Refondation ou rénovation ?

L’été a mieux fini qu’il n’a commencé si l’on en juge par l’université d’été de La Rochelle. Alors qu’il avait débuté sur un concert de snipers tirant sur la taulière, il s’est termine sur une agréable brise marine en Charente Maritime. Martine Aubry est légitimée et à défaut d’avoir des débats enfin sereins, nous sommes arrivés à discuter un peu plus de choses sérieuses et pérennes, et en particulier de l’idée de primaires plus satisfaisantes, démocratiques et ouvertes que celles de 2006. Ouf !

Maintenant, essayons de passer, avec conviction et cohérence, à un vrai débat effectivement clivant au sein du PS. Les socialistes, et ceux qui se reconnaissent de ses valeurs, doivent-il se contenter de repeindre la maison et changer la tuyauterie (travaux de rénovation) ou doivent-ils aller bien au-delà et rebâtir intégralement l’édifice en n’ayant pour seul guide de départ que nos valeurs communes, et encore en en faisant l’inventaire critique (travaux de refondation) ?

Rénover est une tâche relativement simple dont la nature peut être illustrée par les débats sur les primaires ouvertes qui finalement est un débat technique prenant comme point de départ une volonté de mettre en place un mécanisme démocratique et représentatif de désignation au sein d’un des deux grands partis de gouvernement français. Mais malgré les apparences, cela n’a rien de trivial : l’UMP ne pratique absolument pas une approche démocratique de désignation, quant au PS, jusqu’ici même s’il en avait envie, il ne l’a pas fait de façon très orthodoxe.

Je suis profondément refondateur mais cette étape de rénovation ne me choque pas, à condition qu’elle soit bien une étape et que l’on ne s’arrête pas là car je pense que le problème n’est pas seulement un besoin ponctuel lié à notre capacité de gagner des élections, mais bien un enjeux déterminant pour l’avenir même du PS, de la République et de notre société. Nous retrouvons ici tous le sens profond et noble de l’action politique : nous ne parlons pas de plan de carrière mais de la façon de guider la collectivité dans les années à venir.

La refondation est d’abord un questionnement profond de nos valeurs : nous sommes démocrates, bien évidemment, mais les chemins de traverses que nous avons acceptés de prendre au sein de notre parti ne nous empêchent-ils pas de vraiment nous indigner lorsque d’autres s’arrangent avec les règles démocratiques de la République. Et si nous arrivons finalement si mal à propager universellement ces mêmes valeurs, n’est-ce pas parce qu’avec une trop faible exemplarité nous perdons une partie de notre crédibilité ? Être démocrate c’est aussi bien être exemplaire dans l’action politique que conscient de l’extrême péril représenté par des adversaires qui utilisent des armes moins respectueuse de l’avis des autres, voire de la majorité. L’exemplarité et la morale sont des armes puissantes si l’adversaire ne peut s’en revendiquer.

Et encore, cet exemple ne concerne-t-il que notre parti, mais notre incapacité à donner de la crédibilité à l’idée d’une VIème République, de lui donner du corps, n’est-il pas le reflet d’un formatage des esprits, ou encore d’un agréable pantouflage dans les meubles de la vieille Vème ? Quel est le sens de l’attachement à cette République pourtant dépouillée de nombre de ses principes fondateurs et victime de pratiques détestables (qu’elle est loin l’égalité des citoyens depuis que le Président a rejoint la caste des intouchables, qu’elle est devenue source de moquerie la séparation des pouvoirs en ces temps où la justice finit d’être mise au pas, où un président devenu omnipotent décide et dirige – sans toute fois assumer – la politique de l’État) ? Pantouflage que l’on retrouve encore lorsqu’il s’agit de cumul de mandats (la République est bonne mère) ou que l’on contemple médusé le mode de scrutin foncièrement anti-démocratique du sénat.

Ce sens de cet attachement, c’est tout simplement le conservatisme, ou au minimum un réformisme beaucoup trop timoré, trop convenu, qui ose si souvent se travestir derrière un « réformons oui, mais pas comme cela » sans que le « comme cela » soit un jour exposé de façon crédible. Ce conservatisme qui emprunte tous les mots de la réforme, ment de façon éhontée s’il le faut, mais ne change jamais rien. Et quel merveilleux exemple que celui de la taxe carbone. Regardez-les tous ces conservateurs au verbe vertueusement écologique et Grenellehulot compatible : « il faut changer, il faut faire bouger les choses, l’avenir de la planète est en je(u) ». Quelle lamentable comédie en vérité lorsqu’à l’annonce d’une taxe pourtant peu révolutionnaire (et dont le mécanisme pollueur/payeur a montré combien il était efficace par exemple avec la politique des bassins fluviaux), on les voit se précipiter pour nous trouver mille et une raisons, la main sur le cœur et la générosité chevillée à l’âme ou au porte-monnaie selon les cas, mille et une raisons pour ne rien faire, une fois encore : « oui, mais pas une taxe ». Comment alors ? Bien sûr qu’il faut veiller à ce que cette taxe s’applique équitablement à tous, particuliers riches ou pauvres, entreprises publiques ou privées. Et sans doute cette taxe de consommation devra-t-elle être réutilisée en l’injectant dans le système pour favoriser les investissements vertueux (n’était-ce d’ailleurs pas le sens de la taxe/bonus CO2 en place pour soutenir l’activité automobile ?) et bien évidemment financer la recherche. Enfin pour en finir avec cette taxe, il est clair que ce n’est qu’un outil d’actualité : sur le fond, notre politique écologique ne doit pas seulement être défensive (luttons contre) mais belle est bien la source d’un nouvel alliage écologie-social-économie-modèle de développement.

Par le passé, j’ai déjà exprimé ma différence avec les écologistes sur les motivations différentes qu’il existe en eux et nous. Mais sur la mise en place rapide d’un mécanisme qui réoriente avec force le trajet d’une société qui va droit à sa perte, alors je suis en total accord avec eux. Et si l’on doit combattre ici pour plus de justice, c’est pour veiller à ce que les mesures prises pèsent sur chacun à hauteur de ses moyens, et en aucun pas pour trouver une façon cynique de trouver un moyen de détruire un mécanisme permettant (peut-être) de nous en sortir. Et si vous doutez de l’urgence, si vous doutez de l’incroyable irresponsabilité des vieux conservateurs de la Vème République, je vous invite à visionner ce petit reportage de France 3 sur le retour de Tara après sa mission au pôle. Selon les scénarios les plus pessimistes évoqués nous n’aurions même pas quatre ans pour constater la bascule climatique de façon spectaculaire au pôle nord.

Le prochain président que nous élirons sera celui qui combattra en notre nom l’une des pires menaces que nos sociétés aient eu à affronter : il se doit d’être réformateur, profondément et radicalement réformateur. Alors le moment est venu de se demander s’il faut appeler le peintre pour ravaler la façade ou si nous devons nous lancer dans un programme de refondation à la hauteur de l’enjeu : la survie de notre société. A défaut, le liquidateur actuel de l’Elysée sera parfait dans le rôle de fossoyeur.

NB : ce texte a été soumis à discussion avant publication.

Le courage et les convictions

Août 2009.

Bloggy bag

J’aime bien la maxime suivante, quand il ne reste plus rien, il reste le courage et les convictions.

En cette période de rentrée politique, il me semble qu’elle est un excellent point de départ pour nos travaux de refondation et qu’elle pourrait servir de phare pour éclairer le port de l’université d’été de La Rochelle. Contrairement aux années précédentes, je crois que l’idée de changement n’est plus le mot que l’on utilise pour dire aux autres combien ils sont has been, mais bien celui que la majorité des militants est prête à s’appliquer à elle-même. Que le chemin fut long pour en arriver là, et comme le parti a résisté, jusqu’au psychodrame de Reims, pour ne pas voir la réalité en face, pour dépasser les mots, pour aller plus loin que “oui mais pas cela”, “oui chez vous mais pas chez moi”.

Changer n’est jamais facile, alors que dire lorsqu’il faut abandonner un paquebot naguère conquérant et confortable pour s’attaquer à la construction d’un navire résolument nouveau, nécessairement innovant, où rien de tangible n’est encore visible, où seuls prévaudront les talents des architectes, l’habilité des constructeurs, et un jour prochain, le panache du capitaine.

Mais le chemin de la refondation sera long, et s’il y aura urgence à répondre à la convocation des Français, il n’y en a aucune à créer un grand n’importe quoi mal ficelé. Ce chemin commence par sortir de l’émotion immédiate qui nous a jeté dans la recherche illusoire du sauveur. Oh certes, il aurait été divinement agréable de trouver maman ou papa pour régler tous les problèmes, mais dans ce monde réel, nous sommes adultes, responsables et, en qualité de socialistes, nous savons depuis longtemps que les chances de survie et de succès sont bien plus élevées par l’union, l’addition des talents, que par l’arrivée deus ex machina du sauveur. Alors oui, nous avons de nombreux talents, mais tous ces talents doivent contribuer au succès, collectivement et quitter le costume mal taillé de Zorro se transformant en Cosette une semaine sur deux.

L’union n’est pas le seul pré-requis à notre renaissance. Il nous faudra questionner profondément nos convictions, comprendre pourquoi elles ont échoué à nous faire gagner, comprendre pourquoi elles ne sont pas devenues une évidence pour tous, comprendre pourquoi certains d’entre nous se sont accommodés d’arrangement avec elles.

La démocratie est notre idéal. L’avons-nous si bien appliquée ? L’avons-nous si bien défendue ? N’a-t-on pas renoncé à essayer d’aller au-delà ?

La République est notre référence ? Mais n’est-elle pas morte cette République ? Ne l’avons-nous pas laissée lentement dériver vers d’étranges pratiques ? Comment la faire renaître elle aussi ?
Avons-nous réussi à concilier liberté individuelle et égalité collective ? N’avons-nous pas doublement échoué à combattre l’individualisme et à empêcher le naufrage individualiste de nos sociétés ? Avons-nous dépassé l’échec de l’égalité collectiviste qui a abouti à l’oppression sans nom des peuples ? Quel point d’équilibre entre individu et société proposons-nous ?

L’idée social-démocrate de la régulation économique ne s’est-elle pas imposée sans nous ? Avons-nous vraiment admis qu’il faut être là où se décident les choses (FMI, OMC, BCE, …) pour être en capacité d’agir ? Notre vision de l’économie, bien que plébiscitée par les faits, n’est-elle pas en fait déjà dépassée ? Qu’est-ce que le capital dans un monde qui se dématérialise à grande vitesse ? Comment créer de la richesse avec les mécanismes de l’économie de la gratuité ?

Ne devons-nous pas également faire table rase de nos réflexes sociaux pour reconstruire un équilibre plus juste, plus pérenne, qui ne réduise pas nos vies en trois phases, apprentissage, production, retraite, mais qui considère un tout fait de continuité dans l’alternance, de changement continu normal et maîtrisé, un équilibre où les services publics sont des relais, des secours, des accélérateurs, des réparateurs, le liant d’un projet commun cohérent et identifié ?

Enfin, nous avons découvert que nos sociétés étaient contraintes par un monde fini, vivant, plus fragile que nous le pensions. Mais ne serions-nous pas en train de tomber dans la vision simpliste de l’écologie du rayon bricolage ? Les questions se résument-elles à la production de carbone, à quelques éoliennes et une citerne pour récupérer l’eau ? Qu’est-ce que la propriété d’un écosystème ? Quelle est la limite de transformation de ces écosystèmes ? Devons-nous nous limiter à subir le destin imposé par la déesse nature ou doit-on défendre, là aussi, l’émancipation des sociétés dans le respect des équilibres certes, mais en gardant notre volonté et notre liberté d’action.

J’ai trop peu de réponses à donner à toutes ces questions, et c’est tant mieux car pas plus que les autres, je ne peux écrire à moi seul le nouveau volume qui éclairera le chemin des années à venir. Mais je ne doute pas que nous soyons maintenant prêts à l’écrire, ensemble, parce que nous saurons questionner nos convictions et que nous avons le courage de construire un monde meilleur pour nos enfants.

Été morose, nez dans la sinistrose ?

SocdemJe ne sais pas si c’est la crise économique,  les soldes en berne qui n’ont pas permis de se défouler, ou encore l’été qui tarde à commencer vraiment dans les esprits, mais de ronchonnades en silences renfrognés, de petites phrases assassines en condamnations définitives, les socialistes grognent. Certains le font écolo version arbre sec, d’autres scientifique nappé de formol, d’autres encore la joue grande muette à coup de grands tambours médiatiques, et même certains philosophes en mal de certitudes métaphysiques nous la chante requiem. Et pour le coup, je trouve cela décalé, joyeux et stimulant. Pourquoi donc ?

Eh bien, je crois que fondamentalement nos visionnaires ronchons ont un an de retard sur le calendrier. Il y a un peu moins d’un an en effet, du bout de ma lorgnette de militant lambda j’écrivais des choses, certes moins poétiques, moins scientifiques, moins spectaculaires et moins universelles, assez similaires à celle de notre orchestre de ténors. C’était à l’occasion de l’université d’été de La Rochelle ou un peu plus tard à la lecture des résultats sur les motions en vue du futur congrès de Reims. Mais à l’époque, mon inquiétude était surtout celle d’un militant qui voyait que son parti avait du mal à prendre en compte toute l’ampleur des problèmes, un parti qui parlait avenir tourné vers le passé (2002, 2007), un parti qui croyait au mythe du sauveur, un parti qui déclarait croire au changement en campant sur ses positions, un parti qui n’arrivait pas à sortir du déni post-mitterrandien. Mais aujourd’hui, cela n’a plus court et c’est bien cela qui a profondément changé, et c’est bien ce qui me rend optimiste.

Certes, nous ne savons pas encore très bien ce que sera demain le PS, mais dans l’immense majorité des cas, il me semble que les militants ont compris qu’il fallait vraiment aller de l’avant, et vraiment y aller dans les faits, pas seulement dans les mots. Contrairement à il y a un an, les cris de Jack, Arnaud, Manuel et des autres, ne sont pas des cris yakafocon, oui mais pas ça, mais ce sont des cris de deuil, ce deuil absolument nécessaire pour pouvoir rebondir et se projeter à nouveau dans l’avenir.

Certes, il reste encore une vague illusion, après celle du sauveur, qui est celle du bouc émissaire, ou en l’occurrence de la chèvre à bouffer en brochettes. Mais au fond, nous savons bien que Martine n’est en rien la cause de la fin de cette époque, qu’elle n’a reçu au congrès aucun moyen de l’éviter. Je suspecte même les autres prétendants de se laisser aller parfois à pousser un soupir de soulagement en pensant à ce à quoi ils ont échappé…

Alors oui, nous avons des raisons d’espérer à nouveau car nous avons probablement passé un cap psychologique. Et j’ajouterai même que certains d’entre nous ont même déjà commencé à se projeter dans l’avenir si j’en juge par les idées qui s’échangent à besoin de gauche ou ailleurs. Idées par exemple sur les impacts des évolutions de la société induites par la prise en compte de l’écologie, celles des technologies permettant la dématérialisation, et leur signification sur des sujets historiques tels que la définition de la propriété ou encore la nature du capital dans cette nouvelle société qui se construit sous nos yeux.

Alors finalement, je suis nettement plus optimiste qu’il y a un an, et je crois que nous serons bientôt très nombreux dans ce cas. Il faudra du temps parce que la tâche est d’ampleur, mais la mécanique de la refondation est bien en train de s’enclencher.

Dany, cet ami nous veut-il du bien ?

Daniel Cohn Bendit

Cher Dany, désolé de te casser les pieds, mais il faut que je fasse un peu le point avec mes camarades socialos sur le sujet de l’écologie.

Le sujet n’est pas nouveau pour nous, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que nous n’avons jamais très bien communiqué sur le sujet. Du coup, pour rattraper le coup, certains d’entre nous ont semble-t-il l’idée de se lancer dans le plus écolo que moi tu meurs en se disant que l’année prochaine, les régionales se joueront en bonne partie à gauche sur ce sujet qui touche chacun dans son quotidien. Et figure toi qu’il ne nous a pas échappé que ce serait une excellente affaire, non pour le PS, mais bien pour les listes écologistes, tant il vrai qu’en matière de mangeons bio, récupérons l’eau et posons notre panneau photovoltaïque, les listes estampillées écolo-inside seront imbattables. Bien oui, ce n’est pas nouveau, en politique l’original est toujours préféré à la copie et vouloir te courir après serait surtout te pousser à la tête de nos belles régions. Vois-tu, nous avons beau être dans le brouillard en ce moment, nous n’en avons pas pour autant perdu notre lucidité et notre capacité d’analyse…

Alors, puisque tu es un ami et donc que tu ne peux que nous vouloir du bien, peut-être doit-on envisager de dissoudre le PS pour te rejoindre. Rejoindre qui pour quoi au fait ? Question importante parce que côté visibilité, finalement les écolos n’ont jamais franchement été plus clairs que le PS, même aujourd’hui.

Devrions-nous rejoindre l’écologie version paysan moustachu ? Franchement mon Dany, le côté conservateur réac à la sauce néo-jacquerie me rebute. Si être écolo c’est être anti-tout et retour à un monde paysan idéalisé reloocké à coup de toilettes sèches et de vieilles fermes mal chauffées, très peu pour moi, je laisse cela à quelques idéalistes sympathiques, mais prosaïquement entre allergie au lait, au gluten et rhume des foins, ma petite famille n’a aucune chance de survivre dans un monde pareil !

Devrions-nous rejoindre l’écologie version soixante-huitard qui a réalisé que le confort bourgeois avait son charme ? Où cela nous mènerait-il ? A vrai dire, je n’arrive pas très bien à décrypter ton message. Le coup de la décroissance comme mode de gestion des problèmes écologiques me paraît être être une ânerie pour madoffiser des gens qui n’ont pas eu la chance de recevoir assez d’éducation économique pour comprendre combien c’est absurde. Va expliquer au coiffeur ou à la femme de ménage qu’ils doivent moins travailler pour gagner moins (on dirait la politique de Sarko) dans le but de créer de la décroissance, seule façon pour eux de le faire puisqu’ils ne produisent que du service ! La situation économique actuelle est le parfait exemple de ce qui se passe lorsque l’on est en décroissance. Certes, je suis bien d’accord avec toi pour dire qu’il faut consommer moins d’énergie et moins gaspiller, mais il s’agit de gain de productivité, non de décroissance ! Je donne souvent une image pour illustrer ce qu’est l’économie : l’économie c’est l’énergie de la transformation. Plus il y a de croissance, et plus on a les moyens de transformer le monde, la vraie question est alors de le changer en mieux, avec la plus grande efficacité. Mais il nous faut le maximum d’énergie (de croissance) pour le faire, c’est à dire aujourd’hui à l’heure des ruptures climatique et énergétique, le maximum de croissance utilisée avec la plus grande intelligence possible pour sauver notre civilisation. Et ceci ne peut se faire que par un projet commun mené au sein d’une société réformatrice et solidaire, ce qui est presque la définition de la gauche n’est-ce pas ?
Alors non, Dany, je ne te rejoindrai pas, et je vais même te dire maintenant en quoi la refondation social-démocrate que nous sommes en train de mener, à besoin de gauche mais aussi dans tous les courants socialistes qui finiront bien par se retrouver, est fondamentalement différente de ta vision écolo.

Nous refusons de nous soumettre à une vision idéalisée de la nature, mère nourricière et protectrice parce que nous n’avons pas oublié qu’un individu soumis à la loi naturelle ne vit pas très longtemps : la déesse nature tue l’homme hors de la société, que ce soit à coup de paludisme ou de tsunami.

Nous avons compris combien il était important d’arrêter le désastre en marche, mais nous voulons chercher à équilibrer au juste niveau la pression de nos sociétés sur les écosystèmes et en aucun cas renoncer à construire une société protectrice au profit d’une mystique née d’un replis malthusien, d’une peur de l’avenir, d’une perte en l’espoir du progrès.  Alors oui, nous allons tout faire pour retrouver cet équilibre, mais la société que nous allons construire ira bien au-delà d’une taxe carbone, de légumes bios et d’une définition morale mais peu fondée de ce qui est du ressort du développement durable et de ce qui ne l’est pas.

Notre idéal reste de construire une société meilleure, plus juste, et oui, plus respectueuse des écosystèmes, mais l’homme reste au centre de notre idéologie, et l’écologie n’est qu’un élément de plus que nous ajoutons à ceux d’humanisme, d’émancipation, de liberté, d’égalité, d’universalité. Je veux que mes camarades socialistes reprennent pied sur la tribune pour, à nouveau, être fiers de présenter aux Français un projet de progrès social où chaque citoyen vivra en harmonie avec les autres et son environnement, ou chacun d’entre nous retrouvera le chemin qui guidera ses enfants vers un monde plus juste, plus sain, plus serein.

Alors Dany, certes les écologistes ont pendant des années sonné un tocsin que nous aurions dû écouter plus tôt, mais en aucun cas vous n’êtes porteur d’un projet de société, car votre projet est celui de la peur et de la domination de la nature, non de la confiance dans le progrès et le génie des hommes. La prise en compte des écosystèmes dans notre idéologie va générer des révolutions, comme celle de la notion de propriété, dont nous ne faisons qu’entre-apercevoir les lignes, mais ce sont les héritiers du socialisme et de la social-démocratie qui porteront ce projet, car nous seuls avons un héritage compatible avec la définition et les objectifs de ce projet.

Commentaires sur l’actualité

Je souhaiterais commenter deux actualités de ces derniers jours.

Tout d’abord, le retour en fanfare de DSK, dans deux registres très différents.

Celui de l’ascenseur sondagier qui l’a placé dernièrement dans une situation surprenante, celle d’avoir une majorité d’opinions favorables… à gauche. Jusqu’à présent, Dominique Strauss-Kahn faisait partie du groupe (plutôt nombreux d’ailleurs, voir Delors et autres Rocard) des “apporte-moi tes compétences mais mets-la en veilleuse”) et le voici soudain vu d’une manière beaucoup plus favorable. Il est vrai que lorsque le bâteau risque de sombrer, on se moque du côté sympa, sexy et amuseur de foire du capitaine et que les matelots demandent d’abord qu’il soit solide, compétent et capable d’amener le rafiot à bon port…

Autres éléments, nettement moins amusant, que sont les déclarations économiques du directeur du FMI. Il appelle, une nouvelle fois à plus de responsabilités des banques en leur demandant de finir leur ménage. Comment ne pas être d’accord à l’heure où les criquets ayant échappé au premier naufrage semblent vouloir repartir dans leur sinistre logique. Je craints fort que les seules mesures qui puissent leur faire peur sont d’ordre judiciaire et qu’il va falloir inventer un crime d’abus de bien sociaux contre l’humanité pour les arrêter.

Autre élément préoccupant relevé par DSK, le chômage, désastre dont nous n’avons manifestement pas pris en compte toute l’ampleur, le gouvernement Sarko II en tête, malgré la sortie de Darcos ces tous derniers jours. Eh oui, je craignais il y a quelques temps un horizon de 3 millions de chômeurs, nous y allons tout droit, et comme nous ne pourrons pas financer de front les retraites des baby boomers et un chômage de masse, il va falloir trouver des couillons, beaucoup, beaucoup de couillons pour recoller tout cela. Mais l’important est de préparer l’après-crise et de paraître optimiste devant les caméras n’est-ce pas ? Cela ne pourra aller mieux que lorsque nous aurons un gouvernement responsable, compétent et travaillant pour l’intérêt général.
Dernier élément sans rapport direct, le retour du travail le dimanche. Voilà une fixette qui si elle n’allait pas détruire de valeur, serait amusante tant elle est ridicule.

Ridicule sur tous ses aller-retours parlementaires. La droite ne veut tellement pas aller travailler le dimanche (ben oui, à droite on est plutôt catholique pratiquant, et le dimanche est quand même connoté “jour du seigneur” – ce dont se moque Sarko comme de son dernier tapoti sur son portable…).

Ridicule car la justification avancée (consommer plus) est en contradiction avec la volonté affichée de ne pas relancer la consommation. Dommage, car les quelques mesures de relance (prime à la casse par exemple) aident effectivement bien les producteurs, alors que le travail du dimanche qui n’est qu’une extension de plage horaire, n’a aucune chance d’augmenter cette consommation, tout simplement parce que le problème n’est pas un problème d’opportunité d’achat (internet est déjà ouvert 24h/24h, 7j/7) mais un problème de pouvoir d’achat. Pire, comme le travail du dimanche est plus coûteux qu’en semaine, globalement les marges seront plus faibles et le déplacement d’activité induit (vers les grands centres) va accélérer le mouvement de faillites en court ! Cette mesure n’est justifiée que par le lobbying de quelques grandes enseignes qui veulent gagner des parts de marché en tuant les concurrents qui seront trop petits pour ouvrir le dimanche. Le résultat prévisible est donc : faillites induites, hausse supplémentaire du chômage, hausse des prix pour compenser le surcoût. Et ceci n’est pas de l’anti-sarkozysme primaire, mais de l’anti-sarkozysme appuyé par la réflexion et un minimum de bon sens économique.

Un emprunt ? Quel emprunt ?

Nous sommes à la deuxième phase d’une crise qui n’a d’équivalent que celle des années 30.
Cette crise a une origine qui est la non-maîtrise des mécanismes financiers (subprimes, LBO mais aussi déficits publics) ; ça c’est pour la sphère déconnectée du vrai monde.

Mais dans le monde réel, l’origine est une inadaptation profonde de l’offre et de la demande.
L’industrie automobile attend le modèle “sans pétrole” : elle est en surcapacité monstrueuse. Et au-delà de ce cas emblématique, toute l’industrie, du primaire au tertiaire attend de savoir de quoi sera fait le monde écolo dont on prépare les normes, le monde agricole capable de nous nourrir après la rupture climatique en cours, l’ordre mondial stable après l’effondrement des repères.

Le gouvernement Sarkozy I n’a rien vu venir, Sarkozy Ibis ne sait pas le gérer et ne fait rien sinon essayer de nous laisser croire que ses milles chantiers vont nous sauver (Sarko I) et que ce prêt va financer le redémarrage (Sarko Ibis). Certes, un bon manager doit faire visualiser le symbole de la victoire à ses équipes (nous fêterons cela !), mais un bon manager se doit d’être crédible sur le chemin à suivre. Et justement, de chemin, il n’y a pas.

D’abord parce que nous n’avons pas fini de tomber. Certes, financièrement, la coque du navire a tenu, mais nous commençons à passer aux plans sociaux, et là les dommages seront autrement plus sensibles que les 5 milliards misés au casino par Kerviel, l’arnaque de Madoff où les siphonages en direction des paradis fiscaux. Un milliard de moins sur une ligne de compte fait infiniment moins de mal qu’une assiette familiale désespérément vide !
Pour l’instant, les familles semblent tenir en se rabattant sur le low cost et en tirant sur leurs économies. Mais après ? Ne pas partir en vacances (un français sur deux cette année !) ne fera que retarder un peu l’échéance.
Où est le séminaire gouvernemental qui va nous expliquer comment gérer trois millions de chômeurs et des baby-boomers en retraite ?
Où est le plan d’avenir pour ceux qui sont en ce moment dans la vague des plans sociaux ?

Sarko semble donner dans la mystique du marché : cela finira bien par repartir tout seul, comme par magie telle une mauvaise grippe, en 2010 paraît-il. Financièrement, oui, cela repartira, peut-être avant même. Et alors Sarko sera prêt, avec un emprunt magique pour l’avenir.

Seulement, l’avenir passe par ici et maintenant. Cet emprunt risque fort de finir en autodafé.

La gauche réformatrice sort l’étendard de la refondation

Besoin de Gauche issu de la contribution PS du même nom, vient de lancer un nouveau site web http://besoindegauche.fr :

Besoin de gauche

Il s’adresse à tous ceux qui cherchent à comprendre l’évolution de la gauche, à échanger et participer à la rénovation des idées et des outils pour conquérir le pouvoir.

Chacun pourra y retrouver des actualités, des textes de réflexions politiques, un réseau social, des fils rss et tout ce que nous y inventerons collectivement pour collectivement rebâtir le parti socialiste et construire l’avenir de la France et de l’Europe sur des bases radicalement réformatrices, solidaires, volontaires et positives.

A bientôt sur ce nouveau site !

PS, Home, sweet home

home

Comme à mon habitude, j’ai essayé de prendre un peu de recul après notre échouage de dimanche dernier.

Je ne suis pas sûr qu’il y ait tant à en dire, en tout cas moins que ce qui a pu être dit. Finalement, je crois que les français nous ont simplement envoyé un message : vous avez sans doute raison à propos de Sarkozy et peut-être que votre projet européen était mieux que le sien, mais tant que vous passerez votre temps à vous chercher des poux, nous ne pourrons vous faire confiance. Dont acte, mieux valait entendre ce message à cette élection là qu’à une autre. A nous de mettre à profit la leçon.
Autre élément intéressant : la collision entre l’élection et le film Home de Yann Arthus Bertrand. Lorsque je l’ai visionné, j’ai regretté au combien que notre discours ne se soit pas porté sur l’écologie. Certes, l’écologie est une appropriation finalement récente des socialistes, même si pas mal d’entre nous s’y intéressaient depuis longtemps. Mais il est clair que peu de français doivent avoir une idée, ne serait-ce que vague, de notre niveau de réflexion sur le sujet. Les socialistes s’y intéressent-ils vraiment ? En quoi diffèrent-ils des écologistes ?

Pour vous en donner une idée, j’ai ressorti un texte qui a quelques années et qui a été écrit après la primaire socialiste dans le cadre des travaux du manifeste socialisme & démocratie. Ceux qui ont vu le film home y trouveront des passages qui auraient pu servir de base de script de ce film, dont celui-ci :

Enfin, deux expériences tirées de l’histoire de notre planète sont à méditer : un changement climatique planétaire a entraîné la grande extinction des espèces du permien (entre autre due à un dégazage massif qui modifia la composition chimique de l’atmosphère), et la modification volontaire de l’écosystème de l’île de Pâques (déforestation) a provoqué la disparition de la société Rapa Nui au XVIIème siècle. La modification de la chimie de l’atmosphère terrestre, celle de notre écosystème, peut avoir des effets potentiellement cataclysmiques sur nos sociétés.

Sommes-nous des écolos bis ? Non, nous nous distinguons d’eux, entre autre par notre refus d’une vision “romantique” de l’écologie. Nous avons la volonté d’agir rationnellement sur l’économie, la société et les éco-systèmes. :

Comparativement, les mouvements altermondialistes sont plus en pointe sur la question mais ils apparaissent sur la question écologique plutôt comme des mouvements conservateurs voire réactionnaires en quête d’une sorte de replis sur un monde « idéal » s’appuyant sur une « harmonie agricole » (le bon sauvage est devenu l’agriculteur récoltant respectueusement les fruits de la terre nourricière et commerçant dans un monde policé). Nous nous ancrons dans un monde qui se développe, qui progresse, pas un monde qui se replie sur lui-même, voire récessionniste pour certains points de vue extrémistes (sans doute les héritiers contemporains de Malthus). Le développement durable est tout à fait compatible avec une économie florissante qui se projette à long terme.”

Enfin, autre élément passer sous silence par le film Home, nous nous positionnons clairement sur le nucléaire. Nous affirmons notre volonté d’en sortir, nous présentons un chemin possible, mais nous annonçons clairement qu’en l’état, ce sera long, cela prendra plusieurs générations. C’est à notre connaissance, la seule proposition qui concilie réalisme, faisabilité et volonté écologique sur le sujet. Reste à trouver un parti social-démocrate en ordre de bataille, et qui inspire à nouveau confiance aux français.

Virons-les !

chomage sources insee

Pour les européennes, de fins tacticiens se sont évertués à (ne pas) trouver des arguments subtils pour faire voter les citoyens. En découvrant les dernières statistiques du chômage, je me dis qu’il faut faire fi de la tactique et de la subtilité : 58000 chômeurs de plus (le tiers d’une ville comme Brest), 2 millions et demi de chômeurs (3,5 si on compte les gens ayant une activité “réduite”) c’est largement suffisant pour aller aux urnes prendre la Bastille !

Et l’on pourra bien m’objecter les milles et unes excuses savamment distillées depuis des mois, “c’est la faute aux subprimes”, “ce sont des élections européennes qui n’ont rien à voir avec la politique nationale”, “les autres ne feraient pas mieux”, “cela va s’arranger bientôt”, je m’en fous ! L’UMP est au pouvoir depuis 2002 et depuis 2002, cela va de mal en pis. Sarkozy est au pouvoir depuis 2007 et depuis 2007, il a réussi à battre tous les records de catastrophe économique de la Vème République et l’on en est à chercher dans les statistiques des années 50 des références qui soient pires. Sauf que les années 50 sont des années d’après-guerre et que nous sommes censés vivre des années d’après euphorie !

chomage sources insee

Continuons à ne rien faire et c’est le cap des 3 millions de chômeurs qu’il faudra tenter d’éviter. Situation incroyable alors que nous vivons une période démographiquement historique favorable au plein emploi, période qui ne se reproduira sans doute pas avant un siècle au minimum !

Continuons à ne rien faire et Sarkozy nommera en juin un gouvernement sarkofillon-bis qui continuera à faire des choix qui sont l’antithèse du bon sens, mais qui permettent à quelques uns de se pavaner pendant que d’autres se demandent comment faire vivre leur famille.

Continuons à ne rien faire et Sarkozy continuera à promettre toujours et ne tenir jamais comme à Gandrange, continuera à faire des prévisions économiques systématiquement fausses comme sur la croissance, continuera à s’agiter toujours, éternellement stérile si ce n’est dans l’absurdité de son incompétence.

Aujourd’hui, les sondages indiquent que plus de 70% des français lui disent non. C’est encore trop peu pour qu’un homme comme lui comprenne tout le mal qu’il fait à la France et aux Français. C’est trop peu pour qu’un parti comme l’UMP retrouve un minimum d’honneur, honneur qui s’appelait jadis gaullisme.

Je soutiens au sein du PS la refondation sociale-démocrate, mais peu importe : allez voter pour qui vous voulez, mais allez voter pour stopper cette machine infernale, le sarkozysme.

La stratégie de la moche au bois pionçant

Mai 2009.

UMP carabosse

Dans une discussion récente, un de mes amis me faisait la réflexion suivante sur les européennes : “avec tous ces mouvements sociaux, la crise et tous ces gens dans la rue, on veut nous faire croire que Sarko va faire 28% !”.

Ce qui m’inspira deux réflexions : 28% lorsque l’on est le seul parti de gouvernement ce n’est pas exactement un sommet (tiens au passage, où est passé le nouveau centre ?). Et effectivement, lorsque même les agriculteurs descendent bloquer les grandes surfaces, on peut se dire qu’il y a comme un décalage entre les Français qui sont dans le trou à cause de l’hyperventilation imprévoyante de ce gouvernement brutal et les intentions de vote de ces mêmes français.

Mais voilà, sarkofillon a inventé la stratégie qui (nous) tue pour les européennes : le kan-on-est-moche-on-s’planque-et-on attend-k’sa-passe. Technique efficace finalement car si les candidats très tardifs de l’UMP venaient à défendre une quelconque ligne politique de droite devant les médias, même les journalistes les plus aimables devraient leur faire inopportunément remarquer que cette idéologie a mené au chaos mondial, européen et national, rien de moins. Ce n’est tout de même pas rien d’entendre un agriculteur de la FNSEA clamer haut et fort que si le prix du lait est au niveau des chaussettes, c’est la faute à la dérégulation mise en place par le libéralisme de la commission et qu’il faut un marché régulé ! D’ici à ce qu’ils virent socdem dans les campagnes, il n’y a plus des kilomètres !

Autre élément de cette stratégie, la jolie berceuse sur fond de y-aura-un-nouveau-gouvernement-avec-allègre-valls-ou-jack. Quelle belle musique ! Comme les Français ne veulent pas un nouveau gouvernement mais une nouvelle politique, ils en sont pour leur frais et au passage, cela permet au sein du PS toujours parasité par ses maux post-présidentielle-ratée de désigner par avance des coupables qui n’ont rien fait. Cela en détend certains…
Alors, permettez-moi de dissoner au milieu de ce conte pour gnomes avachis.

  1. La politique de l’UMP menée par Sarkozy et Fillon a échoué, ils doivent être sanctionnés.
  2. La politique européenne menée par le PPE et Barroso a échoué, ils doivent être sanctionnés.
  3. Le PSE propose une politique d’inspiration social-démocrate, régulatrice, protectrice et le PS est le parti qui défend en France cette politique, ils doivent accéder au pouvoir européen.

Et sinon, vous pouvez toujours manifester contre ceux pour lesquels vous votez, mais renoncez alors à tout espoir. Le joli compte de la moche au bois pionçant n’est rien d’autre qu’un cauchemar.