Loi Macron en demi-ton

Emmanuel Macron était vendredi dernier à Brest avec pour objectif d’expliquer sa loi qui passe cette semaine à l’assemblée. Voici quelques réflexions sur sa prestation.

macron-ferrandCette loi est un assemblage de mesures différentes, elle n’assume pas l’ambition d’une vision à long terme mais celle d’un ensemble de déverrouillages de blocages. Pourquoi pas, et même s’il est un peu surprenant et inhabituel de dépenser tant d’énergie pour dégripper une machine, si cela permet effectivement d’avancer tout le monde y gagnera.

Cette loi assume une orientation générale claire : la priorité de la politique économique est de diminuer le chômage, pas l’augmenter le pouvoir d’achat. Que l’on soit d’accord ou pas avec cette priorité, j’apprécie personnellement le fait qu’on assume une direction forte et lisible et qu’un gouvernement ne louvoie pas entre la chèvre et le chou en fonction du vent. Alors oui, puisque nous ne semblons pas avoir les moyens de mener plusieurs batailles de front, commençons par redonner un emploi à beaucoup de gens qui aujourd’hui n’en n’ont pas et soutenons ce choix pour que cela réussisse.

photo-evolution-du-e-commerce-1Une des mesures faisant particulièrement couler de l’encre est celle du travail du dimanche. Il est exact que pour les socialistes cette mesure pose un problème de fond puisqu’avec raison, notre position est de défendre à la fois l’idée d’un jour de repos où toute la famille puisse se retrouver et celle que le pouvoir d’achat étant ce qu’il est, hors zone touristique l’extension des heures d’ouverture n’entraîne que peu d’extension du chiffre d’affaires.

Oui, mais ces dix dernières années le monde a profondément changé et en particulier, la vente sur internet a fait exploser cet argument. Les sites internets de vente fonctionnent 24h/24 7j/7 et il n’est pas possible de les empêcher d’ouvrir (problème de non-territorialité de l’économie numérique). Si les secteurs impactés ne s’adaptent pas, ils continueront de perdre des parts de marchés et fermeront au profit du commerce numérique. Le désastre sera consommé pour le commerce de centre ville.

Actant également du fait que plus de 30% des salariés travaillent déjà le dimanche, Emmanuel Macron a donc choisi d’autoriser l’ouverture de 12 dimanches avec des compensations (qui n’existent pas aujourd’hui) plutôt que de rester dans une situation actuelle, anarchique et au final inefficace.

Ce choix assumé acte d’une réalité qui ne nous fait pas plaisir mais nous ne devons pas nous voiler la face : mieux vaut travailler pour le progrès social dans le monde tel qu’il est plutôt que de rester bloqué sur des principes, aussi justes soit-ils, d’un monde qui n’existe plus.

Serions-nous avec cette loi sur la bonne voie du déverrouillage économique ?

Pendant toute l’intervention du ministre de l’économie, je n’ai pas pu m’empêcher d’être assez mal à l’aise. Une partie de ce sentiment était sans doute dû, comme je l’ai écrit plus haut, au fait que le monde nous oblige à changer sur des points que nous n’aimerions pas abandonner. Mais pas que. La majeure partie de mon ressenti venait du fait que j’avais le désagréable sentiment qu’Emannuel Macron ne semblait pas correctement intégrer l’économie numérique, ce qui paraît (presque) surprenant vu sa position et le nombre de conseillers qui l’entourent.

Lorsque qu’il évoque le développement des lignes de cars face au co-voiturage, j’ai un doute sur le fait qu’il ait intégré correctement le modèle d’affaires du covoiturage, que l’intérêt ne se limite pas qu’au prix et qu’il est tout à fait envisageable d’envisager un système de co-voiturage freemium, c’est à dire à tarif d’entrée de gamme nul…

Lorsqu’il évoque la mesure du crédit entre entreprises, j’ai un doute sur le fait qu’il ait intégré complètement les mécanismes de financement participatifs (question osée vis-à-vis d’un ex-banquier), la diminution des besoins en capitaux de l’économie numérique, l’attaque de plus en plus frontale des banques par des acteurs numériques qui ne sont pas des banques (pour le coup, cette mesure va accélérer ce mouvement).

Et lorsqu’il évoque les startups du numérique, là a contrario je craints d’entendre un discours forgé par la fascination du cas de quelques gagnants du grand loto numérique, oubliant que l’avenir « normal » d’une startup du numérique est d’aller au tapis et pire encore, que lorsque l’on a fait le choix de l’emploi, on devrait porter son effort sur la bascule numérique des entreprises existantes, surtout les TPE/PME, plutôt que sur les startups. Oui il faut de nouveaux entrepreneurs et de nouvelles jeunes entreprises, mais le savoir-faire est aujourd’hui dans les entreprises « vieille économie ». Il est plus facile d’adapter un savoir-faire au numérique que de créer une coquille numérique puis d’acquérir un savoir-faire. Dit autrement, je dit bravo à Uber d’avoir créé un nouveau modèle économique, mais si j’étais ministre de l’économie, je ferais en sorte que les sociétés de taxi adaptent à marche forcée leur modèle économique à l’économie numérique (et qu’elles n’essaient pas de bloquer le tsunami, c’est totalement illusoire).

La série de mesures de la loi Macron s’applique d’abord à l’ancienne économie, elle est nécessaire. On jugera in fine de son efficacité, mais en qualité de militant je la soutiendrai puisqu’il s’agit de choix nécessaires, précis, clairs et assumés. En parallèle, je ne peux que conseiller (aussi humblement que possible) de lancer un vrai plan de mutation vers l’économie numérique. Les grandes sociétés n’ont (peut-être ?) pas besoin d’un tel plan, mais les PME/TPE risquent de tomber les unes après les autres face aux milliers de Uber qui attaquent leur marché avec des modèles qu’elles ne comprennent pas à temps.

Richard Ferrand le rapporteur de cette loi parle de clé de 12 pour décoincer la machine. Ok pour l’économie classique. Pour ce qui est de l’économie numérique je conseille un reformatage et un passage dans le cloud.

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Des cameras pour la surveillance publique à Plougonvelin

Lors de ses vœux, le nouveau maire de Plougonvelin a annoncé l’arrivée de cameras de surveillance sur l’espace publique.

security_camera_street_viewLes lieux surveillés seraient a priori la place des écoles, la place de l’église, le complexe sportif, l’office du tourisme, la piscine et Kéraudy.

Cette annonce m’inspire un certain nombre de réflexions.

D’abord de la surprise puisque je ne savais pas qu’il y avait un projet sur le sujet, que le thème de la sécurité publique n’avait pas fait la une de la campagne municipale de 2014, loin s’en faut, et qu’à moins d’avoir mal lu le programme de la majorité actuelle, le projet d’installation de cameras n’avait pas été évoqué.

Mais après tout pourquoi pas, rien n’interdit de faire pendant son mandat des investissements qui s’avèrent nécessaires ou simplement utiles, même s’ils n’avaient pas été anticipés.

En quoi ces cameras pourraient-elles donc être si nécessaires ou utiles ?

Même si la délinquance n’est pas absente de Plougonvelin, notre petite ville ne souffre pas il me semble de problèmes majeurs. Si les rares crimes qui s’y produisent alimentent les conversations pendant des années, on souffre plus de problèmes d’incivilités idiotes que d’un fléau de criminalité. Fort heureusement, on ne s’attend pas à découvrir ici des terroristes aussi décérébrés qu’exaltés.

L’utilité des caméras dans ce cas est d’ailleurs sujet à discussion. Au mieux, elles permettraient de déplacer la délinquance et dans quelques cas d’aider à apporter des preuves en cas de crimes ou délits.

L’urgence d’un tel projet n’apparaît donc pas clairement au citoyen que je suis.

Par quoi la municipalité justifie-t-elle ce projet ?

La motivation prioritaire de l’installation de ces caméras ne semble d’ailleurs pas vraiment sécuritaire strito censu, mais plutôt économique. On constate en effet, objectivement, que les bâtiments publics de Plougonvelin sont souvent dégradés (week-end, vacances scolaires….) et que cela a un coût non négligeable sur les finances de la ville (réparations, temps passé, répercussion sur les assurances….).

Dont acte sur le problème. Mais question subsidiaire, est-ce que cela sera rentable si c’est l’objectif suivi ?

Concernant la rentabilité, la commune semble avoir prévu un budget de 30.000€ d’investissement (pour 6 caméras minimum si l’on en place une par lieu ciblé) moins une subvention de l’État de l’ordre de 9.000€.

Tout d’abord, les études de coût arrivent à des chiffres assez variables en terme de coût. Mais dans un rapport de juin 2011, la cour des comptes nous renseignait sur le coût de ces équipements et sur les problèmes engendrés. Elle a établi que le coût moyen pondéré d’une caméra était de l’ordre de 36.600€ / an. En effet, outre l’investissement du matériel, il faut intégrer les coûts de maintenance et surtout de surveillance (à moins de mettre des caméras factices bien sûr). La cour des comptes relevait également que la surveillance vidéo induit généralement des problèmes de légalité puisque les personnes qui visionneront les enregistrements devront être agréés (problème de respect de la vie privée), chose qui n’est pas toujours respectée. Il serait dramatiquement paradoxal de vouloir faire respecter la loi en la violant…

Donc même si par un effet déflationniste inespéré le coût moyen avait diminué de 50% depuis 2011, la facture pour les Plougonvelinois serait plutôt de l’ordre de 6*13.300 = 79.800€ / an. Même avec ces hypothèses très optimistes, la rentabilité attendue a peu de chance d’être au rendez-vous.

Est-ce que ce sera au moins efficace ?

Je craints fort que la majorité municipale ne comprenne pas bien l’univers des jeunes générations. Ils vivent dans un monde hyper-connecté où l’image est omniprésente et valorisante. Rien à voir avec l’ancienne génération, léornarde qui plus est, qui elle a plus tendance à cultiver la discrétion et fuir la fanfaronnade vidéo.  Les jeunes aiment se filmer, et les jeunes délinquants trouvent même cela stimulant. Non seulement les caméras ont peu de chance de leur faire peur mais elles ont une probabilité non nulle de les stimuler. Autant envisager de leur ouvrir une chaîne youtube pour qu’ils y déposent le film de leurs « exploits ».

Conclusion

De manière générale, je suis très dubitatif quant à l’efficacité et l’efficience de la surveillance vidéo, mais j’accepte sans problème d’en débattre. Or de débat public, pour l’instant il n’y a pas eu.

Par ailleurs, il me semble que Plougonvelin est une ville suffisamment petite pour que ce problème de petite délinquance puisse être traité par de la prévention directe, par la sensibilisation et la participation de tous les habitants. Nous ne sommes pas en banlieue parisienne et nous connaissons généralement nos voisins et leurs éventuels gamins turbulents. La technologie ne règlera pas les problèmes de désœuvrement ou de dérive incivile.

Enfin, si la préoccupation première est le coût sur le budget de la commune, là c’est plus clair, il faut faire machine arrière toute.

Autres sources :

Bonne année 2015 en Iroise

ccommons-SamuelLamottedIncamps-NividicL’année 2014 fut difficile mais elle s’est terminée sur un petit cadeau inattendu avec la baisse du prix des carburants qui permet de redonner directement un peu de pouvoir d’achat aux ménages et un peu d’air aux entreprises. Comme quoi rien ne vaut un bon retour aux fondamentaux : un des gages d’une économie saine qui bénéficie à tous est une énergie abondante et bon marché.

Je ne sais pas si tel sera l’orientation de 2015, mais je sais en tout cas que les six premiers mois seront bien remplis pour la gauche en Iroise.

Avec tout d’abord une élection départementale qui s’annonce très… particulière. Les candidats de gauche n’ont pas démérité et ils auront l’occasion de défendre un bon bilan en Finistère. La difficulté pour eux sera de défendre leur bilan en binôme paritaire, ce qui ne va pas simplifier la lisibilité d’une élection habituellement peu mobilisatrice et qui en plus pour l’occasion a changé de nom. Cerise sur la bûche, on ne sait pas ce que deviendra l’assemblée pour laquelle on va les élire. Sera-ce un mandat pour liquider l’assemblée départementale ou le Finistère passera-t-il à travers la réforme ?

Le second rendez-vous du premier semestre sera le congrès du Parti Socialiste en juin. Ce congrès sera sans doute en partie un congrès de bilan du quinquennat. L’action de la gauche depuis 2012 n’a pas été aussi calamiteuse que celle des mandats de la droite depuis 2002, mais elle a été clairement insuffisante, trop attentiste d’un vent meilleur et pas assez en phase avec le cataclysme de l’époque. Mais pour autant, le congrès pourra-t-il dépasser les discours recuits et les clivages conformistes.

Le monde a profondément changé et la façon de mener le débat politique a du mal à suivre cette évolution. L’action démocratique ne se limite pas à la gestion courante. Le débat à celui du choix ou du non-choix d’un bulletin une fois de temps en temps.

En Iroise, les militants et sympathisants de gauche doivent et peuvent se regrouper et définir ensemble ce qu’ils veulent et peuvent faire sur leur territoire. 2015 sera d’abord ce que nous en ferons.

Passeur de monde

bebeJe ne fais pas partie de ceux qui croient ou feignent de croire que depuis que François Hollande a été rélu rien n’a été fait, qu’aucune promesse n’a été tenue. C’est faux et il suffit de suivre ce baromètre des engagements pour s’en assurer : à ce jour 47 des 60 engagements électoraux ont bien été tenus.

Formellement, si quelque chose doit être reprochée au Président, ce n’est pas un dédit post-élection. À vrai dire, il me semble que le désamour vis-à-vis de l’exécutif vient surtout du fait que notre système électoral est en lui-même un vaste mensonge : les raisons pour lesquelles une personne est élue n’ont que rarement un rapport avec l’objet de son mandat. François Hollande a été élu parce que les Français ne supportaient plus Nicolas Sarkozy et qu’il ne portait aucun stigmate rédhibitoire aux yeux des électeurs qui se sont déplacés. C’est suffisant pour gagner une élection mais cela ne dit rien des éléments favorables ou pas qui permettront de mener à bien un mandat. Et si faute il y a, elle incombe autant à l’élu qu’aux électeurs, et elles pèsent encore plus sur ceux qui sont restés chez eux dans un confort protestataire de révolutionnaire de comptoir.

Et quelle part pèse sur moi qui vous écrit et sur vous qui me lisez ?

Je suis prêt à plaider coupable d’avoir globalement vu les changements à venir et les voies possibles mais de n’avoir pas réussi à les faire comprendre et partager. Je plaide également coupable d’avoir cru (ou de m’être convaincu) que le système administratif et politique pourrait accoucher d’un groupe de personnes qui comprendrait ces changements et pourrait mettre en œuvre les profondes réformes nécessaires. Je sais pourtant qu’aucun système n’est en mesure de se réformer lui-même. Les perturbateurs capables de générer une restructuration sont toujours exogènes. Aucun esprit aussi brillant soit-il n’est en mesure de réformer l’État s’il a été formé pour servir l’État et aucun personnage politique n’est de lui-même en mesure de changer un système qui est à la fois sa maison et son horizon.

La parité, le non-cumul des mandats et la réforme territoriale auraient pu être des perturbateurs assez puissants mais ils ressemblent de fait plus à un long chemin de croix qui n’arrivera qu’à produire une machine à eau de boudin.

Sommes-nous condamnés à l’impuissance et aux regrets voire aux larmes ?

Je n’en crois rien. Nous avons beau pleurer sur notre sort et goûter avec délectation l’auto-dénigrement, nous sommes un peuple riche, éduqué et en bonne santé physique et démographique. On a vu pire comme base pour affronter le destin.

Pour nous relever de notre apathie, il nous faut d’abord nous débarrasser des scories qui nous paralysent et redonner un sens et un corps aux valeurs qui nous structurent. Les idéaux de liberté et d’égalité de 1789 ont-ils vraiment gardé le même sens dans notre monde ? Dans une société numérique philosophiquement libertaire, économiquement intrinsèquement libérale mais marxiste par nécessité, comment pouvons-nous espérer conserver des lois et une organisation d’un temps révolu ? Et comment pouvons-nous projeter le destin d’un peuple a travers la tempête du changement climatique ?

Je suis plus que jamais convaincu que la réponse émergera de la pensée et de l’initiative des citoyens. La force vitale de la démocratie vient de ses citoyens, pas de ses institutions. Le citoyen a la légitimité du nécessaire changement perturbateur. Mais cela ne peut se faire qu’en renouant le lien entre nous, en nous donnant les moyens de la cohésion, en remettant au clair nos idéaux, et surtout, surtout, en allant chercher tous ceux qui ne sont pas à même de passer seul le Rubicon. Les changements fondamentaux ne sont jamais souhaités, ils font beaucoup trop peur. Ceux qui ont la lucidité et en ont la force doivent aller chercher tous les autres pour les faire passer sur l’autre rive. Le changement ne peut pas être le fait d’une minorité qui abandonne les autres.

La démocratie offre bien des moyens d’expression à ses citoyens. Nous devons retrouver et réaffirmer des idéaux communs. Nous devons retisser le lien et alors nous pourrons redonner à la République une forme en phase avec l’urgence de l’époque et une vision commune et sereine de l’avenir.

Les ronds de la transition

800px-11._Éolienne_du_Parc_de_Derval-LusangerSi l’idée autant que la nécessité d’une transition énergétique est acquise, le chemin qui y mène semble pavé d’intentions plus ou moins bonnes.

Tout d’abord, il est un peu saugrenu de trouver des discussions sur les sacs plastiques et la vaisselle jetable dans ce débat. Non pas que cela soit sans importance et que oui, les océans se porteront mieux sans déchets plastiques, mais cela me semble d’une autre nature que l’avenir énergétique. Pour ce qui est de l’écotaxe, le débat étant devenu hystérique, cela n’a plus rien à voir avec une question de choix énergétique.

Ensuite, je reste plutôt agacé par des positions finalement très stéréotypées et par la faiblesse des principes généraux.

Pour les principes généraux, je défends avec force l’idée d’une énergie peu chère, abondante, entrant dans le cadre du développement durable. Je défends avec encore plus de force l’idée d’un accès universel et à un coût soutenable à l’énergie nécessaire pour assurer les besoins fondamentaux des citoyens. Cela doit entrer dans la définition même d’un service public de l’énergie et cela s’oppose à une conception rétrograde et malthusienne de l’énergie.

Quant à la technologie, le sujet est plus passionné que passionnant tant il n’est devenu qu’une répétition d’antiennes et de fantasmes.

Commençons par « l’obsolescence programmée ». Il me semble que garder le plus longtemps possible un objet pour diminuer son coût énergétique est un peu court. Ma grand-mère a son frigo depuis plus de 20 ans. Bel exemple à suivre me direz-vous ! En fait, un réfrigérateur dernier cri de classe A++ va consommer entre 25% et 37% que son homologue de classe A. Or un frigo ayant 20 ans a plus de chances de se rapprocher d’une classe Z que du A. Autrement dit, ce vieux frigo symbole de la lutte contre l’obsolescence programmée est une catastrophe énergétique à lui tout seul. Pire que cela, sans un remplacement motivé par l’innovation rapide, vous auriez toujours en poche un téléphone d’il y a 10 ans et certes pas un smartphone dont les possibilités ont transformé radicalement les usages (l’I-Phone est sorti en 2007).

Il apparaît clairement que l’utilisation du pétrole va diminuer dans notre vie quotidienne. La face la plus visible de cette évolution étant l’automobile qui non contente d’avoir des moteurs de plus en plus optimisés se voit adjoindre des sources complémentaires d’énergie. Là, cela se passe plutôt bien et en douceur.

Là où cela se passe plutôt mal et dans le bruit et la fureur, c’est pour la production d’électricité. Le débat s’est focalisé depuis des dizaines d’années sur le nucléaire. Oui la technologie de la fission nucléaire induit des risques aux conséquences désastreuses et oui elle a tué à plusieurs reprises. Mais pour être totalement objectif, elle a tué moins que le charbon. Si le nombre de morts passés et à venir ainsi que le risque sont les critères, il faut interdire d’abord le charbon. Or partout où l’on arrête le nucléaire, on le remplace en grande partie par le charbon.

Si le critère est l’impact climatique, alors le nucléaire est une solution présente et à venir, à ceci près qu’il faut le plus rapidement possible abandonner la fission au profit de la fusion (ITER) qui ne pose en particulier pas de problèmes insolubles de déchets. Le pétrole, le gaz, le charbon et la méthanisation sont néfastes en terme d’impact climatique. Quant aux énergies solaires, éoliennes & hydroliennes, elles sont bien sûr une voie à condition de maîtriser la partie « grise » (pollution indirecte), mais elles sont aussi probablement limitées à une utilisation domestique ou de très petite industrie. On ne sait actuellement pas produire l’énergie nécessaire à l’industrie avec ces technologies.

Enfin, même s’il faut continuer nos efforts pour diminuer la consommation des appareils, je ne crois pas un seul instant à la diminution volontaire de la consommation. À titre personnel je peux bien investir dans des lampes fluocompactes et autre diodes électroluminescente, je ne vois pas comment imposer à ma petite famille une restriction de consommation (j’essaie pourtant !).

La politique énergétique à long terme doit être guidée par un débat sur les principes. Pour ma part : énergie peu chère, abondante, entrant dans le cadre du développement durable, le tout devant avoir une dimension sociétale intégrant un accès minimal universel à l’énergie. Les choix techniques doivent ensuite en découler en intégrant les faits.

La manif anti-tout contre un monde où tout devient possible

La manif anti-tout semble avoir eu un succès limité et le mouvement qui stagnait ne semble pas devoir reprendre de l’ampleur en l’état. Les politiques conservateurs (quand ils ne sont pas réactionnaires) ont du mal à donner une cohérence à leur présence au sein de ces manifestants des différents refus de l’époque.

L’abrogation future du mariage n’étant pas réaliste (comment démarier les gens ?), certains proposent des pirouettes sémantiques en guise de cache sexe : on garde le texte et on change le nom. Ceux-là n’ont sans doute pas compris l’origine et la profondeur du malaise des manifestants.

Ce combat étant à l’évidence perdu, les anti-tout se raccrochent maintenant à la PMA et à la GPA. Ces deux sujets sont de natures différentes.

La Procréation Médicalement Assistée en elle-même ne pourra pas être remise en question, à part peut-être par quelques fondamentalistes, et elle n’est pas remise en cause sur son principe. Il s’agit d’un acte médical justifié et positif. Ce que veulent les contestataires, c’est la limiter aux couples mariés selon la définition religieuse du terme. Cette revendication n’est pas acceptable sur le principe, et serait non applicable en pratique.

Sur le principe, la définition Républicaine du mariage prime sur tout autre. Le mariage impliquant la filiation, aucune discrimination n’est recevable, et simple citoyen ou ministre, il faudra bien finir par être cohérent. Quant à la pratique, à moins d’obliger les gens à fournir une sextape comme preuve de légalité lors de la déclaration de naissance, je vois mal comment vérifier la légalité du « bon » usage d’une PMA.

La Gestation Par Autrui est d’une nature différente car contrairement à l’autorisation sans restriction de la PMA qui n’est qu’un constat de ce qui existe aujourd’hui (eh oui la Terre n’est pas plate !), la GPA pose la question de la re-définition de la filiation physiologique. Cette question ne peut plus être passée sous silence, ni restreinte. Voici pourquoi.

Aujourd’hui, un enfant peut déjà avoir 2 pères et 3 mères. Un père « ADN », un père légal, une mère « ADN », une mère « gestatrice » et une mère légale. Certains voulaient interdire la possibilité d’avoir une mère « gestatrice » qui ne serait ni la mère « ADN » ni la mère légale. Ceci n’était déjà pas vraiment possible puisque la GPA étant reconnue dans certains pays, la loi française ne peut empêcher la naissance de ces enfants, sans avoir pour autant le courage de les reconnaître clairement et définitivement.

19681885Ce n’était déjà pas simple, mais depuis la semaine dernière, nous avons basculé dans un autre monde avec la naissance d’un enfant né d’une mère qui avait subit une greffe d’utérus. La greffe fonctionnelle d’utérus change tout car tôt ou tard on aboutira à une greffe fonctionnelle sur un homme (père « gestateur »). Ce qui était un thème cocasse de film tournera alors à une vraie crise existentielle.

Nous sommes construits sur le stéréotype homme / femme qui était justifié par la façon dont nous sommes conçus et dont nous naissons. Il existe des espèces où le changement de « fonction sexuelle » est un processus normal. Ce n’est (n’était ?) pas le cas de l’Homme. Les avancées médicales sont sur le point de détruire ce stéréotype structurant.

Nous sommes décidément à une époque où les certitudes les plus absolues volent en éclat. Personnellement, je n’ai pas de problème pour accepter le mariage dans sa définition républicaine actuelle. Je n’ai pas de problème pour étendre la PMA à qui le demande et à qui donne des garanties d’avenir pour l’enfant à naître. Je n’ai pas non plus de problème quant à la GPA du moment que la loi règle la question de la marchandisation du corps humain. Mais je ne sais que dire de la dernière évolution qui est en train d’arriver.

Je ne partage pas le refus des anti-tout. Je conçois cependant que certains ne puissent accepter tous ces changements qui explosent à ce point les repères qui nous construisent. Nous ne pouvons pas leur reprocher d’exprimer leurs peurs et leurs refus. Par contre, l’indigence politique de la droite sur ce problème, et la faiblesse de la réflexion et de la vision que l’on rencontre parfois à gauche est beaucoup plus préjudiciable. Si ce problème n’est pas correctement géré, il aboutira à des affrontements violents car une société ne peut s’accommoder d’un écart si grand en son sein.

Être de gauche

logoLa séquence politique qui s’achève n’était sans doute pas prévue, mais elle a au moins un mérite : elle clarifie la situation.

L’erreur d’Arnaud Montebourg, en entraînant Benoît Hamon, a permis de sortir du flou de la ligne politique entre la vision « traditionnelle » socialiste et la vision sociale-démocrate. Il n’était plus possible d’avoir un ministre de l’économie défendant la décroissance et le dirigisme économique en face d’un premier ministre défendant lui la recherche de croissance via l’ouverture d’espaces de manœuvre. Qu’on juge que le couperet soit tombé du bon ou du mauvais côté, on peut au moins s’accorder sur le fait qu’avec une seule direction assumée on a plus de chances d’arriver à un résultat autre que la bouillie.

Le remaniement aurait cependant pu éviter deux écueils à commencer bien évidemment par le délirant cas Thévenoud qui en dit quand même long sur la qualité du recrutement politique. Contrairement à la droite manifestement (voir les cas Copé, Gaino, Lagarde, …), être de gauche c’est sanctionner rapidement et sans appel ceux qui à l’évidence ont franchi la ligne. Mais hélas, mille fois hélas, la structure même de nos institutions ne nous préserve pas de personnes qui se déclarent elles-même souffrantes d’une pathologie clairement incompatible avec l’exercice de toutes responsabilités politiques ! Le vrai scandale est bien là : nous n’élisons pas les gens sur leurs qualités et leur vertu politique. Lorsque cela arrive ce n’est finalement dû qu’au fruit du hasard…

L’autre écueil, moins douloureux mais peut-être à retardement, c’est le cas de Christiane Taubira. Elle a fait un travail excellent et courageux pour mener à bien la réforme du mariage pour tous et doit pour cela avoir notre reconnaissance. Cependant, elle cristallise sur son nom beaucoup de rancœurs et c’est pourquoi il aurait été fortement souhaitable qu’elle migre vers un poste moins exposé où elle pourrait faire entendre sa différence sans que cela crée à chaque fois un psychodrame.

Pour la clarification gouvernementale, c’est donc fait. Oui, et ensuite ?

La suite a déjà commencé, et de mauvaise façon, sur le procès en « être de gauche ». Et comme d’habitude, ceux qui mènent ce procès partent sur l’a priori « la gauche c’est moi, pas toi ».

Être de gauche c’est fondamentalement être réformateur : ne pas accepter l’injustice comme une fatalité, ne pas considérer que les choses doivent rester comme elles sont ou au mieux les améliorer à la marge. Cela implique aussi que des idées qui étaient clairement de gauche hier peuvent être franchement devenues conservatrices aujourd’hui. Sur ce point, la pensée marxiste et au moins aussi à droite que celle de Friedman !

Être de gauche c’est considérer que l’avenir ne se construit que collectivement et au profit de tous. Cette idée est incroyablement moderne car c’est l’un des ressorts les plus puissants de la numérisation de notre société. Ceci est amplifié par le fait que dans cette société en construction, l’égalité de tous est aussi une valeur fondamentale et qu’elle est indissociable de l’équité de chacun. Les incroyables bienfaits d’une société numérique sont accessibles à tous, souvent gratuitement, mais ceux qui contribuent le plus ont l’occasion d’en tirer un bénéfice particulier.

Être de gauche c’est considérer l’argent comme un moyen, pas une valeur. À nouveau cette idée est incroyablement contemporaine dans une économie numérique dont l’une des règles fondamentales est le mécanisme du freemium, ce qui induit probablement un mécanisme de démonétisation de la valeur. Voilà de quoi rediscuter Proudhon !

Être de gauche c’est donner une place particulière à la liberté face aux impératifs de l’ordre. Et encore une fois, nous sommes pris dans un mouvement révolutionnaire (presque) silencieux qui redonne un sens formidable à cette valeur.

Alors le second gouvernement Valls est-il de gauche ? Il l’est lorsqu’il essaie, pour la première fois en France, d’emprunter une voie franchement social-démocrate. Ayant milité pour socialisme & démocratie, je ne peux que m’en féliciter. Mais j’ai des craintes car le corpus de la social-démocratie doit lui-même être questionné et modifié en regard de la rupture de civilisation en cours, et ce n’est pas en répondant aux questions des états généraux du parti que cela risque d’être clarifié !

  • La question est-elle de trouver un moyen de reprendre le contrôle des finances de l’État ou de savoir comment le financer dans un monde ou la démonétisation de la valeur risque fort de supprimer des ressources encore plus vite que la fraude fiscale ?
  • La question est-elle d’ajuster les charges des entreprises ou de les aider à muter dans un système économique où la notion d’entreprise est brouillée, où l’on ne sait plus très bien qui produit et qui consomme ?
  • La question est-elle de redessiner les strates administratives et politiques ou de se poser la question de la place du citoyen, non plus seulement comme choisissant/sanctionnant l’exécutif, mais bien comme acteur de ce pouvoir ?

La droite traditionnelle a renoncé à tout projet politique, ce qui est d’ailleurs cohérent puisque une force conservatrice confrontée à une rupture de civilisation ne peut que se retrouver désarmée.

L’extrême droite joue sur la promesse « d’autre chose » mais dans notre situation actuelle très particulière cette autre chose ne pourrait être que violente et coercitive.

La gauche radicale et révolutionnaire pourrait au contraire se saisir de cette période particulière pour provoquer le « grand soir ». Oui elle le pourrait si elle n’était pas devenue extrêmement conservatrice sur un corpus idéologique d’un autre monde.

Et nous ? Nous sommes au pouvoir et je suis certain de ne pas être le seul à faire le constat de la fin d’une ère. Il faut accepter et faire passer l’idée de la fin d’un monde et surtout accompagner le maximum de personnes dans la reconstruction d’un nouveau monde. Les valeurs de ce nouveau monde sont fondamentalement de gauche et comme je revendique cette appartenance, je ne veux pas abandonner et laisser le soin de sa construction aux aventuriers. Et vous ?

 

Droit de la vie. Droit de la mort

cours-europeen-droits-hommesL’actualité m’incite à revenir sur le droit de la mort, un thème que j’ai déjà traité plusieurs fois mais qui au fil des années a bien du mal à trouver une solution satisfaisante.

L’acquittement du docteur Bonnemaison et la décision du Conseil d’État suivi de la décision de la Cours Européenne des Droits de L’Homme sur le cas Vincent Lambert apportent des éléments éclairant sur ce thème.

Tout d’abord, dans mes billets précédents sur le sujet, je défendais le principe même d’une décision aboutissant à l’arrêt de la vie du moment que cela était encadré par la loi et prenait en compte

  • l’avis de la personne concernée, qu’il soit exprimé explicitement ou implicitement
  • l’avis de l’entourage proche
  • l’avis du corps médical
  • l’avis de la société par la voix de la justice

Les deux cas d’aujourd’hui montrent que si la loi Léonetti est une bonne chose, elle n’est pas suffisante, ce qui était connu.

Elle n’est pas suffisante dans le cas Bonnemaison puisqu’il y a hiatus entre les actions du médecin qui sont stricto sensu hors la loi et le jugement de la cours d’assise (et du procureur d’une certaine façon) qui en reconnait le côté légitime et non condamnable. Si la loi avait été correcte, un procès aurait pu avoir lieu pour n’avoir pas respecté la nécessité d’une décision collégiale des tiers concernés et certes pas pour empoisonnement.  Mais comme l’a dit l’avocat du docteur Bonnemaison, on ne peut pas être à moitié coupable et c’est pourquoi l’acquittement a été prononcé.

Le cas Vincent Lambert est encore d’une autre nature puisque toutes les parties ont été consultées et que l’avis final était une décision d’arrêt des soins avec pour conséquence prévisible la mort. Le recours devant la Cours des Droits de L’Homme suspend cette décision pour passer à une décision de niveau supra-national.

À mon sens, il y a là un problème.

Si le cas étudié n’était qu’un problème légal, la hiérarchie de compétences légales, nationales et supra-nationales ne me poserait pas de soucis puisqu’elle résulte d’accords librement signés par l’État sur des cas clairs (à défaut souvent d’être simples). Le soucis est qu’ici on voit clairement que l’on est à la frontière de ce que peut faire le droit et que l’on se heurte aux impératifs d’un consensus moral sur ce qui est bien ou mal. Le droit peut être plus ou moins partagé internationalement. Mais même en prenant le point de vue très français de l’universalisme des valeurs (nos droits de l’homme), il faut bien avouer que sur ce qui est du droit de la mort (mais également de la vie), les fondements culturels d’une société (donc d’un pays) ne peuvent pas être passés sous silence.

Dans le cas Lambert, il y a eu finalement un consensus même si l’unanimité n’a pas pu se faire. Toutes les parties concernées sont arrivés à décider de ce qui pouvait être moralement fait ou pas et donc tranchait là où la justice n’y arrivait pas seule. Le jugement de la Cours De Justice Des Droits de L’Homme ne peut rien ajouter de plus à cela, sa décision qu’elle qu’elle soit sera nécessairement arbitraire, fondée soit sur une interprétation mécanique de textes qui ne peuvent prendre en compte la complexité de la situation, soit fondée sur des éléments moraux qui ne sont pas nécessairement ceux qui s’appliquent à notre société. Et encore sommes-nous ici dans un cas où les valeurs nationales et supranationales sont très proches.

J’ai bien conscience de la brèche que ces réflexions impliquent dans l’idée d’avoir des cours internationales de justice. Le droit ne dit pas ce qui est juste ou pas, il permet de donner une décision acceptable applicable sans contestation dans des cas de conflit. Cependant dans quelques rares cas complexes où les valeurs morales ne font pas l’objet d’un consensus large, la loi et la société sont en crise.

Dans le cas Lambert un consensus avait été trouvé, la Cours De Justice Des Droits de L’Homme ne doit pas aller contre et à mon sens devrait refuser de statuer.