Charte des socialistes

Charte des socialistes pour le progrès humain

J’espère avoir le temps de faire une analyse critique de ce texte.

Passeur de monde

bebeJe ne fais pas partie de ceux qui croient ou feignent de croire que depuis que François Hollande a été rélu rien n’a été fait, qu’aucune promesse n’a été tenue. C’est faux et il suffit de suivre ce baromètre des engagements pour s’en assurer : à ce jour 47 des 60 engagements électoraux ont bien été tenus.

Formellement, si quelque chose doit être reprochée au Président, ce n’est pas un dédit post-élection. À vrai dire, il me semble que le désamour vis-à-vis de l’exécutif vient surtout du fait que notre système électoral est en lui-même un vaste mensonge : les raisons pour lesquelles une personne est élue n’ont que rarement un rapport avec l’objet de son mandat. François Hollande a été élu parce que les Français ne supportaient plus Nicolas Sarkozy et qu’il ne portait aucun stigmate rédhibitoire aux yeux des électeurs qui se sont déplacés. C’est suffisant pour gagner une élection mais cela ne dit rien des éléments favorables ou pas qui permettront de mener à bien un mandat. Et si faute il y a, elle incombe autant à l’élu qu’aux électeurs, et elles pèsent encore plus sur ceux qui sont restés chez eux dans un confort protestataire de révolutionnaire de comptoir.

Et quelle part pèse sur moi qui vous écrit et sur vous qui me lisez ?

Je suis prêt à plaider coupable d’avoir globalement vu les changements à venir et les voies possibles mais de n’avoir pas réussi à les faire comprendre et partager. Je plaide également coupable d’avoir cru (ou de m’être convaincu) que le système administratif et politique pourrait accoucher d’un groupe de personnes qui comprendrait ces changements et pourrait mettre en œuvre les profondes réformes nécessaires. Je sais pourtant qu’aucun système n’est en mesure de se réformer lui-même. Les perturbateurs capables de générer une restructuration sont toujours exogènes. Aucun esprit aussi brillant soit-il n’est en mesure de réformer l’État s’il a été formé pour servir l’État et aucun personnage politique n’est de lui-même en mesure de changer un système qui est à la fois sa maison et son horizon.

La parité, le non-cumul des mandats et la réforme territoriale auraient pu être des perturbateurs assez puissants mais ils ressemblent de fait plus à un long chemin de croix qui n’arrivera qu’à produire une machine à eau de boudin.

Sommes-nous condamnés à l’impuissance et aux regrets voire aux larmes ?

Je n’en crois rien. Nous avons beau pleurer sur notre sort et goûter avec délectation l’auto-dénigrement, nous sommes un peuple riche, éduqué et en bonne santé physique et démographique. On a vu pire comme base pour affronter le destin.

Pour nous relever de notre apathie, il nous faut d’abord nous débarrasser des scories qui nous paralysent et redonner un sens et un corps aux valeurs qui nous structurent. Les idéaux de liberté et d’égalité de 1789 ont-ils vraiment gardé le même sens dans notre monde ? Dans une société numérique philosophiquement libertaire, économiquement intrinsèquement libérale mais marxiste par nécessité, comment pouvons-nous espérer conserver des lois et une organisation d’un temps révolu ? Et comment pouvons-nous projeter le destin d’un peuple a travers la tempête du changement climatique ?

Je suis plus que jamais convaincu que la réponse émergera de la pensée et de l’initiative des citoyens. La force vitale de la démocratie vient de ses citoyens, pas de ses institutions. Le citoyen a la légitimité du nécessaire changement perturbateur. Mais cela ne peut se faire qu’en renouant le lien entre nous, en nous donnant les moyens de la cohésion, en remettant au clair nos idéaux, et surtout, surtout, en allant chercher tous ceux qui ne sont pas à même de passer seul le Rubicon. Les changements fondamentaux ne sont jamais souhaités, ils font beaucoup trop peur. Ceux qui ont la lucidité et en ont la force doivent aller chercher tous les autres pour les faire passer sur l’autre rive. Le changement ne peut pas être le fait d’une minorité qui abandonne les autres.

La démocratie offre bien des moyens d’expression à ses citoyens. Nous devons retrouver et réaffirmer des idéaux communs. Nous devons retisser le lien et alors nous pourrons redonner à la République une forme en phase avec l’urgence de l’époque et une vision commune et sereine de l’avenir.

Les ronds de la transition

800px-11._Éolienne_du_Parc_de_Derval-LusangerSi l’idée autant que la nécessité d’une transition énergétique est acquise, le chemin qui y mène semble pavé d’intentions plus ou moins bonnes.

Tout d’abord, il est un peu saugrenu de trouver des discussions sur les sacs plastiques et la vaisselle jetable dans ce débat. Non pas que cela soit sans importance et que oui, les océans se porteront mieux sans déchets plastiques, mais cela me semble d’une autre nature que l’avenir énergétique. Pour ce qui est de l’écotaxe, le débat étant devenu hystérique, cela n’a plus rien à voir avec une question de choix énergétique.

Ensuite, je reste plutôt agacé par des positions finalement très stéréotypées et par la faiblesse des principes généraux.

Pour les principes généraux, je défends avec force l’idée d’une énergie peu chère, abondante, entrant dans le cadre du développement durable. Je défends avec encore plus de force l’idée d’un accès universel et à un coût soutenable à l’énergie nécessaire pour assurer les besoins fondamentaux des citoyens. Cela doit entrer dans la définition même d’un service public de l’énergie et cela s’oppose à une conception rétrograde et malthusienne de l’énergie.

Quant à la technologie, le sujet est plus passionné que passionnant tant il n’est devenu qu’une répétition d’antiennes et de fantasmes.

Commençons par « l’obsolescence programmée ». Il me semble que garder le plus longtemps possible un objet pour diminuer son coût énergétique est un peu court. Ma grand-mère a son frigo depuis plus de 20 ans. Bel exemple à suivre me direz-vous ! En fait, un réfrigérateur dernier cri de classe A++ va consommer entre 25% et 37% que son homologue de classe A. Or un frigo ayant 20 ans a plus de chances de se rapprocher d’une classe Z que du A. Autrement dit, ce vieux frigo symbole de la lutte contre l’obsolescence programmée est une catastrophe énergétique à lui tout seul. Pire que cela, sans un remplacement motivé par l’innovation rapide, vous auriez toujours en poche un téléphone d’il y a 10 ans et certes pas un smartphone dont les possibilités ont transformé radicalement les usages (l’I-Phone est sorti en 2007).

Il apparaît clairement que l’utilisation du pétrole va diminuer dans notre vie quotidienne. La face la plus visible de cette évolution étant l’automobile qui non contente d’avoir des moteurs de plus en plus optimisés se voit adjoindre des sources complémentaires d’énergie. Là, cela se passe plutôt bien et en douceur.

Là où cela se passe plutôt mal et dans le bruit et la fureur, c’est pour la production d’électricité. Le débat s’est focalisé depuis des dizaines d’années sur le nucléaire. Oui la technologie de la fission nucléaire induit des risques aux conséquences désastreuses et oui elle a tué à plusieurs reprises. Mais pour être totalement objectif, elle a tué moins que le charbon. Si le nombre de morts passés et à venir ainsi que le risque sont les critères, il faut interdire d’abord le charbon. Or partout où l’on arrête le nucléaire, on le remplace en grande partie par le charbon.

Si le critère est l’impact climatique, alors le nucléaire est une solution présente et à venir, à ceci près qu’il faut le plus rapidement possible abandonner la fission au profit de la fusion (ITER) qui ne pose en particulier pas de problèmes insolubles de déchets. Le pétrole, le gaz, le charbon et la méthanisation sont néfastes en terme d’impact climatique. Quant aux énergies solaires, éoliennes & hydroliennes, elles sont bien sûr une voie à condition de maîtriser la partie « grise » (pollution indirecte), mais elles sont aussi probablement limitées à une utilisation domestique ou de très petite industrie. On ne sait actuellement pas produire l’énergie nécessaire à l’industrie avec ces technologies.

Enfin, même s’il faut continuer nos efforts pour diminuer la consommation des appareils, je ne crois pas un seul instant à la diminution volontaire de la consommation. À titre personnel je peux bien investir dans des lampes fluocompactes et autre diodes électroluminescente, je ne vois pas comment imposer à ma petite famille une restriction de consommation (j’essaie pourtant !).

La politique énergétique à long terme doit être guidée par un débat sur les principes. Pour ma part : énergie peu chère, abondante, entrant dans le cadre du développement durable, le tout devant avoir une dimension sociétale intégrant un accès minimal universel à l’énergie. Les choix techniques doivent ensuite en découler en intégrant les faits.

Être de gauche

logoLa séquence politique qui s’achève n’était sans doute pas prévue, mais elle a au moins un mérite : elle clarifie la situation.

L’erreur d’Arnaud Montebourg, en entraînant Benoît Hamon, a permis de sortir du flou de la ligne politique entre la vision « traditionnelle » socialiste et la vision sociale-démocrate. Il n’était plus possible d’avoir un ministre de l’économie défendant la décroissance et le dirigisme économique en face d’un premier ministre défendant lui la recherche de croissance via l’ouverture d’espaces de manœuvre. Qu’on juge que le couperet soit tombé du bon ou du mauvais côté, on peut au moins s’accorder sur le fait qu’avec une seule direction assumée on a plus de chances d’arriver à un résultat autre que la bouillie.

Le remaniement aurait cependant pu éviter deux écueils à commencer bien évidemment par le délirant cas Thévenoud qui en dit quand même long sur la qualité du recrutement politique. Contrairement à la droite manifestement (voir les cas Copé, Gaino, Lagarde, …), être de gauche c’est sanctionner rapidement et sans appel ceux qui à l’évidence ont franchi la ligne. Mais hélas, mille fois hélas, la structure même de nos institutions ne nous préserve pas de personnes qui se déclarent elles-même souffrantes d’une pathologie clairement incompatible avec l’exercice de toutes responsabilités politiques ! Le vrai scandale est bien là : nous n’élisons pas les gens sur leurs qualités et leur vertu politique. Lorsque cela arrive ce n’est finalement dû qu’au fruit du hasard…

L’autre écueil, moins douloureux mais peut-être à retardement, c’est le cas de Christiane Taubira. Elle a fait un travail excellent et courageux pour mener à bien la réforme du mariage pour tous et doit pour cela avoir notre reconnaissance. Cependant, elle cristallise sur son nom beaucoup de rancœurs et c’est pourquoi il aurait été fortement souhaitable qu’elle migre vers un poste moins exposé où elle pourrait faire entendre sa différence sans que cela crée à chaque fois un psychodrame.

Pour la clarification gouvernementale, c’est donc fait. Oui, et ensuite ?

La suite a déjà commencé, et de mauvaise façon, sur le procès en « être de gauche ». Et comme d’habitude, ceux qui mènent ce procès partent sur l’a priori « la gauche c’est moi, pas toi ».

Être de gauche c’est fondamentalement être réformateur : ne pas accepter l’injustice comme une fatalité, ne pas considérer que les choses doivent rester comme elles sont ou au mieux les améliorer à la marge. Cela implique aussi que des idées qui étaient clairement de gauche hier peuvent être franchement devenues conservatrices aujourd’hui. Sur ce point, la pensée marxiste et au moins aussi à droite que celle de Friedman !

Être de gauche c’est considérer que l’avenir ne se construit que collectivement et au profit de tous. Cette idée est incroyablement moderne car c’est l’un des ressorts les plus puissants de la numérisation de notre société. Ceci est amplifié par le fait que dans cette société en construction, l’égalité de tous est aussi une valeur fondamentale et qu’elle est indissociable de l’équité de chacun. Les incroyables bienfaits d’une société numérique sont accessibles à tous, souvent gratuitement, mais ceux qui contribuent le plus ont l’occasion d’en tirer un bénéfice particulier.

Être de gauche c’est considérer l’argent comme un moyen, pas une valeur. À nouveau cette idée est incroyablement contemporaine dans une économie numérique dont l’une des règles fondamentales est le mécanisme du freemium, ce qui induit probablement un mécanisme de démonétisation de la valeur. Voilà de quoi rediscuter Proudhon !

Être de gauche c’est donner une place particulière à la liberté face aux impératifs de l’ordre. Et encore une fois, nous sommes pris dans un mouvement révolutionnaire (presque) silencieux qui redonne un sens formidable à cette valeur.

Alors le second gouvernement Valls est-il de gauche ? Il l’est lorsqu’il essaie, pour la première fois en France, d’emprunter une voie franchement social-démocrate. Ayant milité pour socialisme & démocratie, je ne peux que m’en féliciter. Mais j’ai des craintes car le corpus de la social-démocratie doit lui-même être questionné et modifié en regard de la rupture de civilisation en cours, et ce n’est pas en répondant aux questions des états généraux du parti que cela risque d’être clarifié !

  • La question est-elle de trouver un moyen de reprendre le contrôle des finances de l’État ou de savoir comment le financer dans un monde ou la démonétisation de la valeur risque fort de supprimer des ressources encore plus vite que la fraude fiscale ?
  • La question est-elle d’ajuster les charges des entreprises ou de les aider à muter dans un système économique où la notion d’entreprise est brouillée, où l’on ne sait plus très bien qui produit et qui consomme ?
  • La question est-elle de redessiner les strates administratives et politiques ou de se poser la question de la place du citoyen, non plus seulement comme choisissant/sanctionnant l’exécutif, mais bien comme acteur de ce pouvoir ?

La droite traditionnelle a renoncé à tout projet politique, ce qui est d’ailleurs cohérent puisque une force conservatrice confrontée à une rupture de civilisation ne peut que se retrouver désarmée.

L’extrême droite joue sur la promesse « d’autre chose » mais dans notre situation actuelle très particulière cette autre chose ne pourrait être que violente et coercitive.

La gauche radicale et révolutionnaire pourrait au contraire se saisir de cette période particulière pour provoquer le « grand soir ». Oui elle le pourrait si elle n’était pas devenue extrêmement conservatrice sur un corpus idéologique d’un autre monde.

Et nous ? Nous sommes au pouvoir et je suis certain de ne pas être le seul à faire le constat de la fin d’une ère. Il faut accepter et faire passer l’idée de la fin d’un monde et surtout accompagner le maximum de personnes dans la reconstruction d’un nouveau monde. Les valeurs de ce nouveau monde sont fondamentalement de gauche et comme je revendique cette appartenance, je ne veux pas abandonner et laisser le soin de sa construction aux aventuriers. Et vous ?

 

Criage et tri sélectif

guerilla-poubelle-photo-50efe919ba6c9Comme pour tous les habitants en Iroise, cette année a été celle d’un changement visible, d’une révolution urbaine colorée : j’ai reçu il y a quelques semaines ma poubelle jaune qui a rejoint harmonieusement sa compagne verte au coin de la maison.

Ce ballet coloré est aussi l’occasion pour les ardents partisans des collectifs anti-tout de trouver en cette grise fin d’année une occasion de donner de la voix et de la pétition revendicative. En effet, pour ceux qui seraient très récemment revenus de vacances ou qui souffriraient de dyschromatopsie, la règle est maintenant d’alterner chaque semaine la jolie poubelle jaune toute neuve avec la non-moins jolie mais plus vieille poubelle verte.

Certes, il faut désormais maîtriser sa production de déchets, jongler entre le recyclable sans le verre, le verre qu’il faut toujours amener au point de recyclage, les déchets ordinaires et pour leurs heureux prioritaires, avec le bac à compostage. Alors oui c’est un peu plus compliqué qu’avant, et oui, les déchets peuvent rester jusqu’à 2 semaines dans leur bac. Mais cela vaut-il un début de révolution avec ou sans bonnet rouge ?

Dans la recherche de rationalisation de ce mouvement est apparu l’argument idiosynchratique censé renverser cette déferlante jaune : ici on mange des crustacés et 15 jours dans la poubelle, cela ne va pas le faire (ailleurs sans doute aurait-on eu recours au fumet du reblochon ou au reste de rollmops).

Que chacun se rassure, emballé correctement dans son sac, les déchets ne causeront ni Tchernobyl olfactif, ni épidémie de choléra et les éventuels accidents devraient pouvoir être gérés par les municipalités concernées. Tout changement de ce type génère son lot de soucis, mais généralement cela se résout correctement au final.

Je m’interroge par rapport à cette histoire à l’état de notre société où tout changement, petit ou grand, est prétexte à partir en campagne. Est-ce l’expression d’un symptôme à l’échelle de l’individu du malêtre face à de réels changements, aussi globaux que particulièrement profonds ? Est-ce une perte de repère de ce qui importe vraiment ? Est-ce l’état d’esprit de Français devenus acariâtres et qui cacheraient un abattement quotidien un peu lâche par quelques éclats collectifs ?

ilotplastique-350x250Il y a de vrais combats à mener. De vrais défis à relever. Un monde à inventer. Oui il y matière à se battre, à se révolter, à contester, à bâtir différemment.

Mais de grâce, n’usons pas notre force sur des problèmes de poubelle de ce genre !

Un thème (central ?) pour la future campagne municipale

imageVoici une vidéo du site Acteur Public sur une table ronde « Le numérique, un challenge démocratique pour les territoires ».

Ceux qui pensent encore que le numérique est un élément mineur du débat démocratique ont sans doute intérêt à envisager de faire autre chose que de la politique…

L’écho des taxes

imagesLe gouvernement a mis de côté l’écotaxe, ce projet initié par l’UMP sous la houlette de Jean-Louis Borloo après le grenelle de l’environnement. Je ne sais pas si l’euthanasie est proche mais il serait bon d’éviter l’acharnement thérapeutique… En tout cas, il est plus que judicieux d’avoir arrêté les frais car le niveau de violence était monté au-delà du raisonnable et le mouvement assez largement partagé il me semble, commençait à être parasité par des aspects indépendantistes plutôt radicaux et des appels à la casse.

Cette histoire est révélatrice de bien des choses.

D’abord, et comme le ministre de l’économie Pierre Moscovici l’avait déjà relevé pendant l’été, nous sommes arrivés à un niveau de pression fiscale maximale. Les Français, bon gré mal gré ont accepté de payer pour les carences passées mais il n’est plus envisageable d’en demander plus, et il me semble même souhaitable de commencer à sérieusement réfléchir au calendrier de retour à une pression fiscale plus soutenable. On peut voir que les efforts consentis n’ont pas été vains, mais on voit aussi que la situation budgétaire n’est pas encore assainie. Reste-t-il des marges de manœuvre pour diminuer la dépense ? On veut nous faire croire « qu’à l’évidence c’est oui« , mais lorsque je vois nos gendarmes réduire leur présence sur le terrain parce que leurs véhicules sont usés voire tout simplement que le budget carburant est épuisé, j’ai des doutes. Je craints qu’il ne faille songer à vendre une partie des meubles mais aussi, plus problématique encore, songer à diminuer certains salaires ou indemnités, si possible les plus hauts puisqu’en bas de l’échelle on a déjà atteint le seuil des travailleurs pauvres et que le stade d’après c’est la misère.

On ne doit pas non plus faire l’économie d’une réforme complète de la fiscalité. Je crois me souvenir que c’était dans le programme pour lequel j’ai voté. Pataquès pour pataquès, il faut s’y mettre et lancer le grand chambardement pour le budget 2014.

Mais il n’y a pas qu’une simple histoire de taxe ici. La situation économique en Bretagne est belle et bien spécifique mais elle pourrait aussi être emblématique. Des erreurs stratégiques ont été commises dans l’industrie agro-alimentaires, avec des responsabilités qui semblent largement partagées entre les dirigeants de certaines entreprises et un système de financement national et européen qui aboutit à une impasse. Comme dans le même temps on doit gérer (pour ne pas dire improviser) une transition énergétique sur fond d’impératif climatique, on aboutit à de la casse sociale et à des réactions de révolte. L’agro-alimentaire va mal, les transports vont mal, la situation sociale est très mauvaise, l’État devenu faible ne répond plus aux attentes : que l’on soit rustre ou cultivé, quand c’est amer il faut cracher !

Le rôle des élus est donc il me semble de recoller les pots cassés, de fédérer les acteurs et de co-bâtir un plan global de sortie de crise. Si certains pensent s’en sortir seuls ils périront seuls, si l’État croit qu’il peut tout qu’il regarde la santé des services publics. Les Bretons savent travailler ensemble, ce n’est pas en pleine tempête qu’il faut se disperser.

Enfin, un an et demi est passé depuis l’élection de François Hollande. Le bilan n’est pas en lui-même catastrophique mais il est loin des attentes des Français. Il me semble nécessaire de réfléchir à une nouvelle étape, avec une équipe resserrée et cohérente soudée autour d’objectifs réaffirmés. Notre programme contenait de bonnes choses, certaines ont été mises en œuvre, mais on attend toujours par exemple que la facture soit présentée à la finance, notre ennemi commun ai-je entendu. Ces gauchistes d’américains ont bien réussi à faire condamner JP Morgan pour l’affaire des subprimes (5,1 millard de dollar). Après avoir sauvé le système bancaire, j’attends toujours que ces financiers qui ont semé ruine et malheur participent à la réparation des dégâts causés par leur cupidité.

La révolte gronde et le bruit est arrivé à Matignon, tant mieux. Maintenant on a le choix entre tout casser ou bâtir du neuf et du solide. Je ne crois pas au renoncement, je ne crois pas à la décadence, je ne crois pas que l’autre est mon ennemi. Je crois qu’il faut du courage et des convictions et je crois que nous serons nombreux sur le pont.

La mondialisation ne converge pas vers une société unique

Global_Corp_Control_470x260J’étais cette semaine à Brest pour une conférence donnée par Emmanuel Todd. Le sujet était en substance de voir si le phénomène de mondialisation que nous vivons va conduire à une convergence des sociétés mondiales vers un modèle unique.

Tout d’abord, Emmanuel Todd a rappelé que ce n’était pas la première fois que nous subissions un mouvement de mondialisation. Le début du XXème siècle était déjà dans ce mouvement (avec d’autres mécanismes qu’aujourd’hui). Or ce mouvement n’a non seulement pas abouti à une convergence des modèle, mais au contraire a abouti à une exacerbation des différences qui, mal maîtrisées, ont fini en guerre mondiale.

Todd analyse la nature des sociétés à partir de trois grands marqueurs : la natalité, l’alphabétisation et la structure familiale (dans une moindre mesure, le vieillissement de la population intervient également dans le sens d’un frein ou d’un accélérateur des changements). Or ce qui semble expliquer fondamentalement les choix de société c’est le modèle familial.

Si l’on constate bien une convergence mondiale vers une famille type (duo parental dont le niveau d’éducation est en hausse, fécondité aux alentours de 2 enfants / couple), la nature des relations au sein de cette famille reste profondément différente.

Rien qu’en Europe, on trouve par exemple des types familiaux français et anglais qui sont plutôt proches mais qui diffèrent toutefois sur des relations plus libérales outre-manche et plus égalitaires en France. Ce qui explique selon Todd que les modèles économiques soient plutôt de nature très libérales au Royaume Uni et que nous restions si attachés à l’égalité en France.

Les Allemands eux (comme les Japonais) fonctionnent sur un modèle naturellement inégalitaire où prime le respect de l’ordre établi, parfois même selon un mode très martial. Là aussi, on ne manquera pas de se souvenir de l’attitude actuelle de l’Allemagne dans la crise européenne, attitude dure sans grande considération pour les plus faibles.

Enfin, il reste dans le monde beaucoup de sociétés marquées par des liens familiaux fondés sur le cousinage qui rendent très difficiles l’ouverture vers l’extérieur.

On remarque donc que le fait économique et la marche vers la mondialisation ne sont pas les éléments structurants de nos sociétés.  Ce n’est pas parce que nous échangeons et consommons les mêmes produits que cela nous définit. En ce sens, la mondialisation n’est pas une menace identitaire. Ce pourrait être même le contraire puisque cela rend finalement plus visible le modèle du voisin et nous incite à réaffirmer notre identité… comme cela avait été le cas au début du XXème siècle. Todd semble penser qu’en fait, cette réaffirmation identitaire est un facteur de performance. Il est vrai que l’exemple de l’Allemagne qui justement a récemment fait sa révolution identitaire grâce à l’accident historique de la réunification fait partie des gagnants de la mondialisation tout en affirmant clairement sa différence identitaire.

La mondialisation est un facteur économique important, mais elle ne change pas notre identité. Nous sommes Français (et Bretons et citoyens d’Iroise pour ce qui me concerne) de part notre histoire collective et notre construction familiale. L’affirmation de cette identité n’est pas un archaïsme qui serait économiquement ridicule. Elle est une affirmation nécessaire aux chemins que nous pouvons tracer pour l’avenir, aux actions que l’on peut collectivement mener.

2013-09-17 18.09.15

 

Rêverie d’été

Il m’est arrivé un truc pas banal. Je somnolais dernièrement dans mon jardin, bercé par la brise d’été et, peut-être suite à une conséquence inattendue du changement climatique ou alors simplement à cause d’une perturbation cosmo-tellurique dont les terres bretonnes ont le secret, j’ai eu l’impression de soudainement me retrouver en un tout autre lieu, en un tout autre temps.

sum_adorantImaginez mon étonnement : revêtu d’une sorte de toge de lin, je me retrouvais à participer à une docte assemblée où siégeaient des hommes à la capillarité très frisotante. Je compris bien vite qu’il s’agissait d’une réunion du PS (Parti Sumérien) qui se penchait sur un sujet fort déconcertant.

Un orateur qui semblait passablement agité s’adressait à l’assemblée et à son radieux président Gilgamesh (on parlait alors plutôt de roi de la cité, mi-homme mi-dieu…). Il tentait de défendre une idée totalement nouvelle, à savoir l’utilisation de symboles en forme de bâtonnet pour stocker de l’information dans l’argile.

C’est merveilleux disait-il, la connaissance ne sera plus tributaire de la fiabilité de la mémoire des hommes, on pourra la graver dans l’argile, la dupliquer et ainsi propager le savoir au plus grand nombre. Jamais l’homme n’aura été aussi savant dans toute son histoire ! On pourrait même oser imaginer des lieux où serait déposé cette fantastique somme de savoir. Et je rêve du jour où en plus d’accéder à la connaissance, un outil nous aidera à mieux réfléchir !

Mieux encore, on pourra stocker tellement d’informations, que nous serons en mesure d’élargir notre vision du temps, de développer de façon merveilleuse notre production de poteries et conclure par écrit des accords avec d’autres cités distantes de plusieurs collines !

Nos lois pourront être écrites pour être mieux appliquées en tout lieu, elles seront en détail connues de tous.

Et combien d’autres merveilles seront-elles permises par une telle invention !

J’observais cependant du coin de l’œil une partie de l’assemblée qui ne semblait guère goûter cet enthousiasme.

Fariboles & rêveries de gamin ! répondit un chevelu échevelé. Le savoir ne peut et ne doit être conservé que dans l’esprit des érudits de la cité.

L’outil ne peut supplanter l’homme, il en est ainsi depuis l’origine des temps.

Et qu’arriverait-il si chacun devenait savant et était libéré des saines contraintes du labeur ? Car nulle doute que votre invention en changeant la façon d’échanger et de travailler aurait de graves répercutions sur notre économie et notre société.

Lorsqu’ils sont libérés des contraintes de leurs besoins fondamentaux, lorsqu’ils ont acquis la connaissance, lorsqu’ils peuvent échanger autant qu’ils le veulent, les peuples rejettent l’ordre établi pour en demander un meilleur.

Hérésie, blasphème, qu’on lui coupe la tête !

C’est alors qu’une prune trop mure m’est tombée sur le nez et m’a sorti de mon rêve. Après m’être débarbouillé, je me suis précipité sur mon ordinateur pour vous narrer mon aventure.

Ah, n’est-il pas merveilleux de disposer de toutes ces ressources numériques (dont beaucoup sont gratuites ce qui les rend accessibles à tous ?

N’est-il pas extraordinaire d’avoir un moyen de produire et de partager si facilement la connaissance ? Sans compter qu’aujourd’hui, la résolution de nombres de problèmes est devenu facile avec l’aide de l’espace numérique alors qu’ils auraient pu rester insolubles sans !

Quelle chance ont nos enfants de pouvoir se dire que tout le savoir qu’ils n’auront pu acquérir à l’école est à portée de main. Quelles merveilleuses opportunités ont nos entrepreneurs de voir s’ouvrir un espace économique au-delà de l’horizon.

Et en plus, contrairement à ma rêvasserie sumérienne, notre élite est maintenant prête à accompagner le changement. Enfin je crois.