Réflexions de fin de semaine

Deflation en FranceDeux réflexions rapides cette semaine.

D’abord le droit de réponse de Cambadélis suite à un article du Figaro très orienté “le PS est dans les choux”. Vous pouvez lire le texte en cliquant ici, mais en substance, il dit deux choses :

  1. Les estimations de vote pour le PS aux européennes est dans la bonne moyenne des scores du PS à ce scrutin. En aucun cas, un score entre 20 et 24% ne représente un désaveux électoral, bien au contraire. D’ailleurs, la gauche dans son ensemble est plutôt en forme pour juin 2009.
  2. Les estimations de vote pour l’UMP a contrario, montrent une sévère défiance des français. A moins de 30% (27% pour le sondage qui nous intéresse), cela représenterait un sévère camouflet pour un UMP censé être majoritaire dans le pays.

Deuxième point d’actualité, nettement moins réjouissant : la menace déflationniste. En avril, nous avons atteint un niveau historiquement bas et les projections donnent une entrée en déflation probable en mai, d’autres projections estiment que ce ne sera que passager et que la hausse du pétrole par exemple, devrait nous faire rapidement sortir de cette mauvaise passe déflationniste.

Hélas, et même si je ne suis pas économiste, je suis loin d’en être sûr pour deux raisons :

  1. d’abord, je craints que mettre le pied dans l’univers déflationniste n’entraîne une menace de rupture de modèle (actuellement, l’économie fonctionne selon un certain modèle, le risque est celui d’une catastrophe au sens de René Thom : on passe brutalement à un autre mode de fonctionnement structurel). Si c’est le cas, il est impossible de prédire ce qui se passera après.
  2. depuis 2006, je ne cesse d’insister sur la rupture énergétique, c’est à dire l’entrée dans un marché énergétique chaotique aux oscillations fortes et rapides. Niveau force, nous l’avons constaté depuis 2008 avec une montée en flèche du prix du pétrole, suivie d’un gadin tout aussi spectaculaire. La rapidité n’est pas encore là, heureusement. La relative accalmie actuelle s’explique assez bien par la crise qui a ralenti la demande, mais qui accélère également la transition énergétique (l’offre de propulsion hybride augmente, l’ajout d’éthanol ou de diester grimpe). Dans de telles conditions qui vont structurellement dans le sens d’une diminution de la consommation de pétrole, on voit mal comment celui-ci serait durablement un moteur contre-déflationniste.

Mon raisonnement est certes très spéculatif, mais sur le fond, je redoute une rupture de modèle économique sur laquelle nous n’aurions aucune prise. Mieux vaudrait faire tout ce que l’on peut avant d’entrer dans la zone dangereuse plutôt que d’espérer que tout ira bien tout seul. Difficile de dire quand il sera trop tard, mais nous devons utiliser tous les moyens disponibles, nationaux et européens pour rester dans une zone où nous savons avoir quelques prises sur l’économie.

Envoyons ce message fort lors des élections européennes : exigeons d’avoir un gouvernement qui n’attend pas de “voir” et une europe dont l’action ne se limite pas à la main invisible du marché.

Buzz ou appel au secours ?

Dominique Strauss-Kahn

Il y a des rumeurs qui ont la vie dure et celle qui annonce Dominique Strauss-Kahn à la tête d’un gouvernement d’union nationale en fait partie. Sous une forme ou une autre, on la retrouve aussi bien sur le point, ouest-france, le Figaro, lepost.fr, politique.info, et même sur canal Jimmy, et la liste n’est pas exhaustive.

Ce qui est intéressant, c’est qu’en fonction des sources, les motivations sont annoncées comme différentes : lorsque cela est supposé venir de l’Elysée, il s’agirait d’une machiavélique diversion, lorsque l’info est remontée par la coalition des antis-tout, il s’agit d’une preuve de la collusion de la gauche et de la droite appelée aimablement umps.

A la rigueur, pendant le G20, cela aurait pu passer pour une récupération gros-sabots du succès personnel de DSK à ce sommet, mais le G20 est maintenant bien loin.

Comme je suis un gros naïf, je me demande si cela ne serait pas tout simplement l’expression d’un double appel au secours. Appel au secours pour un gouvernement d’union nationale capable d’en finir d’une part avec ce gouvernement qui a tout raté depuis son arrivée et pour en mettre un en place capable d’enfin prendre la mesure des problèmes et accessoirement renvoyer Nicolas Sarkozy inaugurer les chrysanthèmes, une des rares activités où il ne risque pas de faire passer la France pour un peuple sans honneur, sans grandeur, avide et petit bras.

Appel au secours d’autre part, d’hommes et de femmes reconnus pour leurs compétences, respectés internationalement, compétents dans leur domaine et capables de piloter le navire France dans la tempête actuelle en bonne intelligence avec les autres États (tout ce qu’a raté jusqu’ici Nicolas Sarkozy).

Certes les gouvernements d’union nationale ne sont guère dans les habitudes françaises (c’est d’ailleurs un des arguments de DSK pour rejeter l’idée de sa nomination au poste de 1er ministre), mais nous ne sommes pas dans une période très habituelle et contrairement à Dominique, je pense moi que la nécessité fait loi et qu’un tel gouvernement aurait réellement un sens, même si je préfèrerais que le directeur du FMI finisse les réformes qu’il a commencé à mettre en place (ceci dit, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de passer prendre le café pour discuter de mon avis éclairé…).

Ce devrait d’abord être un gouvernement dont les bases seraient social-démocrates, seule idéologie ayant un tant soit peu résisté au tsunami actuel et surtout idéologie mettant en avant le contrat et le dialogue, éléments indispensables dans une telle période.

Les acteurs de ce gouvernement devraient d’abord être nommés sur leurs compétences, leur parcours, leur sens du devoir et de l’État (évidences si rares tant on a quelques difficultés à retrouver des exemples ces dernières années…).

Ce gouvernement devrait regrouper les tendances politiques majeures du paysage politique (gauche de gouvernement, centre, et droite républicaine).

Enfin, le mandat de ce gouvernement devrait préparer à de nouvelles élections dont l’un des enjeux serait de passer à la VIème République, la cinquième étant clairement arrivée à une impasse dont les dysfonctionnements sont préjudiciables aussi bien aux citoyens qu’à la place de la France au plan international.

L’anniversaire sera-t-il fêté ?

constitution octobre 1958

Une angoisse m’étreint depuis quelques jours : va-t-on passer à côté de cet anniversaire, ce moment où la République a une occasion de se retrouver, de respirer l’histoire, de faire une pause, de contempler le chemin parcouru ?

Certes, un anniversaire cela un quelque chose de moment obligé, de fête provoquée, mais quand même, à une époque de l’histoire où le fil du quotidien a explosé tel un obus à Verdun, cela peut faire du bien de se reposer sur ses fondamentaux.

Certes, l’anniversaire aura sans doute un petit goût de messe d’enterrement tant l’objet de la fête est malmené, voire foulé au pied.

Certes ce sera peut-être son dernier anniversaire, mais tout de même, je crois que cela en vaudrait la peine. Et oui, cinquante ans cela fait un sacré bail. Cinquante ans de paix intérieure, cinquante ans de prospérité quasi continue, cinquante ans de progrès.

Alors, citoyens de France, fêterons nous cette année les cinquante ans de la constitution ?

Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004.

En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d’Outre-Mer qui manifestent la volonté d’y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l’idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratique.

Art. 1. – La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales.

Citoyen cherche République Française

Statue De GaullePour la troisième fois cette année, la France de ceux qui ne demandent qu’à travailler mieux pour gagner décemment leur vie est redescendue dans la rue. Par trois fois cela a été un réel succès, pour des raisons d’ailleurs à chaque fois différentes.

La première des manifestations marquait le retour de la mobilisation et des syndicats et de la gauche politique dans la rue, dans un rendez-vous réussi avec les Français alors que le gouvernement Sarkozy avait largement claironné son mépris de tous ces gens que plus personne ne remarquait.

La deuxième fois, le succès était celui tout à fait impressionnant du nombre de manifestants.

Aujourd’hui, il s’agit surtout d’une unité inédite des syndicats associée à une présence marquée des politiques de gauche, mais aussi ce qui est plus surprenant, du modem. Bien qu’encore très symbolique, cette présence marque un jalon vers une alliance d’intérêts objectifs pour battre la droite sarkozyste, à défaut d’une alliance idéologique qui ne peut pas avoir de sens sur un certain nombre de points.

Tout cela me réjouirait sans retenue si ces succès menaient quelque part. Mais cela me rappelle de plus en plus Napoléon à Moscou attendant que le Tsar veuille bien venir négocier les termes de sa reddition : seul l’hiver pointa son nez. Il ne sert à rien de gagner des batailles si l’on n’est pas en mesure d’écrire et de faire signer les traités de paix ! Or ce gouvernement est tellement à la ramasse que l’on peut être certain qu’il ne pense pas pouvoir nous entraîner plus bas et que cela ne peut qu’aller mieux demain (ce en quoi il se trompe) ; il est tellement dénué de tout honneur et intérêt pour la France et les Français qu’il s’accrochera au pouvoir sans bouger d’un iota tel un pique-assiette accroché au buffet d’une réception mondaine. Quoi qu’il se passe dehors, le peu d’estime pour soi-même ne vous incline pas à vous intéresser à ceux qui crient leur colère dehors, au contraire : engloutissons les petits fours et on verra quel jour sera demain…
Cette situation est typique d’une partie où les joueurs ne jouent pas avec les mêmes règles. Or depuis le début, Nicolas Sarkozy ne joue pas selon les règles qui sont celles de la Vème République et celle-ci a déjà été trop malmenée dans le passé pour ne résister qu’épisodiquement à la sarkocratie. Le climat est-il insurrectionnel pour autant ? Il me semble qu’il l’est moins qu’après le constat des déboires de la politique sarkozyste et que les défis lancés au pouvoir restent dans la marginalité très classique de l’action syndicale et législative : on menace le préfet, on prend en otage des cadres, on réussit quelques coups spectaculaires au parlement… avant de rentrer chez soi.

La gauche pourrait-elle renverser ce gouvernement ? Oui, mais elle ne le veut pas car cela n’est pas dans l’esprit de la République : il faut attendre les élections.

Les syndicats peuvent-ils renverser ce gouvernement ? Oui, mais ils ne le veulent pas car ils sont structurellement trop faibles et que cela n’est pas dans l’esprit de la République : les syndicats s’occupent de social, mais pas de faire ou défaire les gouvernements.

Les Français peuvent-il renverser ce gouvernement ? Oui, mais de façon révolutionnaire et cela n’est pas dans l’esprit de la République : couper la tête d’un roi est une chose, couper celle d’un président que l’on a élu en est une autre, même si ce président n’a jamais pu se hisser à la hauteur de la fonction.

Sommes-nous donc condamnés à attendre que Nicolas Sarkozy veuille bien partir de lui-même ? Pas sûr, De Villepin et Copé vont rapidement être propulsés au rang des hérauts d’une droite qui elle aussi a été bafouée sur ses valeurs, sur son identité. Pour destituer le liquidateur de la République, il faudra toute la mobilisation et la révolte de la gauche, ce qui est fait, mais aussi l’orgueil de la droite, ce qui ne devrait pas tarder tant l’échec est patent et les couleuvres de plus en plus dures à avaler.

Ce sont les valeurs profondes de la République et de la France qui peuvent mettre fin à l’incroyable égarement débuté en 2007. Ou un effondrement total.

C’est y plus pire ou moins plus pire ?

J’écoutais ce matin sur BFM un chroniqueur qui s’emportait à propos des nouvelles prévisions du FMI, prévisions pessimistes que certains auraient souhaitées ne pas entendre, ou du moins entendre diffusées au péquin de la rue. L’argument était en gros que pour que les choses aillent mieux, il fallait dire que cela allait mieux car en disant pas que cela va mieux on ne peut pas combattre efficacement la crise. En voilà un qui soit devrait prendre deux ou trois cours de psychologie et de management ou à défaut se pencher sur ses archives et extraire toutes les prévisions optimistes de notre gouvernement ces deux dernières années, prévisions surestimées qui ont conduit à l’imprévoyance plutôt qu’à un effet de croissance optimiste…

Mais au-delà de la sainte colère de ce chroniqueur méthode Coué, on peut quand même constater que nous semblons avoir atteint une sorte d’étape en apesanteur où il semble difficile de savoir si nous allons continuer à tomber, si nous en restons là ou si nous sommes en mesure de repartir.

Apesanteur financière tout d’abord. Après une valse bancaire, le système financier semble avoir stoppé l’hémorragie (du moins du côté éclairé du monde financier car côté paradis fiscaux on perçoit des bruits de naufrage) et le mot d’ordre semble être d’avancer avec prudence pour ne pas mettre le pied sur une mine oubliée. Difficile cependant d’être sûr que les fondations du coffre-fort sont à nouveau solide ou qu’un irresponsable n’a pas gardé la clé.

Apesanteur économique ensuite. La question est là de savoir si les sociétés qui ont déposé leur bilan ou sont en passent de le faire ont détruit assez d’offre pour qu’offre et demande soient revenus à des niveaux compatibles (et dire que certains ont refusé l’idée même de relance par la consommation). C’est particulièrement clair avec l’industrie automobile américaine qui, comme je l’avais évoqué il y a plusieurs semaines, va très probablement perdre Chrysler et sans doute GM, le tout au profit des autres constructeurs dont Ford. Si c’est le cas, les relais de trésorerie suffiront, sinon l’économie ne peut que reprendre sa destruction de valeur.

Apesanteur sociale enfin. Là c’est plutôt étonnant car même si on constate quelques conflits très visibles (Continental, Caterpillar, …), les cris de douleurs semblent comme étouffés. On m’a raconté il y a peu (c’est un récit que je n’ai pas pu vérifier) que les gens commençaient à demander des devis de travaux dans le but de les présenter chez leur banquier pour obtenir des prêts. A ceci prêt qu’une fois obtenus, ces prêts ne finançaient pas des travaux mais la consommation du quotidien. Pour les français, la crise n’en est qu’à son début contrairement au monde financier, elle vient de frapper à la porte contrairement aux banquiers. Alors oui, pour les français, il faut dire les choses comme elles sont, et surtout leur montrer par des actes qu’ils ne sont pas seuls, que l’on combat à leurs côtés, que l’on fera ce qu’il faut pour qu’ils ne se retrouvent pas à la rue.

Mais qui est on ? Le FMI a le pouvoir (et le devoir) d’annoncer la tendance la plus vraisemblable mais qui est à la manœuvre ? Le plan de relance français est toujours aussi faiblard, les aides, comme celles décidées pour les apprentis semblent tellement restreintes là où ils faudrait toucher tant de monde. Le gouvernement actuel à bout de souffle devra encore atteindre les résultats des élections européennes pour être remplacé (et encore, le remaniement sera fonction de l’ampleur de la sanction éventuelle des français). Finalement, la France politique est elle aussi en apesanteur alors que nous avons besoin d’actions, de leaders compétents, efficaces, volontaires, et accessoirement humbles face aux défis.

DSK ou l’image de la Démocratie Sociale Keynésienne

Strauss-Kahn et ChabotJ’ai pris quelques jours de réflexion et de recul pour commenter le passage de Dominique Strauss-Kahn à France 2 jeudi dernier, et c’est tant mieux puisqu’en plus de cette prestation, je vais pouvoir commenter les réactions…

Sur la prestation d’abord. DSK c’est généralement du solide, de l’argumenté et du responsable, pas de surprise là-dessus, le patron du FMI ne s’est pas fourvoyé dans un lyrisme populiste ni dans un yakafokon tellement en vogue ces derniers temps, ni dans une sécurité technocratique aussi confortable qu’incompréhensible pour le citoyen lambda. L’exercice n’était pourtant pas simple puisque les interpellations enregistrées des français pouvaient facilement inciter à la glissade sur la souffrance du bon peuple de France alors que sa position au FMI offrait généreusement à DSK la position de celui qui plane à quinze mille au-dessus des autres. Mais non, rien de cela dans l’explication du dysfonctionnement bancaire actuel, rien de cela dans l’analyse de la situation des salariés de Continental non plus.

Ce qui m’a cependant le plus retenu jeudi soir, c’est sans doute la hauteur internationale et le respect affiché par M. Boutros-Gahli (Youssef, pas Boutros) le ministre des finances égyptiennes. Dire qu’ici, une certaine gauche passe une bonne partie de son temps à nous expliquer que DSK c’est le FMI ultra-libéral et qu’il ne fallait surtout pas y aller. Manifestement, du côté des pays qui restent à la porte du G20, on n’est vraiment pas d’accord avec les gauchistes français. J’en viens à me demander combien d’autres français jouissent d’une si bonne réputation à l’extérieur de nos frontières (et accessoirement pourquoi nous aimons tant nous auto-flageller…).

Passons aux commentaires. Que d’articles tout d’un coup, avec un thème qui revient (avec plus ou moins d’ironie lorsqu’il s’agit du canard), c’est l’image du “french sauveur”. Je déteste personnellement l’idée du sauveur, d’où qu’il vienne, mais force est de constater qu’en période de panade et devant l’incompétence généralisée, c’est journalistiquement tentant… Du coup, constatant ce soudain regain d’intérêt et comme je suis curieux et taquin, je suis allé voir du côté de Libé si eux aussi ne se seraient pas laissé allé à quelque chose de positif ( http://www.liberation.fr/recherche/?q=dominique+strauss-Kahn ). Ouf, il y a bien un article sur son passage à France 2, mais comme à leur habitude lorsqu’il s’agit de DSK, on y trouve la vacherie règlementaire (en fin d’article  : http://www.liberation.fr/politiques/0101558049-strauss-kahn-un-retour-pour-le-futur). La gauche bien pensante peut continuer à roupiller tranquille.
Côté oueb maintenant. Il semblerait que les équipes de Pierre Bergé aient eu du travail. Le message à faire passer est en gros “avec tout l’argent qu’il brasse au FMI, DSK sera vu comme le candidat des riches“. Il se trouve au passage que c’est la doctrine de Claude Guéant pour sauver la mise à Nicolas Sarkozy en 2012…  Alors, quelle est donc l’argumentation contre ce plus riche que moi tu meurs ? Eh bien en substance (je vous résume, pour la profondeur de l’argumentaire il faudra vous taper la prose internet vous-même), c’est DSK qui a inventé le bouclier fiscal, les stock-options et autres bonnes choses du moment, et en plus Dominique a un salaire qui oscille entre 400 000 et 500 000 suivant les blogueurs (somme généralement citée en euro ; pour info, c’est 325 000 euros par an). Bien sûr, au passage chacun s’ingénue à citer d’autres articles en en déformant quelque peu le contenu. En voici un exemple d’école :

Manipulation Manipulation

Le premier article (DSK est méchant il a inventé le bouclier fiscal) renvoie sur l’article II (la gauche a inventé le bouclier fiscal) qui renvoie sur un article du canard décrivant une obscure loi datant de 1988 puis amendée, en balançant au passage quelques inepties sur la fiscalité européenne (si le coeur vous en dit, voici un document du minéfi sur la réalité de cette fiscalité). Ouf, l’honneur de Sarko est sauf, c’est Strauss-Kahn qui a tout inventé de la politique catastrophique actuelle. CQFD.

Et les français, qu’ont-il pensé ? Moins de mal qu’une certaine gauche semble-t-il puisque les seuls politiques qui trouvent grâce à leurs yeux sont Dominique Strauss-Kahn et François Bayrou. Et que représent-ils fondamentalement ? La démocratie chrétienne pour Bayrou, la social-démocratie pour DSK, une certaine vision raisonable des choses pour les deux.

Mais pour l’instant, un seul pèse sur la politique mondiale, un seul citoyen pour construire une nouvelle Démocratie Sociale Keynésienne.

Comment débarasser son bilan des hyper-actifs toxiques ?

ump et bolchevismeJ’avais à peine fini de publier mon article sur l’UMP néo-bolchévique que le gouvernement Sarkozy se précipitait au micro pour nous fournir quelques exemples croustillants de sa nouvelle doctrine.

Nous avons bien sûr eu la grand messe de Saint-Quentin. Entre deux annonces qui ne sont que la reprise de mesures déjà annoncées, on notera la poussée de fièvre sécuritaire classique (ici contre les bandes de jeunes violents), une belle ode au partage de richesse (il fallait oser, il a osé) et les croquignolesques commissaires, non du peuple mais de la réindustrialisation. Peut-être a-t-on jugé les fontionnaires territoriaux, nationaux et autres préfets ainsi que Patrick Devedjian peu efficaces et débordés, d’où l’idée de niveaux missionnaires destinés à rassurer (que peut-il faire d’autre sans moyens d’ailleurs) ? Si ce n’est pas de la bonne bureaucratie bolchévique cela, qu’est-ce d’autre ?

Ce n’était déjà pas mal, mais il y a mieux encore. Ayant sans doute jugé le PS trop à droite à son goût, Nicolas Sarkozy semble se préparer à entrer au NPA et à leur montrer ce que c’est qu’être anti-capitaliste. Le terrain de jeux est bien sûr le très médiatique sujet des stock options et autres rémunérations des cadres supérieurs des entreprises. Ah, quelle merveilleuse invention que ces stock-options et ces parachutes dorés ! Comme il est bon de pouvoir dire tout et n’importe quoi en faisant peuple ! Le discours semble d’une rigueur implacable : une entreprise va mal (ici Valéo mais n’importe laquelle fera l’affaire), le patron est débarqué et part avec des stocks options ou un parachute doré alors que l’Etat doit dans le même temps voler au secours de la-dite société. Immoral n’est-ce pas ? Immoral assurément, mais pas forcément là où l’on veut bien nous le montrer !

On veut nous faire croire que le problème est ici qu’une personne quitte une société avec les numéros gagnants du loto alors que l’entreprise et les salariés souffrent. Et bien j’affirme que c’est du flan et que le problème n’est pas là du tout ! Certes, je n’ai pas franchement de sympathie pour la personne qui part dans ces conditions, mais ce qui me choque vraiment moi, c’est que d’une part des personnes ont jugé totalement normal de signer la clause du contrat qui garantissait de telles conditions de départ et que d’autre part, aujourd’hui parce que cela fait “bien”, on remet en cause un contrat tout à fait légal et librement consenti. Il est inacceptable de trouver au sein d’une même entreprise de telles écarts de rémunération, et il est inacceptable de faire croire que c’est justice que de casser ainsi une clause contractuelle, d’autant plus que cela ne servira même pas d’exemple puisque la vraie injustice de départ (les écarts de rémunération entre les moins bien payés et les mieux payés) n’est absolument pas remise en cause. Hypocrisie et cynisme.

Il me semble qu’il serait pourtant facile de régler ce problème : que l’écart de rémunération (fixe et variable) ne dépasse pas un facteur 30 pour tout le monde au sein de l’entreprise. Voilà une façon simple, claire de faire et de redistribuer la richesse (30 smics mensuels, cela laisse de quoi vivre même si certains vont devoir se restreindre un peu).  Alors si vous voulez vous battre pour une meilleure équité salariale, battez-vous pour une telle mesure plutôt que de vous laisser berner par les parachutes et autres stocks.

Mais cette fumeuse histoire de vilains patrons (car il est bien entendus que les chefs d’entreprises sont forcément des salauds n’est-ce pas), ne cachent-elles pas autre chose comme l’échec de plus en plus retentissant de deux années de gouvernement Sarkozy. Le chiffre du jour c’est celui du chômage qui pour le dixième mois d’affilée plonge : 80000 chômeurs de plus en février. En perdition économique totale en France, humilié par la Chine et snobé par Obama en politique étrangère, ayant échoué sur les objectifs affichés en 2007 que reste-t-il à Nicolas Sarkozy sinon une fuite en avant ?

Pourtant, à l’heure où le volontariste doublé d’efficacité d’Obama semble donner les premiers signes encourageants aux États-Unis, il serait plus que nécessaire d’avoir un chef d’État compétent, cohérent, rassembleur. De cela nous n’avons pas. On pourra quand même regarder Dominique Strauss-Kahn jeudi soir chez Arlette Chabot pour mesurer toute la différence entre un homme de tête qui a le sens de l’État et un insensé à la tête de notre État.

Il y a au moins un homme qui représente bien la France aux yeux du monde.

L’UMP : le parti qui a inventé le libéralisme néo-bolchevique

ump et bolchevismeLors de la dernière présidentielle, les sarkozystes n’avaient pas de mots assez durs contre ces socialistes archaïques, inventeurs de tous les maux, les 35h en tête. Il fallait en finir avec l’économie dirigiste, les lourdeurs imposées par des gens qui par définition ne comprennent rien à l’économie.

Deux ans et deux crises (financière puis économique) plus tard (sans compter la crise énergétique miraculeusement suspendue “grâce” au gadin en cours), que reste-t-il de la pensée sarkozyste, celle qui nous promettait la rupture, une politique moderne en phase avec le monde ?

La révolution bolchévique a inventé le développement planifié où, à travers le gosplan, les esprits éclairés traçaient la voie des jours meilleurs. Le gouvernement Sarkozy n’a pas annoncé de gosplan mais vu l’obstination avec laquelle il persiste dans ses erreurs de choix et de prévisions, il semble plus qu’évident qu’il en a un. Que l’on en juge.

Un des axes économiques et sociaux était de faire la peau aux 35h annoncées comme ruineuses, inefficaces, handicapante pour les entreprises (déclarations d’ailleurs bêtement relayées par certains membres de la gauche tombant un peu vite dans la facilité intellectuelle). A coups de canif dans le code du travail et de défiscalisation, les 35h honnies ne sont plus aujourd’hui qu’une limite administrative et cela sans avoir compris qu’en période de croissance cette suppression était source d’injustices et en période de difficultés un accélérateur de chômage, ce que nous constatons hélas aujourd’hui.
Mais les entreprises s’en sont-elles débarrassées ? Non seulement elles ne l’ont pas fait, mais en plus elles en redécouvrent la vertu essentielle qui est d’être une formidable arme anti-crise et anti-licenciement. Cela tombe bien, vu que c’est un peu l’ambition initiale… Par libéralisme l’UMP a voulu tuer les 35h, par esprit néo-bolchevique le même UMP persiste dans sa politique planificatrice alors même que tout montre que leur gosplan mène dans le mur.

PIB FranceAutre exemple. Le plan du gosse Sarko nous promettait un avenir à 3% de croissance et pour appuyer la volonté du chef, Christine Lagarde n’a pas arrêté de nous annoncer des chiffres très au-dessus des prévisions du FMI par exemple et évidemment des résultats finaux. Encore aujourd’hui, le gosplan prévoit un “myrifique” -1,5% alors  qu’en juin 2008 il prévoyait (après révision) +0,3% pour -0,2% à -0,5% en novembre 2008.  A ce jour, et seulement quelques semaines après les dernières “estimations” du gouvernement Sarkozy, nous en sommes à une prévision de -2,9% d’acquis de (dé)croissance (pour que cela soit mieux, il faudrait non seulement que cela s’arrête dès aujourd’hui de descendre mais que cela reparte dans l’autre sens).

Le bolchévisme se caractérisait aussi par son sens de l’autoritarisme autiste : la police, les juges et bien sûr les individus (on ne parle pas de citoyens dans un tel monde) se devaient d’obéir au politburo qui était totalement sourd à la souffrance de la société. N’est-ce pas ce que l’on constate ces derniers jours : un Sarkozy accourant avec ses mesures règlementaires dans une école après une agression et le même qui envoie des messages de non-recevoir à deux millions de personnes dans la rue. Pour défendre les libertés publiques, le PS a du pain sur la planche.

Les faits condamnent le gouvernement Sarkozy et le parti qui le soutient. Mais est-ce suffisant ? Est-ce une fatalité ? Hier pays libéral, l’Amérique d’Obama appelle à l’action volontaire et concertée des Etats, tout comme le FMI hier fer de lance du libéralisme. Grace à leurs dirigeants, l’Amérique comme le FMI ont évolué. La France va-t-elle continuer à s’enfoncer à cause d’un aveuglement d’un autre âge, aveuglement d’ailleurs relayé au sommet de l’Europe, sommet où l’on retrouve des clones libéro-néo-bolchevik tel Berlusconi et Baroso ?

Le changement à la tête de la France peut et doit commencer par un changement à la tête de l’Europe. Tout nous y pousse.

Enfumage en cours

Selon D. Paillé porte-parole adjoint de l’UMP “les Français, à 76%, ne croient pas que les socialistes puissent apporter des réponses, crédibles et sérieuses, à la crise.

Oh rage, oh désespoir, la gauche est vouée aux gémonies et seule la droite nous sauvera de cette infâmie ! Bon, s’agissant d’un message de l’UMP, il est bon d’examiner un tantinet le-dit sondage avant de nous livrer pieds et points liés à l’UMP sauveur de la nation…

Le sondage en question est celui du JDD. Ouf, il existe bien. Pour trouver l’anathème des français, il faut aller en page 7, les résultats des pages 4 à 7 étant passés sous silence. Il est vrai qu’il était préférable de passer les résultats du genre :

Le PS

  • est en phase avec les mouvements sociaux 55% pour tous les français, 69% pour les seuls socialistes
  • est proche des préoccupations des français, 52%, 78%
  • s’oppose suffisamment au gouvernement, 47%, 42%
  • a des dirigeants de qualité, 39%, 60%
  • ferait mieux que le gouvernement actuel, 30%, 66%
  • a des réponses face à la crise économique, 23%, 48%

Ce qui aurait montré que finalement les socialistes soutiennent leur parti (j’aimerais bien avoir la même info du côté UMP…).

Et pour la répartion oui / non à ces mêmes questions :

Le PS

  • est en phase avec les mouvements sociaux 55% plutôt d’accord, 45% plutôt pas d’accord
  • est proche des préoccupations des français, 52%, 48%
  • s’oppose suffisamment au gouvernement, 47%, 53%
  • a des dirigeants de qualité, 39%, 61%
  • ferait mieux que le gouvernement actuel, 30%, 69%
  • a des réponses face à la crise économique, 23%, 76%

Ce qui montre que le communiqué d’exécution du PS est fortement nuancé par les faits. En réalité, le point faible réel du PS se situe au niveau de l’image des cadres nationaux du PS, leur manque de qualité supposée impactant naturellement directement leur capacité à “faire mieux”. Ceci est le résultat direct de toute la période que nous avons vécu depuis la présidentielle perdue et jusqu’à Reims et de la guérilla intestine qui semble devoir enfin s’achever.

Pendant que nous y sommes, la communication sur un second sondage m’amuse beaucoup en ce moment : le facteur serait le meilleur opposant à Sarko. Sur ce coup là, cela rappelle des souvenirs…

Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’il y a au moins trois façons de bidonner la communication d’un sondage : faire le sondage dans un contexte et le publier dans un autre (voir le merveilleux exemple du sondage fait avant le discours d’investiture de la candidate socialiste à la dernière présidentielle), poser des questions sur des choix biaisés (présenter une liste de candidats non représentatifs et ainsi exclure petit à petit les vrais opposants) et enfin ne communiquer que sur les résultats qui vous intéressent (c’est le cas du sujet plus haut). Ici, on semble être dans le deuxième cas : comment fabriquer l’opposant idéal à Sarkozy pour enchaîner dans quelques temps par un “y a ke Besancenot ki peut battre Sarko” ?

Les faits à l’appui de cette hypothèse :

  • je n’arrive pas à trouver en ligne le détail du-dit sondage alors que d’habitude c’est assez simple (voir ci-dessus)
  • d’après ce que j’ai entendu à BFM ce matin, ce sondage ignore étrangement les plus de 60 ans ? Dommage, car ce sont des gens qui vont assez massivement voter et qui ont peu de chance d’aimer les aventuriers à la Besancenot…
  • la liste des autres personnalités à choisir n’est pas claire : on y retrouve Aubry (2ème à 13%), Bayrou et Royal à 6% et… on ne sait pas.

Voilà une liste étonnante, surtout si on se réfère à 2 autres sondages d’octobre et novembre 2008 :

  • en octobre 2008, le facteur pointait son nez, suivi de Delanoë qui a mystérieusement disparu. Sic transit gloria mundi…
  • en novembre 2008, pour ifop JDD, c’était cette fois Dominique Strauss-Kahn qui était plébiscité. Sans doute un stagiaire qui avait mis bêtement le nom de DSK dans la liste…

Il est bien sûr difficile difficile d’avoir des certitudes, mais ces faits étant vérifiables, il vous appartient chers lecteurs d’exercer votre jugement sur les sondages à venir : est-on en train de nous construire un bon opposant à Sarko permettant d’éliminer ceux qui le battraient effectivement très facilement ?