Un enfant, la vie, un vrai sujet pour les présidentielles 2012


On oublie trop souvent que la politique n’a de sens que parce qu’elle traite des problèmes des femmes et des hommes.

À mille lieues de la stérile agitation du « kan c’est ki l’y va ? », loin des postures destinées à présenter son meilleur profil au JT de 20h, loin des bouffées furieuses sur des positions archaïques, un petit enfant s’est invité à l’agora de nos superficiels échanges. Umut-Talha (c’est le nom de l’enfant né fin janvier) est une double bénédiction pour ses parents, à la fois par la joie qui étreint tout parent mais aussi parce qu’il représente, grâce au don de sang de son cordon ombilical, un espoir de guérison pour ses 2 frère et sœur atteint d’une maladie génétique rare.

Cet heureux événement se limiterait à la sphère familiale si naturellement la prouesse médicale et scientifique qui a présidé à sa naissance ne venait sortir notre réflexion de son auto-alimentation nombrilisme pré-électorale.
J’ai déjà par le passé traité (modestement) plusieurs fois le thème du droit de la vie et j’avais exprimé mon opinion vis-à-vis des possibilités nouvelles de filiations offertes par les progrès médicaux : je pense qu’il faut une législation qui favorise les projets d’enfants de couples qui ont une démarche sincère et généreuse du moment qu’il n’y a pas de préjudices induits.

Ici, la situation est un peu différente, mais sur le fond, les mêmes mécanismes rhétoriques s’affrontent et il me semble que la conclusion sera similaire.

Les opposants à ces pratiques médicales nous opposent des arguments d’eugénisme et de « chosification » de l’enfant. Il est vrai que le grand benêt qui a inventé le mot bébé-médicament s’est surpassé, mais user du mot eugénisme me semble tout à fait disproportionné et décalé : doit-on aussi l’utiliser à l’encontre de quelqu’un qui choisirait son partenaire en fonction de son phénotype ou ses performances intellectuelles ?
Ces personnes qui avancent ici ces arguments, l’auraient-ils toujours fait si ces mêmes parents n’avaient pas eu recours à la médecine pour concevoir leur bébé, mais l’aurait fait de façon « classique » dans le même espoir de guérir leurs autres enfants et de donner à nouveau la vie ?
Quant à la « chosification », c’est idiot : nos lois et notre morale républicaine sont très claires sur le sujet. L’homme, dans son ensemble ou en partie ne peut faire l’objet d’une transaction financière, il ne peut appartenir à qui que ce soit. L’homme n’est ni une chose ni une marchandise, son intégrité, sa liberté ne peuvent être aliénées.
Je peux concevoir que l’on soit opposé à un besoin d’évolution aussi fort de la loi sous l’impulsion du progrès scientifique et médical, pour des raisons philosophiques ou religieuses, peut-être aussi politiques car il y a là source d’un vrai clivage, mais que l’on nous épargne les faux-semblants.

Le don de la vie est une bénédiction, le don non-létal d’une partie de soi est un acte de grande générosité. La loi doit encadrer ces aspects délicats de la vie, et lorsqu’il y a doute, que l’on soit juge en fonction du bien réel apporté et pas d’un mal qui n’est ici que rhétorique.

PS : pour ceux qui ne connaissent pas le livre, je vous conseille « Interdits d’enfants : le témoignage unique de parents ayant eu recours à une mère porteuse », de Sylvie et Dominique Mennesson (que je salue au passage) aux Éditions Michalon.

Le vent du renouveau de mare nostrum


Peut-être est-ce que je me trompe, mais il me semble que nous n’avons pas assez pris de hauteur pour comprendre la force de ce qui est en train de se passer chez nos voisins méditerranéens. Pas assez de hauteur, mais également pas une vision temporelle assez large ce qui est une détestable dérive de notre mode de vie où la consommation est immédiate, où l’on oublie presque immédiatement ce qui vient d’être fait.

Essayons-nous donc à une autre grille de lecture. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les pays européens (ce qui incluait leurs colonies) s’étaient engagés dans un double mouvement d’intégration continentale et de désintégration extra-continentale, dont la désintégration en Afrique du Nord. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le Royaume Uni qui a sans doute été le plus activement réfractaire à une intégration continentale forte est aussi celui qui a essayé le plus de garder au moins les apparences d’une unité de sa domination coloniale historique avec le Common Wealth (né en 1926).

L’Europe politique a cependant échoué, non pas que rien n’ai été créé, mais ce qui a été créé n’arrive pas à dépasser une technostructure, une philosophie de développement économique décidée de façon non démocratique, des institutions démocratiques déconnectés de l’intérêt des citoyens (d’ailleurs il n’y a pas dans la réalité de citoyenneté européenne, au mieux une vague aspiration à cela) et pas de vrai système de séparation de pouvoir législatif, exécutif, judiciaire couplé à un système d’investigation et d’information indépendant, puissant et unifié au sein de l’Union. Qui plus est, cette Europe, par le jeu du développement accéléré de l’Asie, de l’Amérique du Sud et sans doute bientôt de l’Afrique, est en train de perdre sa place historique de référence culturelle, de force économique et militaire majeure, ce qui est fort déstabilisant. Déclin inéluctable diront certains, fatalisme devant les marchés censés avoir toujours raison, mystique de quelques mystérieux cycle naturels, etc… Et bien non, et ce qui se passe en Méditerranée me semble en être un excellent exemple !

Tout d’abord, il me semble que les choses n’ont pas commencée à Carthage (Tunisie), mais à Athènes (Grèce). Dans la logique de la « décadence naturelle des peuples », la Grèce aurait dû faire faillite, sortir de l’Europe, accepter sa période de ruine. La tentation a d’ailleurs il me semble été assez forte à un certain moment, et cela aurait été économiquement « justifié ». Mais cela ne s’est pas passé ainsi parce que quelques hommes, européens convaincus malgré tout, se sont mobilisés. Fondamentalement, je pense qu’ils l’ont fait pour des raisons qui vont bien au-delà des considérations de dettes souveraines et de sauvetage de l’Euro.

Le vent du boulet passé, les choses ont continué cahin caha jusqu’à ce qu’un vendeur de fruits et légumes se donne la mort en Tunisie. Et le régime est tombé à une vitesse et avec une « facilité » qui reste étonnante. Il y avait des raisons politiques et économiques certes, il y a la révolution de la communication universelle et immédiate certes, mais une révolution est d’abord le fait d’éléments qui vont bien au-delà d’un problème économique ou politique immédiat : un mobile et un moyen ne suffisent pas au « crime ». Athènes a tremblé, la secousse s’est amplifiée à Carthage, l’onde de choc est parvenue à Alexandrie. Il me semble qu’il y a derrière cela les prémisses de quelque chose de profond, propre à l’histoire même de ce bassin d’histoire, de culture, qui dépasse le fatalisme des marchés ou des religions (« si dieu le veut« ), quelque chose qui doit être compris par l’ensemble des dirigeants de ce bassin, de chaque colonne d’Hercules en faisant le tour par Troie.

En reprenant l’idée du projet euro-méditerranéen exprimée entre autre dans « La Flamme & la Cendre« , la France aurait pu être la cheville ouvrière du renouveau de la Méditerranée. Hélas il ne suffit pas de savoir lire le titre d’un livre pour être un érudit et nous apparaissons dans ce mouvement naissant, au mieux comme un organisateur d’inutiles réunions internationales, au pire comme l’agent supplétif maladroit des forces de l’ordre locales. Par ailleurs je défends depuis assez longtemps déjà l’idée que pour ne pas créer une séparation nord-sud du projet Européen, il faut que cette Europe ait chaque pied dans un de ses deux bassins historique, créer une Europe de la Hanse et de la Méditerranée. Si j’ai raison, le mouvement actuel va donc se propager au sud certes, mais aussi remonter vers des pays comme la Roumanie, la Bulgarie, les Balkans, et il n’est pas exclus qu’il remonte par Massilia.

Il est temps de replacer la politique dans une perspective politique historique, il est temps d’arrêter de se laisser leurrer par la consommation immédiate de l’instant, il est temps que les aristocrates républicains français dont  la conscience démocratique est encore vivante redescendent à la rencontre de tous les vendeurs de fruits et légumes pour ensemble refonder l’avenir.

Sarkozy et le désert des Tartar(in)s


Figurez-vous que je me suis fait avoir.

Je m’étais dit benoitement que j’allais attendre un peu pour faire un petit billet sur notre sommité élyséenne, histoire de faire une synthèse sur ce qui avait été écrit de ce qu’il avait dit à sa conférence de presse. Après Jaurès et Guy Mocquet, notre touriste de l’histoire littéraire était semble-t-il devenu depuis lundi un social-démocrate convaincu, un défenseur de la régulation à deux doigts de présenter sa candidature aux primaires socialistes, pourfendant ainsi tous ces socialistes qui décidément seraient bien trop à droite à son goût.

Fébrile, je me décide à faire ma petite revue d’e-presse, demandant à l’oracle google ce que la toile pensait de la parole révélée lundi à la face du monde. Et me voici bien marri : sur les plus de 12000 résultats d’actualité, l’oracle nous renvoie en première page :
* du Sarko flic (affaire Laeticia, la récidive)
* du Sarko juge (loi sur les conflits d’intérêts – là il faut vraiment être frappé d’un Alzheimer violent pour avoir oublié Woerth)
* ouf en 3ème sujet, du Sarko pourfendeur de spéculateur capitaliste (il n’a pas été bon lundi sur ce coup là mais au moins il reste un petit quelque chose)
* du Sarko piraté chez Facebook (fichus internautes, vivement Adopi III, IV et V !)
* du Sarko tunisien (faisons voir notre savoir-faire en matière de recollage de pots cassés)
* et une future communication de Sarko en février.

En somme, 3 jours après une intervention archi-vendue, de Sarkozy icône étincelante du monde il ne reste plus grand chose sur la toile. Dommage, moi qui me réjouissait de faire un comparatif avec son futur adversaire probable à la présidentielle, c’est à l’eau.

Tout s’y prétait pourtant :
* le G20 où il y a quelques mois il a snobé l’ouverture et où DSK s’est retrouvé de facto le réprésentant le plus en vue de la France
* la politique internationale où Sarko vola naguère au secours de la victoire de Poutine, obligea la République à faire la révérence à Kadhafi ou Assad ou encore transforma l’idée d’un projet Euro-Méditerranée (idée piquée à DSK -p 260 de la Flamme et la Cendre chez Grasset) en un aimable jamborée, en face des louanges adressées à DSK (rassurez-vous, elles ne viennent pas de France et encore moins de la gauche radicale, ouf !)
* l’économie (mais là c’est de toute façon trop facile) où lundi Sarko reprend à son compte l’idée de la taxe Tobin qui par nature n’est pas applicable alors que Strauss-Kahn innove en proposant un système d’assurance sur le risque qui, s’il était décidé, serait lui très facilement mis en place et très difficile à contourner (contrairement à la taxe Tobin)
* la fiscalité, monument entre tous des échecs Sarkozy qui aurait bien été inspiré de récupérer le rapport fait par DSK en 2006
* le social tristement illustré par le début de septennat où le gouvernement SarkoFillon a arrêté de lutter contre le chômage (la démographie et le marché enfin libéré allant « régler » le problème tout seul) en opposition à la volonté du président du FMI de mener de front les problèmes sociaux et économiques

Avouez qu’une comparaison argumentée de la nouvelle « vision » du Sarkozy 2011 avec la vision de DSK dont les fondamentaux n’ont pas varié depuis son passage à Bercy (sinon avant), cela aurait eu de la gueule.
Mais faute d’un adversaire solide à l’Elysée, nous nous en remettrons à l’actualité à Washington en attendant l’été.

Les droits de l’homme et du dictateur

Tous les hommes naissent libres et égaux mais il semble que nous ne sachions guère comment guider les dictateurs vers cet horizon de liberté et d’égalité. J’ai pris le temps de la réflexion pour considérer la révolution tunisienne (et j’espère qu’elle aboutira effectivement à mettre en place les conditions de la liberté et de l’égalité) et je ne voudrais pas m’arrêter à la condamnation trop rapide, définitive et hypocrite de Ben Ali.

Il est certes aisé de condamner l’homme et son régime après coup mais il me semble plus difficile, et pourtant plus utile, de nous interroger, non pas sur ce que nous n’avons pas fait, mais bien sur ce que nous allons faire dès à présent. Nous (les socialistes mais aussi j’ose l’espérer l’immense majorité des Français) déclamons à qui veut l’entendre notre attachement à nos idéaux. Hélas, nous n’avons pas une vision très claire de la conduite à adopter lorsque nous n’avons pas en face de nous une dictature à la noirceur absolue, une dictature avec qui nous ne partageons rien.

Dans la zone grise des dictatures présentables à nos consciences, il semble qu’il nous soit tout aussi bien impossible d’avoir une position intransigeante sur les principes (parce que tout simplement cela n’a aucun effet sur la dictature) qu’une position franchement amorale parée de la vertu d’une real politik économique nécessaire. Ni anges ni francs salauds, nous nous contentons au final d’une médiocrité de petites âmes aussi promptes à offrir son savoir-faire en matière de répression qu’à bloquer cette répression à la douane lorsque la mauvaise conscience frappe à la porte.
Dans une France attachée à ses valeurs et ses racines, Michèle Alliot-Marie aurait dû non seulement (être) démissionner après son odieuse offre de service mais également être définitivement mise en marge de tout mouvement républicain. Or dans un gouvernement où celui qui a été le plus réaliste sur la Tunisie (Eric Besson) est un traitre à ses premiers engagements politiques, il apparaît normal de ne voir ici qu’un écart mineur devant être traité sur le plan de la politique à court terme et non sur celui de l’honneur d’un pays. Et gageons que cela n’ira pas plus loin.

Mais même si nous n’avons pas été aussi odieux qu’Alliot-Marie, les socialistes n’ont pas été dans le passé très brillants, ni dans le présent comme on peut en juger avec l’histoire de l’internationale socialiste. Cela ne me gène pas en soit d’avoir un Ben Ali à cette internationale, à condition que sa place ne soit pas à l’égale des démocrates, à condition que sa présence s’accompagne d’une action en profondeur pour le mener vers un horizon plus juste, libre, égalitaire pour son peuple.
Refuser le contact des dictateurs est une position de « pureté » trop facile, se compromettre avec eux en cédant sur tout et n’avançant sur rien est une infamie.
Il n’y a pas de compromis à avoir sur le but à atteindre, mais l’on doit se mettre en position d’être assez fort pour tracer un chemin, pour s’impliquer de façon commune sur ce chemin, pour dessiner et atteindre des étapes intermédiaires.

Il faut en finir avec les discours schizophrènes où la forme dit « j’exige liberté et égalité » et où le fond dit « j’accepte le compromis en contre-partie de ceci ou cela » car on perd alors sur les deux tableaux. Nous gagnons le mépris (justifié) de l’autre et n’avons que des miettes du marché que nous passons.

Alors soyons clairs camarades socialistes, qu’allons-nous proposer à Mohamed VI pour l’aider à progresser vers cet horizon que nous déclarons universel, qu’allons-nous proposer à Israël et aux palestiniens pour gagner cette terre de liberté, serons-nous assez forts pour proposer aux chinois un partenariat économique et de citoyenneté, serons-nous assez intègres pour juger inacceptable tout gouvernement salissant l’honneur, l’histoire et la grandeur des idéaux de la France ?

La crise, le monde, le FMI, l’impact de la vision de Dominique Strauss-Kahn


« Le Monde Interconnecté » est un film en quatre parties sur le Fonds Monétaire International et la crise économique mondiale.

Bande annonce du film :


De la crise à la coopération :


La Chine :


Le Ghana :


La Pologne :


Sources : http://theinterconnectedworld.com/index.php

L’échec des alternatives à gauche


Si le dernier baromètre BVA-L’Express-Orange-France Inter ne change pas la donne en tête (DSK est toujours plébiscité alors qu’Aubry se renforce un peu face à Sarkozy en cas de 2nd tour), il n’en va pas de même pour les outsiders de gauche.

Le plus frappant semble être l’échec de la stratégie de la gauche radicale mais aussi des écologistes.

Malgré tout son bruit et sa fureur, Jean-Luc Mélenchon est en train d’échouer dans les grandes largeurs dans sa stratégie de dézingage du futur candidat PS (surtout lorsqu’il s’agit de DSK) en faisant moins que Bayrou ou Besancenot. On constate que la gauche « radicale » ne fait pas recette avec sa vindicte anti « social-traitre » qui n’apparaît pas crédible : seul 1% de plus des votants potentiels voteraient Mélenchon plutôt que PS selon que le candidat PS est Dominique Strauss-Kahn ou Martine Aubry. Clairement être « contre » ou ressortir les vieilleries idéologiques ne suffisent pas, Mélenchon ne réussit pas à réinventer une politique, pire il semble sombrer dans les eaux troubles des méthodes d’un autre temps si l’on en juge par les lâchages qui commencent au sein de son camp (voir la démission de Christophe Ramaux).

Chez les écologistes, le cas Eva Joly est assez étonnant. Plutôt plébiscitée en qualité de candidate chez les écologistes, ses intentions de vote à la présidentielle sont au niveau catastrophique des autres candidatures (un groupe qui tourne autour de 5% pour faire simple). Triomphants aux européennes, les écologistes là non plus ne semblent pas avoir réussi à construire un discours en phase avec les attentes.

Au sein du groupe des outsiders du PS, c’est là aussi un constat d’échec. On aurait pu croire que les progrès de François Hollande pouvaient lui laisser espérer une ouverture dans cette présidentielle, que nenni, il ne réussit pas à apparaître à l’horizon. Finalement, semaines après semaines, le choix qui se dessine revient invariablement sur DSK ou Aubry, ce qui donne aux primaires socialistes un goût de plus en plus décalé : si ces primaires ne doivent pas décider d’un candidat, il est urgent de leur donner un sens !

A droite, les choses se passent pour l’heure en Le Pen fille et Sarkozy Père. L’extrême droite apparaît aussi forte que l’UMP faible, ce qui donne une équation d’une logique implacable : l’UMP ne peut gagner qu’en s’alliant au FN. Je ne doute pas que certains à droite y songent déjà.

En Tunisie le printemps est précoce cette année


Même si l’heure n’est pas encore tout à fait à la liesse, la deuxième révolution tunisienne qui a évincé Zine el-Abidine Ben Ali président depuis 1987 de la Tunisie est un évènement tout à la fois heureux et inattendu pour le voisin d’en face que je suis.

Ben Ali n’était peut-être pas le pire des présidents du genre, mais nous ne savons décidément pas comment faire avec ce genre de situation, hésitant entre un renoncement un peu lâche se satisfaisant de quelques points positifs et l’alibi de se dire que ce pourrait être pire, ou l’opposition critique frontale et stérile n’amenant que crispations et aucun progrès.
A l’évidence, Ben Ali a échoué sur une évolution vers une société politiquement plus libre et démocratique. Mais est-ce tout ?

Du point de vue économique, le web a buzzé ces derniers jours sur une déclaration d’il y a deux ans du directeur du FMI qui disait en substance que les choix économiques de la Tunisie étaient les bons. Avait-il raison et si oui, pourquoi alors les Tunisiens n’y ont-t-ils pas trouvé leur compte.
Factuellement, DSK avait raison et la courbe ci-dessous le montre sans aucun doute :

La Tunisie a eu depuis des années une croissance qui a été le plus souvent supérieure à la croissance mondiale (et à celle de la France). Oui, mais voilà, l’économie n’est pas tout.
D’abord la démographie de la Tunisie montre une forte pression de la génération arrivant à l’âge d’entrée sur le marché du travail
Pyramide des âges Tunisie
Or les événements tunisiens ont montré que cette population était dramatiquement désespérée. Souvent qualifiée mais sans emploi porteur d’avenir, cette jeunesse a condamné le régime tunisien sans parfois hésiter à donner volontairement sa vie pour cela. Un pays qui ne donne pas d’avenir à ses jeunes n’a lui-même aucun avenir, et aucune richesse ne protégera un pouvoir ou une caste de privilégiés contre le désespoir. J’aime bien l’image qui définit l’économie comme une énergie de transformation : j’espère que la leçon aura été retenue et que les premières réformes du futur régime feront en sorte de ré-allouer massivement les bénéfices de la croissance tunisienne, de cette énergie, à la construction d’un avenir pour ces jeunes.

J’espère que la deuxième révolution tunisienne gardera les acquis (dynamisme économique, éducation, laïcité, égalité des sexes), voire que ces acquis serviront de base à la construction d’une nouvelle république, plus équitable pour chacun et égalitaire pour tous, plus démocratique.

J’espère également que la France proposera autre chose que d’envoyer des renforts et son « savoir-faire » policiers (quelle honte pour nous !), et que nous serons assez inventifs pour construire vraiment un pacte euro-méditerranéen qui renouera avec l’histoire millénaire et glorieuse du bassin méditerranéen.

J’adresse enfin mes salutations et mes encouragements au peuple tunisien qui a montré ces dernières semaines qu’en ces temps de renoncement, il est encore possible de renverser la table au nom de la justice, de la liberté, et de l’espoir de construire un monde meilleur.

Comment s’essuyer les pieds sur le paillasson de la misère tunisienne ?


Les troubles, pour ne pas dire plus, en Tunisie pourraient être l’occasion d’une réflexion sur bien des choses : notre approche géopolitique en Afrique du Nord, nos complaisances avec des pays certes amis mais peu ouverts aux idées démocratiques, notre empruntement à donner notre avis lorsqu’un problème touche une ancienne colonie, les modèles de développement du bassin méditerranéen, la misère générée par la crise mondiale actuelle, plein de choses qui interpellent et dont la réponse permettrait de faire avancer les choses et le monde.

Ca, ce serait dans un monde responsable, ouvert au questionnement et un minimum généreux.

Mais non, pour certains, il semble bien plus profitable de prendre une situation de crise économique, politique et social d’un pays voisin, pour la transformer en une bonne soupe pré-électorale franchouillarde !

Que dire de la désespérance des jeunes tunisiens ? Mais que tout cela est lié à l’ignoble DSK, l’imam sioniste affameur des peuples ! La preuve ? Fastoche, en 2008 il a fait un discours sur les espoirs qu’il fondait sur le modèle de développement tunisien et sa capacité d’aller de l’avant !



En plus, Ben Ali ayant mis une sardine sur la veste de DSK, nous avons là la preuve de l’odieux complot. CQFD.

Sur ce, nos voisins d’en face de la Méditerranée seront donc heureux de savoir que leur combat n’est pas vain puisqu’il permet d’orchestrer une belle campagne de buzz à visée franco-franchouille :
http://www.google.fr/search?q=strauss-kahn+tunisie&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a

Vous ne manquerez pas de remarquer le copier / coller des titres : « la Tunisie est le bon exemple à suivre » (rien que 274 articles à ce jour reprenant ce titre et répétant inlassablement la même chose » http://www.google.fr/search?hl=fr&safe=off&client=firefox-a&hs=Te6&rls=org.mozilla%3Afr%3Aofficial&q=strauss-kahn+%22la+tunisie+est+un+bon+exemple+%C3%A0+suivre%22&aq=f&aqi=&aql=&oq=&gs_rfai= ).

Il vous suffira de cliquer sur les liens pour savoir qui est à l’initiative de cette gentille orchestration.

Qu’en conclure ?

Sans doute qu’en 2008 DSK avait mis un peu trop d’espoir ou de diplomatie dans ses propos. Dont acte, au moins cela confirme-t-il qu’il n’a pas toujours raison et qu’il a besoin d’une équipe avec lui.

Mais aussi, qu’hélas, un bon nombre de militants manquant substantiellement d’arguments sont prêts à surfer sur le malheur des autres pour alimenter leur tambouille locale.

Et qu’au final, le PS ferait mieux d’être un peu plus courageux en matière de relations étrangères, qu’après la Côte d’Ivoire c’est la Tunisie qui nous interpelle, et que la désespérance des peuples ou les égarements des gouvernants valent une meilleure réponse que celle qui est actuellement donnée.

Il y a du boulot, la refondation que j’appelle de mes vœux, c’est aussi cela.

Gagner en 2012 !

En réponse à différents commentaires toujours aussi violents que peu constructifs, je vous renvoie à un texte diffusé entre autres sur le blog de Jean-Jacques Urvoas et qui traite de la campagne de 2012, de notre envie de la gagner (j’espère que cette envie dépasse au PS le seul courant social-démocrate !).

Ce texte est celui d’un courant du PS, courant qui aura quoi qu’il arrive son candidat, courant connu pour son attachement à la réflexion, à la modération, au dialogue, entre autres bonnes choses.

Bonne lecture et avec un peu d’avance, bonne, très bonne, excellente année 2011 (en attendant 2012) !