DSK : comment mettre le dogme à la retraite ?

DSK et le dogme de la retraite

La petite phrase de Dominique Strauss-Kahn qui invitait à élargir quelque peu la vision que nous pouvions avoir de la retraite en général et de l’âge légal de départ en particulier à fait largement parler ces derniers jours.

Cette effervescence me paraît très symbolique pour bien des raisons.

Tout d’abord parce que cet “acquis social” est une des grandes décisions qui ont marqué le Mitterrandisme ; intéressant donc de voir dans quelle mesure, à l’heure où le PS cherche à se renouveler, jusqu’où il est possible de titiller les symboles…

Intéressant ensuite de chercher à savoir si après une période d’extrême agitation destructrice, après avoir semble-t-il réussi à consolider le navire socialiste, il est désormais possible d’ouvrir un débat potentiellement clivant sans ressortir la machine à dézinguer. Force est de constater que pour l’heure, à part Benoît Hamon qui nous a gratifié d’un commentaire fort peu policé, la question laissée ouverte par DSK n’a pas généré un tsunami. Les commentaires plus ou moins désobligeants sont nombreux, mais ils sont plus de l’ordre du fantasme pavlovien sur la personne de Dominique que du fond politique. Rien de neuf sous le soleil sur ce point.

Mais au-delà du symbole et de la rhétorique, à quoi la remise en cause du dogme nous renvoie-t-elle ? A la démographie certes, mais pas seulement, et d’une certaine façon, pas essentiellement.
Qu’est-ce que la retraite ? Une réponse possible est “c’est le troisième âge de notre société structurée par rapport au travail”. Mais c’est un peu court.
Est-ce un âge où l’on a le droit de toucher sa rente ? Est-ce un âge où l’on a gagné la reconnaissance de la société et le droit (ainsi que l’obligation) de ne plus travailler ? Est-ce un âge où l’on ne peut plus physiquement ou psychiquement travailler ? Est-ce juste un âge où l’on a acquis un droit “quoi qu’il arrive” ? Est-ce juste un âge administratif ?
Réduire le problème des retraites et de leur financement à la question de l’âge légal de départ revient à répondre “ce n’est qu’un âge administratif” qui fixe la source des revenus lorsque vous ne travaillez plus (RSA, Assedic, maladie, invalidité, … ou régimes de retraite). Pas de quoi s’exciter parce que fondamentalement cela ne règle en rien le problème de déficit (que cela vienne des caisses de retraite ou d’ailleurs, le problème n’est en rien réglé, au mieux diminué en fonction de l’efficience des différents systèmes)

Aujourd’hui, les retraites sont payées par les cotisations salariales et le déficit. Tôt ou tard, le déficit accumulé finira par ruiner des gens, même si personne n’ose dire qui. Discuter de l’âge légal ne règle en rien le problème, tout au plus déplacera-t-on le déficit de retraite sur le déficit chômage ou d’un autre secteur social. Mais la question reste : qui ruinera-t-on ?
Le PS peut donc considérer toute modification de l’âge administratif de la retraite comme un cassus belli, cela ne changera rien au fond. Par contre, nous devons collectivement comprendre pourquoi nous voulons faire ce choix, et quelque part je ne crois pas que ce soit pour plaire aux Français qui ne sont pas idiots : certes nous voudrions tous partir en retraite jeune et sans soucis de fin de mois, mais nous savons tous que ce n’est pas très réaliste et responsable.
Inversement, la droite peut bien décider de passer cet âge à 70 ans (qu’ils osent pour voir !), cela ne changera pas grand chose au déficit des retraites et rien au déficit global des comptes de la France.

Allez tiens, pour conclure je vous suggère la remise en cause suivante du dogme : supprimons cet âge légal et donnons la possibilité à chacun de calculer quelle retraite il aurait s’il partait le mois prochain pour partir s’il le souhaite ; que chacun puisse devenir responsable de ses choix. Au passage, élargissons les cotisations au-delà des seuls revenus salariaux car je suspecte qu’un des vrais problèmes profonds vienne du fait que notre modèle n’est structurellement plus viable à cause de la démographie certes, mais également de la structure économique de notre société (part salariale de la richesse trop faible).

DSK à “A vous de juger” : revue de presse

DSK / Chabot :

Sentiment général :

  • “Sondage Sud-Ouest Dimanche : les Français ont trouvé DSK “convaincant” jeudi soir ” : Journal Sud Ouest.
  • “A vous de juger réalise son meilleur score depuis plus d’un an” : toutelatele.com
  • Sur les retraites :

  • “Le PS, les retraites et la différence DSK” : France Info
  • “Gérard Collomb persiste et signe” : LyonMag.com
  • “DSK-Aubry : première discorde
    Analyse : En prenant le contre-pied de la numéro 1 du PS sur le dossier des retraites, le directeur du FMI tente de se poser en réformateur responsable.” : Libération
  • “Strauss-Kahn joue sa partition face à Aubry” : Le Figaro
  • Le PS défend la retraite à 60 ans, “Strauss-Kahn ou pas” : LePoint.fr
  • “Retraites: DSK se démarque du PS et creuse son sillon pour 2012″ : AFP
  • Sur 2012 :

  • “DSK, ou l’art de se faire désirer, par Franck Nouchi” : lemonde.fr
  • “Dominique Strauss-Kahn veut qu’on le “laisse travailler” ” : Metro
  • Crise Grecque :

  • [REVUE DE PRESSE] La crise de l’euro et DSK : Nouvel Obs
  • En synthèse, l’émission a eu son petit succès mais la presse a retenu plus la singularité affichée de DSK vis à vis du problème des retraites ainsi que la sempiternelle question des présidentielles, que les propos de DSK sur la crise.

    Sur le problème des retraites, je me permettrai de citer deux passage de mon texte “Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – Les Défis” :

    “Le défi générationel est à la fois celui qui nous préoccupe le plus facilement à travers la problématique des retraites et celui que nous avons le plus de mal à appréhender.

    Quel est au fond le problème : notre société a été, pour sa plus grande partie, définie structurellement après-guerre, et même si la société de cette époque n’a plus grand-chose à voir avec celle d’aujourd’hui, des choix ont été faits et s’appliquent toujours alors que les fondamentaux structurant la société ont changé.”
    (…)
    “Le «cylindre démographique » de 2010 est psychologiquement et financièrement déséquilibré au regard du modèle de 1945 : c’est le découpage même de la société en trois groupe définis par rapport à la production de richesse (le travail) qui est à remettre en cause !

    Nous sommes donc en face d’un formidable défi générationnel : comment remettre les responsabilités et les circuits économiques dans le bon sens, comment redéfinir les rôles ? ”

    Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – I) Les Défis externes / génération- dématérialisation – dernière partie

    Défi Générationnel

    Le défi générationnel est à la fois celui qui nous préoccupe le plus facilement à travers la problématique des retraites et celui que nous avons le plus de mal à appréhender.

    Quel est au fond le problème : notre société a été, pour sa plus grande partie, définie structurellement après-guerre, et même si la société de cette époque n’a plus grand-chose à voir avec celle d’aujourd’hui, des choix ont été faits et s’appliquent toujours alors que les fondamentaux structurant la société ont changé.

    Ces choix se basaient entre autres sur un modèle de séparation des rôles hommes / femmes (modèle très largement remis en cause depuis pour tendre autant que se faire se peut sur une équivalence au sein de la société), sur une économie de reconstruction, sur un espoir puissant de bâtir un monde meilleur après avoir connu le pire, sur une place claire des générations au sein de cette société et sur une certaine vision de la solidarité inter-générationnelle. Nous avions une vision d’un l’État protecteur et planificateur (finalement à la fois largement hérité de la pensée du XIXème siècle et de la conduite de la guerre) : ne trouve-t-on pas là une des racines profonde de l’État providence, celui qui doit nous sauver des désastres (la guerre), planifier l’avenir (la reconstruction) et nous aider à tout au long de notre vie (sécurité sociale, retraite, …) ?

    Pyramide des ages

    À ces éléments sociétaux s’ajoutait un élément majeur bien que silencieux : la démographie. Si l’on découpe la pyramide des âges en trois groupes liés au travail, celle des « jeunes citoyens », celles des citoyens productifs et celles des citoyens seniors, on peut tout de suite comprendre visuellement les problèmes de financement (a priori ce sont les citoyens productifs qui finance le plus l’économie de l’ensemble), mais au-delà se douter que les équilibres comportementaux sont forts différents. En caricaturant un peu :
    les « jeunes citoyens » représentent un groupe qui conteste la société pour y faire sa place
    les citoyens actifs sont ceux qui construisent la société
    enfin, les citoyens seniors font classiquement partie des éléments conservateurs, plus spectateurs qu’acteurs

    La césure entre groupes est nette, elle est marquée par le premier contrat de travail et le premier versement de la retraite.

    En 1945, la société était poussée fortement au changement, à la fois par la nécessité de reconstruire mais aussi par la tendance naturelle de sa démographie.

    Pyramide des ages

    Puis lorsque la classe des baby-boomers (qui va en gros de 1949 à 1970) est arrivée à l’état de citoyens productifs, elle n’a eu qu’à se pré-occuper marginalement des seniors et ayant fait peu d’enfants, n’a que peu été contestée par les « jeunes citoyens ».
    Le chômage a longtemps été son « seul vrai soucis ».
    La pyramide des âges se changeant en « cylindre avec un petit couvercle » et plus une pyramide, nous devrions logiquement passer à une autre ère démographique, un autre rapport entre les âges, un autre rapport avec l’organisation de production des richesses (d’où le défi générationnel), à ceci près que la génération des seniors, a priori conservatrice, a toujours un poids démographique très important et possède une bonne partie de la richesse sous forme patrimoniale. Il faut donc s’attendre à ce que le poids des populations naturellement conservatrices s’oppose au changement normalement mené par les classes actives sous l’impulsion des classes « juniors », et ceci au moment où la société affronte des défis majeurs.

    Qui plus est, les circuits naturels de la solidarité financière inter-générationnelle sont complètement désorganisés : les classes productives ayant du mal à assurer à elles seules le financement des trois groupes (rôle qui leur était historiquement assigné), le groupe le plus âgé est sollicité pour aider les deux autres, ce qui accroît encore son poids et renforce le besoin de conservatisme et l’économie de rente néfaste à l’évolution positive de la société.

    Le «cylindre démographique » de 2010 est psychologiquement et financièrement déséquilibré au regard du modèle de 1945 : c’est le découpage même de la société en trois groupe définis par rapport à la production de richesse (le travail) qui est à remettre en cause !

    Nous sommes donc en face d’un formidable défi générationnel : comment remettre les responsabilités et les circuits économiques dans le bon sens, comment redéfinir les rôles ?

    La dématérialisation ou l’émergence d’une nouvelle idée de la propriété

    Le dernier défi est plus pour l’instant une intuition qu’une certitude, il est d’origine technologique. Le point de départ de cette partie de la réflexion vient de trois remarques.

    La première, totalement économique, est de constater que la nature de beaucoup de produits vendus est en train de changer. En effet, à force de progrès et de baisses de coût de production, certains produits ne sont plus vendus pour eux-même, mais donnés (ou peu s’en faut) et liés à un paiement d’usage d’un ou plusieurs services associés. Le produit physique ne vaut plus rien (ou presque), ce qui est vraiment vendu c’est le service que peut rendre ce produit.

    Deuxième remarque liée à la dématérialisation des systèmes d’information (l’informatique) des entreprises. Là aussi, nous sommes en train d’assister à une rupture majeure qui consiste à passer de la possession de logiciels et de machines utilisés pour produire les services informatiques nécessaires à l’entreprise, au paiement de l’usage de ces services produits par des tiers. Or en faisant cela et en prolongeant l’idée jusqu’au bout, l’entreprise de demain pourrait ne plus être réduite qu’à une ou deux fonctions stratégiques (le cœur de métier), le reste n’étant que la meilleure agrégation possible des services du marché. Je suspecte même que dans certains cas, il ne pourrait rester aucune fonction détenue en propre. Or ceci a une autre conséquence immédiate : le besoin en capitaux est drastiquement diminué puisque les besoins d’investissement sont réduits à pas grand-chose et qu’il ne reste que des dépenses de fonctionnement, qui plus est en grande partie proportionnelles à l’activité. La performance du capitalisme aboutirait à ne plus avoir besoin de capitaux, Marx va être content….

    Dernière remarque, fort différente dans son origine des deux premières. Si l’on admet que nos problèmes écologiques sont issus d’un conflit entre nos sociétés et les écosystèmes dans lesquels nous vivons, on en vient à admettre que nous n’avons pas une liberté absolue dans l’utilisation des ressources de ces écosystèmes. Or jusqu’ici, il suffisait d’avoir un titre de propriété pour faire à peu près ce que l’on voulait de son bout d’écosystème, la seule limite étant de ne pas léser les propriétaires voisins.
    Or ne plus avoir « une liberté absolue » se traduit en fait par une sorte de démembrement de la propriété : nous avons le droit d’usufruit, mais plus un droit complet de nu-propriété. Ici aussi, le « matériel » nous échappe, seul l’usufruit reste.

    Pyramide des ages

    Il en découle accessoirement une conséquence assez déroutante : il n’est de propriété vraie et entière que la propriété intellectuelle, le reste n’étant que propriété d’usufruit. Le côté déroutant découle du fait que l’œuvre originale est difficile à protéger et largement pillée et que parallèlement sa vraie valeur se mesure à son partage : pourtant la valeur de l’œuvre de Proudhon reste bien liée à son auteur pas à ceux qui l’ont exploitée ensuite.

    Tout cela serait bien beau si nous n’étions profondément, viscéralement formaté pour posséder les choses. Posséder nous rassure, posséder fait partie de la base de notre construction personnelle. Nous avons d’un côté une rupture technologique et philosophique qui semble pousser à la dématérialisation et de l’autre un référentiel mental profondément ancré dans des racines séculaires qui nous poussent à posséder le matériel.

    Si tout ceci venait à se confirmer, nous serions devant un défi incroyablement déstabilisant.

    Un dessein pour la République, l’Union Européenne, L’humanité

    Climat, énergie, déséquilibre démographique et dématérialisation, quatre défis plus que complexes, quatre raisons majeures de nous mobiliser.

    Mais n’en doutons pas, il faut des défis de cet ordre pour que nous ayons une chance de refonder le parti socialiste, propager cette refondation à notre pays et au-delà de la France. Les pressions extérieures qui nous forcent à évoluer sont bien là et à l’exception de la démographie qui ne s’exprime pas de la même façon partout, ces défis s’imposent à toute l’humanité.

    Il y a naturellement quelque chose d’assez prétentieux, naïf ou incongru (chacun choisira son qualificatif) à vouloir tutoyer l’universalité, mais ni plus ni moins que de vouloir refonder un parti dont la pensée est plus que centenaire.

    Et pourtant, avons-le choix, avons-nous une autre alternative que celle de nous dresser devant les cataclysmes, de ne pas croire à la fatalité, de lutter contre le renoncement, de lutter pour l’espoir les mains armés d’outils forgés par une idéologie forte, les yeux rivés vers l’horizon de l’utopie du monde que nous voulons construire ?

    Voilà donc pour les défis.

    Retrouver le texte complet ici.

    Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – I) Les Défis externes / écologie – énergie – 3eme partie

    Défis externes

    En 2006, j’avais identifié trois défis majeurs que devaient affronter notre société. Quatre ans plus tard, mon analyse de l’époque me semble toujours valide et a été confirmée sur plusieurs points, mais je crois qu’un quatrième défi a vu le jour.

    La présentation de ces défis se veut en opposition aussi bien à un conservatisme aveugle aux changements du siècle, qu’aux thèses plus ou moins apocalyptiques qui fleurissent çà et là comme autant de preuves d’un renoncement dépressif. Les socialistes ont hérité d’une culture à la fois rationnelle et volontaire et c’est armés de cette culture que nous devons faire face aux défis en utilisant notre raison et nos capacités pour les transformer en opportunités et ne pas les subir comme des menaces.

    Défis écologiques, menace climatique

    Le PS a sensiblement évolué sur la question écologique et commence à être en mesure d’aborder le problème d’une façon cohérente par rapport à nos idéaux et différente de l’approche d’Europe Écologique. Nous avons « découvert » que nos sociétés n’évoluaient plus dans un monde sans limite mais il me semble que nous ne tomberons pas non plus dans le piège de la « dictature » de la nature. Notre corpus idéologique place l’homme et la société au centre de notre action, alors oui nos sociétés découvrent les limites imposées par les écosystèmes, mais le défi idéologique de l’écologie qui se pose à nous est bien de définir notre approche des rapports entre écosystèmes et sociétés sans abdiquer notre volonté d’émancipation des hommes, de progrès social, de recherche du bonheur et de liberté.

    Xynthia 2010

    En collaborations avec d’autres militants, nous avions produit en 2007 une contribution « Place de l’écologie au sein la social-démocratie » (http://wordpress.bloggy-bag.fr/2007/07/01/la-question-ecologique/) dont le paragraphe « les idées fausses » était illustré par une photo du cyclone Katrina qui ravagea la Nouvelle-Orleans.
    Aujourd’hui, la même contribution serait illustrée par une photo de Xynthia de 2010, à moins que ce ne soit Klaus de 2009.
    Mais pour Xynthia, nous percevons de façon soudainement plus tangible la vraie nature du défi : au-delà des destructions immédiates, une part de notre urbanisme est totalement à reconstruire car il entre dans un conflit trop violent avec les conséquences du changement climatique sur nos écosystèmes. Or la maison n’est pas un bien ordinaire : il est le lieu de notre protection, de la protection de la famille, il est en grande partie identitaire ; le déplacement des populations des zones à trop grand risque est un problème qui dépasse très largement le seul problème de la valeur de la maison et de l’indemnisation.

    Pour la première fois, nous prenons conscience de façon sensible et douloureuse de la vraie nature du défi que représente la menace climatique : c’est une menace pour nos familles, dans notre quotidien, ce n’est plus une abstraction ou une querelle autour des courbes de CO2 ou de température.
    Les défis écologiques et climatiques sont donc d’abord des défis sociaux, qui menacent notre identité, voire notre société toute entière si nous ne sommes pas capables de les anticiper et de commencer à les résoudre par anticipation. L’écologie dans son ensemble est d’abord un défi lancé à nos sociétés qui doivent rester le coeur de notre réflexion et de nos actions. Nous trouvons ici le germe profond de la différence avec les partis écologiques traditionnels.
    Les défis écologiques et climatiques sont potentiellement mortels pour notre société. À nous d’y repondre.

    Menace énergétique

    Prix petrole

    En 2006 je m’étais interrogé sur l’évolution de notre modèle énergétique et je m’interrogeais sur la dé-corrélation entre production et consommation de produits pétroliers, sur l’impact des nouvelles technologies sur l’évolution de la consommation. J’avais fini par conclure qu’au-delà des éléments spéculatifs, nous étions potentiellement sur un marché qui allait mourir, non pas par faute de production mais par changement structurel de la consommation. Il devait en résulter une forte oscillation des prix et dans le pire des cas, l’explosion du marché par défaut de visibilité sur l’adéquation offre / demande.

    Difficile d’être certain d’avoir eu raison, mais les variations extrêmes des cours du brut, le pic de 2008 à 244$ suivi d’une plongée à 34$, les fermetures programmées des raffineries, la restructuration en cours des réseaux de stations essence, les faillites de GM et Crysler, l’arrivée à grande vitesse des motorisations hybrides, la promesse d’agrocarburants de nouvelle génération et bien d’autres choses encore vont toujours dans ce sens.

    Changer notre modèle énergétique sera sans doute une bonne chose pour la planète, mais là encore, cela ne peut pas se faire au dernier moment, sans préparation, ou alors il faut s’attendre à revivre avec nos raffineries, nos stations services, nos garagistes et bien d’autres secteurs économiques une nouvelle version de la crise de la sidérurgie et du charbonnage, de nouveaux Boussac, d’autres LIP.

    En matière d’énergie, le remplaçant du pétrole est sans doute déjà là, mais difficile de dire quelle sera la bonne source et quel sera le bon modèle de production, de distribution et de consommation.
    Le défi énergétique est d’abord un défi économique dont les conséquences sociales doivent être anticipées.
    Des trois défis de 2006, celui-ci est sans doute qui a le plus avancé en quatre ans même si le chemin est encore long.

    (à suivre)

    Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – I) Les Défis Internes – deuxième partie

    Marianne

    Démocratie et parti politique

    Le PS admet la démocratie comme un grand bien, une valeur fondatrice. Nous avons voulu croire qu’il allait de soi d’appliquer cette valeur à notre propre fonctionnement (dans sa forme de démocratie représentative où l’on délègue son « bout » de pouvoir à des représentants élus), ignorant avec une belle candeur que cela n’a jamais été le cas, pas plus à Reims qu’en 2006 ou pour les choix précédents. La démocratie au PS s’exerce tant bien que mal au niveau des sections, pour la discussion des contributions et le vote des motions, mais elle s’arrête là et ce n’est pas nouveau ! Il existe des exceptions locales, mais ces exceptions sont loin d’être la règle, tautologie que nous souhaiterions oublier… Implicitement, nous pratiquions une démocratie fondée sur une forme de légitimité donnée par le poids des motions, et pas une démocratie représentative directement issue des urnes : là est tout le malheur du congrès de Reims où il n’y avait pas de majorité légitime avant l’élection finale !

    Est-ce un mal ? Est-ce une perversion de notre combat ? Un reniement ? Sincèrement et objectivement je ne le crois pas à condition que les choses soient claires et acceptées en toute connaissance de cause, et même si les sociaux-démocrates en ont fait les frais en 2006, et même si un autre choix nous aurait évité le naufrage qui a suivi, un parti politique est autant un groupe de débat d’idées que de combat. Si la démocratie est une chose nécessaire et souhaitable pour le débat d’idées, sur le champ de bataille il en est tout autrement. Il me paraît donc acceptable de distinguer une phase démocratique de discussion et une phase d’action où la démocratie est remplacée par la confiance envers l’équipe dirigeante. Confiance qui reste à restaurer.

    Mais pour que cela soit possible, il faut sortir de l’ambiguïté détestable qui infantilise et instrumentalise les jeunes militants et transforme les anciens en militants cyniques.
    Remplacer la démocratie par la confiance envers une équipe dirigeante pour des raisons objectives d’efficacité, en sachant que c’est un renoncement temporaire librement consenti au nom de l’efficacité du combat, n’est pas un reniement de ses valeurs mais bien une preuve de responsabilité et de maturité face aux enjeux collectifs.
    Énonçons clairement les règles et les limites de la démocratie militante du PS et nous sortirons enfin de ce piège qui nous oblige à accepter le non-dit, parfois l’injustice, à accumuler la rancœur par faute, finalement, de maturité démocratique justement.

    Il est plus que temps pour le PS de passer à l’âge adulte : les militants pas plus que les citoyens ne sont des « cons » qu’il faut savoir faire voter.

    Question du choix

    Il n’a échappé à personne qu’en plus des choix idéologiques, nous avions également un problème de choix de leader pour conduire les batailles dans leur dernière ligne droite. Le système est ainsi fait que si une campagne peut, et doit, être portée par des idées défendues pied à pied par tous les militants, pour être couronnée de succès cette campagne doit in fine s’identifier à un nom, un visage, une personnalité à l’instant du vote.
    En 2006, nous avions inventé des primaires, quelques peu exotiques au regard des faibles possibilités d’échanges directs et contradictoires, mais expérience intéressante tout de même. J’ai à l’époque défendu le principe même de ces primaires, et pour 2011 j’ai même renouvelé l’attachement à un grand processus qui élargirait la base des militants à un électorat dépassant plusieurs centaines de milliers sympathisants (à moins, cela pose des problèmes de manipulations statistiques).
    Aujourd’hui, je suis plus que circonspect vis-à-vis du principe des primaires, pour une raison technique : dans un tel scrutin il est impossible de garantir l’équité de la campagne, comment alors donner une légitimité au vote si ce n’est l’acceptation mathématique d’un vote structurellement biaisé ?

    Et pourquoi ne peut-on garantir l’équité du scrutin ? Il suffit de retourner à 2006 pour avoir une illustration du problème et le comprendre.

    À l’époque, la candidate qui fut finalement désignée bénéficiait du soutien de l’équipe dirigeante du PS ce qui fut très probablement déterminant au regard du fonctionnement du PS. Pour préserver l’équité, il aurait fallu qu’elle se dé-solidarise (réellement) de cette équipe et que cette équipe adopte une position de neutralité absolue. Et comment aurait-on pu lui demander de renoncer à ce soutien ? Cela n’a pas de sens, et encore moins en 2006 où les liens familiaux rendaient la situation encore plus inextricable. Parallèlement, le contre-pouvoir de la presse s’est exercé d’une façon peu satisfaisante et elle n’a pu ramener le débat à un niveau de rationalité et d’objectivité suffisant pour rectifier les biais de la situation.

    Au-delà de ce cas, comment demander à un candidat bénéficiant d’une position avantageuse particulière d’y renoncer au profit de l’équité de la campagne ? Nous ne sommes pas dans une campagne qui est régie par la loi et les avantages dont bénéficient les candidats sont une part des motivations qui les poussent à être candidat.

    Dit autrement, à moins d’une situation exceptionnelle où l’équité est là d’elle-même, il n’est pas possible de l’établir et de ce fait, la campagne sera toujours entachée de biais qui fausseront forcément le débat donc le résultat.

    Par ailleurs, en l’état actuel des réflexions sur les primaires, un système de parrainage semble prévu pour éviter les candidatures « exotiques » ou carrément néfastes au processus lui-même. Certes, mais quel est le juge de paix ? Il y a peu d’espace à franchir entre la sélection raisonnée et la cooptation intéressée. Si je peux facilement donner des critères concernant les candidatures néfastes (idéologie incompatible avec nos valeurs, comportements excessifs, pas de capacités ou de qualités identifiables compatibles avec l’exercice du pouvoir, …) comment définir une candidature « exotique » ? Serions-nous capable de donner une liste rationnelle d’éléments objectifs pour choisir nos postulants ? Et ne pas le faire n’est-il pas l’expression d’un conservatisme, voire d’une peur et d’un manque notable de confiance envers nous-même ?

    J’aimerais que ces primaires soit possibles et équitables. Nous saurons que le jour sera venu lorsqu’un militant anonyme du PS pourra, par ses seules valeurs intrinsèques, postuler à la candidature, et y accéder. Cela voudra dire que le « recrutement » de nos candidats se fera sur des qualités intrinsèques et ne sera plus perturbées par des qualités de circonstance, dont la plus encombrante est sans doute l’ambiance sondagière.

    MarianneEn attendant, il faudra s’accommoder du système le moins mauvais possible en faisant le ménage dans les pratiques les plus détestables telle l’intimidation en section ou la cooptation par une élite. En l’état actuel, la primaire est un espace de débat mais dans le cas général, ce ne peut pas être un espace de choix démocratique où l’égalité de traitement est garantie. Le choix ne devrait pas à mon sens faire partie de la phase de confiance, mais belle et bien cette de la phase de démocratie : résoudre cette quadrature du cercle est un défi majeur.

    Alors des primaires pour le débat et l’expression des idées oui, mais en l’état, il ne faut pas en espérer plus.

    Lettre secrète à Anne Sinclair (curieux et malveillants s’abstenir)

    Anne Sinclair contre la rumeurChère Anne,

    Je suspends en cette fin de semaine mes réflexions sur la refondation du PS pour vous dire ma déception.

    Figurez-vous que depuis quelques jours une nouvelle campagne bobardesque concernant Dominique agite le web et les médias. Tout émoustillé à l’idée d’avoir LA révélation du plus secret des secrets (Lefebvre nous l’a promis naguère) je me lance donc à l’assaut de ce raz-de-marée de révélations devant ébranler le monde.

    L’affaire s’annonce bien si j’en crois google qui me renvoie 21200 résultats sur « cassandre dsk ». Je me mets donc à analyser l’histoire, et là, patatras je trouve une mauvaise soupe mal liée, même pas épicée. Certes Le Monde ou encore l’Express par je ne sais quel égarement n’y ont vu que du feu, mais des journalistes comme Apathie ou encore Roger-Petit nous expliquent en substance que du simple point de vue journalistique cela vaudrait à un étudiant d’être recalé. Même le canard enchaîné d’habitude à l’affut de ce qui dépasse du tapis a trouvé le bobard miteux.

    Imaginez ma déception chère Anne : la dernière fois, au moins, nous avions eu droit au complot planétaire, aux missiles et aux extra-terrestres…

    Alors voilà, j’ai eu une idée pour la prochaine fois (qui aura lieu n’en doutons pas) : après une longue réflexion dont je ne puis tout révéler tant c’est sulfureux, il m’est apparu que quand à faire, nous pourrions nous-même faire des révélations secrètes que personne ne connaît. Mais il nous faut un truc bien monté et là je me suis dit que comme vous connaissiez du monde, vous pourriez nous trouver un réalisateur américain pour le scénario. Je ne pense pas qu’il faille trop faire dans le zim boum, et je me disais qu’il faudrait plutôt un truc décalé et c’est là que j’ai eu la révélation : est-ce que vous pourriez demander à Woody (Allen pas le cowboy de Toy’s Story) de nous concocter cela ? Il a le profil parfait : le roi de l’embrouille cérébrale, le côté juif qui met en agitation certains (mais le bon côté, celui de l’humour de l’auto-dérision un brin grinçant, pas l’antisémitisme crapoteux habituel), l’as du portrait de l’anti-héros.

    Voilà chère Anne, qu’en pensez-vous ?

    Refondations : PS, Socialisme et Social-Démocratie – I) Les Défis – 1ère partie

    Ce texte est la première partie d’une réflexion sur la refondation du PS et peut-être au-delà sur le futur du socialisme et de la social-démocratie ; il essaie d’analyser les défis auxquels nous sommes confrontés. La seconde partie tentera de donner des pistes de réponse à ces défis.

    Il s’insère naturellement dans le travail du PS dont une partie de la réflexion collective a déjà abouti à plusieurs contributions et synthèses mais il cherche, autant que faire se peut, à trouver de nouvelles façons d’explorer les problèmes dans l’espoir de réussir à dépasser nos formatages qui sont une des causes qui nous ont mené à l’impasse.

    Changer : nécessité, impossibilité

    refondation du PS

    Il y a au PS peu de choses qui font l’unanimité, mais la volonté d’un changement semble faire partie de ces choses.

    Derrière cette volonté se cachent cependant bien des définitions du « changement » : changement de méthodes, changement de personnes, changement de génération, changement d’outils, changement profond du corpus idéologique, ou encore changement comme expression de la peur de devoir changer vraiment…

    L’expression de cette volonté traduit également tout à la fois un refus, parfois encore un déni, et de plus en plus souvent maintenant, un espoir, la recherche d’un souffle nouveau, la crainte autant que l’espérance de la transcendance des anciennes idées.

    Si changer est généralement une nécessité, c’est très rarement un choix pour chacun d’entre nous. Cela est encore plus vrai pour une organisation ou dans notre cas, un parti politique. Les groupes constitués fonctionnent selon des règles tacites ou explicites qui les stabilisent, qui les font avancer et leur évite d’exploser. La stabilité d’un groupe, bonne ou mauvaise, résulte d’une alchimie entre la volonté d’être ensemble et la réalité de forces antagonistes qui se neutralisent, se stabilisent de façon généralement non consciente, sur un équilibre aussi stable que possible.
    Il en résulte une conséquence, un obstacle majeur à quiconque veut ou doit conduire un projet de changement : un groupe n’est généralement pas en mesure de trouver de lui-même et en lui-même les forces pour mener à bien ce changement, car s’il existait un chemin vers une meilleure situation pour ce groupe, cela aurait été déjà fait, et que dans le cas contraire cela signifie que le nouveau but à atteindre n’est pas optimal pour ce groupe, en l’état.

    Un groupe ne change que suite à des perturbations extérieures fortes qui le contraignent à évoluer, ou des départs internes qui redistribuent les forces et permettent de retrouver un autre point optimal, que l’on espère meilleur que le premier.

    Terrible défi alors pour nous : si les contraintes extérieures existent et ont été perçues et douloureusement ressenties avec nos échecs de 2002 et 2007, elles marquent une impérative nécessité mais n’insufflent pas forcément en elles-même une force capable de nous éloigner durablement d’une situation que nous savons pourtant perdante, voire destructrice si elle reste en l’état.

    Parallèlement, 2002 et 2007 furent des échecs nationaux auxquels ont répondu en écho des succès locaux dont le dernier fut un des plus éclatants (les régionales 2010), ce qui peut laisser croire à une partie du PS que la situation est non seulement tenable, mais qu’elle pourrait peut-être même être souhaitable.

    Faire un tel raisonnement condamnerait tout simplement le PS, et au-delà une partie de l’espérance qu’il porte ; en effet, si ce sont nos erreurs et nos échecs qui nous questionnent aujourd’hui, la cause profonde qui légitime un changement radical me semble être fondamentalement celle d’un découplage entre les fondements même de notre combat politique et ce dont a réellement besoin la société française, et au-delà ce qui légitime notre combat au nom de l’Humanité. Les victoires locales n’ont de sens que par rapport à une légitimité idéologique nationale, voire internationale dans le cas d’un parti internationaliste comme le notre. Sans cette légitimité nationale, nous sommes dans le cas de baronnies qui agoniseront avec leurs chefs.
    Les motivations réelles de la refondation sont donc externes au PS et le parti n’a qu’un nombre restreint de possibilités quant à son avenir :
    soit il lutte contre cette pression externe pour demeurer en l’état, et il finira par s’épuiser avant de disparaître,
    soit il lutte contre cette pression externe sans arriver à maîtriser ses forces antagonistes internes et il se transformera en essaimant (ce qui s’est produit une fois de façon marginale avec le départ d’une partie de l’aile gauche radicale conduite par Jean-Luc Mélanchon)
    soit il se nourrit de cette pression externe, utilise les dangers qu’elle induit comme moteur de sa mutation et le parti socialiste refondé pourra devenir le premier grand parti politique du XXIème siècle.

    Dans le premier cas, l’agonie peut s’étaler sur plusieurs très longues années.

    Dans le second l’essaimage sera sans doute aussi rapide que violent.

    Dans le dernier cas que j’appelle de mes vœux, la mutation se fera sans doute sur quelques années, probablement en trois étapes :
    une phase préparatoire qui nous permettra de gagner les présidentielles de 2012
    la phase de réelle mutation pendant ce quinquennat qui parachèvera le travail fait pour 2012,
    enfin, à l’issue de ce quinquennat la refondation définitive et le basculement vers une nouvelle République qui sera la première grande œuvre de cette refondation.

    Si ce schéma s’avère exact, il est peu probable que le président élu en 2012 se représentera pour un second mandat. L’élection de 2012 devra permettre d’élire un président « pivot » maîtrisant le système actuel mais intellectuellement suffisamment ouvert pour permettre d’accoucher d’un nouveau monde ; le président de 2012 ne peut pas à mon sens être un pur produit de l’énarquie socialiste, le formatage étant il me semble trop structurant pour aller au-delà d’une amélioration, même forte, de l’existant.

    Quelles que soient les qualités de notre candidat en 2012, il est a priori peu probable qu’une seule et même personne soit en capacité intellectuelle et culturelle d’être le meilleur pour être à la tête de deux modèles de sociétés tout en réalisant la transition de l’une à l’autre.

    Rénovation ou refondation ?

    refondation du PS

    La question n’est pas anodine et sa réponse résultera du niveau de conservatisme du PS.

    Rénover signifie que nos problèmes sont des problèmes de procédures démocratiques, intellectuelles, finalement administratives.
    Rénover est l’expression d’une confiance dans un système qui a finalement perduré pendant des dizaines d’années et nous a mené plusieurs fois à la tête du pays, ce qui n’est pas si mal.
    Rénover signifie avoir toujours confiance dans le modèle des élites dirigeantes formatées par quelques grandes écoles de pensée.

    Il y a des arguments pouvant justifier une telle position, mais il y a surtout le poids des habitudes et des formatages éducatifs et culturels des individus, éléments qui sont vilipendés par les militants à travers des termes différents généralement peu aimables : solférinesque, éléphant(e), énarque, aristocratie, apparatchik, baron(ne)…

    Lorsque l’on a été formé pour faire fonctionner un système, lorsque ce système est le support du combat de votre vie, lorsque ce système vous fait vivre, vous êtes forcément conservateur vis-à-vis de ce système et lorsqu’à l’évidence ce système doit changer, il n’est pas possible de dépasser son propre formatage et le changement se limitera à une réforme, non à ce cataclysme que représente la refondation. Cela est humain et légitime, mais à l’évidence il est des situations où ceci va à l’encontre de l’intérêt et de la volonté collective : il faudra aux cadres du PS un immense sens de l’intérêt collectif et des convictions très solides pour passer cet obstacle.

    Refonder n’est pas un choix, pas un désir, c’est une nécessité qui promet du bruit et de la fureur, c’est un acte fondateur autant qu’un acte de survie, c’est un acte qui tue le présent pour donner une chance à une naissance à venir.

    Refonder c’est questionner chacune de ses certitudes, chacune des briques qui nous façonnent individuellement et collectivement.

    Refonder, finalement et ironiquement, c’est mener le combat révolutionnaire que nous avons accepté d’abandonner, mais une révolution sur nous-même, pas une révolution imposées à la nation à l’issue d’un combat sanglant.
    Peu d’entre-nous sont à même d’envisager un tel bouleversement et de choisir délibérément cette voie, c’est à nouveau une affaire de personnalité, de formatage culturel mais aussi de hasard de vie. Alors si nous devons nous y engager, soyons sûr de nos motivations et de nos forces.

    Les défis décrits ci-dessous seront donc à appréhender à l’aune de nos capacités à rénover ou à refonder. Et pour que l’un ou l’autre des chemins puisse aboutir, ces défis solliciteront également notre capacité d’écoute et de compréhension auprès de ceux qui seront sur le chemin minoritaire du changement. C’est ensemble que nous changerons, ou dans la fureur de la désunion que nous sombrerons avec nos espoirs.

    (a suivre)

    Autopsie d’un conte

    Après une petite respiration de fin d’élection, et avant je l’espère d’entamer une série d’articles de réflexion sur la refondation du PS, je voudrais revenir sur une manipulation, une de plus, visant à cacher l’absence d’arguments de quelques égarés politiquement en perdition par la génération d’un nuage fangeux et cherchant à discréditer (que savent-ils faire d’autre ?) les hommes et femmes politiques qui les gênent au PS (c’est-à-dire à peu près tout le monde aujourd’hui).
    Pendant la période des régionales, je n’ai pas réagi à cette tentative de manipulation du web (en partie estampillée royalistes si l’on en croit le nombre de contributeurs se réclamant de ce courant, même si j’ai bien du mal à savoir s’il s’agit d’une déficience d’encadrement ou d’une volonté au plus haut niveau) pour ne pas polluer le débat de la campagne et me concentrer sur le soutien à nos équipes, mais cela ne veut pas dire qu’il faille ignorer ces pratiques indignes et malfaisantes ; on ne le sait que trop bien, sur le web le bruit peut devenir message si la réalité des faits n’est pas exposée avec force et conviction.

    Comme je n’aime pas les posts sans fond et sans arguments vérifiables, j’ai donc construit celui-ci sur une analyse critique de cette campagne de calomnies, analyse soumise à la réflexion de chacun de façon à ce mes propos soient à la fois instructifs, pédagogiques et je l’espère prophylactiques.

    Tout d’abord, les faits.

    À l’origine de cette “affaire”, il y a la révélation de l’existence d’un club (qui n’a d’ailleurs rien de secret) réunissant des hommes et femmes politiques et d’affaires, Le Siècle. Si vous et moi ne connaissions pas ce club, ce n’est pas à cause d’un complot du style “on nous ment, on nous cache des choses”, mais tout simplement parce que vos préoccupations quotidiennes comme les miennes n’avaient aucune chance de vous y mener.

    Sur le fond, ce club ne diffère pas fondamentalement des milles et un clubs professionnels, économiques, politiques ou culturels où peuvent se côtoyer en fonction de leurs intérêts, acteurs économiques, sociaux, mais aussi riches mamies en quête de bons placements et de petits fours, écologistes à la recherche d’action ou de revendications, entrepreneurs à la recherche d’affaires, lobbyistes locaux et pétitionnaires patentés, ou encore entrepreneurs à la recherche d’une interview avec PPDA. Depuis sans doute la nuit des temps de la liberté d’associations, les gens se sont associés au nom de leurs idées, ambitions ou intérêts et les clubs, quels que soient leur nom, les ont toujours accueilli. Le Siècle ne déroge pas à la règle, et malgré ce que l’on a voulu nous laisser à penser, il ne ressemble manifestement pas à une secte millénariste ou malfaisante. Quant au jugement de chacun sur les motivations des gens qui le fréquentent, c’est finalement une affaire de sentiments personnels ; il n’y a pas là trouble à l’ordre public…

    Manipulation sur internet : le siecleDeuxième acte, la campagne, faite sous forme d’une révélation intergalactique. Si vous cherchez sur google, vous pouvez voir fleurir une somme assez étonnante d’articles récents sur le sujet, ce qui permet de s’apercevoir qu’il ne s’agit pas d’un simple artéfact aléatoire, mais bien d’un buzz repris et alimenté par des gauchos-complotistes, mais hélas aussi par nos camarades royalistes. Il n’y a qu’à lire certaines signatures associées à ce buzz ou les titres d’article du genre “Le TSS, c’est le SIECLE contre le PS et Ségolène Royal” (article qui arrive en tête de recherche google).

    Plutôt que d’en décortiquer fastidieusement la liste (ce que je vous invite quand même à faire à vos moments perdus), je me contenterai de reprendre ce post paru sur lepost.fr et qui a au moins le bon goût d’avoir évité les commentaires personnels pour n’exposer que deux vidéos dont je vais vous décortiquer le mécanisme manipulateur.

    Manipulation du web : le siecleTout d’abord l’accroche : Mettre Anne Sinclair au générique, c’est vendeur. Une journaliste belle et connue, cela attire le chaland à coup sûr ! Chaland immédiatement déçu puisque le sourire d’Anne disparaît immédiatement au profit… d’un compte à rebours (faire monter l’adrénaline), puis d’images violentes se succédant sur un rythme rapide (saisir le spectateur pour faire monter l’adrénaline et l’angoisse). Missile explosant sur un char, crash du 11 septembre (avec un bandeau sur le prix du pétrole, angoisse latente), figures honnies de Bush et Ben Laden, figure satanique (en filigrane, jouer de façon subliminale sur un sentiment d’horreur et de rejet), bombes et bombardiers, petit détour cosmique où l’on suggère une connexion extraterrestre, extraterrestres qui arrivent rapidement (le film joue là à la fois sur les peurs et les clichés pour rebondir sur les fantasmes), feux de Saint Elme (i.e. la menace de l’électricité tombée du ciel) dérivant sur de menaçantes expériences scientifiques, OVNI introduisant les mystères de civilisations perdues (peurs ancestrales, mythologie extraterrestre), mystique de l’énergie interne liée à l’explosion nucléaire finale destructrice (à ce stade si vous n’avez pas encore la trouille c’est à désespérer des techniques de manipulation !). Ouf, fin de la première séquence violente, on passe à la suite.

    • Cliquer [ ici ] pour voir le 1er film sur youtube (tant qu’il y reste…).

    Manipulation médiatique le siècle

    Suite introduite par “tout le monde il est gentil”. La pointe d’humour décalée est destinée à désamorcer le stress de la séquence d’introduction pour vous rendre plus réceptif à la suite avec en substance le message suivant : “Le siècle c’est en apparence un visage aimable et souriant, mais derrière ce n’est que complot et destruction, nous on est là pour vous dire la vérité”. Bien sûr, on se demande à ce stade les relations qu’il y peut y avoir entre les éléments de ce fatras, mais dans la dynamique du film, le spectateur n’a que peu de chances de faire la part des choses, il est prêt pour la suite.

    Hors du contexte de cette intro stressante, la suite serait totalement plate (de fait, plutôt ratée du point de vue de la manipulation) : déclaration de (bonnes) intentions, éléments du statut de l’association. Tout cela serait sans intérêt si nous n’avions “appris” combien était malfaisant et subversif ce club… D’ailleurs, la suite n’est qu’une longue litanie ennuyeuse de portraits de quelques membres du siècle et la boîte à rythme associée à l’atmosphère brumeuse et sombre des portraits (destinée à renforcer le côté occulte et malfaisant) a bien du mal à maintenir l’intérêt.

    Ce premier film est une parfaite manipulation cherchant à faire des liens entre des choses qui n’ont rien à voir entre elles (d’ailleurs, jamais on ne vous dit qu’elles en ont, le film se contente de le suggérer par la collision des séquences et la bande son), jouant sur des peurs et des fantasmes. Une merveille du genre ! À l’arrivée, ce que vous êtes censé en retenir c’est “le siècle c’est des gros méchants, tremblez braves gens”. Mais que vient faire Anne Sinclair dans cette histoire me direz-vous ? Il faut voir le second film pour le comprendre.

    Reprise par la séquence de portraits pour arriver à un extrait d’un reportage (dont la source n’est pas citée). On n’y apprend rien de nouveaux, en particulier pas de scandales particuliers si ce n’est l’inquiétude de la “construction” d’un consensus d’opinions établi lors de discutions au sein du club. On connaît plus décapant comme complot… Plus intéressant est la fin de l’extrait de ce reportage où les monteurs du film tentent de rebondir sur un autre fantasme, Bildeberg, présenté comme un club de gouvernance mondiale. Les propos devaient être tellement intéressants et croustillant que… l’on passe à autre chose. Technique intéressante, là aussi les monteurs de ce bobard ont testé la collision entre le siècle présenté sous la forme la plus fantasmatique possible et Bildeberg dont la menace est évoquée avant de passer à autre chose.
    Et quoi donc ? Là c’est le fin du fin. Après avoir créé une atmosphère complotiste, on va mettre les rieurs de son côté en surfant sur un extrait des guignols de l’info. Succès assuré, l’extrait est amusant, surfe sur le rejet du pouvoir et reprend sur un mode joyeux des thèmes que l’on vient de voir sous une forme inquiétante.

    Manipulation du web : le siecleEt Anne alors ? Pour comprendre son rôle dans ce conte manipulateur, il faut faire le parallèle avec le film des guignols dont la vedette est Bernadette Chirac, épouse de Jacques, ex-président. Quel est le rôle de Bernadette ici ? Être la tête pensante française de la world company (le spectre). Et Anne Sinclair n’est-elle pas l’épouse d’un potentiel futur-président ? La boucle est bouclée et la manipulation achevée, tremblez brave gens, “ils se mettent d’accord et complotent contre le bonheur des gens” !

  • Cliquer [ ici ] pour voir le 2ème film sur youtube.
  • À l’arrivée, aucun fait si ce n’est l’existence d’un club qui réunit des gens “influents” qui discutent des choses du monde autour de petits fours. Mais aussi, à force de répétitions et d’un flot d’articles sur internet, une tentative d’installer un malaise et de discréditer ses adversaires politiques. Alors qui sont vraiment les manipulateurs dans l’histoire ? Bernadette Chirac vue par les Guignols, Anne Sinclair présentée comme son alter ego, un club très parisien de notables ou ceux qui sont derrière ce film et son utilisation ? À complot, complot et demi, si je peux comprendre sans problème qu’une personnalité politique soit attaquée, et même s’il est quelque part nécessaire qu’elle le soit, je trouve assez abjecte et minable ce genre de manipulation. S’ils veulent un jour sortir de l’impasse où ils sont, certains militants comateux feraient bien d’en finir avec les sombres manipulations dignes des détestables méthodes trotskystes de la belle époque. Nous avions eu l’entrisme en 2006 pour les primaires, nous avons maintenant droit à la manipulation des esprits.

    Tout cela est minable autant qu’indigne !

    Mais au fait, quelle est la réalité concernant Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn (ben oui, j’ai beau être blogueur, j’ai fait ma petite enquête) ?

    D’abord, Anne Sinclair a bien été cooptée par ce club à une époque où ils cherchaient à “féminiser l’ambiance”. C’était il y a plus de 22 ans et elle a cessé d’y aller il y a… 20 ans (date à laquelle Dominique et elle se sont rencontrés) ! Figurez-vous qu’entre rôti de veau et banalités mondaines, notre sémillante journaliste de 7/7 s’ennuyait ferme dans ce temple supposé du complot. Quant à Martine Aubry ou encore Lionel Jospin, eux aussi comploteurs fantasmés selon la rumeur, elle n’a jamais eu la joie de partager avec eux la-bas un repas où les carottes symbolisaient une attaque de missiles et les petits pois la population opprimée par les maîtres de la sauce Maringo.

    __________________
    Vous trouverez ci-dessous quelques-unes des sources ayant contribué ou relayé cette manipulation :
    Manipulation sur internet : segolene royal

    Manipulation sur internet : segolene royal

    Le jour d’après

    Cette victoire des régionales 2010 gardera sans doute longtemps une place particulière dans l’histoire de la gauche, car elle rend possible la suite.

    Le chemin de la refondation sera long car il dépasse largement le simple cadre d’un dépoussiérage :

    • La prise en compte d’un monde fini et vivant dans notre corpus idéologique va très probablement remettre en cause la notion de propriété, aidé en cela par le bouleversement technico-économique découlant de la dématérialisation, révolution silencieuse en cours.
    • La notion de liberté risque fort d’être impactée par une autre frontière, non plus entre individus, mais entre sociétés et écosystèmes.
    • Quant au capitalisme, il va très probablement se redéfinir car arrivant au bout de son cycle de progrès continu par amélioration de la performance, il ne va sans doute pas se détruire comme l’avait prévu Marx, mais rebondir sur une redéfinition du capital, non plus matériel et financier, mais très probablement immatériel là-aussi et informationnel.
    • Et notre modèle de société ? Nous sommes nombreux à pressentir que le travail en tant que valeur est également en train d’évoluer, sans doute vers l’idée de travail en tant qu’identité sociale “utilitaire” (je suis utile à la société) et que cela ouvre donc la porte à la réflexion sur la nature et la source des revenus, en particulier l’allocation citoyenne universelle qui a été largement discutée sur le blog de Pierre Moscovici. Mais ceci ne sera pas nécessairement voulu car une rupture de ce genre s’impose d’elle-même ou n’a pas lieu. Faut-il encore s’y préparer pour ne pas risquer une rupture catastrophique.

    Saurons-nous initier ces thématiques aux assises de la refondation ? Oserons-nous questionner nos certitudes et notre confort ? Comprenons-nous assez que le temps des espoirs creux ou des réformettes est derrière nous et que nous devons affronter un avenir absolument terrifiant certes, mais cependant moins que l’immobilisme qui condamnerait non seulement nos chimères, mais sans doute également notre société.
    Cette belle bataille des régionales doit nous conforter dans notre capacité commune à aller de l’avant, à croire en notre destin et nos capacités à tout surmonter.
    Derrière cet avenir terrifiant il y a la plus belle des utopies, le meilleur de nous même. Entre les deux, des hommes et des femmes de bonne volonté, notre courage, nos convictions, nos compétences, et aujourd’hui, notre enthousiasme.