes, une ouverture honnête mais régulée vers l’extérieur.

Je défends une vision de diversité culturelle : je ne veux pas d’européens “culturellement moyens”, mais bel et bien des identités régionales saines, amicales et ouvertes sur les échanges.

Dans une telle vision, on voit mal où être turc, islandais ou habitant du patelin d’à côté est une question en soit.

L’Europe est une énergie, une volonté, un espoir, une destinée commune, pas un je-ne-sais-quoi géographico-politico-religieux.